Mulliez, Dominique (dir.): Sur les pas de Wilhelm Vollgraff – cent ans d’activités archéologiques à Αrgos - Στα βήματα του Wilhelm Vollgraff ― Εκατό χρόνια ρχαιολογικής δραστηριότητας στο Άργος. Actes du colloque international organisé par la IVe EPKA et l’École française d’Athènes, 25-28 septembre 2003, RECHERCHES FRANCO-HELLÉNIQUES 4, Format 21 x 29,7 cm, 442 p., ISBN 978-2-86958-250-7, 89 €
(École française d’Athènes, Athènes 2014)
 
Compte rendu par Franck Wojan, Université François-Rabelais de Tours
(franck.wojan@orange.fr)

 
Nombre de mots : 2384 mots
Publié en ligne le 2016-03-29
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2225
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          La collection des « Recherches franco-helléniques », publiée par l’École française d’Athènes, consacre son quatrième volume aux résultats des fouilles archéologiques françaises et franco-grecques réalisées à Argos et dans ses environs. Les conclusions présentées ici sont issues d’un colloque organisé en septembre 2003 par la IVe Éphorie des Antiquités préhistoriques et classiques de Nauplie et par l’École française d’Athènes. Intitulée « Sur les pas de Wilhelm Vollgraff », cette publication prend le prétexte d’un hommage au célèbre archéologue belge, membre de l’École française d’Athènes et fouilleur infatigable de la célèbre cité péloponnésienne dans le premier tiers du XXe siècle, pour (comme l’indique le sous-titre) dresser un bilan aussi complet et précis que possible de « cent ans d’activités archéologiques à Argos ». Cependant, à la lecture du « Sommaire », le titre et le sous-titre donnés à cet ouvrage semblent un peu réducteurs au vu de la variété des sujets abordés : s’il est bien entendu question de W. Vollgraff et des fouilles archéologiques réalisées localement depuis un siècle, d’autres articles abordent également les spécificités de la recherche archéologique à Argos et en Argolide, la manière dont les habitants de la moderne Argos ont accueilli les fouilles et leurs résultats, le tout balayant une période très large qui s’étend de la Préhistoire à l’époque byzantine. On l’aura compris, la thématique du colloque originel comme de la publication qui en est issue était vaste, l’entreprise était ardue, mais le pari a été, semble-t-il, gagné à la lecture de cet imposant volume.

 

         La publication se décompose en huit grands thèmes d’inégales longueurs : « Rétrospective » (p. 17-74), « Préhistoire » (p. 75-139), « Céramique » (p. 141-174), « Nécropoles » (p. 175-217), « Architecture » (p. 219-260), « Épigraphie » (p. 261-314), « Topographie » (p. 315-403), « Argos paléochrétienne et byzantine » (p. 405-431). En tout, ce sont vingt-quatre communications qui ont été publiées et mises à jour, rédigées soit en français soit en grec, avec un résumé systématique donné en trois langues (grec, français et anglais).

 

         Le premier thème (« Rétrospectives ») comporte quatre articles. Alexandros Manthis s’est intéressé aux récits des voyageurs qui, au XIXe s., se sont rendus en Argolide et ont laissé impressions de voyage et autres descriptions (souvent utiles) des vestiges antiques encore visibles lors de leur passage. L’auteur montre l’intérêt de ces récits, associés aux archives privées et publiques, ainsi qu’à la presse locale, pour montrer l’intérêt que l’Antiquité suscitait alors, avant que les archéologues n’interviennent et ne donnent un aspect plus scientifique aux découvertes réalisées in situ. Marcel Piérart retrace l’activité de Wilhelm Vollgraff à Argos à partir de 1902. Alors que ce jeune membre étranger de l’École française d’Athènes était venu à Argos à la recherche d’un palais mycénien (qu’il ne trouva jamais), il s’intéressa ensuite aux époques plus tardives, contribua à la découverte et à la mise en valeur du patrimoine archéologique argien, tout en gardant un œil sur Argos même après l’arrêt officiel des fouilles en 1930. Basile K. Dorobinis est parti des articles de la presse locale pour décrire les réactions des habitants et des édiles d’Argos vis-à-vis des fouilles archéologiques et de la mise en avant de ce précieux patrimoine historique dans le cadre de la ville moderne. L’auteur s’intéresse également à la construction du musée archéologique d’Argos et à la maison Gordon, cette dernière appartenant à l’École française, dont elle forme en quelque sorte une « annexe » argienne. Francis Croissant dresse un bilan réaliste des cinquante dernières années de fouilles archéologiques, entre espaces réservés (le site archéologique situé sur les premiers contreforts de l’antique mont Lykôné et celui de la colline du prophète Saint-Élie appelée improprement l’Aspis) et fouilles d’urgence réalisées au cœur de la ville moderne à l’urbanisation galopante et, parfois, problématique. L’auteur montre bien toute la singularité des fouilles argiennes, qui, à la différence de celles des « grands sites » comme Delphes et Délos, ont suscité – à tort – un intérêt tardif et moindre.

