Poursat, Jean-Claude: L’Art égéen 2. Mycènes et le monde mycénien. (Les manuels d’art et d’archéologie antiques). 303 p., ISBN : 9782708409453, 65 €
(Éditions Picard, Paris 2014)
 
Compte rendu par Béatrice Robert, Université Toulouse Jean Jaurès
(bealithic@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 3456 mots
Publié en ligne le 2015-10-14
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2554
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          « L’Art égéen 2. Mycènes et le monde mycénien » de J.-C. Poursat fait suite à un premier volume titré la « Grèce, les Cyclades, la Crète du début du néolithique jusqu’au milieu du IIe millénaire avant J.-C ». Edité par la Collection Picard, il s’adresse à un public averti ayant une profonde inclination pour l’art grec et complète la série des « manuels d’art et d’archéologie antiques », parmi lesquels les ouvrages de M.-C. Hellmann, C. Rolley et A. Coulié respectivement consacrés à l’architecture, à la sculpture et à la céramique grecques.

 

         L’ouvrage débute par un sommaire détaillé, et se poursuit par quelques planches couleurs de sites et d’objets archéologiques qui s’offrent comme une appétissante mise en bouche. Ce préambule, accompagné d’une introduction et de remerciements traditionnels, n’a d’autre objectif que d’annoncer un texte destiné aux férus d’histoire de l’art et d’archéologie grecques et aux étudiants. Ces derniers trouveront un inventaire étoffé des sites et des œuvres se rapportant aux quatre phases chronologiques mycéniennes : 1700-1450 avant J.-C. ; 1450-1350 avant J.-C. environ ; 1350-1200  avant J.-C. et 1200-1050 avant J.-C. Pour chaque période, chaque partie s’organise à l’identique : une présentation générale du contexte, suivi de plusieurs chapitres traitant des vestiges les plus remarquables du monde mycénien. L’ouvrage se termine par des annexes  auxquelles le lecteur pourra se reporter s’il souhaite obtenir des informations complémentaires : précisions chronologiques et géographiques, glossaire, bibliographie, index complet, ainsi que les sources iconographiques et photographiques.

 

         Dès son introduction, J.-C. Poursat revient sur l’acception du  terme « mycéniens », puis sur la distribution des premières populations helladiques et minoennes de la Grèce continentale et des îles, sur les modalités de leur implantation, ainsi que sur les relations entretenues avec leurs voisins. Il dresse un bref historique des connaissances, des résultats archéologiques, des sources littéraires ou encore des œuvres d’art qui nous sont parvenues. À ce titre, il cite quelques grands noms de découvreurs et de sites qui ont fait la notoriété des mycéniens, puis les replace dans les grands courants artistiques développés depuis la fin du XIXe siècle.

 

         La première partie (sept chapitres) s’intéresse à l’art égéen entre 1700-1450 av. J.-C., en Grèce continentale. L’auteur évoque l’installation des Mycéniens  sur le continent et en Crète, au moment des seconds palais crétois. Il explique le phénomène par l’intégration des Mycéniens dans les circuits commerciaux de la mer Egée, et par l’émergence d’élites locales. L’auteur fait remarquer que, si peu de vestiges architecturaux nous sont parvenus, ceux associés au domaine funéraire sont particulièrement bien représentés : tombes collectives présentant des sépultures multiples (tumuli et cercles funéraires de Mycènes),  tombes à accès vertical de type ciste, tombes à fosses ou encore  tombes à accès latéral à chambres ou tholoi (à Mycènes, Pylos, Argos, Kokavalos). Il souligne l’importance accordée au groupe familial, apporte de nombreux détails architecturaux pour illustrer les différents monuments. Enfin, il  revient sur la question sensible de l’origine, l’évolution et la fonction des tholoi.

