Hoff, Ralf von den - Stroh, Wilfried - Zimmermann, Martin : Divus Augustus : der erste römische Kaiser und seine Welt. 341 Seiten, mit 74 überwiegend farbigen Abbildungen, zwei Plänen und einer Karte, ISBN : 978 3 406 66052 8, 26, 95 €
(Verlag C.H. Beck, München 2014)
 
Compte rendu par Nicolas Mathieu, Université Pierre Mendès-France, Grenoble
(nicolas.mathieu@upmf-grenoble.fr)

 
Nombre de mots : 2235 mots
Publié en ligne le 2014-07-31
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2185
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          Il faut d’emblée souligner les qualités formelles de ce livre de 341 pages, relié, aux cahiers cousus, avec un signet et un épais papier mat beige clair, très bien mis en page, aux illustrations très lisibles, d’une extrême netteté, arrivant toujours au bon moment. Les renvois internes d’un chapitre à l’autre permettent d’affiner la connaissance par des éclairages différents ou complémentaires. C’est un beau travail d’édition scientifique et technique qu’on a plaisir à avoir entre les mains et à lire parce qu’il correspond à une réflexion collective et non à une simple juxtaposition de contributions séparées. On doit mettre au crédit des auteurs un sens du titre, précis, euphonique, évocateur, qui ancre l’essentiel dans la mémoire facilement. À cela s’ajoute une langue sobre, précise et fluide.

 

          Le plan et l’organisation sont classiques et simples. Chronologique et procédant par grandes étapes de la vie et de l’œuvre d’Octave-Auguste, le plan est efficace et équilibré. Chacune des cinq parties articulée autour de dates ou de faits clé (qu’on peut ainsi exposer : I - de la naissance en 43 ou comment Octave est devenu César ; II - L’ascension politique et militaire de la mort de Jules César à 27 av. J.-C. ; III - La maîtrise de Rome entre 27 et 17 ; IV - La maîtrise du monde, de 17 à 2 ; V - Les heurs et malheurs de la monarchie de 2 av. à 14 apr. J.-C. ; VI - La mort avec un bilan et l’héritage) est subdivisée en trois chapitres qui tout au long de l’ouvrage, y compris dans l’annexe bibliographique, sont successivement historique, archéologique et littéraire (voir le sommaire infra). Le plan et sa conception ternaire assurent une réelle cohérence. L’homogénéité qui se dégage de l’ensemble est appréciable. Plus qu’un tableau général avec portrait du premier empereur et de son temps, les auteurs ont réussi à montrer dans son monde le premier empereur qui n’a cessé de façonner son époque au point qu’elle mérite vraiment le nom de siècle d’Auguste.

 

          Dans la première partie, les auteurs brossent l’arrière-plan politique et historiographique qui a forgé le caractère de celui qui en 44, à l’âge de 19 ans, hérite de Jules César et de son œuvre en étant devenu son fils adoptif. Ils soulignent à juste raison les multiples rivalités de pouvoir, de forces, la violence de la concurrence entre les élites aristocratiques. Conquêtes et victoires créent des occasions superbes de triomphes et de mises en scène de la représentation de soi avec défilé des captifs et présentation des prises de guerre inédits à Rome. La jeunesse et l’adolescence du jeune Octave ont été vécues à partir des années 50 av. J.-C. dans un paysage familial marqué par des conflits politiques. Son père, après des réussites militaires et qui cherche à obtenir le consulat, meurt avant, en 59, mais le jeune Octave voit son beau-père, le second mari de sa mère, L. Marcius Philippus, consul en 56 et c’est probablement pour lui une première occasion d’avoir une idée de ce qu’est l’action politique. Dans cette lutte permanente pour le pouvoir, la représentation de celui-ci et des élites passe par un médium plus utilisé dans ce sens qu’auparavant : la monnaie. L’exemple du denier d’argent que Marcius Philippus fit frapper à l’occasion de son consulat avec, au droit, un portrait imaginaire d’Ancus Marcius, dont descend la famille et au revers une statue équestre de Q. Marcius Rex qui, au IIe s. fit construire l’Aqua Marcia, figurée au-dessous avec le nom inscrit entre les arches, est décrit et interprété dans ce sens politique de fabrication d’une image et d’une histoire. Les exemples littéraires de Cicéron et de César illustrent l’enchevêtrement entre action et narration, discours et décision.

