Guimier-Sorbets, Anne-Marie - Van Ossel, Paul (dir.): Archéologie des jardins. Analyse des espaces et méthodes d’approche. 222p., nbr. ill. dont 16 pl. coul., 42 €
(Éditions Monique Mergoil, Montagnac 2014)
 
Compte rendu par Frédéric Dewez, Université Catholique de Louvain
(frederic.dewez@uclouvain.be)

 
Nombre de mots : 1603 mots
Publié en ligne le 2014-05-28
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2124
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          Comme le précisent d’emblée les auteurs, cet ouvrage est l’aboutissement de trois journées d’étude organisées à l’Université de Paris Ouest et à la Maison René Ginouvès.  Ces journées qui se sont tenues en janvier 2009, octobre 2009 et janvier 2010, avaient pour objectif de définir le "jardin" dans sa dimension la plus large d’espace tant privé que public.

 

          Les dix-huit contributions, réparties sur 206 pages et écrites en français, sont organisées autour de trois thèmes principaux en lien avec une approche archéologique du jardin : les vestiges, l’environnement et les modèles de conception.

 

          L’archéologie est un élément essentiel pour comprendre la diversité et l’organisation des jardins. Amina -Aïcha Malek, au travers d’une analyse picturale de certains pavements de domus africaines, montre comment les mosaïques qui décoraient le sol de diverses demeures offraient à celui qui les observait une vision réelle ou représentée de la nature et faisaient de la maison un véritable espace où s’exprimait l’art de cette nature.

 

          Hélène Dessales se penche sur l’organisation des péristyles domestiques et plus particulièrement sur l’agencement des végétaux qui révèlent un changement significatif dans l’aménagement des espaces verts pour offrir aux occupants de ces demeures et à leurs hôtes un espace clos où ils pouvaient profiter en toute quiétude des plantations et des jeux d’eaux.

 

          Émilie Chassillan présente les formes et les modes du bassin en Gaule Narbonnaise et particulièrement le bassin rectangulaire à abside semi-circulaire et le bassin à bras.  Pour elle, ils sont essentiellement utilisés pour mettre en valeur la pièce de réception et mettre clairement le jardin en scène.  Dans la deuxième partie de son article, elle aborde d’ailleurs les dispositifs mis en place par les propriétaires pour offrir le jardin en spectacle, grâce notamment aux jeux d’eau et à l’emplacement précis du bassin.

 

          On sait l’attachement que Grecs et Latins avaient pour les jardins privatifs. Les jardins funéraires ont été construits sur ce modèle de jardins.  Au travers de trois documents épigraphiques et papyrologiques et d’un court extrait de Strabon, Agnès Tricoche conclut que les jardins funéraires de l’Alexandrie antique devaient être, dans leur structure et leur aspect, assez semblables à ceux que l’on pouvait trouver dans le bassin méditerranéen hellénistique et romain.

         

          Christian Cribelier s’est intéressé aux habitations et aux jardins de l’antique Beaune-La-Rolande, une  agglomération du Loiret, dont les fouilles se sont déroulées entre septembre 2006 et octobre 2007. Après avoir fourni quelques renseignements tant sur les parcelles fouillées que sur les habitations elles-mêmes, l’auteur fait la synthèse des différentes fonctions des cours et des jardins et conclut que ces espaces étaient majoritairement consacrés à l’artisanat et à l’entreposage et que rien, sur le plan esquissé, ne révèle la présence de jardins privés ou d’agrément.

 

          Les fouilles des Jardins du Carrousel réalisées par l’équipe du professeur Van Ossel lors des travaux d’aménagement du nouveau Louvre ont permis aux archéologues de porter une attention plus grande aux espaces horticoles urbains.  Ces travaux ont débouché sur la publication d’un dossier ainsi que des rapports et Pierre Van Ossel, par son article, en donne les grands contours : plan général des parcelles, organisation et fonctions des jardins, apports significatifs des archives et enfin, quelques éléments de synthèse.

 

          Cette première partie se termine avec un article d’Annick Heitzmann  qui nous livre  quelques éléments importants des fouilles réalisées dans le Pavillon frais à Trianon entre 2006 et 2009.  Une confrontation systématique entre les sources archéologiques d’une part et les sources historiques d’autre part,  a permis aux scientifiques de comprendre de manière précise l’aménagement de ce jardin édifié en 1751 à la demande de Louis XV.

 

          La deuxième partie  comprend quatre articles consacrés à des approches archéologiques bien spécifiques. Ansi, Fabien Pilon, Kahina Maames et Florian Jedrusiak  font état des recherches menées à Châteaubleau en Seine-et-Marne et qui ont permis de mieux comprendre  les interactions entre l’homme et son milieu, dans les limites de l’agglomération comme dans les parcelles d’habitation.  Les résultats des analyses archéologiques et carpologiques donnés par les auteurs sont particulièrement intéressants pour mieux appréhender certains aspects de l’économie locale.

 

          Les articles qui suivent sont d’un niveau technique assez élevé.

 

        La contribution de Marnix Pieters montre comment une approche archéopédologique dans certains sites de fouilles peut être utile et fournit des informations importantes.

 

          L’article de Cécilia Cammas, Carole Vissac, Quentin Borderie et Christian David a pour objectif de montrer comment certaines démarches  et méthodes propres à la géoarchéologie peuvent caractériser certains espaces dits "vides" et certains jardins ainsi que leur fonctionnement.

 

          Anne Dietriech, quant à elle, s’intéresse aux vestiges ligneux retrouvés dans des puits et montre que la relation que l’on pourrait établir entre ces traces et leur environnement immédiat est loin d’être évidente.

