Huot, Jean-Louis : L’E.babbar de Larsa aux IIe et Ier millénaires (Fouilles de 1974 à 1985). Bibliothèque archéologique et historique BAH 205. 28 × 22 cm ; 294 p., 150 fig. NB, ISBN 978-2-35159-396-7, 48 €
(Presses de l’Ifpo, Beyrouth 2014)
 
Compte rendu par Christophe Nicolle, Collège de France / CNRS
(christophe.nicolle@college-de-france.fr)

 
Nombre de mots : 3303 mots
Publié en ligne le 2016-07-22
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2574
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          L’ancienne ville de Larsa, l’actuel Tell Senkerah, a joué un rôle de premier plan dans l’histoire de la Mésopotamie du Sud, au point d’avoir associé son nom à une période du début du deuxième millénaire avant notre ère (période dite d’Isin-Larsa, ca. 2004-1763 av. J.-C.), alors que, capitale d’un royaume amorrite, elle était au faîte de sa prospérité. Elle dut aussi sa renommée à son sanctuaire dédié au dieu soleil Šamaš. Le site de 2 km NS et de 1,8 km EO a une superficie d’environ 190 ha. D’une hauteur moyenne de 7 m avec quelques tells atteignant les 18 m, il est de ce fait bien visible dans le paysage dunaire de cette région. Cela explique qu’il fut redécouvert très tôt par les Européens avec, dès 1852, une visite et quelques sondages de W.K. Loftus, voyageur anglais [Travels and Researches in Chaldaea and Susiana with an Account of Excavations at Warka, the “Erech” of Nimrod and Shush, “Suhsan the Palace” of Esther in 1849-1852, 1857, p. 244-262]. En 1903, le site fut de nouveau visité par W. Andrea, architecte allemand. Profitant de pluies qui avaient rendu plusieurs murs de briques visibles en surface, il procéda au relevé de quelques bâtiments dont il communiqua les plans à A. Parrot après que celui-ci eut entrepris en 1933 de nouveaux sondages sur le site. Il s’agissait de la première de treize campagnes menées par des équipes françaises réalisées avec des interruptions entre 1933 et 1989, dirigées successivement par A. Parrot (campagnes de 1933, 1967, 1968, 1969, 1970), J.-C. Margueron (1969, 1970) et enfin J.-L. Huot. Celui-ci reprit la direction des fouilles en 1974, menant huit campagnes (1974, 1976, 1978, 1981, 1983, 1985, 1987, 1989) avec une interruption due à la guerre Iran/Irak en 1980 et un arrêt en 1990 du fait de l’invasion du Koweït suivie par les deux invasions américaines successives en Irak.

 

            Reprenant une pratique inaugurée par A. Parrot, J.-L. Huot publia des rapports préliminaires de ces campagnes dans la revue Syria, complétée par des rapports plus conséquents dans la discrète collection de la Délégation Archéologique Française en Irak hébergée dans la collection de l’ADPF du Ministère des affaires étrangères (Éditions Recherche sur les Civilisations), puis dans la collection de l’Institut Français d’Archéologie du Proche-Orient dont il fut le directeur. Le présent ouvrage, comme son titre le mentionne, concerne les fouilles de l’E.babbar de Larsa, un complexe architectural religieux monumental qui constitue un « point phare » du site avec une durée de vie de plus de 2300 ans. Le livre de 282 pages (plus dix pages de résumé en arabe) se compose d’un avant-propos (p. vii-xv) et de pas moins de 21 chapitres répartis en trois parties de longueurs inégales. La première partie (chapitres 1 à 9) évoque les états architecturaux du IIe millénaire, la deuxième partie (chapitres 10 à 11) ceux du Ier millénaire et la troisième partie (chapitres 12 à 21) décrit le matériel découvert. Une conclusion, une bibliographie de la fouille, une de l’ouvrage, un tableau chronologique ainsi qu’une annexe sur la céramique rédigée par H. Gasche viennent compléter cette publication.