 

          Sur le modèle de cette première partie, les autres déploient les trois approches de façon complémentaire ou en regard l’une de l’autre. La deuxième partie, qui court de 44 à 27 av. J.-C., montre comment se construit l’image d’un pouvoir fondé sur la victoire, l’ascendance divine, la dimension religieuse de l’homme, dans l’action et dans l’image monétaire. Dans cette période, les séries monétaires émises par Octave, tout en s’inscrivant dans la continuité iconographique et thématique de Pompée ou de César font cependant converger sur une même monnaie parfois des types isolés et fabriquent donc des messages nouveaux. La troisième partie, consacrée à la période de 27 à 17 qui assoit la domination d’Auguste sur Rome met en lumière la disparition de la compétition politique qui, en exacerbant les rivalités, avait finalement conduit à l’explosion dans les guerres civiles et à la disparition de la République. Le premier exemple en est G. Cornelius Gallus, proche compagnon d’Octave, poète - le premier élégiaque augustéen -, premier préfet de l’Égypte, et qui fut conduit au suicide. Durant cette phase se met en place la domus Augusta et le partage au profit de celle-ci de la direction de la res publica. Cette évolution est constatée dans le vocabulaire iconographique et décoratif. Il faut lire et voir les développements sur l’aigle, la couronne (de Jupiter, de la victoire), les allégories de la victoire, la statue de Prima Porta (même si tout est bien connu). Très intéressantes sont également les pages relatives à la construction de monuments en Orient, à Pergame ou à Athènes. Là, c’est une construction, circulaire, en forme de trophée, qui retient l’attention. Installé au cœur même de l’espace sacré et religieux de la ville, cet édifice plaçait Auguste sinon au rang des dieux du moins parmi eux. Ce faisant, il est situé au cœur de la tradition monarchique hellénistique et un lien est clairement établi entre lui et la population de manière consensuelle. De la même façon, à cette époque, Virgile, Horace notamment, célèbrent Auguste et contribuent à définir son pouvoir et sa personne au cœur de Rome. La partie suivante établit les mêmes constats et analyse la domination à l’échelle du monde cette fois.

 

          Dans la partie V, sur la monarchie augustéenne de 2 av. J.-C. à 14 apr. J.-C., qui a vu aussi bien des victoires (en Pannonie) que des défaites (Varus contre les Germains d’Arminius), des comportements exemplaires dans la domus Augusta que des turpitudes (celles de Julie), sont mises en valeur les constances d’une image ordonnée du prince et de la société qu’il incarne malgré les aléas politiques. En étudiant le culte rendu par les vicomagistri au princeps, une statue de celui-ci capite uelato, ou bien encore une des coupes en argent du trésor de la villa de Boscoréale ou la gemma Augustea, on voit se dessiner le monde symbolique du principat, l’association voire la superposition entre registre symbolique et registre réaliste dans la narration iconographique, en pendant à la narration littéraire. Très intéressante est aussi la partie (p. 244-246) qui montre comment l’idéologie du souverain est intériorisée par la population qui de près ou de loin a des motifs de s’afficher. L’exemple de la stèle du centurion de la 18ème légion, M. Caelius avec ses deux affranchis le montre : la chevelure de ces derniers est du même type Forbes qu’un ensemble de statues d’Auguste. Cette identité est un signe de loyauté au princeps qui va jusqu’à la négation de fait de l’individualité des citoyens au profit de l’unité du nouveau régime et de l’unicité du prince. C’est l’ensemble des citoyens qui sont au service du prince et ceux qui, comme Ovide, n’y sacrifient pas totalement sont exilés.

