AA.VV. : Aberson, Michel - Biella, Maria Cristina - Di Fazio, Massimiliano - Wullschleger, Manuela (dir.) : Entre archéologie et histoire : dialogues sur divers peuples de l’Italie préromaine (Etudes genevoises sur l’Antiquité, 2). 362 p., ISBN : 978-3-0343-1324-7, 78.50 €
(Peter Lang, Berne 2014)
 
Compte rendu par Arianna Esposito, Université de Bourgogne
(arianna.esposito@u-bourgogne.fr)

 
Nombre de mots : 1901 mots
Publié en ligne le 2016-12-08
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2384
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          Ce livre correspond aux actes du colloque international « E Pluribus unum ? Entre archéologie et histoire : dialogues sur divers peuples de l’Italie préromaine » (Vandœuvres/Genève, Fondation Hardt, 30 janvier-3 février 2013). Première rencontre scientifique, sur trois colloques prévus, elle s’ancre dans un projet intitulé « E pluribus unum ? L’Italie, de la diversité préromaine à l’unité augustéenne ».  L’ouvrage porte sur les peuples de l’Italie centrale, sur leurs histoires – avant et après la conquête romaine –, sur leurs identités – à l’époque de l’indépendance et, par la suite, à l’intérieur de l’État romain ; l’importance des rôles joués par ces différents peuples dans la formation graduelle de l’Italie romaine y est soulignée, et la manière dont  ils ont contribué à forger son « identité inachevée » (p. 1) y est illustrée.

 

         À l’origine de ce projet, une rencontre à la fois humaine et scientifique : celle des quatre éditeurs, deux Italiens et deux Suisses, deux archéologues et deux historiens. Le projet vise en effet à consolider le dialogue entre deux disciplines : histoire et archéologie. Il part d’un constat : si ce dialogue a bel et bien existé, débouchant, notamment en Italie, sur une confrontation féconde entre les deux spécialités - autour, par exemple, de la revue Dialoghi di archelogia - il s’est par la suite affaibli (p. 1 ; voir aussi p. 349-350, les conclusions de M. Torelli). Au-delà de la confrontation entre ces deux disciplines,  il y a également ici une double approche entre linguistes et spécialistes de la littérature latine,  ceci à des fins de bon équilibre et de complémentarité entre ces diverses méthodologies. La démarche des éditeurs consiste avant tout à montrer l’articulation, tant pratique que théorique, de l’histoire avec les autres disciplines évoquées. Si l’accent est mis sur l’archéologie et l’histoire, présentées sur un pied d’égalité scientifique, les travaux réunis dans ce volume permettent en général un croisement des sources et des méthodes.

 

         Ce premier volume, programme fidèle de la première rencontre, propose un ensemble d’études consacrées aux peuples italiques durant les périodes précédant la conquête romaine. Les Sabins, Ombriens, Picéniens, Samnites, Campaniens, Lucaniens, Volsques, Falisques, Capénates et Latins (les Étrusques sont délibérément mis de côté, p. 2) ont fait l'objet de recherches récentes, archéologiques, d’une part, et historiques, de l’autre. Ces peuples sont approchés au travers de thématiques ciblées : l’émergence des divers ethnè dans les sources écrites, les spécificités culturelles perceptibles pour chacun d’entre eux par le biais de l’archéologie, les liens entre ethnos et territoire et les relations avec les ethnè voisins.

 

         Chaque dossier a été confié à un binôme de chercheurs, l’un de formation plutôt archéologique, l’autre plus historique, dans le but de vérifier si les diverses approches parviennent à des conclusions analogues ; et si, en dépassant les spécificités disciplinaires, se dégagent des motifs communs - historiques et méthodologiques - ou si, au contraire, les deux méthodologies adoptées mettent en évidence des résultats distincts.

 

         L’ouvrage se compose ainsi de dix-huit articles, deux pour chaque peuple, rédigés en anglais, italien et français, d’une longueur comprise entre neuf et trente pages (mais pour la plupart s’étalant sur une quinzaine de pages en moyenne) et généralement bien illustrés. Le lecteur ne trouvera ni résumés ni index, qui auraient pourtant facilité la consultation de l’ouvrage. On favorise ici plutôt une consultation par peuple et par binôme d’auteurs, en alternant la « perspective historique » et la « perspective archéologique » ; ces mentions sont reprises quasi systématiquement dans les intitulés des articles, exception faite pour la section sur les Picéniens, où le deuxième article de M. Aberson et R. Wachter porte sur les données historiques, épigraphiques et linguistiques des Ombriens, Sabins, Picéniens et peuples sabelliques des Abruzzes (voir infra).

