Casagrande-Kim, Roberta (ed.): When the Greeks Ruled Egypt. Exhibition catalogue (Institute for the Study of the Ancient World, New York, October 8, 2014 - January 4, 2015), 120 p., 80 color photos. 70 color illus. 1 map, 210 x 267 mm, ISBN 978-0-691-16554-7, 26,95 €
(Princeton University Press, Princeton 2014)
 
Compte rendu par Estelle Galbois, Université Toulouse II-Le Mirail
(estellegalbois@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 1627 mots
Publié en ligne le 2015-09-22
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2391
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          Cet ouvrage, très soigné dans sa présentation avec des clichés exclusivement en couleurs et une impression sur papier glacé, a été publié à l’occasion de l’exposition When the Greeks ruled in Egypt : from Alexander the Great to Cleopatra, qui s’est tenue à l’Institut for the Study of the Ancient World de New York, du 8 octobre 2014 au 4 janvier 2015. Cette manifestation résulte de la collaboration entre plusieurs institutions états-uniennes (The Art Institut of Chicago, The Brooklyn Museum, The Institut for the Study of the Ancient Work, the New York University, The Metropolitan Museum of Art, American Numismatic Society, The J. Paul Getty Museum, etc.). 

 

         L’enjeu de cette exposition était de mettre en lumière, grâce à une sélection d’objets, le phénomène d’hybridité[1] qui caractérise l’Égypte hellénistique[2]. Pour ce faire, quatre grands thèmes ont été retenus : les portraits royaux, les traditions religieuses grecques et pharaoniques avec en particulier l’évocation de la triade isiaque, les traditions funéraires, ainsi que les langues parlées dans le royaume lagide d’après l’étude de la documentation papyrologique. Ces axes thématiques sont repris dans le volume édité à l’occasion de l’exposition à l’exception des pratiques funéraires.

 

         Roger S. Bagnall s’intéresse aux langues écrites et parlées dans l’Égypte hellénistique. Le démotique continue à être utilisé par la majorité de la population égyptienne (mariages, affaires juridiques, etc.) et a emprunté peu de termes grecs en dehors de termes techniques. Rares ont été les Grecs à avoir appris l’égyptien (quelques textes de la littérature égyptienne ont néanmoins été traduits en grec). Autrement dit, si le démotique est parlé par les Égyptiens, le grec est parlé par les élites. Les Ptolémées n’ont enfin pas accordé beaucoup d’attention aux langues que parlaient leurs sujets, même si leur conception de l’État était bilingue.

 

         Deux études sont ensuite consacrées aux portraits des Lagides, l’une traitant des portraits des reines, l’autre des effigies monétaires des souverains. Dee L. Clayman rappelle à juste titre l’héritage d’Alexandre le Grand qui a su, en s’entourant des meilleurs artistes de son temps, utiliser le pouvoir des mots et des représentations pour construire une image à sa propre gloire. Le Macédonien, en fin stratège, a aussi compris l’importance d’adopter les conceptions iconographiques des pays conquis en se faisant par exemple représenter en Pharaon au côté des divinités sur les reliefs des temples égyptiens. Ce sont ces mêmes logiques qui président à l’élaboration des images des Ptolémées, lesquels se font représenter en tant que rois, mais aussi en tant que divinités, aptes à protéger leurs sujets des menaces extérieures et à assurer la prospérité de leur foyer. Les Ptolémées ont su tirer profit de l’ambiguïté des images profanes et divines : les chercheurs ne sont pas toujours à même de distinguer les portraits de simples mortelles de ceux de déesses. L’auteur rappelle aussi les difficultés en matière d’identification : celles-ci sont en effet parfois plus suggérées qu’assurées. Certains portraits montrent par ailleurs les reines figurées en tant qu’Aphrodite (fig. 3-4), Athéna (fig. 3-5)[3] ou Déméter et Isis (fig. 3-8 et 3-9)[4], ces deux déesses pouvant être associées. Ces assimilations sont un moyen d’insister sur le charisme des souveraines (déesse de l’amour et de la protection des marins ; déesse de la sagesse ; déesse de la prospérité).

