Pomey, Patrice (dir.): La batellerie égyptienne. Archéologie, histoire, ethnographie (CeAlex - CENTRE D’ETUDES ALEXANDRINES, 34), 336 p., 147 ill., 22 x 28 cm, ISBN : 978-2-11-129854-5, 40 €
(De Boccard, Paris 2016)
 
Compte rendu par Dorian Vanhulle, Université libre de Bruxelles
(dorian.vanhulle@ulb.ac.be)

 
Nombre de mots : 3849 mots
Publié en ligne le 2017-09-27
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2915
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          L’ouvrage consiste en la publication des actes d’un colloque international tenu au Centre d’Études Alexandrines (USR 3134 du CNRS), à Alexandrie, en 2010. Édité par Patrice Pomey, l’un des plus éminents spécialistes de la construction navale antique, il s’agit du 34e volume de la collection « Études Alexandrines » dirigée par Jean-Yves Empereur. Il se compose de quatorze articles scientifiques portant sur la batellerie égyptienne et la navigation nilotique depuis l’époque pharaonique jusqu’à nos jours.

 

         Ces actes s’ouvrent sur un avant-propos rédigé par J-.Y. Empereur et destiné à remercier la Honor Forst Foundation pour son « soutien moral et financier » (p. 9-10). L’auteur ne manque pas de rendre hommage à Honor Forst, pionnière de l’archéologie subaquatique décédée en 2010, et de lui dédier l’ouvrage. L’introduction (p.11-13) est laissée au soin de P. Pomey. Il y insiste tout d’abord sur la distinction qui existe entre, d’une part, la batellerie nilotique et, d’autre part, la batellerie égyptienne. S’il est vrai que le Nil a de tout temps été au centre des préoccupations en Égypte, il ne faut pas pour autant en oublier les autres espaces navigables que sont la Méditerranée, les lacs Qaroun (Fayoum) et Mariout (Alexandrie) ainsi que les lacs lagunaires du Delta. L’auteur justifie ensuite l’organisation diachronique de la publication, dont le contenu traite tour à tour des âges pharaoniques, de l’époque gréco-romaine et, finalement, de l’époque contemporaine. P. Pomey rappelle toutefois qu’un « projet aussi ambitieux ne peut, malheureusement, éviter de nombreuses lacunes et l’on regrettera l’absence de certaines périodes non moins dignes d’intérêt » (p.12). Il est en effet dommage que les périodes pré- et protodynastiques (ca 4500-2600 av. J.-C.), pourtant très riches en sources relatives au bateau et à la navigation, ne soient pas traitées plus en détail. Le bateau est incontournable en Égypte au 4e millénaire et s’avère être le symbole de concepts idéologiques complexes. En outre, l’iconographie de ces périodes permet d’identifier différents types d’embarcations. Cette lacune ne diminue en rien, toutefois, la grande qualité de la publication. L’introduction est ensuite consacrée à résumer brièvement les diverses contributions et à en présenter les auteurs. 

 

         Les quatorze articles se répartissent en trois sections : la première est dévolue à la batellerie pharaonique, aux infrastructures portuaires et aux voies de communication antiques (p.15-86). La deuxième traite de la batellerie aux époques grecques et romaines (p. 87-234) tandis que la dernière regroupe des études ethnographiques (p. 235-314).

 

         L’œuvre de M. M. Abd el-Maguid, actuel directeur du Central Department for Underwater Antiquities et superviseur du Center for Maritime Archaeology & Underwater Cultural Heritage de l’université d’Alexandrie, constitue la première contribution (p.15-34). Claire et richement illustrée, elle offre un aperçu détaillé de nos connaissances relatives à la batellerie nilotique pharaonique. En préambule, l’auteur énumère les différentes catégories de sources dont nous disposons pour les époques pharaoniques, à savoir l’iconographie, l’art rupestre, les modèles réduits et les véritables embarcations découvertes dans la vallée du Nil. Ce faisant, il cite certaines œuvres pré- et protodynastiques (ici nommées « archaïques ») parmi les plus connues. L’auteur aborde ensuite la question des techniques des constructions navales pharaoniques, de leur évolution et des conditions de navigation sur le fleuve à ces époques.