 

         L’auteur propose ensuite un inventaire exhaustif du mobilier retrouvé dans ces tombes, qu’il considère comme des offrandes en lien avec le statut social du défunt, et en aucun cas un ensemble de biens personnels. Il s’agit principalement d’objets en métal précieux finement travaillés et décorés : épées, poignards d’apparat à Mycènes, Skopélos ou Pharai-Katarrakis, masques funéraires, disques, plaquettes, colliers, diadèmes à Mycènes - rappelant le mobilier découvert sur le site de Troie -, ou encore gobelets, coupes, tasses ou encore rhytons découverts à Vaphio. Il passe en revue les sceaux et bagues cachets retrouvés à Pylos, Rousti, Mycènes ou Vaphio, et dont les thèmes de prédilection restent la guerre, la chasse ou encore les êtres hybrides. Il conclut alors sur la présence de probables importations, ou influences, mais aussi sur l’existence d’objets de fabrication locale. L’auteur poursuit son énumération en s’attachant aux œuvres en relief mises au jour dans les tombes (principalement à Mycènes et Rousti). Parmi elles, il relève celles composées de matériaux organiques (bois, os ou ivoire), les stèles et vases en pierre ainsi que de la faïence. Il termine par la céramique, qui est certainement la plus représentée et la plus représentative en termes de continuité chronologique. En effet,  J.-C. Poursat constate que les phases HM III-HR I se caractérisent par du mobilier de tradition hélladique, auquel sont associés des exemplaires influencés par les Cyclades ainsi que des imitations minoennes. La phase HR IIA est, quant à elle, associée à de grands vases dits « palatiaux » (jarres cruches, aiguières ou rhytons ornés de motifs abstraits ou naturalistes) ainsi qu’à de petits vases domestiques (tasses ou gobelets) plus simplement décorés.

 

         La première partie s’achève par un bilan soulignant que l’art mycénien, en Grèce continentale, sert les élites locales. Même si un fond local hélladique demeure apparent, c’est un art fait d’emprunts, développé à partir d’influences minoennes, orientales ou encore balkaniques. Cette hypothèse implique que des artisans se sont déplacés avec leurs savoirs et savoir-faire dès cette époque et qu’ils les ont transmis à des artisans locaux. 

 

         La seconde partie (huit chapitres) est dédiée à l’art égéen entre 1450-1350 av. J.-C., date du dernier palais de Cnossos. L’auteur s’attache aux modifications artistiques qui font écho au développement de la société mycénienne. Cette dernière est devenue une civilisation palatiale, grâce à une nouvelle organisation politique et sociale. L’auteur souligne plusieurs phénomènes : l’expansion des Mycéniens dans le Bassin égéen, la réoccupation du palais de Cnossos, l’apparition de nouvelles élites en Grèce continentale comme en Crète, une intensification des contacts (notamment avec l’Egypte), enfin une augmentation des richesses qui favorise l’édification de nouveaux bâtiments ainsi que le développement de tombes monumentales comme de riches nécropoles.

 

         Dans un premier temps, l’auteur traite du domaine architectural. Il observe que cette période se distingue par la construction d’imposants édifices en Grèce continentale (dont Sparte, Tirynthe, Pylos, Thèbes) et il mentionne les réaménagements et reconstructions exécutés en Crète sur le palais et les maisons de Cnossos et le site d’Haghia Triada. Il note que si l’architecture funéraire prédomine en Grèce continentale, elle s’étend désormais aux îles sous la forme de tholoi  (à Mykonos, sur les sites de Képhala et d’Archanès en Crète). Des tombes plus simples à chambre ordinaire (Dendra) ou avec toit en batière (Argos, Tirynthe, Voudéni… Volos) sont identifiées en Grèce continentale. Quant aux tombes collectives ou à chambres multiples, elles sont remplacées par des tombes à chambre unique (à Cnossos). Cette simplification architecturale témoigne d’une volonté de distinguer les personnes et certainement les élites sociales.

