Bortolozzi, Anna : Santi Ambrogio e Carlo al Corso. Identità, magnificenza e culto delle reliquie nella Roma del primo Seicento. Saggi di storia dell’arte. 288 pp., con oltre 90 illustrazioni a colori e in b/n, 15,5 x 21,5 cm, ISBN: 978-88-98229-25-3, 34 €
(Campisano Editore, Roma 2014)
 
Compte rendu par Philippe Malgouyres, Musée du Louvre
(philippe.malgouyres@louvre.fr)

 
Nombre de mots : 748 mots
Publié en ligne le 2017-06-29
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2609
Lien pour commander ce livre
 
 

 

          L’ouvrage est une monographie consacrée à la construction de la basilique romaine de la nation lombarde, SS. Ambrogio e Carlo al Corso, dont la masse impressionnante, au pied de la Villa Médicis, semble éclipser le mausolée d’Auguste voisin. Ce n’est peut-être pas la première impression que laisse le sous-titre du livre : identité, magnificence et culte des reliques à Rome au début du XVIIe siècle. En effet, s’il indique parfaitement les lignes directrices de la pensée de l’auteur dans l’analyse de la genèse de ce bâtiment, il donne une idée un peu inadéquate de cette excellente étude, qui est avant tout un livre d’histoire de l’architecture. Il est justement remarquable – et c’est ce que ce sous-titre entend certainement souligner - par le fait que l’approche traditionnelle et rigoureuse des sources, caractéristique d’une monographie de monument, soit constamment nourrie et mise en perspective par une réflexion plus large sur les enjeux symboliques d’une telle entreprise.

 

         L’ouvrage se développe selon une structure très simple, en trois grands chapitres qui déroulent l’histoire du projet et de sa réalisation. Le premier rappelle l’existence d’une église antérieure, dédiée à saint Ambroise, d’un type partagé par les différentes nations présentes à Rome et destiné à l’accueil (même au sens matériel) des membres de ces communautés, que ce soit dans l’immigration ou le pèlerinage. La nouvelle entreprise voit le jour avec la canonisation de Charles Borromée en 1610. Champion de l’église réformée, modèle du pasteur, il est aussi l’orgueil des Lombards qui conçoivent immédiatement le projet de lui ériger une nouvelle église à Rome. Ce fut finalement la Confraternité des Lombards, protégée et soutenue par le cardinal Paolo Camillo Sfondrati, qui s’appropria cette entreprise et posa en 1612 la première pierre de ce nouveau sanctuaire, qui devait coexister avec l’ancienne église.

 

         Le deuxième chapitre est consacré à Onorio Longhi, architecte en charge du projet. Anna Bortolozzi revient sur ses travaux en Lombardie dans les années qui précèdent le chantier et qui expliquent le caractère lombard du projet de Longhi. On peut regretter que sa personnalité flamboyante ne soit pas évoquée d’une manière moins strictement factuelle. Longhi était poète, il était ami du Caravage, et c’est son implication dans le meurtre de Ranuccio Tommasoni en 1606 qui causa son exil et son séjour lombard. Il put rentrer officiellement à Rome en mars 1611 après avoir été gracié par Paul V.

 

         Le troisième chapitre traite de la construction elle-même, des premiers projets à la réalisation sous la direction de Martino Longhi, fils d’Onorio et l’achèvement à la fin du XVIIe siècle, sous la protection du cardinal Omodei. C’est ce chapitre qui justifie pleinement le sous-titre : l’auteure y analyse les choix formels de Longhi, délibérément étrangers à la tradition romaine, qui manifestent le caractère lombard de l’édifice, en particulier par ses références à la cathédrale de Milan. Le sanctuaire, avec son déambulatoire, s’affiche dans le paysage romain comme lieu de pèlerinage. Au centre matériel et symbolique du projet comme du bâtiment a été placé le cœur de saint Charles, envoyé de Milan dans une capsule en cristal de roche hérissée de rayons d’or émaillé, viscère devenu icône de sa charité brûlante. La question des possibles modèles et de leur sens doit être constamment posée : par exemple, comment comprendre le choix d’un ciborium hexagonal ? C’est une solution insolite, qui est peut-être due à une contrainte spatiale, comme Anna Bortolozzi le suggère, mais qui renvoie aussi à une symbolique numérique mise en œuvre dans les plans des édifices paléochrétiens circulaires, martyria et baptistères. C’est en tout cas un type de source, dans ce moment d’intense méditation sur l’architecture chrétienne antique, que l’on ne peut négliger, surtout dans un contexte « lombard ». Le cardinal Luigi Alessandro Omodei, à partir du milieu du siècle, se fit un devoir d’achever cette grandiose construction et demanda même à Francesco Borromini un nouveau projet pour l’abside, mais les députés de la fabrique préférèrent s’en tenir au plan initial. C’est Pierre de Cortone qui dessina après 1665 les derniers détails manquants. L’intégration des données cultuelles et symboliques enrichissent la narration historique. L’ouvrage est extrêmement bien documenté et bien conçu : des notes copieuses et précises, un index, six appendices de correspondance et de documentation technique, une chronologie, une illustration abondante permettent de s’orienter dans ce texte dense. C’est non seulement la monographie de référence sur l’un des édifices les plus remarquables du baroque romain, mais aussi une réussite dans ce genre difficile.