 

         L’article suivant a été rédigé par M. Sief el-Din Gomaa. Il porte sur le « réseau de communication et des eaux intérieures à l’époque gréco-romaine » (p. 35-86). S’appuyant sur des sources textuelles, relatives à l’iconographie et à l’archéologie, l’auteur propose une reconstitution du réseau fluvial tel qu’il fut dans l’Antiquité. Il offre tout d’abord une description du cours du Nil, scindée en quatre sections dédiées chacune à une aire géographique spécifique : la première est dévolue à la Nubie égyptienne (p.36-38), la suivante à la vallée du Nil (p. 38-43), la troisième au Fayoum (p. 43-48) et la dernière au Delta (p. 48-69). L’auteur poursuit avec une étude de l’évolution des divers réseaux fluviaux gréco-romains, examinée de manière diachronique. Cette section d’à peine une page cède ensuite la place à une « présentation fonctionnelle du réseau de communication des eaux intérieures » (p. 72-76). L’auteur y distingue deux types de navigation : celle des rois et des nobles tout d’abord, celle des autres catégories de voyageurs ensuite. Si ce thème a du potentiel, l’article en dévoile in fine assez peu. De courtes sections abordent ensuite brièvement diverses considérations telles que la durée supposée d’un voyage en bateau au sein du réseau navigable intérieur, les éventuels obstacles rencontrés et les solutions qui y étaient apportées (p. 76-79).

 

         Très courtes et finalement peu instructives, ces différentes discussions ont toutefois le mérite de souligner la complexité, voire la dangerosité, de naviguer sur le réseau intérieur[1]. Il est en effet important de battre en brèche la croyance, encore vivace, selon laquelle naviguer sur le Nil était aisé et à la portée de tous. L’auteur emploie régulièrement des extraits de textes d’époque pour illustrer ses dires. Les cartes s’avèrent utiles, mais également très nombreuses. Certaines d’entre elles auraient probablement gagné à être combinées afin d’alléger un article qui pâtit quelque peu de sa longueur.        

 

         Enfin, la dernière contribution de cette première section (p. 87-98) porte sur le site de Schedia, érigé à la jonction entre la branche canopique du Nil et le canal artificiel qui la relie à Alexandrie. Station de débordement des marchandises mais également garnison militaire et port, Schedia est fondé au début de l’époque ptolémaïque. L’article, rédigé par M. Bergmann et M. Heinzelmann, fournit un rapport détaillé des recherches en cours sur le site. Les auteurs apportent des informations importantes quant à la topographie du site, ses fonctions et son évolution. Il s’agit d’une approche résolument multidisciplinaire, l’archéologie, l’épigraphie et des expertises géophysiques, notamment, ayant été mises à profit.    

 

         La deuxième section s’ouvre sur un imposant article de P. Arnaud (p. 99-150). Dédié à la mémoire de L. Casson, il traite de la batellerie de fret d’après la documentation papyrologique entre 300 avant J.-C. et 400 après J.-C. Cette étude semble d’autant plus intéressante que l’auteur ouvre un dossier qui était jusqu’alors pratiquement inexploité : « la seule initiative en la matière remonte à 1929 » (p. 99). Reposant sur un minimum de cinq cents sources textuelles de natures diverses et dont tant le fond que la forme évoluent en l’espace du millénaire sur lequel porte l’étude, le travail paraît aussi titanesque que prometteur. Après avoir introduit les différentes catégories de textes (pratiquement tous relatifs à la Basse-Égypte) dont il dispose, P. Arnaud aborde les multiples classes d’embarcations nilotiques connues pour ces époques et leur relation aux trois espaces navigables majeurs que sont le Nil, les lacs et la mer (p.101-108). L’auteur emploie régulièrement, et toujours à bon escient, les sources textuelles pour appuyer son propos. Il s’intéresse ensuite à la nomenclature des bateaux et à son évolution au sein des sources hellénistiques d’une part, impériale d’autre part (p.108-136). Il en ressort notamment une quantité inattendue d’embarcations différenciées par un nom qui leur est propre. P. Arnaud fournit une description détaillée de chacune d’entre elles, les replaçant dans leur contexte géographique et chronologique. Il apparaît en effet que certaines sont caractéristiques d’une région particulière, tandis que d’autres sont aptes à se déplacer dans des espaces navigables de nature différente.