 

         L’auteur s’attache ensuite à l’étude des œuvres. Il  s’arrête sur les grandes fresques de Cnossos, dont il rappelle les modèles puisés dans les productions égyptiennes et orientales. Il détaille les frises et les panneaux peints de dimensions plus restreintes, ou encore les peintures de sols. Il enrichit son inventaire avec le sarcophage en calcaire d’Haghia Triada, une œuvre unique tant par sa qualité technique, son état de conservation que son décor. Des objets en métal, il ne constate que peu de changements si ce n’est que la majorité des découvertes provient de Grèce continentale, ce qui n’exclut pas leur présence dans les îles de la mer Egée et en Crète. La seule nouveauté concerne la présence d’imitation de vases en métal à partir de céramique engobées à l’étain qui font la spécificité de la phase HR II B-III A1. Dans cette partie, l’auteur porte un intérêt à la glyptique retrouvée dans les tombes et dans les tholoi, particulièrement aux bagues cachets et sceaux en pierres qui se distinguent par leur qualité technique, leur diversité dans les supports et les thèmes. D’une part, leurs décors rappellent les thèmes et les compositions des fresques (acrobate sur taureau, lutte entre homme et lion, char tiré par des griffons…) ; d’autre part, ils attestent de contacts avec l’orient (maître des animaux, êtres hybrides, combats entre animaux…). Les mêmes considérations peuvent être renouvelées à propos des objets en ivoire (pyxides, peignes, miroirs…) qui sont d’une grande qualité technique et richement décorés et à l’égard des vases en pierre, dont la production s’arrête en Crète au début de la période alors qu’elle se développe en Grèce continentale. En ce qui concerne les figurines, J.-C. Poursat note que la Crète se distingue par des productions féminines en terre cuite et en bronze, essentiellement de type minoen, et par la présence de quelques vases zoomorphes. Il précise que les premières figurines féminines mycéniennes en terre cuite en Grèce continentale datent de l’HR II B.

 

         L’auteur termine sa seconde partie sur l’examen de la production céramique, en faisant remarquer que celle-ci est marquée par l’apparition du gobelet éphyrien au début de la période, puis par le kylix à partir de 1400 av. J.-C. En Crète, on identifie les mêmes productions qu’en Grèce continentale - à un détail près : l’émergence d’un nouveau style dit « du palais » appliqué aux décors et consistant en motifs naturalistes, marins, floraux et parfois symboliques. Enfin, à cette période, on assiste au développement du « style pictorial »  (à partir de 1450  1400  av. J.-C. en Crète ; vers  1400  av. J.-C. en Argolide).

 

