Diot, Martine (avec la collaboration de Luis Aldérete, Christel Guillot et Jean-Jacques Roman): Rampes en métal du XVIIe au XXe siècle. 294 pages. 70 illustrations, 250 planches de relevés techniques, ISBN : 978-2-7577-0259-8, 35 €
(Éditions du patrimoine, Paris 2013)
 
Compte rendu par Geoffrey Espel, Université Catholique de Louvain
(geoffrey.espel@uclouvain.be)

 
Nombre de mots : 1454 mots
Publié en ligne le 2014-04-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2081
Lien pour commander ce livre
 
 

 

          Cet ouvrage consacré aux rampes en métal fait partie de la collection Albums du C.R.M.H. (Centre de recherches sur les monuments historiques) et représente une compilation de quatre albums déjà parus à propos des rampes en fer forgé (1). Le C.R.M.H. est un service de la Médiathèque de l’architecture et du patrimoine et a pour mission le recueil, l’étude, l’inventaire et la conservation des ressources documentaires de la Direction de l’architecture et du patrimoine de France.

 

          Les Albums, anciennement des recueils de planches destinés principalement au compagnonnage, ont connu un renouveau depuis 1997 par le biais d’une réédition, accompagnée d’une nouvelle maquette (31x22cm) et permettant une diffusion plus large. Ils sont composés de fiches techniques destinées aux historiens et aux professionnels de la restauration et précédées d’une contextualisation fournissant le cadre historique essentiel. Différents thèmes ont déjà fait l’objet de publications et traitent tous d’éléments architecturaux du second œuvre. Ils reprennent une abondante documentation technique et iconographique, composée de planches, de coupes, de plans, de photographies anciennes, etc.

 

          Martine Diot possède une double formation d’historienne et d’historienne de l’art et est chargée d’études documentaires au C.R.M.H.. Elle est déjà auteur ou collaboratrice de différents albums dont le volume précédent, à propos des escaliers (2), paru en 2011 et que le présent volume vient enrichir et compléter.


          Après un avant-propos de Jean-Daniel Pariset (3), l’ouvrage se divise en deux parties inégales. La première partie peut être considérée comme une introduction générale. L’auteur présente tout d’abord l’évolution de la rampe en métal depuis l’extrême fin du Moyen Âge, moment où elle commence à remplacer la rampe de pierre ou de bois, jusqu’au XXe siècle, où la ferronnerie revient au goût du jour en réaction au XIXe siècle industriel et à l’emploi de la fonte. Elle détaille aussi les sources documentaires et iconographiques. Celles-ci se composent de rares documents d’archives, par exemple de devis pour la réalisation d’une rampe, de recueils et de traités d’architecture (d’Aviler, 1691 ; Blondel, 1771-1777 ; Briseux, 1752) ou de serrurerie (Jousse, 1627 ; Fordrin, s.d.[1724] ; Babel, s.d. ; Lamour, 1767), de planches de modèles ou de catalogues commerciaux de fonderies au XIXe siècle.

 

          Martine Diot définit ensuite la rampe et détaille les prescriptions règlementaires qui la concernent, depuis le XVIIe siècle. Elle développe également la conception des rampes, leur équilibre, leurs différentes composantes et leurs caractéristiques techniques.

 

          L’évolution technique fait d’ailleurs l’objet d’un paragraphe particulier. L’auteur y explique les utilisations du fer depuis sa mise en œuvre structurelle au Moyen Âge jusqu’à son apogée esthétique au XVIIIe siècle et son déclin au siècle suivant au profit de la fonte, produite de manière industrielle et moins coûteuse.

 

          Enfin, Martine Diot consacre un chapitre plus conséquent à une classification stylistique et typologique des rampes. Celle-ci se base sur les exemples conservés et documentés en France. La typologie présentée est envisagée selon sept catégories : la rampe à panneaux répétitifs, les grands panneaux et pilastres ou petits panneaux, la rampe à motif continu, le rampant considéré comme un seul panneau, les rampes à arcades et à barreaux, les rampes en fer et fonte et le renouveau au XXe siècle à partir des revues de serrurerie. Chaque type est mis en contexte, détaillé au niveau stylistique et illustré de dessins et de photographies.


          La seconde partie de l’ouvrage, plus conséquente, est un catalogue de fiches techniques. Celles-ci sont organisées selon les différentes catégories typologiques exposées dans la première partie de l’ouvrage. Il s’agit de rampes ou de balustrades conservées in situ et réparties sur l’ensemble du territoire français.

 

          Dans chacun des sept types isolés, plusieurs exemples sont répertoriés et présentés selon un canevas identique. Après la précision des données géographiques, une courte notice reprenant les éléments historiques principaux du bâtiment et de la rampe est toujours présente. Elle est aussi suivie d’informations sous forme télégraphique qui concernent la protection, la situation dans l’édifice, la datation, la matière, la numérotation des documents (issus du C.R.M.H.) et quelques indications bibliographiques. Selon les cas, on notera aussi le renvoi à d’autres albums du C.R.M.H. dans lesquels l’escalier et/ou la rampe ont déjà été publiés.