 

         Les pages 136 à 146 sont consacrées aux références littéraires relatives au tonnage et aux formes d’exploitation des bateaux antiques. Parmi ces constatations, l’auteur s’étonne du fort tonnage des bateaux nilotiques, ceux-ci surpassant largement celui des épaves connues en Méditerranée pour les époques concernées. Une courte section (p.145-146) s’intéresse à l’approvisionnement en bois. Instructive, elle démontre l’emploi prédominant d’essences locales en construction navale. Ce fait s’avère une réalité depuis le 4e millénaire déjà[2].  

 

         La conclusion (p.146-148) souligne l’importance de poursuivre le travail entamé par l’auteur, de nombreuses questions demeurant sans réponse. P. Arnaud énumère plusieurs d’entre elles, dans l’espoir que la recherche future les éclaircira. Agréable à lire et très instructif, cet article constitue une source importante pour qui s’intéresse à la navigation gréco-romaine en Égypte. Il présente par ailleurs l’avantage d’ouvrir un nouveau pan de recherche encore inexploré. 

 

         P. Pomey propose ensuite une étude de la batellerie gréco-romaine telle qu’elle peut être observée sur la mosaïque de Palestrina (p.151-172). Cette célèbre œuvre du IIe siècle a connu de nombreuses restaurations depuis le XVIIe siècle et a fait l’objet de diverses études. Il est dès lors très plaisant de constater que l’article, par ailleurs richement illustré, débute par un état de l’art détaillé et critique (p.151-156). La mosaïque offre un aperçu du Nil en période de crue, depuis ses sources éthiopiennes jusqu’à Alexandrie et le lac Maréotis. L’analyse des différentes catégories de barques qui y apparaissent constitue le point central de cet article, l’ensemble formant un « véritable catalogue de la batellerie nilotique à l’époque gréco-romaine » (p.169). L’intérêt de la présente contribution tient au fait qu’elle dépasse la simple description. L’auteur fait appel aux sources littéraires, aux productions artistiques et artisanales pharaoniques ainsi qu’à l’ethnographie dans l’objectif d’identifier avec précision la nature des embarcations représentées. Enrichissant son argumentation de considérations relatives à la construction navale antique, P. Pomey détermine de manière convaincante la présence de quatre embarcations traditionnelles en papyrus (p.156-158), d’un bateau-corbeille connu sous le terme grec pakton (p.158-160), de deux navires de charges, respectivement une kybaia et une baris (p.161-166), d’un navire de plaisance ou thalamegos (p.166-167) et d’une birème (p.167-169).

        

         L. Basch consacre la contribution suivante (p.173-177) à une porte en bois provenant d’un temple dédié au dieu Sobek. Ce temple a été découvert en 1912 à Theadelphia, dans le Fayoum. La porte en question a accompagné le monument lorsque ce dernier, en partie démonté, a été transféré au Musée gréco-romain d’Alexandrie. L’auteur emploie ces quelques pages à montrer que les planches qui la composent « pourraient provenir d’un bateau d’époque ptolémaïque » (p.175). Après une description desdites planches, l’auteur les compare à celles composant la coque d’une épave de la Basse-Époque découverte à Mataria. L’analyse paraît convaincante, mais L. Basch reste très prudent et plaide dans sa conclusion pour que la porte, largement ignorée par la communauté scientifique, fasse l’objet d’une analyse approfondie.