 

          Pour clore le livre, les auteurs sont partis de la mort d’Auguste pour apporter un regard sur la réception après elle de sa vie et de son œuvre dans une courte partie encore scandée en trois. C’est un regard à la fois distancié et rétrospectif qui commence par l’héritier, Tibère, et s’achève à l’époque d’Hitler et de Mussolini en étant passé par Frédéric et Hermann/Arminius. Brèves, ces quelques pages sont judicieusement illustrées (voir en particulier les timbres de la poste italienne, p. 276, l’affiche « Augusto e Mussolini », malheureusement un peu coupée à droite, datée de 1937, et la carte postale d’Adolf Hitler et du monument d’Arminius à Detmold) et constituent une ouverture habile qui met en lumière la richesse et la complexité de l’héritage augustéen.

 

          Il n’est cependant pas de livre sans défaut ou menues faiblesses. On peut en trouver une dans la bibliographie et le parti de présentation suivi. Il y a une légitimité à l’établir selon les trois directions de l’ouvrage. Considérée comme un chapitre à part entière, chacune des trois bibliographies, historique, archéologique et littéraire, présente une double qualité. Elle montre le sens et la profondeur de la construction et des perspectives de l’ouvrage en mettant en valeur l’historiographie des thèmes abordés. Elle suit pas à pas la progression du livre en fournissant de façon construite autant de notices bibliographiques, parfois commentées, pour la bibliographie littéraire. Mais elle présente aussi un inconvénient pratique majeur : on n’y retrouve pas toujours un auteur ou un ouvrage cité de façon abrégée entre parenthèses dans le corps du texte. Ainsi, « Bringmann/Schäfer 335 », mentionné p. 273, n’apparaît pas dans la partie correspondante de la bibliographie, simplement parce que cette référence a été mentionnée dès le premier chapitre de la première partie du livre et se trouve être la deuxième référence bibliographique (p. 295) de la bibliographie historique. Encore faut-il se le rappeler. Tant qu’à être parfait, le livre aurait dû comporter deux présentations de la bibliographie, selon une formule parfois utilisée : une bibliographie classée par ordre alphabétique des auteurs, immédiatement accessible et constituant un instrument de travail, et une bibliographie critique et raisonnée constituant un outil de recherche. Récente, cette bibliographie donne une bonne idée de la recherche des quinze dernières années. Majoritairement en langue allemande, elle n’ignore pas les autres langues et les autres horizons scientifiques, à la différence de la plupart des ouvrages anglophones, ce qui est un grand mérite par rapport à eux. Au fond, elle présente une faiblesse réelle : l’absence de référence aux grands corpus épigraphiques et numismatiques alors qu’une importante quantité des documents de ces genres fondent et illustrent les démonstrations tout au long des chapitres 1 et 2 de toutes les parties. Parmi les rares références données dans le texte, signalons IK Kindos, p. 225 et ILS, 212, p. 227. Pour des raisons de méthode et d’exemplarité, il aurait fallu  indiquer ces références, y compris dans les légendes des photographies. Cette absence est regrettable car cela ne donne pas une idée claire des catégories de documents et de sources. La laudatio Turiana (fig. 3, p. 24), la stèle trilingue de G. Cornelius Gallus (fig. 27, p. 123), les Res gestae diui Augusti (fig. 56-58, p. 232-233) ne sont pas que des textes mais des inscriptions, leurs images en témoignent. Qu’elles aient des qualités littéraires n’en fait pas des textes littéraires et du reste elles ne se retrouvent guère dans les chapitres 3. Le lecteur, surtout s’il n’est pas expérimenté, a besoin de ces catégories simples au départ, tant il est vrai qu’une fois qu’il en maîtrisera toutes les arcanes et la diversité, il réussira la synthèse. Où trouver des indications sur la reproduction en marbre du bouclier d’or offert à Auguste découverte à Arles (AE, 1952, 165) ; le texte en grec de la stèle illustrée fig. 45, p. 188 ; l’inscription du portique du forum d’Auguste, fig. 46, p. 191 ; le plomb germanique, fig. 54, p. 221 ? Pour le fragment de marbre des fastes triomphaux, il faut se reporter à la bibliographie, p. 299, dans la rubrique correspondante. De même, il aurait fallu donner les références aux grands corpus monétaires ce qui aurait permis d’avoir une idée des quantités et localisations. Enfin, on peut regretter que l’index, qui comporte déjà les noms de lieux et de personnes (p. 335-341), n’ait pas aussi intégré le vocabulaire des termes latins et des thèmes abordés très nombreux et riches.