 

         Roberta Casagrande-Kim revient sur l’iconographie monétaire des Lagides, qui permet aux souverains d’affirmer les origines gréco-macédoniennes de la dynastie. Il convient de noter que certains symboles égyptiens sont aussi représentés, quoique de façon marginale, comme le sceptre orné d’un bouton de lotus. Selon l’auteur, l’importance moindre des symboles égyptiens sur ce support s’expliquerait par une volonté de ne pas donner à la dynastie un caractère local, mais au contraire de lui conférer une dimension cosmopolite. L’auteur passe en revue les portraits monétaires des différents souverains. Elle insiste sur les insignes du pouvoir et les attributs divins adoptés par chaque roi et chaque reine et les assimilations divines qui en résultent. Sur les monnaies frappées par Ptolémée, alors satrape d’Égypte, Alexandre le Grand apparaît avec la dépouille d’éléphant, la mitra et l’égide (fig. 4-4). Devenu basileus, Ptolémée Ier fait frapper des monnaies à son propre profil : il est figuré avec le diadème positionné à la manière de la mitra (à moins qu’il ne soit question en définitive de la mitra) et vêtu de l’égide (fig. 4-6). Plus tard, Ptolémée V apparaît sur certaines monnaies avec un diadème orné de grains de blé, ce qui le rapprocherait d’Harpocrate l’Enfant, le fils d’Isis, elle-même associée à Déméter, et à Triptolème (fig. 4.17)[5].

 

         Olaf E. Kaper s’intéresse quant à lui à la triade formée par Osiris, Isis et Harpocrate. En tant que pharaons, les Lagides, incarnant tour à tour le dieu Horus sur terre, sont les intermédiaires entre les sujets du royaume et les divinités du panthéon égyptien. C’est la raison pour laquelle ils construisent ou font restaurer des temples égyptiens. Ils accordent une importance toute particulière à Isis et Harpocrate (par exemple, Ptolémée II fait édifier deux grands temples à Isis, l’un à Philae, l’autre à Behbeiy el-Hagar ; Ptolémée III fait construire un temple en l’honneur d’Horus à Edfou). Les reines, en tant que mère du futur Horus, sont identifiées à Isis, à partir du règne d’Arsinoé II. Les souverains sont, quant à eux, associés à Sarapis. Comme le rappelle l’auteur, Isis et Sarapis sont frère et sœur, et les Ptolémées se marient souvent avec leur sœur[6]. Olaf E. Kaper aborde ensuite la question du culte privé (concept qu’il faudrait néanmoins définir) par le biais des terres cuites et s’attache enfin plus spécifiquement à l’iconographie d’Osiris et Sarapis, Isis et Harpocrate.

 

         Ces synthèses sont suivies de la liste illustrée des objets présentés lors de l’exposition. On regrettera que les documents papyrologiques ou plastiques ne soient pas toujours mis en relation avec les synthèses proposées dans ce volume (en particulier le matériel céramique, les objets en faïence ou en verre, pour ne citer que quelques exemples). L’ouvrage est complété par une bibliographie à jour, mais non exhaustive, ce qui peut étonner le lecteur. Manquent notamment les études de Dimitris Plantzos sur l’iconographie des reines lagides en lien avec Isis[7], ou encore celles de François Queyrel sur les portraits des souverains lagides[8].

 

         Ce livre soigné hésite entre publication scientifique et ouvrage de vulgarisation de bonne qualité ; il donne une première approche des problématiques de l’Égypte d’Alexandre le Grand à Cléopâtre VII et a le mérite de faire connaître des pièces conservées dans des collections publiques et privées outre-Atlantique.

 

 


[1] Une définition de ce thème aurait été utile : sur ce point, voir Joseph G. Manning, The last Pharaohs. Egypt under the Ptolemies, 305-30 BC, Princeton-Oxford, 2010, le chapitre 2 tout particulièrement « The Historical Understanding of the Ptolemaic State ».