 

          Le deuxième thème (« Préhistoire ») aborde les époques les plus reculées et les traces des premières occupations humaines du site argien et comporte deux articles. Le premier, d’Anna Philippa-Touchais, présente treize des dix-huit tombes (de femmes et d’enfants) découvertes dans un habitat mésohelladique du secteur sud-est de la colline de l’Aspis. Après avoir donné toutes les caractéristiques relatives aux défunts, l’auteur s’interroge sur cette forme d’inhumation intra-muros. Le second, de Gilles Touchais, établit un bilan de l’organisation spatiale de l’habitat mésohelladique sur la colline de l’Aspis, en partant notamment des quelque cinq cents tessons mycéniens découverts in situ. L’auteur en conclut qu’Argos est restée à l’écart pendant la période palatiale (concurrence de Mycènes) et que l’effondrement des palais a été profitable à la future cité.

 

         Le troisième thème, avec deux articles, traite de la céramique : Olga Tzachou-Alexandri décrit le matériel d’une tombe d’une femme découverte dans la « nécropole nord » de la cité antique et datée du début du IVe siècle av. J.-C. Elle suggère que la défunte était une prêtresse de Corè / Perséphone. Anna Banaka-Dimaki traite des vestiges et des traces d’activité des ateliers artisanaux d’époque hellénistique. Elle s’est intéressée notamment à leur localisation, leur production et l’évolution des types iconographiques.

 

         Les nécropoles sont abordées dans le quatrième thème. Éléni Sarri livre les résultats d’une fouille de sauvetage réalisée en 2000 sur le terrain d’une propriété sise au centre de la ville d’Argos. La nécropole qui y a été découverte témoigne d’un usage funéraire continu du Géométrique récent jusqu’à l’époque romaine. Philippe Charlier a procédé au réexamen des squelettes découverts dans la « nécropole sud », qui lui a permis de dresser un nouvel « état de santé » des Argiens de l’Antiquité et de réviser certains diagnostics proposés naguère.

 

         Les questions d’« Architecture » sont discutées dans ce cinquième thème. Marie-Françoise Billot a repris le dossier – négligé – des terres cuites architecturales d’Argos. En étudiant ce matériel – dispersé – et en le comparant avec les autres traditions du Péloponnèse, l’auteur a réussi à distinguer quatre grandes périodes édilitaires et à caractériser les toits de plusieurs édifices argiens en définissant divers groupes stylistiques. Jean-François Bommelaer nous fait quitter l’Argolide pour l’Apollônion de Delphes. À partir du témoignage de Pausanias et en reprenant l’étude architecturale des blocs découverts in situ, l’auteur s’intéresse aux monuments argiens de Delphes. Il en réduit le nombre à trois pour l’époque classique (cheval dourien, char d’Amphiaraos et les Épigones, niche des « rois »), tous comportant des statues de bronze. Il apparaît qu’Argos était l’une des cités les plus représentées dans le sanctuaire d’Apollon Pythien à l’époque classique.

 

         Le sixième thème, avec trois articles, parle d’« Épigraphie ». Alkisti Papadimitriou analyse des lamelles de bronze inscrites découvertes à Argos. Elle insiste sur leur lieu de conservation – des cuves en pierre et des vases en terre cuite – et sur l’importance de cette documentation qui était les archives du trésor sacré de Pallas, trésor qui faisait office de « banque centrale » de la cité. L’article de Karalampos B. Kritzas prend la suite du précédent et livre au public 134 nouvelles plaques de bronze inscrites et datées du premier tiers du IVe s. av. J.-C. Tous les documents décrits ne sont pas publiés in extenso, mais ce rapport préliminaire insiste sur l’apport de cette documentation originale à notre connaissance de l’histoire et des institutions de la cité des Argiens.

