Miller, Lesley Ellis : Soieries, le livre d’échantillons d’un marchand français au siècle des Lumières. 272 p., ISBN : 9782884531818,
49 €
(La Bibliothèque des Arts, Lausanne 2014)
 
Compte rendu par Tiphaine Gaumy
(tiphaine.gaumy@orange.fr)

 
Nombre de mots : 848 mots
Publié en ligne le 2016-01-31
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2356
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          Avec ce « beau livre », dans la lignée de la Gazette des atours de Marie-Antoinette publiée en 2006 à la Réunion des Musées nationaux, Lesley Ellis Miller, conservatrice au Victoria and Albert Museum et spécialiste de l'industrie de sériculture lyonnaise au XVIIIe siècle, emmène le lecteur, qu'il soit amateur ou spécialiste, dans les circuits commerciaux et vestimentaires de l'Europe du XVIIIe siècle.

 

         Le point de départ est un livre d'échantillons d'un marchand lyonnais au destin particulier : ce catalogue d'échantillon d'environ cent pages – cent autres sont restées blanches et ont été omises dans le fac-similé -, de mille échantillons de tissus et de plus de huit kilos, a été saisi en 1764 aux douanes anglaises. Dans le contexte de concurrence industrielle et commerciale entre l'Angleterre et la France, le catalogue d'échantillons change plusieurs fois de mains tout au long du XIXe siècle avant d'être acquis en 1972 par le Victoria and Albert Museum, avec une partie des archives de la manufacture anglaise Warner qui le possédait depuis le XIXe siècle.

 

         L'étude de Lesley Miller comporte trois parties. La première, richement illustrée, permet de remettre en contexte le livre d'échantillons et sa saisie en Angleterre. L'auteur revient tout d'abord sur la production et le marché des soieries en France, leurs types, leurs prix, leur usage selon les saisons, en gardant toujours comme fil directeur les échantillons du livre confisqué en 1764 dont elle compare des extraits aux costumes et aux tableaux de l'époque, à la fois pour les hommes et pour les femmes. Avant de passer au second chapitre, l'auteur revient sur le danger que peut représenter un tel livre d'échantillons pour son propriétaire : en favorisant la publicité autour, il peut s'attendre à voir ses produits copiés par la concurrence, en ces temps où copie et contrebande font rage, mais le livre avec ses échantillons reste le meilleur catalogue et la meilleure vitrine « transportable » pour un marchand ou son commissionnaire, comme il sera dit en fin de second chapitre. Notons toutefois le caractère exceptionnel du livre d'échantillons étudié, car ses huit kilos le placent parmi les plus pesants exemples connus et son nombre d'échantillons est très conséquent, surtout si on le compare au faible nombre que comportent les correspondances que s'échangent les marchands.

 

         Le second chapitre est plus particulièrement consacré aux soieries lyonnaises : la figure du fournisseur de soierie, marchand ou fabriquant, dont on trouve de nombreux exemples cités dans le livre d'échantillons – la liste est en annexe deux -, est replacé dans le cadre des métiers lyonnais – La Grande Fabrique - mais surtout dans l'environnement à la fois industriel, commercial et familial, intrinsèquement liés à cette époque. L'industrie de la soie est une des plus prospères de Lyon au XVIIIe siècle, elle occupe bon nombre d'ouvriers mais surtout de marchands aisés dont Lesley Ellis Miller s'attache à décrire les sociétés et les dynasties professionnelles qui leur permettent de rassembler les capitaux indispensables à l'expansion de leurs affaires.

 

         Le troisième chapitre, intitulé « GG : la clef du livre d'échantillons », nous fait entrer plus avant dans ce monde des marchands de soie lyonnais, au travers de la société Galy, Gallien et Symiand : grâce aux échantillons textiles, aux archives et aux dessins sur papier les concernant qui ont été conservés, le livre d'échantillons a pu être daté et l'auteur peut retracer l'histoire de la société et les carrières personnelles de ces trois associés, cités à plusieurs reprises.

 

         La seconde partie de l'ouvrage consiste en « l'édition » en fac-similé du livre d'échantillons, avec de très belles reproductions photographiques qui, dans la mesure du possible, rendent justice aux jeux de lumières des textiles. Une étude particulière, relative aux échantillons déplacés, complète ce fac-similé et illustre la longévité de son utilisation, puisque des morceaux textiles du XIXe siècle, voire des copies du XXe siècle, y ont été insérés.

 

         Dans une troisième partie, l'ouvrage contient trois annexes plus destinées aux professionnels, un glossaire, une bibliographie sélective et un index sélectif : la première annexe est une analyse technique de dix-sept des échantillons du livre par Helen Persson du CIETA ; la seconde est la liste des vingt-huit marchands fabricants cités dans le livre d'échantillons, Galy, Gallien et cie y compris, avec les identifications et les informations les concernant quand elles ont pu être réunies (un sur deux environ) ; la troisième et dernière annexe est l'inventaire des dessins conservés pour la société Galy, Gallien et cie, au Victoria and Albert Museum, au Museum of Fine Arts de Boston, au Art Institute de Chicago, au Musée des Tissus de Lyon, au Musée des Arts décoratifs de Paris et dans les archives de la maison Prelle. L'ouvrage s'achève sur une postface de Pierre Arizzoli-Clémentel.

 

         L'ouvrage de Lesley Ellis Miller est donc très équilibré et répondra autant aux attentes des professionnels que des amateurs de beaux livres : le texte, à la fois bref et alléchant, incite les curieux à poursuivre leur lecture avec la trop courte bibliographie proposée ; les illustrations du texte sont très bien choisies et annoncent la qualité et l'intérêt du fac-similé ; les annexes, mises en regard du fac-similé, intéresseront l'historien du costume et le spécialiste du commerce lyonnais.