AA.VV.: Les maîtres italiens du musée de Brest. (Collection « Les clés de l’exposition »), livret édité à l’occasion de l’exposition présentée au musée des beaux-arts de Brest du 30 avril 2014 au 4 janvier 2014.33 p., ISBN : 9782917055151, 5 €
(Musée des beaux-arts de Brest, Brest 2014)
 
Compte rendu par Emmanuel Lamouche, Université de Nantes
(emmanuel.lamouche@hotmail.fr)

 
Nombre de mots : 1289 mots
Publié en ligne le 2014-11-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2354
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          Le musée des beaux-arts de Brest propose depuis le printemps dernier, et jusqu'au 4 janvier 2015, une présentation de sa remarquable collection de peintures italiennes, sous le titre Les Maîtres italiens du musée de Brest. Faisant écho à la récente exposition De Véronèse à Casanova organisée à Quimper et à Rennes sur les œuvres italiennes conservées dans les musées de Bretagne (1), l'exposition brestoise constitue l'occasion de découvrir un très bel ensemble de tableaux, du XVIe au XVIIIe siècle.

         

          Cette collection, dont il faut souligner qu'elle a été constituée seulement à partir des années 1960 (2), n'est malheureusement jamais exposée dans son intégralité en raison du manque d'espace évident dont souffre le musée. Dernièrement, et pendant plusieurs mois, un certain nombre d’œuvres majeures étaient en outre absentes de ses cimaises, comme L'Histoire écrivant ses récits sur le dos du Temps de Luca Giordano et La Mort de Marc-Antoine de Pompeo Batoni, présentés à Quimper et à Rennes en 2013-2014 ; la Sainte Famille attribuée à Carlo Saraceni, était à la même période exposée à Rome dans le cadre de la rétrospective consacrée à l'artiste au Palazzo di Venezia (3). Si ces mouvements d’œuvres contribuent sans nul doute au rayonnement des collections brestoises, on ne peut qu'approuver l'initiative du musée de réunir enfin une partie de ses highlights, et de mettre à l'honneur, au moins pendant quelques mois, une trentaine de ses œuvres italiennes sur toute la surface du premier étage du bâtiment.

         

          À la vue de l'exposition, et à la lecture du livret de visite, on regrette qu'un véritable catalogue raisonné de la collection ne soit pas paru simultanément. Aucun catalogue des peintures anciennes du musée des beaux-arts de Brest n'a en effet vu le jour depuis l'exposition Renaissance du musée de Brest organisée au Louvre en 1974 (4). Cette absence rend donc d'autant plus précieux le petit livret de 32 pages proposé pour la visite de l'exposition. L'abondance des illustrations de bonne qualité qu'on y trouve permet de conserver une trace visuelle très utile des collections italiennes du musée, et son prix modique en fait un support dont il serait dommage de se priver. Il faut saluer cette volonté de mettre en valeur une collection trop méconnue par la publication d'un fascicule présentant des œuvres pour la plupart rarement reproduites.

           

          Mais disons tout de suite que l'historien de l'art n'y trouvera pas entièrement son compte, car le livret est avant tout destiné au grand public, auquel il souhaite livrer des « clés » – c'est le terme employé – pour comprendre les œuvres. Ce souci de pédagogie se retrouve par ailleurs dans toute l'exposition, dont les différentes sections, clairement énoncées, sont reprises dans le fascicule : « L'art, une arme aux mains de l’Église », « L'art, une expression des mouvements de l'âme », « L'art, éloge du quotidien », « L'art, une mise en scène de l'Histoire ». Si les thématiques sont généralistes, un effort a été fait dans le livret pour replacer les œuvres dans un contexte culturel et historique décrit en quelques lignes au début de chaque partie. Une carte de la péninsule italienne aux XVIIe et XVIIIe siècles, ouvre le livret tout comme l'exposition. Des définitions rapides de certains termes propres à l'histoire et à l'histoire de l'art (Contre-réforme, clair-obscur, rococo, sfumato, Grand Tour…), parsèment le livret, offrant au public le moins expérimenté – notamment les plus jeunes – des clés de compréhension appréciables.

