Roman, Jean-Jacques - Guillot, Christel - Maurin, Emmanuel (dir.): Lambris du XVe au milieu du XVIIe siècle. Collection "Albums du CRMH", 280 pages, 145 illustrations, 175 planches de dessins. Format " à l’italienne" 31cmx22cm, ISBN978-2-7577-0420-2, 36 €
(Editions du Patrimoine : Centre des Monuments Nationaux, Paris 2015)
 
Compte rendu par Antoine Capet, Université de Rouen
(antoine.capet@laposte.net)

 
Nombre de mots : 1736 mots
Publié en ligne le 2015-11-27
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2639
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          Ce nouvel ouvrage, consacré aux lambris, vient compléter l’excellente monographie sur les planchers et parquets paru en 2012 au même format « italien » dans la même collection, et auquel avait d’ailleurs participé l’auteur.[1] La formule est désormais bien rodée, avec un savant mélange de textes, de relevés, de croquis et de fort belles photographies, certaines en couleurs dans un cahier central – le tout suivi d’un glossaire et d’une bibliographie.

 

         L’Introduction (p. 11-53) en est véritablement une, en ce qu’elle nous permet d’entrer dans le vif du sujet à partir de quatre considérations reliées par le même thème de diversité : diversité des types de lambris, diversité des lieux qui les reçoivent (bien qu’ici, l’exemplier soit très majoritairement tiré de châteaux), diversité des métiers qui les réalisent, diversité des bois utilisés. De surcroît, beaucoup de lecteurs y apprendront sans doute, comme le présent recenseur, l’origine supposée du mot « lambris » : latin populaire lambrusca (vigne sauvage), en référence à des décors représentant des vrilles de vigne (p. 10).

 

         Il est vraisemblable que l’acquéreur de ce type d’ouvrage n’a pas besoin de longues considérations sur les distinctions entre lambris de hauteur et lambris d’appui. De même, vu la prépondérance du chêne, on a vite fait le tour des essences utilisées (p. 31). En revanche, la constitution des panneaux mérite une longue étude, parfaitement claire et magnifiquement illustrée. Rien que sur la page 11, on en trouve quatre photographies différentes, représentant un Travail de charpenterie et de menuiserie de 1400-1500 constitué de panneaux plans embrevés à petit cadre ; un Travail de menuiserie de 1500-1600 où le lambris d’appui est à double décor : panneaux larges et de faible hauteur, sculptés à motif d’arabesques, en haut de l’assemblage, et panneaux étroits et de belle hauteur en bas, à motif « serviette »[2] ; Travail de sculpture de 1550-1600 extrêmement élaboré, représentant semble-t-il une scène de l’arche de Noé ; enfin, Travail de marqueterie de 1548. Très probante illustration, donc, de la diversité des métiers du bois impliqués dans la réalisation des lambris, depuis les grossiers charpentiers jusqu’aux travailleurs de précision que sont les sculpteurs et les marqueteurs. D’autres exemples, comme à la page 21 (1625-1675), rappellent qu’on trouve également des panneaux peints. Un bref paragraphe de la page 22 indique qu’en Alsace on peut aussi avoir des panneaux directement montés dans l’ossature des charpentes à pans de bois (relevés p. 84-88). On retrouve bien sûr la même différence dans le raffinement pour les assemblages, qui vont des simples planches jointives aux panneaux embrevés – parfois dans le décor de la même pièce, comme sur la photographie de la page 13 (1400-1500), et dans l’encadrement des panneaux, étudié dans la rubrique « Plinthes, cimaises, corniches et pilastres » (p. 22), avec souvent une technique particulière pour les vantaux, dessus-de-porte, ébrasements de fenêtre, cloisons, cheminées et mobilier intégré discutés et illustrés p. 24-28.

 

         Roubo est une fois de plus – après l’ouvrage sur les planchers et parquets – mis utilement à contribution, tant pour son texte explicatif que pour ses croquis, qui montrent très clairement le mode de construction, puis de fixation au mur, le plus souvent par des « pattes »[3]. Les praticiens actuels d’un certain âge reconnaîtront d’ailleurs certainement dans les fig. 6 et 8 de l’illustration 46 de la page 35 les « pattes à glace » de leurs années d’apprentissage : rien n’avait changé dans leur forme en deux cents ans. En revanche, nous rappelle la Conclusion de cette première partie, la technique de réalisation des panneaux sera considérablement bouleversée, non par la révolution industrielle – après laquelle on se contente d’exécuter à la machine ce qui l’était à la main – mais par l’introduction au XXe siècle du contreplaqué et de l’aggloméré (p. 40).