         La troisième partie (neuf chapitres) est consacrée à l’art égéen des palais mycéniens continentaux datés de 1350-1200 av. J.-C., mais aussi des citadelles et des sanctuaires. Pour l’auteur, cette période agitée est caractérisée par un essor de la civilisation mycénienne au Nord de la Grèce et dans les îles, puis par la destruction des grands édifices à partir de 1250 av. J.-C. ; cette évolution aboutit à l’effondrement total du système palatial vers 1200 av. J.-C., en raison de conflits avec les populations orientales. L’auteur débute son inventaire en démontrant que le domaine architectural illustre parfaitement l’état d’agitation de cette période, notamment l’édification de citadelles en appareil cyclopéen spécifiquement mycéniennes. Il s’agit de sites fortifiés, souvent érigés sur des terrains accidentés et en hauteur, qui protègent les habitats et les palais des incursions : Tirynthe, Thèbes, Mycènes ou encore Gla et Pylos. L’auteur rappelle également la présence d’habitats, de sanctuaires et d’édifices funéraires. En ce qui concerne ces derniers, il observe une variante dans les dimensions des tholoi qui sont plus petites. Dans les chapitres consacrés au mobilier, les grandes catégories d’objets sont toujours identifiées, avec parfois des variantes. La peinture mycénienne, à l’image du palais du Cnossos, se résume en grandes fresques aux programmes iconographiques religieux, symboliques, ou comportant des scènes de chasse, de guerre ou encore de processions de femmes et d’animaux, mais aussi en peintures murales, au sol ou sur sarcophages (Arméni en Crète et Tanagra en Béotie). Si les techniques de fabrication et la qualité demeurent inchangées, leur datation est difficile à préciser. Concernant les arts du relief, l’auteur souligne plusieurs éléments : l’effondrement de l’art de la glyptique, le développement des ivoires vers 1350-1300 av. J.-C. témoignant de l’implantation de véritables ateliers en Grèce continentale (Thèbes ou Tirynthe), la persistance de l’orfèvrerie, de la  pâte de verre, de la faïence, de la pierre  alors que les autres objets en métaux précieux diminuent. Il justifie ce phénomène par une volonté d’utiliser des matériaux facilement reproductibles pour exécuter des objets en série. Pour l’ensemble des œuvres, J.-C. Poursat n’hésite pas à mettre l’accent sur l’existence de circulation de matériaux et matières premières, et sur la persistance d’influences artistiques, d’importation ou d’imitation en Orient, en Egypte et en Egée. Parmi les autres œuvres caractéristiques, l’auteur s’arrête sur la ronde-bosse et constate que la production de figurines en ivoire et en métal diminue, alors que celle en terre cuite augmente rapidement. Il s’attache aux productions de petites dimensions (femmes modelées aux formes stylisées en psi, en phi ou en tau et animaux), aux statuettes féminines de 25 à 30 centimètres réalisées au tour, de même qu’aux productions zoomorphes moulées. La majorité provient de Mycènes, de Tirynthe et de Phylakopi. En ce qui concerne les premières, il parle d’offrande ; quant aux secondes, de probables statuettes utilisées pour le culte. En parallèle, il signale la présence de vases anthropomorphes et zoomorphes (rhytons de Psychro ou Gournia en Crète ou de Prosymna en Argolide) en terre cuite. Enfin, il termine en traitant des céramiques et des sarcophages. L’auteur revient à ce sujet sur les phasages à partir des données typologiques, puis il met en évidence la coexistence de différents styles : vases à décor ornemental, style pictorial (avec l’atelier de Berbati) ou style pastoral (imitation des ateliers chypriotes). Il constate des phénomènes d’exportation d’exemplaires vers le Levant, ainsi qu’une diffusion plus généralisée autour de la Méditerranée et vers l‘Orient, toujours marquée par des variantes locales. Il clôt son chapitre sur les sarcophages dont il souligne la richesse des décors et des thèmes représentés, notamment des scènes de funérailles (à Tanagra ou Haghia Triada).

 

