De Graaf, Peter: Late Republican-Early Imperial Regional Italian Landscapes and Demography, 98 p. (British Archaeological Report, Int. S. 2330) ISBN 978 1 4073 0913 2, £29.00
(BAR Publishing, Oxford 2012)
 
Compte rendu par Xavier Deru, Université Lille 3
(xavier.deru@numericable.fr)

 
Nombre de mots : 835 mots
Publié en ligne le 2016-06-24
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2862
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          L’Italie a fait l’objet, à partir des années quatre-vingt, de nombreux projets de prospections pédestres. Ces différentes opérations nécessitent d’être synthétisées afin de caractériser l’occupation antique de chacune des régions, d’établir une hiérarchie de celles-ci et d’en évaluer la population. Peter de Graaf offre une de ces synthèses à la suite de Mattingly D. et de Witcher R. ; il convient d’indiquer que de Graaf reviendra régulièrement et critiquera les résultats de ce dernier. En revanche, les travaux français sur l’analyse de l’occupation antique, comme ceux émanant du projet Archaeomedes, du territoire sont totalement ignorés.

 

         Les travaux de démographie antique menés à partir des sources écrites conduisent souvent à des impasses que les données de terrain pourraient dépasser. Cependant, les prospections ont été conduites selon des protocoles différents et les résultats dépendent des contraintes locales (environnement, activités agricoles, relations sociales) et du mobilier récolté qui offre des indices chronologiques et hiérarchiques différents et qui sont, à plusieurs reprises, discutés par l’auteur. De plus, les prospections pâtissent d’autres biais, comme des publications lacunaires, généralement sans accompagnement des bases de données.

 

         La première partie du volume (p. 3-29) est avant tout méthodologique et théorique. P. de Graaf sollicite, en effet, des modèles ethnographiques ou historiques, par exemple pour les seuils d’urbanisation ou de population connus par la documentation papyrologique ou archivistique des Temps modernes. Sur le plan théorique, il expose des modèles de géographie comme la loi de Zipf (connue également sous le nom de distribution de Parato), la théorie des places centrales ou de l’analyse spatiale ou écologique.

 

         Avant d’entamer l’analyse des régions pilotes, P. de Graaf se penche sur la Gaule Cisalpine discutant les hypothèses de Ligt (p. 30-38). Ce sont les agglomérations recensées et hiérarchisées à partir des listes de Pline et des vestiges archéologiques, qui sont analysées au travers des lois de Zipf et de distribution. Ainsi, l’auteur restitue le tissu des agglomérations et tente d’en estimer la population selon la proportion de la population « urbaine » et rurale (env. 90 %).

 

         À la suite de ce cas isolé sont traitées quatre régions ayant connu des campagnes de prospections assidues : la vallée de Potenza dans les Marches, le suburbium de Rome avec la région pontine, et la vallée du Biferno en Molise. La vallée de Potenza (p. 39-49) est étudiée par Fr. Vermeulen (Université de Gand) ; elle a été échantillonnée en trois secteurs entre l’amont et l’embouchure du fleuve et certaines agglomérations ont bénéficié de prospections géo-physiques ainsi que de sondages. P. de Graaf dresse l’inventaire de toutes les agglomérations et estime leur population, selon leur superficie et leur urbanisme. Pour les campagnes, l’évaluation tient compte de la situation de l’échantillon, de la classe du site (ferme ou villa), de la chronologie et évidemment de la densité. À propos du suburbium de Rome  (p. 50-64), l’auteur marque plus nettement sa différence par rapport à Witcher dont il réduit les estimations. Dans ce chapitre, il partage l’arrière-pays en deux espaces, l’un s’étendant sur un rayon de 50 km, l’autre de 100 km, qu’il divise ensuite en quatre quadrants et obtient ainsi huit zones (quadrant intérieur et extérieur), tout en sachant que le quadrant extérieur sud-ouest couvre la mer Tyrrhénienne. À l’intérieur des zones, les formes du paysage sont caractérisées, la distribution et la hiérarchie des agglomérations sont discutées, et à la suite de celles-ci, les établissements agricoles. La densité est plus forte à proximité de la capitale et en particulier dans le quadrant nord-est, comprenant Tibur et Lucus Fereniae. La région pontine (p. 65-79), située dans le quadrant extérieur sud-est du chapitre précédent, bénéficie d’un programme de recherche de l’Université de Groningue. P. de Graaf poursuit ici sa démarche, mais, dans cette vaste région, montre une vigilance accrue aux différents paysages qui la composent. Pour terminer son étude de cas, il reprend les données acquises par G. Barker dans la vallée du Biferno (p. 80-86) qui, comme dans la vallée de Potenza, présente une plaine labourée et une partie haute réservée au pâturage. Une réévaluation des résultats est proposée, notamment à lumière de prospections plus récentes autour du sanctuaire de San Giovanni in Galdo.

 

         Au final, la démarche de P. de Graaf est assez cohérente d’une région à l’autre ; elle repose sur un préalable méthodologique bien établi, mais manque par exemple d’une cartographie homogène. Si les données de terrain sont présentées et critiquées globalement, elles restent absentes dans le détail ; de plus, les données des variables diffèrent d’un chapitre à l’autre, par exemple la densité de la population urbaine ou le nombre d’habitants attribués aux fermes ou aux uillae. L’ouvrage se conclut en soulignant de fortes différences régionales dans un mode d’occupation d’habitat dispersé, nettement différent du mode attique où l’habitat reste groupé. Bien que je reste sceptique sur les tentatives de quantifications absolues, estimant que la comparaison de données relatives fait tout aussi bien, et plus justement, apparaître les phénomènes historiques, cet essai n’en demeure pas moins stimulant.