Fenet, Annick - Lubtchansky, Natacha (dir.): Pour une histoire de l’archéologie XVIIIe siècle-1945. Hommage de ses collègues et amis à Ève Gran-Aymerich, (coll. Scripta Receptoria 5), 500 p., dont un riche index, ISBN 978-2-35613-131-7, 25 euros
(Ausonius éditions, Bordeaux 2015)
 
Compte rendu par Yves Roman, université Lyon 2
(yvesroman@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 1311 mots
Publié en ligne le 2016-05-31
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
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          Pour comprendre la démarche qui est à l’origine de ce volume, il faut, après avoir relevé la volonté de rendre hommage à Madame É. Gran-Aymerich, s’appesantir sur le titre qui précède : Pour une histoire de l’archéologie XVIIIsiècle-1945. Surtout, afin que la compréhension soit complète, il est dans le même temps nécessaire de relever, dans la bibliographie du destinataire de l’hommage, deux publications très importantes. D’une part, Naissance de l’archéologie moderne 1798-1945, Paris, CNRS éditions, 1998, et le Dictionnaire biographique d’archéologie 1798-1945, Paris, CNRS éditions, 2001. L’ouvrage dirigé par A. Fenet et N. Lubchtansky se positionne parfaitement sur ces axes de recherche, dont Madame Gran-Aymerich fut l’un des pionniers en France, celle de l’histoire de l’histoire, en l’occurrence celle de l’histoire de l’archéologie. Dans la lignée du Dictionnaire biographique… l’entrée de ce volume d’hommage est souvent individuelle avec des personnages comme Andrea Lombardi (article de M. Torelli), Franz I. von Erbach zu Erbach (article de C. Maderna), Louis-Mathieu Langlès (article de P.-S. Filliozat), Jean Potocki (1761-1815) (article de Fr. Djindjian), Théodor Mommsen (article de St. Rebenich), Jules Martha (article de J. Hadas-Lebel), Raymond Lantier (article de Fr. Gracia-Alonso), Caspar Reuven (1793-1835), (article de S. Maufroy), Désiré Raoul-Rochette (article de N. Lubtchansky), Émile Prisse d’Avenne (1807-1879) (article de M. Volait), Émile Masqueray (article de Ch. Guittard) ou Salomon Reinach (article d’H. Duchêne), enfin Georges Legrain (article de M. Dewachter). On ne comprendrait toutefois rien à ce volume si l’on n’avait pas lu, sorte d’avant-propos, les Notes sur une collaboration franco-allemande de J. von Ungern-Sternberg, qui montrent très bien la démarche de Madame Gran-Aymerich, attachée durant des années à découvrir et commenter, souvent avec l’aide de J. von Ungern-Sternberg précisément, des correspondances savantes dont les destinataires s’appelaient K. B. Hase ou Th. Mommsen. De quoi faire resurgir bien des débats du XIXe siècle.

 

         Mais si l’on entre dans cet ouvrage comme dans une maison noble en contemplant les portraits des personnages illustres du monde de l’archéologie d’autrefois, ce volume ne saurait se résumer dans cette démarche. La première partie est en effet consacrée aux origines de l’archéologie avec des sites comme Olympie (article d’A. Schnapp) ou Pompéi (article de M. Bonghi Jovino) ou à un type de matériel, comme la sigillée (article de P. Pinon) et se poursuit avec l’analyse de la relation de certains états européens avec l’archéologie, qu’il s’agisse de l’Espagne (article de G. Pérez Sarrion et Al. Dominguez Arranz, et de J. Maier Allende), l’Allemagne et l’Italie du Mezzogiorno (articles déjà mentionnés de M. Torelli), l’Orient (article déjà mentionné de P.-S. Filliozat) ou la Chine avec J. Potocki (article déjà mentionné de Fr. Djindjian). La deuxième partie s’ouvre sur « une course aux antiquités » (article de S. Marchand), se poursuit avec des objets étrusques, parfois disputés, comme ces pièces étrusques qui sont aujourd’hui dans des musées américains (article de D. Briquel), et, toujours l’analyse fine des compétitions, la tentative sous Bismarck d’imposer en Allemagne une langue unique de publication (article déjà cité de St. Rebenich), avec en toile de fond des échanges scientifiques savants concernant la préhistoire ibérique (article déjà mentionné de Fr. Gracia-Alonso) ou du paléolithique (article de M. Diaz-Andreu). Dans cette époque contemporaine, le modèle grec et romain n’était plus unique (article de F. Wulff Alonso) et l’on découvrait d’autres cultures, les Phéniciens à Marseille (article d’A. Hermary), avant de revenir à un vieux débat, toujours passionnant, sur les Étrusques et leur langue (article de J. Hadas-Lebel), pour finir avec l’art amarnien dans la République de Weimar (article de B. Savoy) et la préhistoire africaine (article de N. Coye). La troisième partie est largement plus transversale, plusieurs contributions partant des titulaires de chaires d’archéologie en Europe, ce qui permet d’esquisser l’institutionnalisation de l’archéologie aussi bien que les liens entretenus par elle avec les politiques nationales. On retrouve alors Caspar Reuvens à Leyde (article de S. Maufroy), mais aussi D. Raoul-Rochette à Paris (article de N. Lubtchansky), avant de poursuivre avec l’action de conservation du patrimoine national conduite en Espagne par le Cabinet des Antiquités de la Real Academia de la Historia (article de M. Almagro Gorbea), ou en France et en Italie, grâce à l’École de Rome, à partir de 1846, voire en Albanie, A. Fenet analysant la mise en place de la Mission française en Albanie (1922-1923). L’ouvrage, un ouvrage dense, qui fournira matière à de nombreuses recherches à venir, se termine, en guise de conclusion, par une analyse inquiète de la situation de l’archéologie tunisienne au lendemain de la Révolution du 14 janvier 2011 par H. Jaïdi. C’est, une fois encore, souligner, comme l’ont fait de nombreux auteurs de ce volume, les liens existant entre archéologie et politique dans différents pays et l’ « internationalisation » de cette discipline.