         La quatrième et dernière partie (six chapitres) traite de l’art égéen de la fin de l’âge du Bronze (1200 à 1050 av. J.-C). L’auteur rappelle que cette période (annonçant le début des Âges Obscurs) est fortement marquée par des destructions en Grèce continentale (alors que la Crète semble épargnée), par la disparition de l’écriture et du système administratif. Ces troubles ont amené les Mycéniens à reconsidérer leur organisation politique et leur système économique ; cependant, ces désordres ne sont pas vécus de la même manière sur tous les sites. Pour illustrer l’art de cette période, l’auteur retient du mobilier provenant de nécropoles, de tombes de guerriers et de sanctuaires. Il souligne qu’en Grèce continentale, les habitats et sites fortifiés perdurent, alors qu’en Crète ils diminuent, alors que dans le même temps les populations migrent vers les hauteurs des acropoles devenues de véritables refuges (Kavousi par exemple). Il signale l’adjonction de petites pièces cultuelles sur certaines fortifications. Les sanctuaires, eux, sont toujours utilisés et fréquentés. Les transformations les plus évidentes concernent l’architecture funéraire. En effet, la Grèce continentale est marquée par le développement de tombes à chambre, et en Crète par la construction de tholoi plus petites et dépourvues de dromos (partie orientale de l’île). L’auteur poursuit avec la production en ronde-bosse qu’il considère comme le témoignage du développement des cultes populaires. Il précise que les statuettes et les vases en terre cuite appartiennent au domaine cultuel car retrouvés dans des sanctuaires ou des grottes. En Grèce, il s’agit toujours de petites figurines féminines modelées ; en Crète,  de « déesses aux bras levés » et de statuettes minoennes tournées. Le répertoire animalier, en particulier les bovidés mis au jour en Crète, se distingue par des statuettes de grandes dimensions, auxquelles s’ajoutent des êtres hybrides, des animaux fantastiques et un répertoire plus naturaliste, modelé.  Pour ce qui est de la céramique, elle se résume en rhytons anthropomorphes et zoomorphes, déjà connus à la période précédente. Une spécificité touche à l’apparition de plaques en terre cuite de 30-40 centimètres de long, alors que les figurines en bronze disparaissent. Dans son chapitre consacré aux petits objets et au mobilier en métal, l’auteur ne relève que peu de nouveautés. Il signale seulement que nombre de bijoux et d’éléments de parure proviennent de tombes situées dans les îles de la mer Egée ; les productions en pâte de verre et en faïence disparaissent. Il  observe que les sceaux, ivoires, armes et vases sont souvent exhumés de tombes de guerriers et qu’à partir du XII-XIe siècles av. J.-C. les objets en fer apparaissent. Contrairement au mobilier métallique, l’art pictural présente des changements. L’art de la fresque périclite, alors que la production céramique se développe au travers de divers styles : décor ornemental  marqué par l’apparition de lécythes et la simplification des décors, coexistence des productions submycéniennes et subminoennes avec le style pictoral post-palatial ou encore, céramiques dérivées de la céramique mycénienne (chypriote ou syro-palestinienne).  Enfin, les sarcophages, dont on relève de nouvelles formes en baignoire à Pétras et Kritsa en Crète, sont remplacés aux XIIe-XIe siècles  par des  urnes cinéraires, qui attestent ainsi de pratiques crématoires. Pour conclure cette quatrième partie,  J.-C. Poursat s’arrête quelques instants sur l’héritage de l’art mycénien aux époques géométrique et archaïque. Il relève que, si les vestiges demeurent rares en Grèce continentale, quelques éléments artistiques sont lisibles sur de rares objets comme les disques en or ou les statuettes. Il explique ce fait par la persistance de rituels (domaine funéraire ou pratiques guerrières). A contrario, il montre que la Crète conserve la mémoire de l’époque minoenne et qu’en Orient, l’art mycénien, via Chypre et ses différents ateliers, laisse de nombreuses traces (objets en ivoire, iconographie, production céramique…).

 

         Étonnamment, l’auteur termine son ouvrage non pas par un bilan ou par une réflexion d’ensemble sur l’art mycénien, mais par un réexamen des imitations d’œuvres par les faussaires et les dubitanda au XXe siècle. Il note que l’art mycénien  n’a pas échappé à ce phénomène. Il s’attarde sur plusieurs exemples : le masque découvert dans la collection privée de Konya, qui ressemble à celui d’Agamemnon, des gobelets en or, des armes en métal provenant de  Mycènes… ou Psychro. Il expose les querelles ou les doutes liés à ces œuvres, puis il rappelle toutes les interrogations soulevées par les découvertes que Schliemann effectue à Mycènes.  Il souligne que la production en terre cuite, ainsi que la glyptique, n’ont pas échappé à ces problèmes. Certains objets ont été reproduits par des faussaires, d’autres sont toujours suspectés d’être des dubitanda, en raison de provenances indéterminées.

 

         Pour conclure, « L’Art égéen 2. Mycènes et le monde mycénien » de J.-C. Poursat est un très bel ouvrage, exhaustif et richement illustré, qui permet d’apprécier la variété de la production artistique et des sites archéologiques du monde égéen. Le lecteur y trouvera tout le descriptif nécessaire à la compréhension des œuvres, et du contexte dans lequel se développe la civilisation mycénienne. Cependant, malgré la qualité irréfutable du volume, quelques réserves peuvent être émises à son sujet. Sur le fond, il est dommage que l’auteur n’ait pas approfondi les questions relatives au terrain et aux contextes de découvertes des objets. Cet examen aurait permis de mieux cerner les difficultés de datation ou de phasage. De même, l’énumération et la présentation systématique d’œuvres exceptionnelles, procure une vision partielle des Mycéniens. Ils semblent en effet dessiner une civilisation hors du temps, hors normes. Il aurait été bienvenu de rajouter quelques mots sur les objets usuels et du quotidien, même si les données archéologiques ne sont pas pléthores à ce sujet. Quelques remarques peuvent également être formulées sur la forme. Le choix d’un plan chronologique, s’il se défend, implique d’inévitables redondances et alourdit un texte déjà très descriptif. Une organisation thématique aurait sans doute permis de mieux appréhender les transformations qui ont eu lieu au cours des différentes phases. Ce phénomène est d’autant plus prégnant que la classification des objets paraît parfois perfectible. Le lecteur s’interroge sur le choix des catégories proposées : la production en ronde-bosse intègre de nombreux matériaux dont la mise en forme ne répond pas aux mêmes chaînes opératoires, ni même aux mêmes usages ou domaines. Des considérations identiques peuvent être formulées à propos des objets en ivoire qui sont associés à la terre cuite, aux sceaux en terre cuite considérés avec des productions en métal, ou encore aux fresques retrouvées à l’intérieur de palais ou de maisons qui côtoient des sarcophages... Des incompréhensions demeurent, qui affaiblissent l’effort d’une vision synthétique.

