Algrain, Isabelle: L’alabastre attique. Origine, forme et usages. Collection : Études d’archéologie (CReA-Patrimoine), 7. 21 x 29,7 cm, 320 p., 103 ill. ISBN 978-9-461360427, 80,00 €
(CReA-Patrimoine [UL], Bruxelles 2014)
 
Compte rendu par Claire Joncheray, Université Paris X-Nanterre
(claire.joncheray@free.fr)

 
Nombre de mots : 1021 mots
Publié en ligne le 2016-04-28
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2473
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          Issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2011 à l’Université libre de Bruxelles, cet ouvrage s’appuie sur un catalogue, placé en annexe, qui répertorie 658 alabastres attiques en céramique et affine l’identification des différents ateliers qui ont réalisé ces vases. Trois phases se distinguent : la phase 1 de la seconde moitié du VIes. au premier quart du Ves. (164 fiches, au moins 4 ateliers identifiés, et 8 potiers) ; la phase 2 à la seconde moitié du Ves. (448 fiches, 7 ateliers et 12 potiers) ; la phase 3 de la fin du Ves. au début du IVes. (46 fiches, 3 ateliers et 3 potiers).

 

         Rappelons que l’alabastre est un vase à parfum à fond rond, au col droit et à la lèvre discoïdale. Cette forme dont la plus ancienne est attribuée au peintre d’Amasis apparaît en Grèce à partir du VIIes. av. J.-C. et à Athènes au milieu du VIes. Alors que plusieurs ouvrages récents ont discuté la forme de ce vase et ses usages à partir de l’iconographie et des textes antiques, l’auteure souhaite montrer les caractéristiques des formes dans leur évolution, à partir de l’identification des ateliers. La première partie de l’ouvrage permet ainsi d’évaluer les changements : du vase d’aspect trapu avec un col court et un corps ovoïde (phase 1), à des formes plus élancées au col allongé (phase 2), aux proportions très allongées, aux lèvres plus larges que le corps, avec un décor non figuré et sans oreilles (phase 3).

 

         Les problèmes méthodologiques sont nombreux et traités au fur et à mesure. L’étude morphologique permet de nuancer les périodes d’activité des artisans : par exemple, Pasiades fait partie de l’atelier de Pasias à la fin du VIes. puis il change au début du Ves. pour un autre atelier où il réalise aussi quelques décors. Parfois, il est difficile de savoir s’il faut distinguer deux ateliers ou considérer leur discontinuité comme une seule unité. Plusieurs attributions ont changé : par exemple, deux vases attribués au potier Diosphos (phase 2) seraient dus au potier Emporion. Diosphos potier-peintre spécialisé dans la figure noire collabore avec plusieurs peintres comme le peintre de Copenhague 3830 et le peintre Würzburd 557, pour les décors à figure rouge.

 

         Les ateliers se spécialisent à partir de la phase 2, avec une production à grande échelle. Pour les décors, toutes les techniques sont utilisées (la technique de Six, la figure noire, la figure rouge, le fond blanc, le rouge corail) et le décor tend à devenir essentiellement floral. Le tableau sur les types de décor par phase, présenté en conclusion, aurait mérité un traitement en pourcentage : ainsi aurait-il pu efficacement prouver que la baisse du nombre de figurations masculines (48% en phase 1 à 9% en phase 2) ne se fait pas au profit de l’image féminine (20% en phase 1 pour 27% en phase 2) mais en faveur des décors ornementaux ou du vernis noir (4% en phase 1, 30% en phase 2 et 100% en phase 3). L’alabastre ne suit pas exactement le phénomène de mise en valeur de l’élément féminin.

 

         La seconde partie du livre décrit les usages de l’alabastre et démontre qu’il ne s’agit pas d’un vase typiquement féminin : limiter l’interprétation des représentations d’hétaïres au profit des représentations sur le mariage et la place de la femme libre porteuse de citoyenneté est convaincant. L’alabastre (avec sa crème ou son huile parfumée) est utilisé pour les soins du corps, la toilette des athlètes ou des femmes ; les pratiques funéraires et religieuses ; ou il est également associé au jeu de la séduction.

 

         L’auteure montre comment l’alabastre est un vase singulier dans l’ensemble de la production athénienne : par son rapport au luxe et à l’Orient ainsi que par les différents matériaux dans lesquels le vase peut être réalisé. La forme est importée d’Égypte où elle naît vers 1700 av. J.-C. : elle est alors associée au pouvoir royal duquel dépendent les ateliers de parfumeurs. Cette idée du luxe et de l’Orient se lit également dans l’iconographie des vases en céramique : les représentations des amazones et des hommes noirs peuvent être liées au cycle de Troie, à l’Orient, à l’armée de Xerxès le roi perse, au monde des bienheureux, ou relever du monde égyptien. Le contenu de l’alabastre rappelle aussi le luxe par les faibles quantités présentes dans le vase (entre 11cl et 23cl pour les productions du peintre-potier d’Emporion par exemple) et la manière dont il est extrait avec parcimonie à l’aide d’une baguette. Ce vase en céramique dénote aussi un certain niveau social car sa conservation nécessite des armoires spécialement adaptées à la forme ronde de son extrémité. Le type Colombus (à fond plat) apparaît de manière anecdotique en phase 2. L’alabastre est donc lié à un univers exotique et luxueux. Il n’est cependant pas très clairement indiqué à quel moment de la vente le contenu est mis dans l’alabastre.

 

         Le matériau du vase est étudié ici dans sa typologie en céramique mais il faut le mettre en perspective avec les formes en verre, en pierre, en métal, voire en cuir pour lesquelles il n’existe pas encore de typologie équivalente. Ces différents matériaux expliquent certainement la courte durée de la production en céramique : d’après l’auteure, la forme ne disparaît pas mais se métamorphose, en pierre et en verre jusqu'à l'époque hellénistique. Le décor en blanc des alabastres serait à interpréter comme une volonté d’imiter la pierre, surtout l’albâtre, matériau préférable pour la conservation de l’huile parfumée.

 

         Au total, seulement la moitié des vases ont une provenance connue et supposée, Athènes et l’Attique étant privilégiés dans les deux premières phases. 93% des vases en phase 1 peuvent être rapportés à un artisan en particulier, contre 47% en phase 2 et 59% en phase 3. Malgré quelques répétitions, l’ouvrage, aux illustrations de très bonne qualité et bien documenté,fait le point sur l’alabastre en céramique introduit dans les innovations techniques athéniennes et, par un travail précis sur les attributions, rend hommage aux artisans athéniens hautement qualifiés.