 

 

Table des matières

 

Introduction : p.  11

Annick Fenet, Natacha Lubtchansky

 

Bibliographie d’Ève Gran-Aymerich 1975-2014 : p. 19

Jürgen von Ungern-Sternberg (trad. française de Pascale Rabault-Feuerhahn)

 

Avant-propos : Notizen zu einer deutsch-französischen Zusammenarbeit / Notes sur une collaboration franco-allemande : p. 33        

 

1. Aux origines de l’archéologie

Alain Schnapp,

L’oubli et la redécouverte d’Olympie des origines à l’expédition de Morée.La philosophie antique des ruines : p. 43

Maria Bonghi Jovino,

Pompei. Una grande “avventura” culturale dal Settecento alla metà del xx secolo : p. 61

Mario Torelli,

Andrea Lombardi: un intellettuale meridionale e il mito degli Italici nell’Italia del Risorgimentale : p. 71

Pierre Pinon,

La découverte de la céramique sigillée gallo-romaine : une approche “moderne” dès les xviiie et xixe siècles : p.  83 

Guillermo Pérez Sarrión et

Almudena Domínguez Arranz,

Archéologie et modernité en Espagne au xviiie siècle. Grèce et Rome à l’époque des Lumières : p. 113

Jorge Maier Allende,

Continuidad y ruptura de la arqueología española en el Siglo de las Luces : p. 127

Caterina Maderna,

Franz I. von Erbach zu Erbach. Zur Erziehung und Bildung eines aufgeklärten Antikensammlers im Odenwald : p. 143

Pierre-Sylvain Filliozat,

1817-1821 : Les Monuments de l’Hindoustan de Louis-Mathieu Langlès : p. 163

François Djindjian,

Jean Potocki (1761-1815) : voyages, expéditions et archéologie. Des Histoires anciennes aux Chronologies et au Mémoire de l’expédition en Chine : p. 175

 

2. : Archéologie et transferts culturels

Suzanne Marchand,

The Dialectics of the Antiquities Rush : p. 191

Dominique Briquel,

Les Sarcophages des Époux du Museum of Fine Arts de Boston ou une victoire des États-Unis d’Amérique sur la France de Napoléon : p. 207

Stefan Rebenich,

“Ich komme schwerlich wieder”. Theodor Mommsen und das Deutsche Archäologische Institut : p. 221

Fernando Wulff Alonso,

Juzgando a los pueblos desde Grecia y Roma. De la India a Iberia, pasando por la Galia  : p. 237

Bénédicte Savoy,

Nefertiti and co. à Berlin, 1913-1925 : p. 249

Antoine Hermary,

Marseille phénicienne : un mythe du xixe siècle : p.  263

Jean Hadas-Lebel,

Jules Martha et la controverse sur l’origine de l’étrusque : p.  273

Margarita Díaz-Andreu,

Les théories voyageuses : l’accueil britannique réservé aux connaissances sur le Paléolithique nées en France au cours de la première moitié du xxe siècle : p. 281

Francisco Gracia-Alonso,

La diffusion de la recherche archéologique espagnole en France. Raymond Lantier et les cours à l’École du Louvre, 1939-1943 : p. 301

Noël Coye,

Préhistoire européenne et africaine : l’analogie typologique après l’abandon de la théorie du synchronisme (1900-1950) : p. 321

 

3. Archéologie et institutions

Sandrine Maufroy,

Un pionnier de l’archéologie moderne aux Pays-Bas : Caspar Reuvens (1793-1835) : p.  333

Martín Almagro Gorbea,

El Gabinete de Antigüedades de la Real Academia de la Historia en el siglo xix : p. 347

Natacha Lubtchansky,

L’œil du savant : le cours sur l’art étrusque de Désiré Raoul-Rochette à la Bibliothèque du Roi (1828) : p. 363

Mercedes Volait,

Une entreprise autodidacte aux premiers temps de l’archéologie égyptienne : “L’Égypte monumentale” d’Émile Prisse d’Avennes (1807-1879) : p. 381

Charles Guittard,

Émile Masqueray et l’Algérie : le regard d’un historien humaniste sur l’Algérie du xixe siècle : p. 393

Hervé Duchêne,

Salomon Reinach et George Balagny : sur un épisode méconnu de l’histoire de la photographie française : p.  401

Annick Fenet,

La création de la Mission archéologique française en Albanie (1922-1923), entre Armée d’Orient et modèles institutionnels : p. 419

Michel Dewachter,

Historiographie ou archéologie de papier ? Remarques à propos des archives de l’égyptologue Georges Legrain (1865-1917) : p.  447

 

En guise de conclusion :

Houcine Jaïdi,

L’archéologie tunisienne au lendemain de la Révolution du 14 janvier 2011. État des lieux, inquiétudes et horizons : p. 465

 

Résumés : p. 473

 

Index général : p. 483