 

         Le septième thème, avec cinq textes portant sur la « Topographie », est de loin le domaine le plus abordé. Patrick Marchetti s’interroge tout d’abord sur la définition d’un centre urbain en général et du centre urbain argien en particulier. Pour répondre à cette question en apparence simple, mais plus discutable qu’il n’y paraît de prime abord, l’auteur part de l’emplacement de la (des) nécropole(s) et de celui des remparts, sans oublier le tracé des routes antiques. Christos I. Pitéros s’intéresse, pour toute la période antique, à l’historique des remparts de la ville d’Argos en liaison avec la fortification de l’acropole de la Larisa. Olga Psychoyos reprend le dossier de la localisation du stade argien dans lequel se sont déroulés les Concours néméens. Les données archéologiques, mais aussi les récits de voyageurs, sont mis à contribution pour situer le stade à l’intérieur du mur d’enceinte de la ville, dans l’étroite plaine qui sépare, au nord-est de la ville, la colline de la Larisa et celle du Prophète Élie (Aspis). Katérina Barakari-Gleni décrit un nouvel espace cultuel complexe fouillé à la fin du XXe siècle au sud-est de la ville. Une utilisation continue entre l’époque géométrique et byzantine est attestée par le matériel découvert. Si, à l’origine, l’espace n’était composé que d’une simple tombe, des traces d’une intense activité cultuelle ont été détectées, suivie par l’édification d’un petit sanctuaire et d’un péribole. Éléni Palaiologou achève ce tour d’horizon topographique avec un tronçon de la voie antique qui menait de l’Hèraion à la ville d’Argos découvert en 2001. L’auteur suggère d’y voir un vestige de la route empruntée par la procession rituelle qui se déroulait lors de chaque grande fête en l’honneur d’Héra.

 

         Les trois derniers articles qui composent le huitième thème abordent l’Antiquité tardive et la transition vers l’époque byzantine. Askold Ivantchik part des résultats des fouilles de l’agora pour esquisser un portrait de la vie religieuse à Argos aux IVe et Ve siècles de notre ère. À l’instar de ce qui s’est fait dans d’autres régions, les Argiens ont soit détruit les sanctuaires païens soit réutilisé ces sanctuaires païens pour les consacrer à la religion nouvelle. L’auteur constate également que les pratiques païennes – comme des rites magiques qui utilisaient des lampes et du feu – ont gardé de nombreux adeptes à Argos jusqu’à une date avancée, et ce malgré les interdictions de l’Église. Jean-Michel Saulnier présente brièvement les monnaies médiévales mises au jour lors des diverses campagnes de fouilles. Il montre que l’activité économique monnayée a pratiquement disparu au début du Moyen Âge malgré l’introduction du système monétaire byzantin. Gisèle Hadji-Minaglou décrit enfin l’église de la Dormition de la Vierge, construite aux XIe-XIIe s., victime d’un tremblement de terre, puis restaurée en 1699.

 

         L’ouvrage s’achève par une dernière communication « extra-muros » (p. 435-442) consacrée à l’utilisation du « Système d’information géographique » (SIG) appliqué à l’archéologie et au territoire argien. Envisagée en 2003, le bilan esquissé ici au terme d’une décennie montre tout l’intérêt que les historiens, les archéologues et les géographes ont à tirer de l’utilisation de ces nouvelles méthodes d’analyse des « terroirs ».

 

         Cette belle publication, à la maquette aérée et élégante, apporte donc de nouvelles et parfois précieuses informations sur l’histoire, la topographie et l’archéologie d’une des plus vieilles cités du Péloponnèse. Bien que souvent – et à tort – négligée, Argos mérite sinon un détour, à tout le moins un intérêt de la part de tous ceux qui s’occupent de la Grèce antique en général et du Péloponnèse en particulier. C’est tout l’attrait des actes de ce colloque d’offrir au public les résultats des fouilles archéologiques dont on fête le centenaire. Wilhelm Vollgraff peut être fier des résultats obtenus comme de l’intérêt grandissant que semblent enfin susciter Argos et l’Argolide depuis quelques années. Si les publications restent modestes comparativement à celles concernant Delphes ou Délos, elles n’en sont pas moins de qualité. Quelques regrets, cependant, émergent, au fil des pages. Tout d’abord, le monnayage argien antique n’a fait l’objet d’aucune présentation et l’on attend avec impatience la publication des monnaies de fouilles d’Argos par Catherine Grandjean et al. (époque grecque) et par Patrick Marchetti et al. (époque romaine), mais ce dernier, en collaboration avec Christophe Flament, a déjà livré les monnaies argiennes d’époque romaine (coll. « Études péloponnésiennes », vol. XIV, 2011). Ensuite, bien que l’éditeur se défende du délai trop long qui sépare la tenue du colloque (2003) de la présente publication (2013) et rappelle que ce délai a été utilisé pour actualiser les articles, on ne peut que regretter qu’il faille une décennie pour pouvoir profiter de résultats et de conclusions aussi intéressants. Enfin, à l’heure de l’informatisation et du traitement de texte, il est étonnant qu’un tel ouvrage ne dispose pas d’indices dignes de ce nom et qui facilitent grandement la recherche. Malgré ces quelques réserves, il est tout à l’honneur de l’École française d’Athènes et de la IVe Éphorie des Antiquités préhistoriques et classiques de Nauplie de continuer à nous faire connaître cette passionnante cité argienne si méconnue et délaissée.