 

         P. Ballet et P. Pomey s’intéressent ensuite à un groupe inédit de modèles de bateaux datant de l’époque romaine (p.179-199). L’article débute par une analyse des terres cuites représentant une divinité à bord d’une embarcation (p.179-183). Si Harpocrate est le dieu le plus souvent rencontré, Min apparaît également ainsi que, peut-être, les Dioscures. Les « lampes-barques », selon les termes des auteurs, sont assez standardisées et, dès lors, plus aisées à interpréter. Datées de l’époque impériale, ces lampes à huile seraient des « ex-voto de passagers et/ou de bateliers » (p.183-188). Les auteurs traitent non seulement de la fonction de ces objets, mais fournissent également une typologie des bateaux en présence. L’exploitation de cette dernière leur permet d’en identifier certains comme étant des kybaia et d’affirmer que tous appartiennent à la famille des embarcations nilotiques parmi les plus modestes en termes de tonnage. À l’article sont jointes les photographies de ces modèles. De bonne qualité et très lisibles, elles se révèlent particulièrement utiles. Elles sont d’autant plus importantes qu’il s’agit, pour la plupart, d’objets difficilement accessibles. C’est sur un catalogue riche de vingt-cinq entrées et agencé selon la typologie établie par les auteurs (p.190-197) que l’article se referme. Ces objets sont conservés au Musée d’Haïfa, au Städtisches Museum Liebighaus de Frankfort, au Musée gréco-romain d’Alexandrie, au Museum für Kunst und Gewerbe d’Hambourg, au British Museum, au Royal Ontario Museum, au Musée des Beaux-Arts de Lyon et au Musée du Louvre. L’un d’eux se trouve entreposé à Tebtynis, sur son site de découverte, tandis que quelques autres, connus uniquement au travers de publications anciennes, sont actuellement perdus.

 

         À cette étude succède une importante contribution d’E. Rieth (p. 201-225), consacrée aux origines de la construction navale sur membrure première en Méditerranée entre le Ve et le VIe siècle de notre ère. Il s’agit d’une version revue et augmentée d’un article publié par l’auteur en 2008[3]. Dans le cadre de son introduction (p. 201-202), il revient sur la distinction qui existe entre la construction sur bordé et celle, apparue à la fin de l’Antiquité, dite « skeleton first » ou « membrure première ». Cette distinction s’avère en effet cruciale puisqu’elle marque « le passage d’un système architectural à l’autre ». E. Rieth nuance cependant cette terminologie, qu’il considère comme « quelque peu désuète » aujourd’hui. Plutôt que d’aborder la question de la construction navale sur la seule analyse de la structure architecturale d’une embarcation, il propose d’étudier la géométrie des formes de carène et, donc, de privilégier « les formes sur la structure ». Dans la foulée de son introduction, l’auteur aborde les sources archéologiques dont il dispose (p. 203-211). Diverses épaves méditerranéennes font l’objet d’une analyse, prenant en considération les dimensions d’origines des navires, la forme des membrures, les essences de bois employées ainsi que la nature des calfatages et des enduits. E. Rieth se concentre ensuite sur deux épaves, Saint-Gervais II et Yassi Ada I, connues pour marquer le passage de l’architecture sur bordé à celle sur membrures premières (p. 211-215). Les apports réels de ce travail apparaissent au sein des deux dernières sections de l’article. La première propose une « autre lecture technique et historique » (p. 215-218). L’auteur y souligne la corrélation qui existait entre, d’une part, la forme des carènes, et, d’autre part, la morphologie et la topographie de la zone dans laquelle évoluait le bateau. Il démontre que, très logiquement, les bateaux destinés à la mer différaient morphologiquement de ceux réservés aux milieux fluviaux. Les premiers devaient en effet être plus robustes et massifs afin de supporter les assauts des vagues. Fort des constats posés précédemment, E. Rieth propose alors une « autre origine de l’architecture sur membrure première » (p. 218-221). Il démontre que cette cruciale innovation architecturale répond à une double influence : elle s’inspire de la morphologie des embarcations fluviales et résulterait du passage d’une « construction sur sole à une construction maritime sur quille » dont l’origine serait à situer dans la vallée du Nil, plus particulièrement dans le Delta.

