Zazzaro, Chiara : The Ancient Red Sea Port of Adulis and the Eritrean Coastal Region. Cambridge Monographs in African Archaeology 85. viii+107 pages; illustrated throughout in colour and black and white, ISBN 9781407311906, £33.00
(Archaeopress, Oxford 2013)
 
Compte rendu par François Bron, Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris
(francois.bron@ephe.sorbonne.fr)

 
Nombre de mots : 923 mots
Publié en ligne le 2014-10-07
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2096
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          Depuis une quarantaine d’années, nos connaissances sur la civilisation du Yémen préislamique ont fait des progrès considérables. Il n’en va pas de même en ce qui concerne l’autre rive de la mer Rouge et la Corne de l’Afrique en général, pour lesquelles on est souvent obligé de se référer aux travaux de la Deutsche Axum-Expedition ou à des publications datant de l’occupation italienne. Ce livre, qui tente de faire le point sur une région limitée de la côte africaine de la mer Rouge, est donc le bienvenu. Il est le résultat d’une thèse de doctorat soutenue en 2006 à l’Université de Naples L’Orientale, dans le cadre d’un projet de recherche sur les circuits commerciaux en mer Rouge durant l’antiquité, dirigé par Rodolfo Fattovich.

        

         L’ouvrage comprend trois parties : la première (9 pages) est consacrée à la géographie de la mer Rouge, la seconde (21 pages) aux descriptions de la côte érythréenne par les voyageurs européens et aux premières recherches archéologiques, la troisième (68 pages) aux matériaux conservés dans les musées d’Asmara, d’Addis Ababa, à Rome et à Londres. S’y ajoutent enfin sept pages de bibliographie.

        

         La première partie décrit les conditions de navigation dans la mer Rouge, les mouillages, les points d’eau, le régime des vents, les courants, les marées. Suivent de brèves notes ethnographiques sur les populations de la région et leur participation au commerce maritime. La section suivante, assez confuse, est consacrée à l’histoire d’Adoulis : mis à part le Monumentum Adulitanum, copié par Cosmas Indicopleustes au VIe siècle de notre ère et qui daterait du règne de Ptolémée III Evergète au IIIe siècle avant notre ère, les premières mentions d’Adoulis se rencontrent chez Pline le Jeune et dans le Périple de la mer Erythrée, au Ier siècle de notre ère. Par la suite, le port d’Adoulis, situé à quelques kilomètres de la ville, doit avoir joué le rôle de principal débouché du royaume d’Axoum sur la mer Rouge.

        

          La seconde partie passe en revue les sites de la côte érythréenne. Elle est illustrée de cartes très insuffisantes, qui n’indiquent que le tracé du rivage et les toponymes, sans aucune indication du relief de l’intérieur des terres. Pour chaque site, l’auteur indique les voyageurs qui l’ont visité et les éventuelles recherches archéologiques.

        

         Bien entendu, la baie de Massawa et le site d’Adoulis occupent une place prépondérante (p. 11-16). Adoulis, en particulier, rendue célèbre par les inscriptions copiées par Cosmas Indicopleustes, a suscité la curiosité des voyageurs et des archéologues. Le premier à localiser le site fut le voyageur anglais Henry Salt (1814). Une première fouille, très ponctuelle, eut lieu sous les auspices du British Museum en 1867, mais il fallut attendre la colonisation italienne pour voir la première exploration extensive du site par l’archéologue italien Roberto Paribeni, qui ouvrit de nombreuses tranchées (1906). Par la suite, le Français Francis Anfray entreprit une fouille en 1961-1962, dont les résultats sont en cours d’étude et, depuis 2011, une mission érythréo-italienne est active sur le site. Les publications essentielles sur le sujet semblent être le long article de Paribeni dans les Monumenti Antichi de 1907 (135 pages) et la monographie de D. Peacock et L. Blue, The Ancient Red Sea Port of Adulis. Eritrea Report of the Eritro-British Expedition, 2004-2005 (Oxford 2007).

        

         Suivent de brèves notes sur divers sites de la côte qui s’étend jusqu’au détroit de Bab el-Mandeb, puis une étude sur les systèmes de conservation de l’eau, en particulier les citernes, dans la partie méridionale de la mer Rouge.

        

         La troisième partie, illustrée de nombreuses planches photographiques, dont beaucoup en couleurs, sera certainement la plus utile aux archéologues. Le matériel provenant des fouilles de R. Paribeni en 1907 est conservé en majeure partie dans les magasins du Musée national d’Asmara, mais une partie de cette collection, en particulier les objets en métal, a été transportée en Italie et se trouve actuellement dans les réserves de l’Istituto italiano per l’Africa e l’Oriente à Rome. La collection de monnaies, comprenant 92 monnaies d’or et 390 monnaies de cuivre, semble avoir malheureusement disparu. Le produit des fouilles de l’Institut éthiopien d’archéologie, dirigées par F. Anfray en 1961-1962, se trouve au Musée national d’Addis Ababa. Enfin, le matériel provenant des fouilles de R. Sundström à Adoulis, en 1906, devrait se trouver  au Musée d’ethnographie de Stockholm, mais n’a pu être examiné par l’auteur.

        

         Ce sont tout d’abord les objets en céramique et les innombrables tessons, conservés à Asmara (11 planches) et à Addis Ababa (10 planches), qui sont étudiés, puis les bouchons d’amphores de ces deux musées (7 planches). Visiblement, personne n’a songé, à l’époque, à exporter ce genre de vestiges. Il n’en va pas de même pour les objets en métal, dont la majeure partie se trouve aujourd’hui au Musée africain de Rome (5 planches). La verrerie (3 planches) se répartit entre Asmara et Addis Ababa. Les objets en pierre se trouvent pour la plupart à Asmara (6 planches), à l’exception de cinq fragments conservés au British Museum (1 planche), provenant des fouilles exécutées par l’armée britannique en 1867. Il faut mentionner encore quelques coquillages et des fragments de corail, d’ivoire et d’os au musée d’Asmara (1 planche).

        

         Au total, cet ouvrage sera sans doute utile aux archéologues, grâce au matériel qu’il rassemble, épars dans divers musées et peu accessible, et dont il fournit une abondante documentation photographique. On y trouvera aussi des notes sur divers sites de la côte de la mer Rouge, qui permettront une première approche. Mais il n’y faut pas chercher une vue d’ensemble de l’histoire de la région. Adoulis et ses fameuses inscriptions conservent leur mystère.