 

         Le risque, pour tout projet de ce type, avec cette envergure chronologique et géographique, est une certaine dispersion des études ôtant toute cohérence au sujet initial. Dans ce volume, les articles se présentent comme des sortes de monographies, et c’est bien l’uniformité des questions sous-tendues qui permet de parvenir à une synthèse plus vaste et transversale entre les différents ethnè. Au-delà de l’apparente diversité des chapitres, telle qu’elle peut se dégager en parcourant la table des matières, la cohérence de l’ouvrage se révèle ainsi au fur et à mesure de la lecture.

 

         Après une courte prémisse, en italien, des éditeurs (p. 1-4), nécessaire mise en contexte rappelant le projet et ses enjeux, l’ouvrage s’ouvre sur un article de Maurizio Harari (« Histoire et imaginaire des anciennes Italies », p. 5-20) esquissant une synthèse érudite sur les « représentations » de l’Italie élaborées par les historiens et les antiquaires entre la fin du XVIIIe siècle et le début du XXe siècle.

 

         Débute ensuite la séquence d’articles organisés par peuples. Tout d’abord sur les Latins, avec deux articles, le premier de C.J. Smith, « The Latins: historical perspective », p. 21-30, offrant une synthèse très bien informée, étayée par les données archéologiques, sur les origines de cet ethnos, sur les relations avec Rome et notamment sur la place des sanctuaires dans la construction d’une mémoire collective. Vient ensuite celui de Paolo Carafa, « I Latini: prospettiva archeologica », p. 31-50, article faisant préalablement le point sur l’approche des données archéologiques et sur le débat relatif à la nouvelle chronologie de la Péninsule, pour aborder la question de la construction de paysages urbains analogues dans le Latium lors de la phase pré- et proto-urbaine.

 

         Suivent deux contributions sur les Falisques et Capénates, avec l’article de D. Briquel, « Les Falisques et les Capénates : perspective historique. Les témoignages littéraires et leurs limites », p. 51-64, soulignant la place marginale de ces ethnè dans l’historiographie romaine ; puis celui de M. C. Biella, « I Falisci e i Capenati: prospettiva archeologica », p. 65-81, s’intéressant au débat et à la place de ces deux ethnè dans l’Italie préromaine.

 

         L’ouvrage se prolonge avec deux études sur les Ombriens, en premier lieu l’article de S. Sisani, « Gli Umbri: prospettiva storica », p. 85-105, questionnant tout d’abord les relations entre Ombriens et Sabins dans les sources anciennes et l’ambiguïté même de leur définition ethnographique, pour ensuite envisager l’extension du territoire ombrien à partir notamment des témoignages épigraphiques ; cet article est suivi par la contribution de S. Stoddart et D. Redhouse, « The Umbrians: archaeological perspective », p. 107-124, faisant le point sur l’importance du cas de Gubbio dans l’historiographie moderne et contemporaine, sur le développement d’une identité communautaire relevant de la « connectivité » de Gubbio avec le reste de l’Ombrie.

 

         Le lecteur peut alors consulter deux articles sur les Sabins, celui de C.J. Smith, « The Sabines: historical perspective. Who invented the Sabines? », p. 127-136, insistant sur la nature extrêmement stratifiée de l’historiographie sur cet ethnos et, par conséquent, sur le gap existant entre réalité et perception, voire sur la nature dichotomique de la représentation romaine de ce peuple ; puis celui d’E. Benelli, « I Sabini: prospettiva archeologica », p . 137-148, offrant une révision générale de toutes les données archéologiques sur les nécropoles sabines, en relation avec les données de l’habitat. 

 

         À ces développements succèdent deux contributions sur les Picéniens, avec l’article d’A. Naso, « I Piceni: prospettiva archeologica », p. 151-165, proposant une synthèse actualisée de l’histoire de cet ethnos, depuis ses origines jusqu’à l’invasion celte et à la conquête romaine ; et celle de M. Aberson et R. Wachter, « Ombriens, Sabins, Picéniens, peuples sabelliques des Abruzzes : une enquête historique, épigraphique et linguistique », p. 167-201. Cette dernière s’écarte du schéma général proposé durant le colloque, approche historique et approche archéologique  (il s’agit également de l’article le plus long du volume), pour retenir une aire assez vaste et prendre en compte l’ensemble des textes épigraphiques non latins, non étrusques et non samnites attestés dans cet ensemble territorial, essentiellement à partir du recueil Imaginae Italicae publié par M. Crawford et son équipe.

 

         Les deux articles suivants, sur les Samnites, sont rédigés respectivement par S. Bourdin, « Les Samnites : perspective historique. Les Samnites en Italie centrale : définitions, identité, structure », p. 205-219, réunissant dans un article extrêmement riche toutes les informations issues des différentes traditions et des recherches les plus récentes sur les Samnites et leur organisation ; puis par G. Tagliamonte, « I Sanniti: prospettiva archeologica », p. 221-241. Après avoir insisté sur les limites des seules données archéologiques, fondamentalement funéraires, dans la définition de l’ethnicité, G. Tagliamonte cherche à évaluer les contributions éventuelles des différentes sources – littéraires, épigraphiques, numismatiques et archéologiques – dans la reconstitution historique des formes d’identité collective, communautaire, tribale, ethnique.