 

          La dernière section du volume  est consacrée, comme annoncé dans l’avant-propos, aux modèles qui ont été à la base de la conception des jardins.

 

          Francis Joannès se penche sur les jardins mésopotamiens.  Son approche, à la fois archéologique et lexicale, lui permet de conclure que le jardin mésopotamien joue le rôle essentiel de potager, mais que, dans des cas bien particuliers, la fonction est triple : fournir des légumes que l’on intègrera aux repas servis en offrande, fabriquer des substances odorifères et pharmaceutiques et enfin offrir un espace cultuel pour le déroulement de certaines cérémonies. Enfin, quand il est d’agrément, le jardin fournit aux occupants ombre et fraîcheur.

 

          Le jardin joue également un rôle important dans les représentations des Enfers au sein des sectes dionysiaco-orphiques.  Les tombes d’Alexandrie donnent quelques exemples de ces espaces imaginaires. C’est le sujet de l’article de Anne-Marie Guimier-Sorbets qui montre  comment traditions grecque et égyptienne s’entrecroisent pour faire de ces jardins représentés des témoins tant d’un certain imaginaire eschatologique que de la vie quotidienne.

 

          Les recherches d’Eric Morvillez portent sur les évolutions et les transformations de l’hortus essentiellement dans les derniers moments de la République romaine. Le contenu de son article concerne principalement la transformation de certains éléments décoratifs comme les balustrades ou les oscilla, disques de marbre suspendus entre les colonnes des péristyles.

 

          Partant des fouilles de deux ensembles palatins situés à Belyounech au Maroc, Michel Terrasse aborde l’étude des jardins ibéro-maghrébins et confronte théorie et réalité archéologique. Sa conclusion est que la muniya mérédine a partout succédé à la villa.

 

          L’article de Florent Quellier est historiographique : à partir de quelques sources manuscrites, il propose un tour d’horizon de l’histoire des jardins potagers-fruitiers de l’époque moderne et des questions qu’elle a suscitées chez les historiens de l’époque.

 

          Catherine Saliou montre comment les juristes romains ont pu intégrer dans leurs lois la définition et les limites du jardin, et prévenir ainsi les conflits de voisinage.

 

          Hélène Guiot, dans le dernier article, explique comment le jardin polynésien, comme espace d’interactions entre l’homme et les plantes, matérialise le rapport qui peut exister entre l’individu et son environnement et s’inscrit dans une représentation de l’univers lié au monde religieux.

 

          L’ouvrage, à destination des étudiants et des chercheurs, est rehaussé de 16 planches en couleur, en lien direct avec certaines des contributions. En outre, chaque contributeur a pris soin de résumer son article en quelques lignes, de l’illustrer judicieusement et de le compléter par une bibliographie d’orientation.

 

 

 

Table des matières

 

Thème I  Archéologie du jardin : diversité, organisation, équipement et productions

 

- Amina-Aïcha Malek - De l’espace pictural à l’espace du jardin : mosaïques et jardins dans les domus de l’Afrique romaine, p.13

- Hélène Dessales - Du jardin aux jardinières : l’évolution des péristyles dans l’habitat romain, p. 23

- Émilie Chassillan - Place du bassin et spectation dans le jardin de Gaule Narbonnaise au Haut-Empire : Problèmes de typo-chronologie, p.35

- Agnès Tricoche - Jardins funéraires d’Alexandrie aux époques hellénistique et romaine, p. 47

- Christian Cribellier - Jardins et habitats de l’agglomération gallo-romaine de Beaune-la-Rolande (Loiret, France), p. 57

- Paul Van Ossel - Des jardins à tout faire. Les espaces de jardin dans les parcelles du quartier Saint-Honoré de Paris aux XVe et XVIe siècles, p.71

- Annick Heitzmann - Un exemple de méthodologie versaillaise : le jardin du Pavillon frais à Trianon, p. 81

 

Thème II  Archéologie environnementale du jardin : méthodes d’approches

 

- Fabien Pilon, Kahina Maames, Florian Jedrusiak - Approche archéologique et paléoenvironnementale des parcelles de l’agglomération gallo-romaine de Châteaubleau, p. 95

- Marnix Pieters - Jardins et transformations des sols : caractéristiques et interprétations, p.113

- Cécilia Cammas, Carole Vissac, Quentin Borderie, Christian David - Diversité des espaces végétalisés : contribution de la géoarchéologie à la connaissance des jardins historiques et des espaces non bâtis, p.119

- Anne Dietrich - Méthode et interprétations xylologiques à propos des puits et des jardins antiques, p.131

 

Thème III  Regards croisés et approches comparatives : les modèles en question

 

- Francis Joannès - L’économie des jardins en Mésopotamie, p.139

- Anne-Marie Guimier-Sorbets - Le jardin pour l’au-delà des bienheureux : représentations funéraires à Alexandrie, p. 151

- Éric Morvillez - Les transformations du jardin de tradition romaine dans l’Antiquité tardive, p.161

- Michel Terrasse - Héritière de la villa, la muniya médiévale ibéro-maghrébine et ses jardins : tradition littéraire et réalité archéologique, p.77

- Florent Quellier - L’historien face au jardin potager-fruitier de l’époque moderne : sources et grilles de lecture, p.185

- Catherine Saliou - Aux limites du jardin. Le droit et les limites du jardin dans le monde romain, p.195

- Hélène Guiot - Jardin et forêt, de l’un à l’autre en Polynésie, p. 203