Marzi, Maria Grazia : Il Gabinetto delle Terre di Luigi Lanzi. Vasi, terrecotte, lucerne e vetri dalla Galleria degli Uffizi al Museo Archeologico Nazionale di Firenze, Biblioteca dell’«Archivum Romanicum» - Serie I: Storia, Letteratura, Paleografia, vol. 420, 17 x 24 cm, x-370 pp. con 84 tavv. f.t., ISBN: 9788822262639, 48 €
(Olschki , Firenze 2015)
 
Compte rendu par Cécile Colonna, Bibliothèque nationale de France
(cecile.colonna@bnf.fr)

 
Nombre de mots : 1616 mots
Publié en ligne le 2016-04-22
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2631
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          Cet ample ouvrage est le résultat d’une longue et minutieuse enquête visant à la fois à étudier une étape décisive de la collection archéologique de Florence, le « Cabinet des Terres » installé dans la Galerie des Offices en 1784, et surtout à retrouver l’identité des objets qui la composaient et qui sont aujourd’hui conservés, pour la majorité, au musée archéologique. C’est donc tout un pan de l’histoire moderne des vases antiques de Florence qui a été retrouvé, allant même avant 1784 quand la confrontation des sources a permis de trouver trace de leur entrée antérieure dans les collections, et même parfois leur histoire antique avec la redécouverte de leur provenance archéologique. Grâce à des documents d’archives nombreux et pour certains particulièrement détaillés, ces recherches sur l’histoire des collections ont été particulièrement fructueuses, ce qui est loin d’être toujours le cas quand on tente de reconstituer l’historique précis des pièces issues des collections des XVIIe – XVIIIe siècles. Notons que le Cabinet des bronzes organisé en même temps a déjà fait l’objet d’une publication en 2010 (Il catalogo de’ bronzi e degli altri metalli antichi di Luigi Lanzi, Naples, 2010).

 

         La recherche de l’auteur est le prolongement de ses travaux sur les collections des Médicis. Le Cabinet décidé par le Grand-duc Pietro Leopoldo et installé en 1784 par Guiseppe Bencivenni et Luigi Lanzi, le premier à être exclusivement dédié à la céramique et aux terres cuites antiques, a été accompagné de la rédaction d’un inventaire, illustré de dessins par Francesco Marchessi. L’ensemble témoigne de la croissance de l’intérêt pour ce genre de collections : la comparaison avec l’inventaire de 1769 montre que la collection des céramiques antiques s’est rapidement accrue entre les deux dates. C’est véritablement le début de la vogue des vases peints, dont la collection Hamilton est l’exemple le plus abouti. La richesse des documents d’archive éclaire ainsi en détail le rôle décisif de Luigi Lanzi (1732-1810) dans la formation de la collection de céramiques. Ce savant éminent, historien de l’art antique (Saggio di lingua etrusca a di altre antiche d’Italia, 1789) mais surtout de l’art italien moderne (Storia pittorica dell’Italia, 1795-1796), a été l’objet de plusieurs publications récentes, liées au bicentenaire de sa mort (notamment Luigi Lanzi : archeologo e storico dell’arte : 1810-2010, M. E. Micheli, G. P. Folesani, A. Santucci (éds), Treia, 2012). La présente étude met en valeur un aspect plus méconnu de son activité, son intérêt pour les vases antiques et sa participation active au débat contemporain sur leur identité, grecque ou étrusque.

 

         L’ouvrage est formé de trois parties : un ensemble de quatre chapitres sur la formation, l’installation et l’inventaire de ce Gabinetto delle Terre ; un catalogue complet des objets qui le composaient ; la transcription des documents d’archives relatifs au Cabinet. Les planches en fin d’ouvrage regroupent les dessins du XVIIIe siècle et des photographies actuelles des œuvres.

 

         Dans son essai qui synthétise et remet en contexte le catalogue proprement dit, l’auteur expose tout d’abord ce que nous savons de la présence des céramiques et des terres cuites antiques dans la collection des Médicis dès la première moitié du XVIe siècle, à partir des mentions diverses dans les inventaires successifs (surtout en 1704 et 1769), la correspondance et parfois des publications comme celle de Buonarroti en 1726 ; elles restent marginales et peu sont identifiées avant le début du XVIIIe siècle. Nos connaissances augmentent significativement dans le dernier tiers du XVIIIe siècle. À la fin de l’inventaire de 1769 ont été inscrites au fur et à mesure de leur arrivée les nouvelles acquisitions, donnant des informations importantes sur une période qui voit la collection grandir de manière rapide, par dons ou achats d’ensembles le plus souvent. De plus, le site de provenance archéologique des objets est alors souvent connu. L’importante collection Galuzzi, de Volterra, entrée en 1771, rassemblant des objets trouvés sur ses terres, comporte de nombreux vases (aussi des bronzes, urnes et orfèvrerie), dont certains ont été identifiés. En 1773 arrivent trente vases du territoire de Pise, en 1776 le prince de Biscari envoie quatre statuettes de porteuses de porcelet trouvées à Camarina. En 1781 le directeur Pelli achète deux collections : la collection de quarante-quatre vases du peintre Tommaso Gherardini de Volterra et une partie de celle de Ricciardo Bucelli. Des entrées plus ponctuelles ont également lieu. Toutes les identifications ont été faites par recoupement, principalement, avec les manuscrits de Lanzi et l’inventaire illustré de 1784.