 

          La plupart des notices sont richement illustrées par différents documents iconographiques. Il peut s’agir de plans, de coupes, d’élévations, de dessins techniques cotés, de détails d’assemblage ou de fixation et de photographies. L’ouvrage s’achève par un glossaire fort utile ainsi qu’une bibliographie.


          La question qui se pose à la lecture de l’ouvrage est celle de son public. La vocation affirmée de l’ouvrage est d’être destiné aussi bien à l’historien des techniques qu’à l’historien d’art ou au professionnel de la restauration. Si le caractère technique rencontre parfaitement les attentes des restaurateurs ou des artisans souhaitant reproduire ou restaurer selon les techniques anciennes, c’est peut-être moins vrai en ce qui concerne les historiens d’art ou de l’architecture. Sans aucun doute, la classification typologique est intéressante et peut fournir des repères précieux pour ces éléments du second œuvre souvent oubliés par la littérature scientifique. Mais il faut y opposer deux remarques, qui ne dévaluent toutefois pas la qualité du travail réalisé par Martine Diot. Tout d’abord, le cadre géographique représente une première limite, inhérente aux Albums du C.R.M.H., en étudiant uniquement des exemples français. Seule la confrontation avec des travaux similaires pour d’autres régions géographiques permettra donc d’envisager une approche plus globale de l’utilisation et de l’évolution des rampes en fer forgé en Europe de l’ouest par exemple. D’autre part, les rampes étudiées sont exclusivement des ouvrages qui sont conservés et qui ont été très peu altérés par l’histoire et les restaurations (4). Ce faisant, le catalogue écarte volontairement des exemples disparus, déplacés ou ayant fait l’objet de restaurations trop lourdes mais qui pourraient malgré tout être documentés. En raison de ce parti pris très sélectif, l’ouvrage ne doit donc pas être considéré comme une « référence » sur le sujet, prétention que l’ouvrage ne revendique pas, mais plutôt comme un appui documentaire et typologique de premier plan sur ces éléments particuliers, rencontrés dans de nombreux bâtiments.

 

          C’est en effet dans le catalogue proposé et surtout dans ses nombreuses illustrations que réside l’intérêt majeur de l’ouvrage de Martine Diot, peu importe le type de public. L’historien des techniques y trouvera des schémas de détail de l’assemblage d’ouvrages en fer forgé autant que le restaurateur pourra réaliser ces assemblages à l’aide des indications techniques et des dessins cotés fournis. L’historien d’art pourra quant à lui prendre appui sur la classification effectuée et les exemples illustrés.

 

          Martine Diot livre donc un travail très intéressant, équilibré et surtout accessible à des publics variés de spécialistes, malgré une orientation première résolument technique. Il bénéficie en outre d’une nouvelle maquette agréable et claire. Le grand mérite de cet ouvrage, comme des rééditions récentes des albums du C.R.M.H., est de mettre l’accent sur des éléments du second œuvre architectural, très souvent laissés de côté par la littérature scientifique.


______________________


  1. CRMH (édité par), Rampes d’escaliers en fer forgé, vol.A1, XVIIe siècle et XVIIIe siècle, régions diverses, Paris, CRMH, s.d. ; CRMH (édité par), Rampes d’escaliers en fer forgé, vol.B1, XVIIIe siècle et XIXe siècle, régions diverses, Paris, CRMH, s.d. ; CRMH (édité par), Rampes d’escaliers en fer forgé, vol.I, Seconde moitié du XVIIe siècle et début du XVIIIe siècle, Paris, Ministère de la culture, direction du patrimoine, 1985 ; CRMH (édité par), Rampes d’escaliers en fer forgé, vol.II, XVIIIe siècle et début du XIXe siècle, Paris, Ministère de la culture, direction du patrimoine, 1985.

  2. M. Diot, Les escaliers. Etude de structures du XIIe au XVIIIe siècle, Éditions du patrimoine – Centre des monuments nationaux, Paris, 2011 (Albums du CRMH).

  3. Jean-Daniel Pariset est conservateur général du patrimoine, directeur de la médiathèque de l’architecture et du patrimoine.

  4. « Notre approche consiste à étudier les pièces exécutées à l’époque et conservées in situ, si celles-ci nous sont parvenues sans altérations ou restaurations […]. »

M. Diot (et coll.), Rampes en métal du XVIIe au XXe siècle, Paris, éditions du patrimoine – Centre des monuments nationaux, 2013, p.10 (Albums du CRMH).


 

Sommaire 


Avant-propos (pp.6-7) 

Jean-Daniel Pariset


Présentation Générale (pp.9-30)

Martine Diot

  • Sources documentaires et iconographiques

  • Fonctions de la rampe, prescriptions architecturales et règlementaires

  • Conception

  • Évolution technique

  • Évolution stylistique et typologie

  • Conclusion


Rampes à panneaux répétitifs (pp.31-100)

Grands panneaux et pilastres ou petits panneaux (pp.101-134)

Rampes à motif continu (pp.135-174)

Rampes à arcades et à barreaux (pp.175-256)

Rampes fer et fonte (pp.257-278)

Le renouveau au XXe siècle à partir des revues de serrurerie (pp.279-286)


Glossaire (pp.287-289)

Bibliographie (pp.291-294)