 

         L’ouvrage propose alors deux contributions sur les Volsques. D’abord l’article de M. Di Fazio, « I Volsci: prospettiva storica », p. 245-257, s’intéressant à la mise en évidence des plus anciennes mentions littéraires de cet ethnos, aux relations avec le territoire et avec les autres ethnè voisins, pour enfin essayer de définir, à partir des différentes définitions d’identité culturelle présentes dans l’historiographie des Cultural studies, notre « degré d’appréhension » de l’identité culturelle des peuples italiques ; puis l’article de M. Gnade, « I Volsci: prospettiva archeologica », p. 259-277, offrant une synthèse actualisée des différentes recherches de l’A., en considérant notamment le cas de Satricum et de la documentation funéraire.

 

         Quant aux Campaniens, la contribution d’A. Pagliara, « I Campani: prospettiva storica », p. 281-297, propose, suivant une prémisse méthodologique empruntée à D. Musti, un parcours historiographique érudit entre traditions modernes et littérature ancienne ; L. Cerchiai, « I Campani: prospettiva archeologica », p. 289-307, dresse quant à lui un tableau original sur l’ethnogenèse des Campaniens dans la Campanie septentrionale au prisme notamment des cultes et d’un nouveau système de gestion de l’espace agricole.

 

         Enfin, sur les Lucaniens, on pourra tout d’abord lire la contribution d’E. Bispham, « The Lucanians: historical perspective », p. 311-330, article en réalité axé sur les Œnôtres et l’ethnogenèse lucanienne. Vient ensuite l’article d’E. Isayev, « The Lucanians: archaeological perspective », p. 331-348, s’intéressant principalement au virage du IIIe siècle dans le territoire lucanien – p. 337 – après avoir dressé un état des lieux de la situation archéologique aux siècles précédents.

 

         Les riches considérations conclusives de Mario Torelli viennent clore le volume (p. 349-362).

 

         Une publication de ce type est particulièrement bienvenue. Comme on peut le constater, ce livre dresse des synthèses diverses, parfois très pointues. La richesse des résultats mis à la disposition des lecteurs et l’étendue des analyses qui lui sont associées ne peut que susciter l’admiration. Tous les couples de contributions convergent pour éclairer à leur façon une question de méthode essentielle, celle du dialogue entre sources historiques et sources archéologiques, entre historiens et archéologues. Nul doute que cet objectif soit pleinement atteint dans le cadre de ce livre et de ce projet.

 

 

 

Table des matières

 

MICHEL ABERSON, MARIA CRISTINA BIELLA, MASSIMILIANO DI FAZIO, MANUELA WULLSCHLEGER

Premessa 1

 

MAURIZIO HARARI

Histoire et imaginaire des anciennes Italies 5

 

Latini

 

CHRISTOPHER J. SMITH

The Latins: historical perspective 21

 

PAOLO CARAFA

I Latini: prospettiva archeologica 31

 

Falisci et Capenates

 

DOMINIQUE BRIQUEL

Les Falisques et les Capénates : perspective historique 51

 

MARIA CRISTINA BIELLA

I Falisci e i Capenati: prospettiva archeologica 65

 

Vmbri

 

SIMONE SISANI

Gli Umbri: prospettiva storica 85

 

SIMON STODDART, DAVID REDHOUSE

The Umbrians: archaeological perspective 107

 

Sabini

 

CHRISTOPHER J. SMITH

The Sabines: historical perspective 127

 

ENRICO BENELLI

I Sabini: prospettiva archeologica 137

 

Picentes

 

ALESSANDRO NASO

I Piceni: prospettiva archeologica 151

 

MICHEL ABERSON, RUDOLF WACHTER

Ombriens, Sabins, Picéniens, peuples sabelliques des Abruzzes :

une enquête historique, épigraphique et linguistique 167

                                              

Samnites

 

STÉPHANE BOURDIN

Les Samnites : perspective historique 205

 

GIANLUCA TAGLIAMONTE

I Sanniti: prospettiva archeologica 221

 

Volsci

 

MASSIMILIANO DI FAZIO

I Volsci: prospettiva storica 245

 

MARIJKE GNADE

I Volsci: prospettiva archeologica 259

 

Campani

 

ALESSANDRO PAGLIARA

I Campani: prospettiva storica 281

 

LUCA CERCHIAI

I Campani: prospettiva archeologica 299

 

Lucani

 

EDWARD BISPHAM

The Lucanians: historical perspective 311

 

ELENA ISAYEV

The Lucanians: archaeological perspective 331

 

 

MARIO TORELLI

Conclusioni 349