 

          Histoire classique, au sens noble des deux termes, sobrement scandée par les phases politiques d’une chronologie bien établie et connue, cet ouvrage est une solide et claire synthèse qui renouvelle le genre par la complémentarité des trois approches qui fonctionne bien et presque en parfaite osmose. La fusion est en tous les cas réalisée entre les chapitres 1 et 2 de chaque partie, notamment lorsqu’il est question des monnaies, de la statuaire, des constructions urbaines. L’historien et l’archéologue parlent la même langue. Un grand mérite est de donner de façon clairement ordonnée les moyens de vivre l’époque d’Auguste de l’intérieur et non comme simple spectateur. Les auteurs ont respecté les bons codes d’un livre érudit et savant qui se lit comme un roman.

 

Sommaire

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Introduction, p. 9-10

Partie I. Aus Octavius wird Caesar - Die Jahre 63 bis 44 v. Chr., p. 11-58.

Chap. 1 Die Jugendzeit bis zur Ermordung Caesars, p. 13-27.

Chap. 2 Der junge C. Octavius und die Erfahrungswelt des spätrepublikanischen Rom, p. 28-41.

Chap. 3 Die römische Literatur zur Zeit des jungen C. Octavius, p. 42-58.

 

Partie II. Eine blutige Karriere - Die Jahre 44 bis 27 v. Chr., p. 59-118.

Chap. 1 Die dunklen Jahre: politische Ambitionen, rücksichtlose Brutalität und Bürgerkriege, p. 61-81.

Chap. 2 Der Kampf um die Bilder: vom Tod Caesars bis zur Verleihung des Ehrennamens Augustus, p. 82-102.

Chap. 3 Cicero und die Literaten um Octavian bis zu dessen Alleinherrschaft, p. 103-118.

 

Partie III. Herrscher von Rom - Die Jahre 27 bis 17 v. Chr., p. 119-170.

Chap. 1 Konsolidierung der Alleinherrschaft und der Beginn eines neuen Zeitalters, p. 121-128.

Chap. 2 Neuen Zeiten - neue Bilder: die symbolische Beglaubigung der Herrschaft des Augustus, p. 129-142.

Chap. 3 Vergil, Horaz, Livius und die augusteische Blütezeit der römischen Poesie, p. 143-170.

 

Partie IV. Herr der Welt - Die Jahre 17 bis 2 v. Chr., p. 171-213.

Chap. 1 Das Fest der neuen Zeit: Umdeutung der Geschichte und Verehrung eines neuen Göttlichen, p. 173-192.

Chap. 2 Das goldene Zeitalter wird entworfen, p. 193-203.

Chap. 3 Horaz und Ovid: Dichter im neuen Saeculum, p. 204-213.

 

Partie V. Glanz und Elend der Monarchie - Die Jahre 2 v. Chr. bis 14 n. Chr., p. 215-267.

Chap. 1 Der prekäre Ruhm: innenpolitische Krisen und Katastrophen im Reich, p. 217-234.

Chap. 2 Auf den Princeps ausgerichtet - oder: Die Konstanz der Bilder trotz Krisen, p. 235-246.

Chap. 3 Der renitente Ovid und seine Verbannung, p. 247-267.

 

Partie VI. Abschied vom einem Gott - Ausblick, p. 269-292.

Chap. 1 Verehrung - Ablehnung - Kopie, p. 271-276.

Chap. 2 Das Bild des Divus Augustus, p. 277-284.

Chap. 3 Das Erbe des Augustus in der Literatur der Nachwelt, p. 285-292.

 

Bibliographie, p. 295-331

Index des noms de lieux et de personnes, p. 335-341.