 

         Suit un exemplier de quelque deux cents pages, commenté et illustré (de photographies, de croquis, de relevés, de plans) et classé en trois catégories : planches jointives ; panneaux simples ; compositions complexes – qui, contrairement à ce qu’on aurait pu croire a priori, ne recouvrent pas toujours la chronologie, puisqu’on trouve aussi bien un exemple de la première technique, rudimentaire, en 1610-1645 qu’un autre, complexe, en 1550-1575, tandis que les panneaux simples retenus vont de 1400 à 1675.

 

         Il ne peut êre question ici de discuter chacune des notices proposées. Leur longueur est bien évidemment variable, selon la variété des lambris qu’on y trouve et l’étendue de la documentation disponible – les deux n’étant pas toujours fonction de l’importance de l’édifice. Ainsi le château de Blois bénéficie de dix-sept pages, la plupart constituées de dessins et relevés (p. 108-124), alors que celui de Chambord n’en a que trois, dont deux de dessins et relevés (p. 125-127), au même titre que le modeste manoir de Qui-qu’en-grogne (Côtes-d’Armor), p. 170-172. Bien moins connu que Chambord, le château de La Roche-du-Maine (Prinçay, département de la Vienne), se voit attribuer seize pages (128-143), avec plan de murs, gravure (1892) de la grande salle – les dessins et relevés de rigueur incluant un très clair croquis de « patte » vue sous trois angles différents (p. 137). C’est pour Écouen qu’on a le plus grand nombre de détails – y compris un relevé isométrique montrant les chevilles (p. 159) – sur vingt-six pages (p. 144-169), avec en plus trois photographies en couleurs (N° 62-64, p. 44).

 

         Le tout serait répétitif si l’inventivité des architectes de l’époque avait eu des limites étroites, ce qui n’est aucunement le cas, comme le montre bien l’exemplier. On trouve ainsi des panneaux en losange au château de Cormatin (Saône-et-Loire), p. 173-178 ; des balustres qui tiennent lieu de panneaux de porte dans le château de Lacassagne (Gers), p. 183-192 ; des lambris peints au-dessus de la cheminée monumentale du château de Montvallat (Cantal), p. 193-202 (photographie en couleurs, N° 58, p. 41) ; des lambris de forme elliptique, ainsi qu’un médaillon polychrome en cuir peint collé sur un panneau de lambris (photographie en couleurs d’un dessin aquarellé donnant une vue d’ensemble, N° 61, p. 43), au château de Goulaine (Loire-Atlantique), pourtant à la façade fort modeste (p. 203-210) ; des fausses portes lambrissées dans la salle de bal du château de Fontainebleau (p. 214-229) ; des boiseries concaves dans le château de Maisons-Laffitte (p. 246-254), où l’on a également des panneaux marquetés et peints, illustrés par deux dessins avec repérage des essences de bois, des autres matières (étain, or) et des couleurs (p. 253-254), ainsi que par cinq photographies du cahier en couleurs (N° 68-72, p. 47-48). La décoration intérieure de tous ces édifices formait évidemment un tout et la photographie pleine page en couleurs N° 67 (p. 46), prise au « grand angulaire » par l’auteur, nous donne un bel exemple de l’harmonieuse continuité entre le lambrissage des murs, le moulurage des portes et ébrasements des croisées, l’encadrement des scènes peintes, et les caissons du plafond à rosaces.

 

         Comme toujours, le choix des termes retenus pour le court Glossaire (p. 272-274) peut prêter à des discussions infinies, suivant les connaissances préalables de chacun. J’y ai appris pour ma part « crossette », « denticule » et « épaufrure ». Nombre de définitions viennent des grands ancêtres : Félibien, Roubo et Storck – tandis que d’autres sont empruntées à des auteurs récents, ce qui nous conduit à parler de la Bibliographie (p. 276-277), elle aussi fort courte.