 

            Dans son avant-propos, J.-L. Huot décrit les conditions dans lesquelles se sont déroulées les fouilles sur le site et la publication des travaux. Les fouilles ont consisté principalement à vider les nombreuses pièces qui entouraient les grandes cours-sanctuaires afin de reconnaître par des études stratigraphiques les différents états architecturaux des bâtiments et d’en identifier les rois ordonnateurs, grâce à des inscriptions sur des crapaudines ou des briques estampillées. On apprend qu’une partie des informations ayant déjà été publiées, seuls les plans et quelques figures de détail inédites sont publiés dans le volume. Il convient donc de se reporter aux précédents rapports, qu’il s’agisse d’ouvrages ou d’articles. Par exemple, à propos du porche et de la porte de la pièce 9 de la cour I, il a simplement mentionné (p. 29) qu'« il n’y a rien à ajouter aux descriptions de ce porche et de la grande porte publiées dans le rapport préliminaire (Huot et al. 1976, 5-6) ». Ce choix éditorial ne facilite malheureusement pas la consultation de l’ouvrage par un lecteur désireux de se livrer à une étude détaillée de l’E.babbar.

 

            Les fouilles décrites dans les trois premiers chapitres (p. 9-86) concernent la cour I, un grand bâtiment de 75 m sur 65 m qui fut l’objet de l’essentiel des recherches de la mission, de 1974 à 1985. Disposées autour d’une cour centrale de 46,70 sur 38 m, pas moins de onze pièces furent fouillées, certaines par les prédécesseurs de J.-L. Huot, et elles ne furent pas publiées (p. 39). Les murs sont en briques crues avec une épaisseur moyenne de 2,50 m et des hauteurs de conservation devenant plus faibles au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la « ruine ovale ». De 5,50 m, on passe rapidement à une hauteur de conservation de 2,50 m. Une décoration des façades, composée d’une alternance de demi-colonnes engagées, de niches agencées et disposées de manière régulière, accentue la monumentalité de l’ensemble. La superficie des pièces varie de 7 m² (pièce 6) à 52,70 m² (pièce 9). Leur dégagement attentif constitua un travail considérable et ne permit pourtant pas de faire de grandes découvertes autres qu’architecturales, excepté pour la pièce 13 qui contenait la fameuse « jarre du bijoutier » (p. 59). Les pièces se caractérisent souvent par l’absence d’installations particulières hormis quelques podiums, banquettes et « piles » en briques. Les objets découverts sont le plus souvent des clous de bronze, quelques fragments de tablette et des masses d’armes en matériaux divers. La nature du remplissage varie peu d’une pièce à l’autre. Il se compose d’une couche de fragments de briques crues provenant de la ruine des murs reposant sur une couche de sable, qui marque la période d’abandon du bâtiment après un incendie dont les traces ont été retrouvées sur plusieurs murs. Le plus ancien niveau dégagé correspond généralement à un carrelage souvent bitumé, composé de carreaux de terre cuite parfois estampillés au nom du roi kassite de Babylone, Burnaburiaš II (1359-1333 av. J.-C.) dont on sait qu’il reconstruisit plusieurs temples comme à Nippur ou Sippar. Plusieurs coffres en briques contenant des crapaudines inscrites au nom de ce roi confirment son rôle important dans la réfection de la cour I. On ne sait rien des états antérieurs. Il faut noter que la fouille du bâtiment et les recherches sur sa stratigraphie ne furent pas facilitées par les lois restrictives des Antiquités irakiennes qui interdisent le démontage de murs ou de sols en briques cuites (p. 59-60). Les descriptions minutieuses de l’agencement des briques font état de plusieurs réfections et d’ajouts comme une petite chapelle (en fait un podium de plein air) contre le montant droit de la grande porte de la pièce 9 (p. 32), sans doute créée par Burnaburiaš II et utilisée jusqu’à Adad-apla-idina (1067-1046 av. J.-C.).

 

            Le chapitre 4 (p. 87-91) évoque brièvement le dégagement de la cour II, localisée dans l’angle extérieur NO de la cour I et qui ne fut que très partiellement dégagée durant la campagne de 1974 sur deux carrés de 10 m sur 10 m avec quatre pièces identifiés (pièces 4, 5, 10, 11). Décorée comme la cour I et, bien que l’A. n’en fasse pas mention, peut-être le pendant symétrique de la cour IV, l’état dégagé est celui qui date de la reconstruction de Burnaburiaš II avant d’être détruite par un incendie à une date indéterminée.

 

            La cour III est rapidement décrite dans le chapitre 5 (p. 93-100) car seule sa façade SO a été dégagée sur 34,40 m. Le reste du bâtiment accolé à la cour I et dans son alignement axial fut reconnu grâce à l’apparition de briques en surface après des pluies. Selon le plan obtenu (fig. 73), il mesurerait 82 m NO-SE sur 70 m NE-SO. On y retrouve le même principe de décoration des façades utilisé pour la cour I et un dallage de cour composé de carreaux de terre cuite non estampés, ce qui ne permet pas d’en identifier le constructeur.

