Abadie, Daniel - Butor, Michel: La chasse au trésor de Jean Le Gac. Catalogue exposition musée d’Archéologie nationale, château de Saint-Germain-en-Laye, 24 octobre 2007 - 5 mai 2008, 15x18.7 cm, 100 p., 90 illustrations couleur, broché, 25 euros, ISBN 978-2-7118-4257
(RMN, Paris 2007)
 
Compte rendu par Claire Joncheray, Université Paris 10
(claire.joncheray@free.fr)

 
Nombre de mots : 883 mots
Publié en ligne le 2008-04-19
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=225
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La chasse au trésor de Jean Le Gac, un livre « que l’on aurait renoncé à identifier dans le demi-réveil, se repliant sous la couverture, remettant la solution à plus tard ou à jamais » (M. Butor, p. 6, à propos du poème de Mallarmé, Le tombeau d’Edgar Poe). N’étant pas uniquement conçu comme un catalogue d’exposition, le livre incite au voyage et au rêve. Sur la couverture couleur ivoire, seul un croquis de Jean Le Gac à la mine de plomb sur calque évoque le thème de l’archéologie, du passé et de la mort. L’absence de commentaire en quatrième de couverture oblige le lecteur à plonger, à « tomber » selon les propos de Michel Butor, devant un livre-objet, dont l’aménagement éditorial reflète une installation temporaire d’art contemporain, à travers un cheminement à la découverte d’un artiste, d’une œuvre et d’une construction permanente d’une histoire personnelle et universelle. En plongée sur la chapelle gothique du Musée Archéologique National de Saint-Germain-en-Laye, la première photo du catalogue montre une vue générale de cette installation, projet de F. Mariani-Ducray, directrice des Musées de France, pour le Musée d’Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye, commandé à Jean Le Gac, réalisé par Daniel Abadie et exposé du 24 octobre 2007 au 5 mai 2008.

La chasse au trésor se présente comme une quête des œuvres elles-mêmes. Précédées par les textes de Michel Butor, Jean Le Gac et Daniel Abadie, elles sont mises en contexte intellectuel dans Le Carnet qui explique leur naissance et en contexte spatial dans les photographies du Parcours où elles retrouvent une place dans leur ensemble. L’assemblage des œuvres donne sens à leur hétérogénéité. Une vingtaine d’œuvres se présente sur des bâches militaires cousues entre elles : il s’agit de « peintures sur toile fragmentaires, des textes et photographies jets d’encre sur tissu/toile » (p. 28). Les quatre textes de ce petit livre sont séparés par une page colorée d’un marron uniforme, couleur de la terre et des bâches qui délimitent l’espace de la représentation picturale.

Les quatre textes se partagent en deux parties équitables, qu’une page de couleur uniforme bleu ciel sépare.

La première partie comporte une réflexion de Michel Butor (À la recherche du tombeau perdu), sur le thème des mots, de la mort, du passé et de l’archéologie, variation sur un poème de Mallarmé. Michel Butor choisit aussi une référence à l’œuvre de Marcel Proust : à la manière d’un archéologue, M. Proust en effet « collecte comme dans une enquête, les données utiles à un déchiffrement. (…) Au bout de tous ces jeux de miroirs, de ces mouvements d’aller-retour, de ces découpages savants, le lecteur finira par voir le puzzle reconstitué, retrouvé ». (Le XXe siècle, X. Darcos et alii, Collection Perspectives et confrontations, Hachette, p. 288). Cette réflexion est suivie d’un commentaire des œuvres par Jean Le Gac, Le Carnet. Le parcours artistique est défini de manière onirique par des réflexions personnelles sur un projet de concordance entre le travail du peintre et celui de l’archéologue. L’écriture cursive du Carnet assortie de photographies (les hommes face aux objets et aux sites archéologiques) crée une impression de connivence avec l’artiste.

La seconde partie, plus matérialiste qu’onirique, s’ouvre sur « Un petit miroir de Jean Le Gac » de Daniel Abadie : il s’agit de présenter le programme d’un peintre-explorateur-archéologue-aventurier actif depuis le début des années 70. Une chronologie de sa vie et de son œuvre précède la présentation photographique de l’installation, reproduite p. 84-99.

Jean Le Gac a déjà exposé dans un musée archéologique, à Bologne en 1994 et à l’Université de Nimègue en 2002. Le projet du Musée d’Archéologie Nationale de Saint-Germain-en-Laye permet de confronter deux types d’archéologie : une archéologie personnelle et l’archéologie comme discipline scientifique.

Une partie du travail de Jean Le Gac relève de la recherche sur le peintre, sur le comment de sa création. « Le champ de fouille qu’est notre vie » écrit M. Butor comme introduction à la lecture du Carnet (À la recherche du tombeau perdu, p. 11). « Remuer des choses du passé pour comprendre le présent » (Le Carnet, p. 26) provoque une enquête sur l’art. Comment on arrive à l’œuvre, comment on devient artiste alors que rien ne semble prédestiner à cet art ? Le plasticien cherche à concilier, à travers les notions d’inachevé et de parasitage (p. 46), l’image et la peinture, au moment de la « naissance de l’image » (p. 51).

La capture de l’image par le plasticien est équivalente au travail de l’archéologue : disparition et permanence sont au cœur de son œuvre. L’archéologue cherche la civilisation à partir des fragments, peint l’image, donne naissance au vestige. Le quadrillage horizontal et la coupe verticale du chantier archéologique (p. 23) correspondent à un travail sur l’espace auquel le plasticien est sensible. Ainsi propose-t-il une œuvre au sol sur une couverture militaire selon un périmètre de chantiers de fouille (il y a « mimétisme » et « programme » dans cette installation [p. 39]). Un processus de dégradation du temps et de naissance de l’image est présenté au public à Saint-Germain-en-Laye, processus vécu à la fois sur un chantier archéologique et dans l’atelier d’un artiste-peintre.

Il s’agit donc d’« une œuvre monumentale, patchwork, d’une vaste couverture (165 m2) » (p. 40) qui rend hommage aux archéologues Dorothy Garrod et à l’abbé Breuil (pour leurs études en préhistoire), à Dominique Roussel (fouilles à Tanis en Egypte), à Lord Carnarvon (la malédiction de Toutankhamon), à Victor Segalen (les stèles des Han, empereurs de Chine), et par là même à tous les artistes, peintres, poètes et archéologues.