 

[2] Sur la présence grecque en Égypte, on se référera à l’ouvrage édité par Pascale Ballet, Grecs et Romains en Égypte. Territoires, espaces de la vie et de la mort, objets de prestige et du quotidien, Bibliothèque d’Étude 157, Le Caire, 2012.

 

[3] Il s’agit en fait d’une représentation d’Athéna Parthénos : François Queyrel, « Iconographie hellénistique : pour une méthodologie des identifications [À propos de Marie-Louise Vollenweider, avec la collaboration de Mathilde Avisseau-Broustet, Camées et intailles, I, Les portraits grecs du Cabinet des médailles. Catalogue raisonné.] », in : Revue numismatique, 6e série - Tome 152, année 1997 p. 429-451.

 

[4] Je reconnais plutôt sur ces fragments d’ « œnochoés des reines » en faïence des images de souveraines assimilées à Tychè. Au-dessus de l'autel à cornes, sont inscrits le nom de la reine et celui de la « Bonne Fortune» (Agathè Tychè).

 

[5] Une assimilation à Triptolème-Harpocrate est peut-être envisageable : Dieter Salzmann, « Anmerkungen zur Typologie des hellenistischen Königsdiadems und zu anderen herrscherlichen Kopfbinden », in : A. Lichtenberger, K. Martin, H.-H. Nieswand et D. Salzmann éd. : Das Diadem der hellenistischen Herrscher. Übernahme, Transformation oder Neuschöpfung eines Herrschaftszeichens ? Kolloquium vom 30.-31. Januar 2009 in Münster, Euros. Münstersche Beiträge zu Numismatik und Ikonographie 1, Bonn, 2012, p. 337-383, en particulier p. 345-346.

 

[6] Les Ptolémées sont aussi associés au couple Zeus-Héra.

 

[7] Voir en dernier lieu : Dimitris Plantzos, « The iconography of assimilation : Isis and royal imagery on Ptolemaic seal impressions », in : P. P. Iossif, A. S. Chankowski et C. C. Lorber éd., More than men, less than Gods : proceedings of the international colloquium organized by the Belgian School at Athens, November 1-2, 2007, Studies on royal cult and imperial worship, Studia Hellenistica 51, Leuven-Paris-Walpole Ma., 2011, p. 389-417.

 

[8] En complément de la synthèse mentionnée supra, on consultera par exemple : « Les portraits de Ptolémée III Évergète et la problématique de l’iconographie lagide de style grec », JS, janvier-juin, 2002, 3-73 ; « Un ensemble du culte dynastique lagide : les portraits du groupe sculpté de Thmouis (Tell Timaï) », in : Faraoni come dei, Tolemei come faraoni. Atti del V Congresso Internazionale Italo-Egiziano, Torino, Archivio di Stato – 8-12 dicembre 2001, Turin-Palerme, 2003, p. 474-495 ; « Iconographie de Ptolémée II », in : Alexandrina 3, Études alexandrines 18, Le Caire, 2009, p. 7-61.

 

 

 

Sommaire

 

President & Eloise W. Martin : Letter from Douglas Druick, p. 7

Shelby White & Leon Levy : Letter from Arnold L. Lheman, p. 9

Leon Levy : Letter from Roger S. Bagnall, p. 10

Jennifer Y. Chi : Acknowledgments, p. 12

Jennifer Y. Chi : Foreward, p. 14

Map, p. 16

Mary C. Greuel : When the Greeks ruled : Egypt after Alexander the Great : The Genesis of the exhibition at the Art Institut of Chicago, p. 18

Roger S. Bagnall : Written and spoken languages in Ptolemaic Egypt, p. 30

Dee L. Clayman : Portraits of the queens as Ptolemaic self-fashioning, p. 44

Roberta Casagrande-Kim : The way they looked : dynastic portraiture on Ptolemaic coins, p. 58

Olaf E. Kaper : The triad of Osiris, Isis, and Harpocrates in Ptolemaic Egypt, p. 72

Exhibition Checklist, p. 89

Bibliography, p. 109

Illustration Credits, p. 115