 

            Les cours IV et V ainsi que l’espace ouest sont rapidement abordés dans le chapitre suivant (chapitre 6, p. 101-114). La cour IV serait un bâtiment accolé au SE de la cour I mais il n’est identifié que par des lignes de murs aperçues en surface. Bâtiment largement hypothétique, à propos duquel l’A. ne donne pas d’autres informations ; il pourrait avoir les dimensions de 70 m NE-SO sur environ 55 m NE-SO et former le pendant de la cour II (mesures et observations sur le plan de la fig. 79). La cour V n’est en fait qu’un petit espace au SO de la cour I. Malgré ses petites dimensions, elle joue un rôle de passage et d’articulation très important entre la cour I et la « ruine ovale » par l’intermédiaire de la pièce 9 et permet de rattraper la différence de 20-30° qui existe dans les orientations des deux bâtiments. Les carreaux de cette petite cour sont estampillés au nom du roi Nazi-maruttaš (1323-1298 av. J.-C.), un des successeurs de Burnaburiaš II, constructeur, quant à lui, du gros mur oblique qui constitue la limite nord (cf. fig. 81). Fait intéressant, un sondage stratigraphique a pu être réalisé sous ce dallage révélant 5 niveaux d’occupation successifs depuis ce dallage (niveau 5) jusqu’à un bâtiment antérieur (niveau 1) datable par des carreaux estampillés du règne de Ur-Nammu (2112-2095 av. J.-C.). L’espace ouest, immédiatement au NO de la cour V dont il est séparé par le gros mur oblique, ne semble jamais avoir été décoré (p. 111) et de ce fait ne devait pas avoir un rôle très important.

 

            Le chapitre 7 (115-121) aborde à la fois la ziggourat et la « ruine ovale » en seulement sept pages. En ce qui concerne la ziggourat étudiée par l’équipe de l’A. uniquement pendant les campagnes de 1976 et 1985, on notera la publication d’un plan inédit (fig. 93) de cette importante construction rectangulaire de 135,50 m sur 80,60 m organisée autour de la cour VIII limitée par une couronne d’une vingtaine de pièces et en parfaite axialité avec les cours III et I dont elle reprend le même système de décoration des façades. Cette cour VIII contient la ziggourat de plan carré mesurant 40,30 m sur 43,50 m et qui s’élève encore à 18,20 m. Seuls les angles NE et SE et un petit sondage dans la pièce 38 ont été fouillés. Quelques briques inscrites au nom de Nabonide (556-539 av. J.-C.), le « roi-archéologue » (p. 116), sont un des rares éléments de datation évoqué. Il semble que le cœur de la ziggurat composé de briques rouges mal cuites, pulvérulentes, puisse correspondre à un état plus ancien (de la IIIe dynastie d’Ur, grande période de construction des ziggurats ? Huot ne le précise pas) du monument conservé sur 34 m sur 29 m. Des états antérieurs de murs ont par ailleurs été atteints dans des sondages (pièce 32, etc.) sans permettre des identifications et des datations précises.

 

            À l’autre extrémité de l’ensemble architectural, se trouve la « ruine ovale », qui était le lieu d’un ancien sanctuaire de Šamaš que Nabuchodonosor II (604-562 av. J.-C.) fit reconstruire en en reprenant le plan comme cela est précisé dans un texte retrouvé sur le site. C’est ce bâtiment que les fouilles ont pu dégager partiellement durant les campagnes de 1974 à 1978 (cf. plan fig. 94). Un sondage dans la pièce 25 a révélé une structure énigmatique : un contrefort de briques cuites de l’époque d’Ur-Nammu dont l’A. souligne la curieuse position stratigraphique dans le niveau du Ier millénaire sans l’expliquer ni avancer d’hypothèse sur sa fonction. On se référera utilement à une étude de M. Sauvage pour comprendre qu’il doit s’agir d’un « drain-gouttière » retrouvé contre les parois de certaines ziggurats et qui ici devait être associé à un massif de briques [M. Sauvage, « La construction des ziggurats sous la troisième dynastie d'Ur », Iraq 60, 1998, p. 50], sans doute la terrasse d’un temple, aujourd’hui disparue et en partie réincorporée dans les édifices successifs kassite, puis néo-babylonien reconstruits en reprenant le même plan.