 

         Elle est classée, comme il se doit. Les rubriques Sources et Albums du CRMH seront d’une utilité indubitable aux lecteurs qui n’appartiennent pas à l’administration des Monuments historiques : on peut compter sur leur exhaustivité et être sûr qu’elles sont à jour. Le recueil d’actes, Le bois dans le château de pierre au Moyen Âge (colloque de 1997, publication 2003), fait l’objet d’une reprise détaillée des chapitres pertinents dans la rubrique Bibliographie générale, qui hélas mérite bien trop son nom, car elle apparaît comme un fourre-tout où l’on trouve aussi bien la référence des ouvrages techniques déjà vus dans le Glossaire – ce qui est parfaitement justifié – que d’ouvrages véritablement « généraux » comme La cour de France au XVIe siècle ou le Dictionnaire d’Alain Rey. Cette Bibliographie générale comprend toutefois des ouvrages spécialisés récents dont l’acquisition peut intéresser le lecteur, comme le Dicobat de De Vigan (Paris, 2003) ou le Dictionnaire de l’ornement de Wodon (Namur, 2008). On ne lui contestera donc que son mode de classement – pas son utilité.

 

         Ce n’est pas par paresse que nous reprendrons les conclusions que nous avions rédigées pour Planchers et parquets du XVIe au XIXe siècle : c’est tout simplement que la similitude entre les deux ouvrages – qui montrent bien la volonté de continuité de cette belle collection – nous conduit à en réitérer les grandes lignes.

 

         On n’acquerra pas ces excellentes monographies pour leur glossaire, ni pour leur bibliographie. En revanche, toutes les bibliothèques d’écoles d’architecture et d’instituts d’histoire des arts décoratifs et appliqués – qui, on peut le supposer, possèdent déjà Planchers et parquets du XVIe au XIXe siècle – se devront d’acquérir également Lambris du XVe au milieu du XVIIe siècle en raison de l’immense intérêt que présentent pour l’enseignement la richesse de ses textes extrêmement bien documentés et l’abondance de ses très parlantes illustrations. Point n’est besoin d’insister sur la valeur que le volume peut également avoir pour tous les professionnels engagés dans les processus de restauration, mais aussi de création, à notre époque où le bois revient en force dans la construction grâce notamment aux préoccupations écologiques des milieux cultivés et intellectuels – à notre époque où, par ailleurs,  dans le grand public, le mot « lambris » suggère uniquement et invariablement la « frisette de pin » des supermarchés de bricolage. Les « lambris » ont été et peuvent encore être autre chose, comme ce nouvel « Album du CRMH » en fait magnifiquement la démonstration.

 

 


[1] Togni, Bruno. Avec la collaboration de Christel Guillot, Luis-José Alderete & Jean-Jacques Roman et la contribution d’Emmanuel Maurin : Planchers et parquets du XVIe au XIXe siècle, 280 pages, 161 relevés, 177 photographies, ISBN : 978-2-7577-0194-2, 35 € (Éditions du Patrimoine, Paris 2012). Voir notre recension pour Histara < http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=1720>

 

[2] La rubrique « décor » reproduit fort opportunément le dessin comparatif de Viollet-le-Duc, en reprenant ses arguments sur les avantages supposés des différents types de pli pour réduire la tendance au tuilage (p. 29).

 

[3] Une photographie (p. 247) montre des “tampons” de fixation restés dans un mur du château de Maisons-Laffitte.

 

 

Sommaire

 

Avant-propos, par Gilles Désiré dit Gosset, pages 6 & 7

tout le reste est du même auteur : Roman, Jean-Jacques, des pages 9 à 278.

Introduction

Les hommes et le matériau

Évolution des métiers

Le bois

Assemblage des éléments du lambris

Planches jointives

Bâtis

Panneaux

Panneaux et bâtis

Plinthes, cimaises, corniches et pilastres

Le pan de bois, un cas particulier

Conception

Composition

Éléments singuliers

Décor

Dimensions et essences

Réalisation

Exécution

Mise en place

Type de lambris

Planches jointives

Panneaux simples

Compositions complexes

Conclusion

Tableau des lambris présentés

Annexes

Glossaire

Bibliographie