           

          Il est dommage que toutes les œuvres reproduites ne soient pas accompagnées d'un texte explicatif, mais les notices proposées sont souvent intéressantes, bien que trop courtes, abordant surtout, pour la plupart d'entre elles, des questions d'ordre iconographique, accompagnées de quelques brèves lignes sur le peintre. Certaines œuvres bénéficient toutefois d'un développement supplémentaire par la présence d'éléments de comparaison reproduits en couleurs : c'est le cas du Martyre de saint Sébastien de Daniele Crespi, rapproché, avec le Saint Sébastien d'Alessandro Rosi, de la Pietà de Crespi conservée au musée du Prado (p. 6), ou encore la Piazzetta de San Marco de Canaletto, dont une autre version est conservée dans les collections royales britanniques (p. 24-25). D'autres notices encore sont enrichies par la reproduction d'œuvres préparatoires ou de gravures, comme La Mort de Marc-Antoine de Batoni (p. 30), gravé par Jean Georges Wille, ou encore la  célèbre – et terrible – Vocation de saint François Borgia de Pietro Della Vecchia, dont un dessin préparatoire se trouve au Louvre (p. 15). Les auteurs du livret ont également eu la bonne idée de publier la belle esquisse de Giuseppe Barnaba Solieri pour le rideau de scène du théâtre détruit de la Delizia di Bellaria à Mugnano, en regard de la réflectographie infrarouge qui permet de révéler une première composition abandonnée sous la couche picturale de l’œuvre définitive (p. 20-21). On sera moins convaincu en revanche par les petits dessins (heureusement en nombre restreint) qu'on rencontre ici et là dans le livret, qui ont pour but de représenter les tableaux « en situation » : ainsi, le Saint Jérôme du Cavalier d'Arpin dans une reconstitution de chapelle privée (p. 4), ou le Départ d’Énée de Francesco de Mura dans un intérieur aristocratique du XVIIIe siècle (p. 17)… Outre que les croquis paraissent très approximatifs, de telles représentations exigent un minimum d'explications sur l'origine des œuvres. Le cas du Saint Sébastien de Crespi est dans ce sens le plus problématique : inséré virtuellement dans un grand retable architecturé, il apparaît comme la troisième partie d'un triptyque, dont les deux autres compositions (notamment une Assomption) sont esquissées (p. 6). On cherchera, hélas en vain, à savoir si cette reconstitution s'appuie sur des données historiques précises.

           

          La publication d'un tel livret, en couleurs, si peu cher, reste néanmoins une excellente initiative, qu'on aimerait voir se développer dans d'autres musées. Le visiteur du musée des beaux-arts de Brest peut en effet quitter l'exposition Les Maîtres italiens avec à la main un support plus instructif et honnête que bien des albums d'expositions « blockbusters » qu'on lui propose au sortir de certains grands établissements. Mais la belle ambition d'allier pédagogie à destination du grand public, reproductions de qualité, et quelques éléments scientifiques permettant de mieux connaître les œuvres, le tout dans un fascicule maniable et peu coûteux, fait regretter que le sérieux de l'entreprise n'ait pas été poussé plus loin, pour satisfaire aussi un autre public, plus initié : on touche ici à la question des limites de la « vulgarisation » de l'histoire de l'art auprès des visiteurs non spécialistes. Les dimensions des œuvres, quelques lignes sur leur parcours à travers le temps, quelques références bibliographiques, n'auraient certes pas encombré les pages du livret, mais auraient sans nul doute fait de celui-ci un véritable outil de recherche, modeste mais utile. Gageons que ces exigences seront satisfaites dans une publication ultérieure plus vaste, c'est-à-dire un vrai catalogue des collections brestoises, y compris celles ayant disparu en 1941, que le très beau florilège de tableaux donnés à voir dans ce livret d'exposition fait espérer et rend désormais indispensable.

 

 

Notes :

(1) De Véronèse à Casanova. Parcours italien dans les collections de Bretagne, exposition au musée des Beaux-arts de Quimper du 19 avril au 30 septembre 2013, et au musée des Beaux-arts de Rennes du 8 novembre 2013 au 2 février 2014. Catalogue sous la direction de Mylène Allano, Lyon, Lieux Dits, 2013.

(2) Les auteurs du livret rappellent que le premier musée de Brest, créé à partir de 1875, fut entièrement détruit avec ses collections dans les bombardements de 1941 (p. 32).

(3) Carlo Saraceni, 1579-1620. Un Veneziano tra Roma e l'Europa, exposition à Rome, Palazzo di Venezia, 29 novembre 2013 – 2 mars 2014. Catalogue sous la direction de Maria Giulia Aurigemma, Rome, De Luca, 2013. Le tableau de Brest y est publié sous l'attribution à Guy François (cat. 79, p. 348-350).

(4) Renaissance du musée de Brest, acquisitions récentes, Paris, Musée du Louvre édition