 

         Le réaménagement de la Galerie des Offices, décidé par le Grand-duc Pietro Leopoldo di Lorena au cours des années 1770, dans l’esprit des Lumières, a entraîné un classement par matériel, avec la création de différents cabinets, dont celui « des terres », qui sont destinés à être ouverts à un plus large public. À côté des vases qui forment le plus gros de la collection, sont rassemblés des lampes, des statuettes de terre cuite mais aussi des amulettes égyptiennes en faïence et des verres, pour un total de 737 objets. L’auteur explique les débats qui ont entouré ces réorganisations, très modernes, accompagnées d’un véritable inventaire détaillé et de dessins systématiques par Francesco Marchissi, et les documents conservés permettent aussi de suivre l’installation dans la pièce dévolue. Un manuscrit de Lanzi, plus détaillé, rédigé lors de son travail de classement, complète l’inventaire synthétique de 1784.

 

         On peut percevoir l’importance et l’influence de ce Cabinet, alors un des plus beaux d’Europe, dans les créations contemporaines. Ainsi, l’auteur montre comment deux magnifiques tables en marqueterie de pierres dures réalisées par Antonio Cioci pour la reggia du Palais Pitti reproduisent exactement les formes des céramiques du Cabinet. Les arts décoratifs néo-classiques se sont aussi beaucoup inspirés de ces formes antiques, et l’on retrouve parfois exactement la correspondance entre l’œuvre moderne et le modèle antique, comme par exemple sur un cratère en argent de Giacomo Vincenzi des années 1830 qui reprend un cratère en calice de Malacena (cat. 69). Un cabinet prestigieux, donc, dont l’installation de Lanzi aura cependant été de courte durée : dès les dernières années du XIXe siècle, il change de salle pour laisser la place à la peinture et se trouve installé près du Cabinet des Bronzes.

 

         Le catalogue, qui forme le corps de l’ouvrage, offre une brève notice pour chaque objet inscrit dans le « Cabinet des Terres », décrit dans l’inventaire de la Galerie des Offices de 1784 et dessiné par F. Marchissi (737 numéros). Il n’a pas toujours été possible à l’auteur de voir les œuvres directement, et elle a parfois travaillé à partir de photographies. Tous les objets n’ont pas pu être identifiés : quand c’est le cas, la description de l’inventaire de 1825 (le plus complet) est donnée, afin de permettre leur attribution à venir.

 

         Pour chaque objet, la notice précise les références et le numéro d’inventaire actuel (quand il est connu), une dénomination, une courte description, la datation (et l’attribution le cas échéant), et la collection d’où provient l’objet. Les références dans les documents d’archives et la bibliographie sont détaillées. Tous les objets n’ont pas été illustrés spécifiquement dans les planches de Marchissi : pour les vases, un seul dessin peut correspondre à plusieurs objets de même forme. Cette dernière est alors considérée comme plus importante que les images que peuvent porter les vases, qui ne sont pas toujours reproduites. Les objets en trois dimensions, têtes, statuettes et reliefs en terre cuite, ont fait l’objet de tous les soins du dessinateur pour en rendre avec douceur le modelé.

 

         Il est intéressant de voir très concrètement comment a été classée la collection : sont traités successivement les vases, en terre cuite puis en verre, les figurines, les reliefs, les lampes, les antiquités égyptiennes, puis les fragments. Dans chaque ensemble, une typologie par forme se lit, mais imparfaitement ; cela amène dans les planches des cohabitations parfois surprenantes, mélangeant céramiques figurées ou non, ou même des vases très éloignés à nos yeux. Un exemple permettra de comprendre le fonctionnement de ce couple inventaire / planches dessinées. La planche 5 comporte en n° 1 un vase canope de Chiusi (cat. 130), qui correspond à deux vases. Deux dessins d’une amphore de Nola à figures rouges, dont la silhouette du décor est esquissée, sont numérotés 2 ; ils correspondent à trois notices de l’inventaire (cat. 131-133). Enfin, le numéro 3 est le dessin d’une amphore sans notation de décor figuré ; l’entrée 134 du catalogue précise qu’il s’agit d’une amphore étrusque à figures noires.

 

         Les annexes, fournies, rassemblent une retranscription des documents d’archive relatifs au Cabinet et utilisés pour reconstituer le catalogue (24 documents) ; le plus important étant le Catalogue général de la galerie royale de Florence concernant les terres cuites et verres (p. 204-273, 1049 numéros). Une ample table de concordance permet de faire le lien entre les inventaires successifs de 1704, 1769, 1784, 1825 et l’inventaire actuel du musée archéologique de Florence.

 

         Les planches de Marchissi sont reproduites (fig. 1-44), puis les objets les plus importants bénéficient de photographies noir et blanc (fig. 45-205) selon l’ordre du catalogue. Une bibliographie et trois index, concernant les noms de personnes, les peintres de vases, et les lieux géographiques, complètent l’ensemble.

 

          La complémentarité des articles d’étude et de mise en perspective, du catalogue actuel et des documents du XVIIIe siècle offre ainsi au lecteur tous les outils pour découvrir et, s’il le souhaite, prolonger l’étude d’une collection au prestigieux historique.

 

 

Table des matières

 

Presentazione (di Cristina Acidini) p. VII

Premessa p. IX-X

  1. Notizie di vasi antichi prima dell’allestimento del Gabinetto delle Terre p. 1-11

  2. I documenti dell’Archivio Storico delle Gallerie p. 11-19

  3. I direttori della Galleria e la formazione del Gabinetto delle Terre p. 19-27

  4. La Fortuna del Gabinetto delle Terre p. 27-33

 

Catalogo p. 35-115

 

Appendice p. 119-368

Documenti p. 119-274

Tabelle di concordanze p. 275-349

Crediti fotografici p. 350

Sigle e abbreviazioni p. 351

Indice dei nomi di persone p. 361

Indice dei Pittori p. 363

Indice dei nomi geografici e dei luoghi p. 365