 

 

Table des matières :

 

(N.B. : les titres des articles sont donnés en français, y compris ceux qui ont été rédigés en grec).

 

« Prologue » et « Note des éditeurs », p. 11-15.

 

Alexandros MANTHIS, «  L’attention portée aux antiquités d’Argos au cours de la seconde moitié du XIXe siècle », p. 17-30.

 

Marcel PIÉRART, « “Arrivé au train d’une heure”. Les fouilles de Wilhelm Vollgraff à Argos », p. 31-39.

 

Basile K. DOROBINIS, « Les fouilles françaises à Argos et la réaction du public. Le cas de Wilhelm Vollgraff », p. 41-57.

 

Francis CROISSANT, «  Cinquante ans de recherches de l’École française d’Athènes à Argos (1952-2002) », p. 59-74.

 

Anna PHILIPPA-TOUCHAIS, «  Les tombes intra-muros de l’Helladique Moyen à la lumière des fouilles de l’Aspis d’Argos », p. 75-100.

 

Gilles TOUCHAIS, « La colline de l’Aspis à l’époque mycénienne », p. 101-139.

 

Olga TZACHOU-ALEXANDRI, « Un lébès gamikos de la Nécropole Nord d’Argos avec protomés en relief », p. 141-156.

 

Anna BANAKA-DIMAKI, « Les ateliers d’Argos à l’époque hellénistique », p. 157-174.

 

Éléni SARRI, « Fouille d’un secteur d’une nécropole d’époque classique et hellénistique, rue Ém. Roussos à Argos », p. 175-199.

 

Philippe CHARLIER, « Réexamen des squelettes d’Argos (Nécropole Sud). Apport de la paléopathologie à l’évaluation de l’état de santé des populations », p. 201-217.

 

Marie-Françoise BILLOT, Quelques apports des recherches sur les toits antiques d’Argos », p. 219-245.

 

Jean-François BOMMELAER, « Monuments argiens d’époque classique à Delphes », p. 247-260.

 

Alkisti PAPADEMETRIOU, « Nouvelles plaques de bronze inscrites à Argos. I. L’analyse des données de fouille du terrain Eu. Smyrnaios. », p. 261-274.

 

Charalampos B. KRITZAS, « Nouvelles plaques de bronze inscrites à Argos. II. Rapport préliminaire. », p. 275-301.

 

Eirini PSARRA, « Une stèle funéraire inscrite d’Argos », p. 303-314.

 

Patrick MARCHETTI, «  Argos : la ville en ses remparts », p. 315-334.

 

Christos I. PITEROS, «  L’acropole de la Larisa et les remparts de la ville d’Argos », p. 335-352.

 

Olga PSYCHOIOS, «  Où il est de nouveau question du stade antique et de l’Aspis à Argos », p. 353-372.

 

Katérina BARAKARI-GLENI, « Un nouveau lieu de culte à Argos », p. 373-392.

 

Éléni PALAIOLOGOU, « Une voie vers l’Hèraion d’Argos », p. 393-403.

 

Askold IVANTCHIK, « Paganisme et christianisme à Argos au IVe et au Ve s. apr. J.-C. Résultats des fouilles de l’agora », p. 405-415.

 

Jean-Michel SAULNIER, « Quelques éléments sur les monnaies médiévales d’Argos », p. 417-421.

 

Gisèle HADJI-MINAGLOU, « La Dormition de la Vierge au cimetière Sud », p. 423-431.

 

Laurent COSTA, Anne PARIENTE, Sandrine ROBERT, « De W. Vollgraff au SIG ou l’espace argien revisité », p. 433-442.