Mathiaut-Legros, Agathe - Szewcyk, Martin (dir.): Corps et âmes. Sculpter l’Homme et les dieux dans l’Antiquité. 219 p., ill. en coul. (26 x 21 cm), EAN13 : 9789461612267, 22 €
(Snoeck, Gand 2015)
 
Compte rendu par Catherine Psilakis, Université Lille 3
(ca_psilak@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 1093 mots
Publié en ligne le 2016-04-26
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2630
Lien pour commander ce livre
 
 

 

          Le catalogue de l’exposition « Corps et âmes : sculpter l'homme et les dieux dans l'Antiquité » permet au spectateur de prolonger et d’approfondir sa découverte des trésors que recèle le musée de Château-Gontier, situé dans la Mayenne. Présentée du 6 juin 2015 jusqu’au 31 mars 2016, l’exposition a visiblement bénéficié des travaux réalisés au sein du musée juste avant l’inauguration. De belle facture, l’ouvrage de 218 pages offre de magnifiques illustrations ainsi que des notices scientifiques qui viennent idéalement éclairer les diverses pièces de l’exposition.

 

          La première partie, intitulée « la collection d’Aristide Boullet-Lacroix » s’ouvre sur une mise au point biographique. Si l’homme a visiblement laissé peu de traces dans la vie publique française de son époque malgré de brillantes études, on sait par ailleurs qu’il voyage beaucoup et que c’est en Italie qu’il acquiert la majeure partie de sa collection. Sacrifiant à ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’anticomanie contemporaine (terme des auteurs), il laisse toutefois plus l’image d’un voyageur, esthète et amateur de beaux objets que celle d’un chercheur ou d’un collectionneur. Le legs de sa bibliothèque (plus de 2000 ouvrages) et de sa collection d’objets d’art à la ville s’accompagne du souhait de voir la création d’un musée, répondant ainsi sans doute à des préoccupations tant pédagogiques que scientifiques. Comme le soulignent F. Harnay et A. Mathiaut-Legros, la cohérence de la collection est à rechercher du côté des critères esthétiques, dans la mesure où elle couvre des périodes et des zones géographiques fort diverses.

 

         La deuxième partie aborde plus particulièrement les céramiques antiques de Château-Gontier. D. Frère attire l’attention du lecteur sur une amphore « pseudo-panathénaïque » de la collection, lui offrant ainsi l’occasion d’exposer non seulement les techniques de peinture de ce type d’amphores mais aussi le contexte culturel qui présidait à leur réalisation. On apprend aussi qu’un dépôt d’État datant de 1875 est venu enrichir la collection de céramiques antiques en apportant de nouvelles pièces grecques et étrusques (présentées dans l’annexe 3 pp. 206-209).

 

         Dans la lignée de ce qui précède, la troisième partie offre une mise au point sur le genre du portrait dans l’Antiquité, en Grèce et à Rome, apportant ainsi un éclairage sur quelques pièces remarquables de la collection. Dans un premier temps, M. Szewczyk souligne toute la difficulté liée à la notion de portrait antique. Eikôn constituerait le seul terme adapté pour aborder le genre du portrait, défini par une intention, une finalité plus qu’une esthétique. Initialement utilisé comme offrande, le portrait peut être honorifique, commémoratif ou bien encore être relié à un culte. On soulignera la pièce n° 32, particulièrement intéressante, dans la mesure où elle porte les stigmates d’un remploi. En effet, le portrait féminin d’une défunte (fin du IIe siècle ap. J.-C. ?) présente un orifice - en lieu et place de la bouche - percé afin d’en faire l’élément d’une fontaine à l’époque moderne. Dans un deuxième temps, F. Queyrel, qui s’est spécifiquement intéressé à la réception (la « vie ») des portraits grecs ces dernières années, s’attache ici à rappeler quelques fonctions et évolutions du portrait grec. Il souligne entre autres la dimension mémorielle du portrait en citant le fameux exemple des tyrannicides Harmodios et Aristogiton[1]. Dans un troisième temps, C. Evers s’intéresse au portrait romain d’époque impériale. Insistant sur la place de ce dernier dans la société romaine, C. Evers expose les principales caractéristiques du portrait impérial et du portrait « privé ».

 

         Dans une quatrième partie sont rapportées les fonctions et usages de la sculpture antique. Outre les fonctions liées au culte (statues de culte, d’offrande et d’ornement des sanctuaires), M. Szewczyk insiste à son tour sur l’omniprésence de la sculpture antique, qu’il s’agisse de l’espace public comme privé. À ce titre, la pièce n° 48 de la collection (50 avant J.-C.), un pied de table, illustre le raffinement des élites jusque dans le mobilier. Par la suite, L. E. Baumer revient sur la relation complexe qu’entretiennent l’art grec et l’art romain. La rapide mise au point historiographique est l’occasion de rappeler, s’il était nécessaire, que les copies romaines ne se limitent pas à de serviles imitations et qu’elles comportent une expression artistique propre. Malgré ce filtre romain, il demeure possible d’étudier la sculpture grecque grâce aux copies. L’invasion de la Grèce a rapidement entraîné un afflux d’œuvres d’art qui ont très vite été copiées, de manière plus ou moins libre, avec l’introduction de variantes.

 

         Une cinquième et dernière partie traite de la sculpture propre aux bâtiments funéraires à Rome. L’honneur rendu aux défunts dans la société romaine explique la variété et la singularité de ces tombeaux qui sont avant toutes choses des monumenta. Plus d’une quinzaine de pièces de la collection couvrent une période allant du Ier au IIIe siècle après J.-C. : elles illustrent la richesse et la finesse d’exécution de ces différents tombeaux. Le fait est que dès le milieu du IIe siècle après J.-C., des sujets mythologiques en frise continue commencent à apparaître sur les sarcophages, habitude qui ne va pas au-delà du Ve siècle après J.-C., sans doute car les chrétiens se font alors inhumer dans des sarcophages au contraire extrêmement dépouillés. Parmi les pièces de la collection, une vingtaine comportent des sujets mythologiques peu ou pas du tout identifiables, côtoyant trois pièces offrant quant à elles des thèmes explicitement chrétiens.

 

         Des annexes viennent parachever l’ouvrage (synthèse du récolement, inventaire de la collection Boullet-Lacroix et céramiques déposées par l’État en 1875). Quoique la quatrième partie reprenne largement des points abordés auparavant dans l’ouvrage lors des développements consacrés au portrait grec et romain, ces états des lieux sur la sculpture antique brossés à grands traits offrent au spectateur tous les éléments essentiels à la compréhension mais également à l’appréciation des œuvres de la collection éclectique de Boullet-Lacroix. En d’autres termes, l’ouvrage constitue à la fois une préparation utile et agréable mais également une prolongation précieuse de l’exposition « Corps et âmes : sculpter l'homme et les dieux dans l'Antiquité ».

 

 


[1] Le couple statuaire - et plus particulièrement sa réception, a fait l’objet d’un ouvrage récent de V. Azoulay, Les tyrannicides d’Athènes : vie et mort de deux statues, Éditions du Seuil, 2014. Coll. « L’Univers historique ». 367 pages.

 

 

Sommaire

 

La collection d’Aristide Boullet-Lacroix (F. Harnay et A. Mathiaut-Legros), 11

Les céramiques antiques de Château-Gontier (D. Frère), 29

Le genre du portrait (M. Szewczyk, F. Queyrel, C. Evers), 41

Fonctions et usages de la sculpture antique (M. Szewczyk, L.E. Baumer), 87

La sculpture funéraire dans l’empire romain, 121

Annexes, 180