 

            Les chapitres 8 et 9 (p. 123-136) constituent la conclusion de ces recherches sur le complexe de l’E.Babbar au IIe millénaire. Huot rappelle une nouvelle fois les différentes composantes architecturales de cet ensemble (chap. 8) et livre (chap. 9) la liste des différents rois attestés par les textes ou les découvertes archéologiques qui, de Burnaburiaš II à Ada-apla-iddina, l’ont restauré ou reconstruit. L’A. semble assuré que la cour I a été construite à la période paléo-babylonienne, précisant sans preuve claire « probablement par Hammurabi de Babylone » (p. 134), incendiée durant le règne de Samsu-Iluna (épisode de la jarre L.76.77), reconstruite par des rois kassites, principalement par Burnaburiaš II qui en réduisit les limites sans doute à la seule cour I (p. 135). Le bâtiment détruit par le feu à une date indéterminée après le règne d’Ada-apla-iddina ne sera reconstruit (après une période d’abandon ?) que vers le VIe siècle av. n.è.

 

            La courte deuxième partie (p. 139-155) évoque les reconstructions entreprises à partir du règne de Nabuchodonosor II, connu pour ses activités de restauration des anciens temples mésopotamiens. À Larsa, il œuvra principalement sur la « ruine ovale » tout comme Nabonide qui, pour sa part, restaura la ziggurat ainsi que le relatent plusieurs textes que mentionne longuement l’A. En ce qui concerne la « ruine ovale » (chap. 10), l’A. renvoie à des rapports préliminaires antérieurs et à un important article [M. Mashkour, O. Lecomte et V. Eisenmann, «Le sacrifice animal dans le temple de l’E.babbar de Larsa (Irak) à la période hellénistique : témoignage des vestiges osseux », Anthropozoologica 27, 1998, p. 51-65] qui décrit ces vestiges et explique le fonctionnement de ce bâtiment reconstruit sur des ruines de la fin du IIIe millénaire et de la première moitié du IIe millénaire dont la nature exacte (temple-terrasse ?) demeure imprécise. De même reste inconnue la raison de la différence d’orientation de 20°-30° entre la « ruine ovale » et la série des cours. À ces époques tardives, le sanctuaire devait être la seule occupation dans une ville depuis longtemps désertée. Il finit d’ailleurs d’être utilisé sous la forme d’une chapelle durant le IIIe siècle av. n.è. Dans le chapitre 11 (p. 151-155), l’A. revient sur la cour III et la ziggurat pour envisager les traces de reconstruction attribuables à Nabonide sans apporter de nouvelles informations que celles déjà évoquées au fil des précédents chapitres et en reproduisant de vieux plans de W. Andrae.

 

            Dans la troisième partie, le matériel découvert lors de ces fouilles et encore non publié est présenté sous la forme de catalogues pour la statuaire (chap. 12, 7 fragments), les kudurrus (chap. 13, 4 numéros d’inventaire), un bref rappel de la jarre L.76.77 qui n’est plus considérée comme le trésor d’un orfèvre (chap. 14), quinze fragments de verre (chap. 15), des objets en faïence (chap. 16, 7 numéros d’inventaire), une quarantaine d’objets en bronze comprenant des clous, des pointes de flèches, des faucilles, des aiguilles, etc. (chap. 17), des objets en terre cuite tels que des plaquettes fragmentaires, des roues de char, des pesons, etc. (chap.18), des petits objets en pierre, essentiellement des perles en matériaux divers (chap. 19), des objets fabriqués en matière animale (chap. 20, 13 éléments). Enfin, le chapitre 21 constitue une présentation du matériel céramique que vient compléter l’étude de 127 tessons de céramique trouvés dans l’E.babbar durant les campagnes de 1974 et 1976, publiée par H. Gasche.