 

         Malgré ces quelques remarques, ce second volume de l’art égéen apporte un éclairage bienvenu sur le monde mycénien. On ne peut que saluer le soin apporté à l’organisation, à l’ensemble de la documentation, à la description des objets, enfin à la rigueur du texte. Cet ouvrage, aussi riche que complet, permet à tous les historiens de l’art et amateurs éclairés de satisfaire leur curiosité et de parfaire leurs connaissances.

 

 

 

SOMMAIRE

 

Planches couleur (8)

Introduction (17)

Remerciements (22)

 

PREMIERE PARTIE. L’art égéen à l’époque des seconds palais crétois (1700-1450) : la Grèce continentale (23)

  1. Les œuvres et leur contexte : le cadre historique (24)
  2. L’architecture funéraire (28)
  3. Les arts du métal (35)
  4. La glyptique créto-mycénienne (50)
  5. Autres arts mycéniens du relief : bois, os, ivoire, pierre, faïence (54)
  6. La céramique mycénienne de l’HR I-IIA (60)
  7. Remarques générales : l’art mycénien à l’époque des seconds palais crétois (66)

 

DEUXIEME PARTIE. L’art égéen à l’époque du dernier palais de Cnossos (1450-1350 environ) (73)

  1. Les œuvres et leur contexte : le cadre historique (74)
  2. L’architecture (77)
  3. Les fresques (88)
  4. Arts du métal, bijoux et ornements divers (100)
  5. La glyptique créto-mycénienne du MR II-HR II B-III A1 (108)
  6. Autres arts du relief : ivoire et pierre (117)
  7. Œuvres en ronde-bosse : figurines et vases zoomorphes (124)
  8. La céramique du MR II-HR II B-III A1 (128)

 

TROISIEME PARTIE. L’art égéen à l’époque des palais mycéniens continentaux (1350-1200) (139)

  1. Les œuvres et leur contexte : le cadre historique (140)
  2. L’architecture (144)
  3. La peinture mycénienne (163)
  4. La fin de la glyptique égéenne (178)
  5. Les ivoires mycéniens de l’HR III A2-B (182)
  6. Autres arts du relief : orfèvrerie, pâte de verre, faïence, pierre (190)
  7. Art mycénien et « art international » (197)
  8. Œuvres en ronde-bosse : figurines, statuettes, vases anthropomorphes et zoomorphes (203)
  9. La production céramique : vases et sarcophages (221)

 

QUATRIEME PARTIE. L’art égéen à la fin de l’âge du Bronze (239)

  1. Les œuvres et leur contexte : le cadre historique (240)
  2. L’architecture à la fin de l’âge du Bronze (243)
  3. Statuettes et figurines, vases anthropomorphes et zoomorphes (248)
  4. Bijouterie et arts du métal (256)
  5. Art pictural et peinture de vases (259)
  6. L’art mycénien et son héritage (269)

 

Appendice. L’art mycénien vu par les faussaires (273)

 

Repères chronologiques (278)

Cartes (280)

Glossaire (284)

Bibliographie (285)

Index (290)