Bommelaer , Jean-François - Laroche, Didier : Guide de Delphes : Le site, 17 x 24 cm, 334 p., 117 fig. in texte, 5 pl.-dépl., ISBN : 978-2-86958-267-5, 25 €
(École française d’Athènes, Athènes 2015)
 
Compte rendu par Marie-Christine Hellmann, CNRS
(marie-christine.hellmann@mae.u-paris10.fr)

 
Nombre de mots : 1089 mots
Publié en ligne le 2016-05-31
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2731
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          Depuis sa première édition en 1991, le SD (c’est son sigle consacré) de l’École française d’Athènes a grandi et grossi : sous une couverture renforcée par des rabats, son format est passé de 15 x 22 à 17 x 24 cm, ses 278 pages initiales sont montées à 344 et son illustration a même pris des couleurs (en couverture, sur les planches et p. 300, fig. 110). Sa conception, elle, n’a pas varié : en dépit de toutes les indications pour orienter le visiteur sur le site, il s’agit plutôt d’un outil pour archéologues accoudés à leur table de travail, ayant déjà, de préférence, quelques connaissances du lieu et de sa bibliographie, car non seulement la navigation entre les numéros des différentes notices, qui ne se suivent pas rigoureusement, n’est pas des plus aisées, mais bien des développements ne s’adressent qu’à des spécialistes (ainsi, le n° 327, qui n’est d’ailleurs pas le seul à traiter d’un secteur interdit au public).

 

         Comme pour le Guide de Délos, une nouvelle édition du SD était indispensable, puisque les travaux continuels sur les sites archéologiques fouillés depuis longtemps (ici, depuis 1892) ne cessent de faire évoluer nos connaissances et entraînent des mises à jour. Il suffit de jeter un coup d’œil sur la bibliographie, p. 11-15 et à la fin de chaque notice, pour prendre la mesure des avancées réalisées depuis la 1re édition, d’autant plus que sont aussi mentionnées, en nombre considérable, des études inédites ou des communications personnelles.

 

         Le lecteur qui feuillette les deux éditions côte à côte remarquera l’effort accompli dès l’ « Introduction ». Elle a été augmentée au début de considérations nouvelles sur la géographie et le paysage et se termine désormais par plusieurs pages exposant le déroulement de la recherche ; la partie historique a été presque entièrement réécrite, surtout pour les périodes les plus anciennes et pour Delphes paléochrétienne. Des modifications importantes par rapport à la première édition peuvent être signalées, comme p. 40, à propos de la constitution, qui serait plutôt démocratique qu’aristocratique.

 

         Les grandes divisions de l’ouvrage, en trois parties logiquement distribuées, ne pouvaient pas être bouleversées (1. Avant d’arriver au sanctuaire d’Apollon ; 2. Le sanctuaire d’Apollon ; 3. Excursions), ni l’annexe qui traite des toits, avant le glossaire et les indices, dont un index des sujets très renforcé, enfin une table des matières plus détaillée. Les connaisseurs ne seront donc pas perturbés et ils retrouveront les planches dépliantes au nombre de 5, alliées aux 117 figures dans le texte. Mais tous les plans ont été modifiés, en particulier le plus utilisé, celui du sanctuaire d’Apollon restitué, sur la pl. V (ainsi que le plan restitué de Marmaria, fig. 4, et celui du gymnase, fig. 17). Les dessins ont généralement été améliorés (fig. 11, 39) ou remplacés par d’autres (fig. 13, 14, 69-70) ; quelques photos ont aussi fait place à d’autres (e. g. fig. 12, 20, 22-23, 67, 99) et le dessin 43 a remplacé une photo, tandis que la photo 94 a remplacé un dessin (d’autres substitutions pourraient être citées) ; mais alors que certaines photos sont mieux reproduites dans la 2e édition, on constate souvent l’inverse : les fig. 6, 10, 18, 26, 29 à 33, 34, 44, 59-61, 84, 85, 87-89, 92, 93, 101 à 104 étaient mieux contrastées dans la 1re édition.

 

         L’illustration a donc été amplement refondue et le texte des trois parties principales n’est pas en reste. L’intérêt assez récent pour la Grèce romaine ou chrétienne explique l’allongement de la notice sur l’ « agora romaine » (99) et le goût pour les bases est à l’origine de la subdivision de la notice 100 en 110b, 110c, 110d, 110e. On s’attendait à ce que certaines notices ne fassent l’objet que de changements très mineurs (pour le gymnase [52] et le stade [802]) ou même subtils (voir le début du n° 111), mais d’autres, suivant les études parues ou menées depuis 1991, ont été notablement (108, 109, 124) ou même profondément remaniées, comme les notices du possible trésor des Clazoméniens (306), du socle du trépied crotoniate (408) et de bien d’autres bases de piliers ou d’offrandes monumentales (plusieurs numéros, qui ne se suivent pas forcément), celle du temple d’Apollon (422, avec 3 figures au lieu d’une seule auparavant) ou encore celles du théâtre (538-539).

 

         Nous ne pouvons pas signaler et encore moins commenter dans ce compte rendu chacune des nombreuses modifications opérées ou des nouveautés ajoutées par J.-F.  Bommelaer et D. Laroche, qui se sont investis dans cet exercice long et délicat en cherchant à rester au-dessus des polémiques ; inévitablement, tous deux n’étaient pas toujours du même avis lorsqu’il a fallu faire des choix. En bref : tout archéologue ou architecte, historien ou épigraphiste du monde grec devra avoir dans sa bibliothèque personnelle cette 2e édition du SD, sans se contenter de la chercher occasionnellement en bibliothèque institutionnelle. Car cette riche synthèse montre bien que l’exploration et l’analyse d’un site archéologique ne sont jamais terminées, a fortiori dans le cas d’un lieu aussi célèbre que Delphes : chacun croit connaître le site mais en réalité son image n’est pas figée, Delphes et son territoire vivent et il y reste toujours à découvrir, à comprendre ou, tout simplement, à mieux assurer. D’ailleurs, de même que plusieurs notices se sont vite révélées dépassées peu après la parution de la 1re édition, notre exemplaire de la 2e sera aussi à compléter sous peu avec des papillons adhésifs… Reste le problème de la langue française, de moins en moins pratiquée à l’étranger, au point que les travaux delphiques de H. Pomtow ont plus que jamais la cote en Allemagne. Et de même que les publications françaises sur Délos sont de plus en plus supplantées par d’autres en anglais, souvent de seconde main, il existe un risque réel que le SD soit délaissé au profit de Guidebooks aussi plaisants à parcourir qu’une de ces vidéos qui circulent sur le Net en promettant de révéler les « secrets de l’oracle ». La 2e édition du SD est évidemment plus prudente, à l’aide de paragraphes parfois pointus, dont la lecture n’est guère facilitée par des caractères à la fois fins et de très petite taille — sans parler des échelles dans les légendes des dessins, aussi peu lisibles que les numéros minuscules de la pagination, embusqués dans un long trait en bas de page au-dessus de titres courants fort discrets. On me dira que le SD se mérite. Mais l’entre-soi n’est jamais une bonne solution : il ne serait tout de même pas shocking d’envisager une version allégée de ce Guide de Delphes, mieux utilisable sur le terrain, mais toujours du plus haut niveau scientifique, en français et dans une traduction anglaise…