 

            Une conclusion générale (p. 247-252) termine l’ouvrage. Elle contient beaucoup de redites des faits et des interprétations déjà évoqués par l’A. au fil du texte. Il relève l’impossibilité, du fait d’un médiocre état de la documentation, de se livrer à une comparaison des deux E.babbar existants, celui de Larsa et celui de Sippar plus au nord. Il évoque la volonté des souverains qui ont œuvré à l’entretien de ce complexe religieux de se référer au passé comme pour en souligner l’intemporalité, à l’image de la représentation de la « tablette du dieu soleil » (p. 247) datant de Nabu-apla-iddina et portant une représentation de Šamaš qui reprend un style iconographique de l’époque paléo-babylonienne. Suit de nouveau un rappel de ce que l’on sait des différentes reconstructions et restaurations effectuées depuis Nabonide remontant jusqu’à Ur-Nammu. Cette description de l’état le plus récent à l’état le plus ancien ne facilitant pas la compréhension, on la reprendra ici dans l’ordre chronologique. À l’origine, il n’y avait probablement que la « ruine ovale » dont le plan connu (aux dimensions restituables de 100 m sur 64 m) résulte de la reconstruction néo-babylonienne. La plus ancienne indication de construction remonte à Ur-Nammu. De cet état subsiste un dispositif de drain qui laisse à penser qu’il y avait à l’origine une haute terrasse avec probablement un temple à son sommet. On ne connaît ni la date de la construction ni la forme de cette structure. Peut-on envisager d’y voir le lointain héritage de ces plans de temple-ovale connus aux Dynastiques archaïques II-III comme à Khafadjé, Al-Hiba ou Tell Abu Sheeja et qu’aurait repris assez fidèlement le roi néo-babylonien ? Huot n’évoque pas cette possibilité. Cent soixante mètres plus au NE se trouvait la ziggurat sans doute construite par Ur-Nammu selon une orientation différente NE-SO. On ne connaît pas grand-chose du reste de l’ensemble architectural excepté les piles de la pièce 9 qui doivent dater du début du IIe millénaire. L’A. ne se prononce pas sur l’éventuelle antériorité de l’un ou l’autre de ces bâtiments. La seconde grande transformation fut selon lui le fait d’Hammurabi qui aurait unifié les deux structures avec la reconstruction de la cour I curieusement orientée sur la ziggurat. Malgré des similitudes d’orientation et le fait de constituer un ensemble homogène, l’A. considère que la construction de la cour III fut beaucoup plus tardive, de la phase de la restauration néo-babylonienne (cour III et ziggurat par Nabonide) et de la reconstruction modeste de l’E.babbar par Nabuchodonosor II. On ne dispose pourtant pas des données nécessaires permettant de trancher. Le sanctuaire aurait été en partie détruit et abandonné à l’issue de la révolte de Larsa contre Samsu-Iluna. Environ un demi-siècle plus tard, le roi kassite Burnaburiaš II entreprit une reconstruction importante mais fidèle de l’ensemble religieux que ses successeurs entretinrent jusqu’au roi Ada-Apla-Idinna. La ville et le temple furent alors abandonnés une nouvelle fois pendant près d’un demi-siècle avant que Nabuchodonosor II et Nabonide reconstruisissent l’E.babbar pour le premier et la ziggurat pour le second. En ce qui concerne l’époque hellénistique, l’A. renvoie une nouvelle fois aux travaux de Lecomte.

 

            Le présent ouvrage vient compléter utilement les précédents volumes de rapports préliminaires publiés par Huot sur les fouilles qu’il dirigea à Larsa. Il doit être considéré comme une sorte de mise à jour des rapports antérieurs. On ne relève que quelques rares coquilles, notamment une fausse échelle (500 m au lieu de 100 m) portée sur les figures 4, 79 et 96 ou une référence tronquée (Lecomte et al. 1998 au lieu de Mashkour et al. 1998 p. 246). On pourra critiquer la reprise d’un même plan général (fig. 4, 79 et 96), une répétition inutile que l’on retrouve pour celui de la cour I (fig. 5, 80 et 97), tout comme on pourra regretter l’absence de plans montrant (même sous forme de restitution ou d’hypothèse) les différents états du temple. À l’issue de la lecture de ce rapport, on peut aussi s’interroger sur la possibilité, avec nos moyens limités (temps, main d’œuvre et financiers), de fouiller de tels ensembles et de tels sites, ce dont l’A. est d’ailleurs parfaitement conscient (p. 116). Un danger est, pour tenter de pallier ces lacunes de l’information, de se référer de manière excessive à des événements historiques pour expliquer la stratigraphie du bâtiment ou du site. Néanmoins, sans apporter de réponse à cette interrogation, cet ouvrage vient, avec les précédents, nous donner les moyens de cerner quelques problèmes intéressants.