 

         La contribution suivante porte sur l’origine du terme « calfatage », sur son étymologie, son évolution linguistique et sur son aire d’extension (p. 227-234). Avec cette étude, L. Basch clôt la deuxième section de l’ouvrage. Au terme d’un article très instructif, il conclut que le mot apparaît vraisemblablement sur les rives du Nil vers 565/566 après J.-C., soit relativement peu de temps après la première attestation de la technique sur une épave datée de 500 après J.-C, et suppose une origine indienne à la racine *klft dont le mot dérive.

 

         La section relative aux études ethnographiques débute par une contribution d’H.E. Tzalas dédiée à l’archéologie expérimentale (p. 235-244). L’auteur compare deux de ses tentatives de reconstruire une barque végétale : un papyrella de Corfou, d’une part, un bateau en papyrus égyptien, d’autre part. Ses travaux consacrés aux papyrella font ici l’objet d’une synthèse que viennent compléter les sources iconographiques démontrant que de semblables embarcations étaient employées dès les temps minoens. L’auteur présente ensuite brièvement la construction qu’il a dirigée d’une papyrella de 5,4 mètres de long et son périple d’une semaine entre la pointe de l’Attique et l’île de Milos. En 2000, près de douze ans plus tard, H.E. Tzalas reproduit l’expérience en Égypte. Construit à partir de papyrus réimplantés dans une réserve de la région du Caire, cette embarcation s’est révélée plus stable et rapide que son pendant grec. En 2007, avec cette fois le désir de reproduire une structure navigante semblable à celles visibles dans l’art prédynastique, Tzalas explique avoir tenté à nouveau l’expérience. Il en a résulté une embarcation fonctionnelle de 10 m de long et de 2 de large. Pour intéressant qu’il soit, il est regrettable que cet article ne s’attarde pas plus longuement sur les méthodes employées et sur les difficultés techniques rencontrées. Il nous semble en effet que ces informations auraient été de premier intérêt. 

 

         J.-Y. Empereur se penche ensuite sur les tankwas du lac Tana (p. 245-264). Agrémentée de nombreuses photographies de qualité, cette contribution résulte d’une étude de terrain menée par l’auteur et diffusée sous la forme d’un documentaire produit par le Centre d’Études Alexandrines en 2009[4]. On note que ces structures végétales, similaires aux papyrella, peuvent toujours être aperçues de nos jours dans cette région. C’est par une section dévolue à la matière première, soit le papyrus, et son exploitation (p. 245-249), que J.-Y. Empereur entame son article. Il traite ensuite des chantiers de construction installés en bordure du lac, décrivant leur organisation et la façon dont le travail se trouve réparti entre différents protagonistes d’âge et de sexe différents (p. 249-252). L’importante question des méthodes de construction de ces barques, illustrée à chaque étape par des photographies prises sur le terrain (p. 252-261), fait alors l’objet d’un examen. Enfin, l’article se referme sur une discussion relative aux usages des tankwas (p. 261-264).      

 

         La contribution suivante offre à E. Rieth l’opportunité de publier quatre maquettes de bateaux égyptiens, « rarement exposées et, de ce fait, peu connues » (p. 265), appartenant aux collections du Musée national de la Marine à Paris (p. 265-283). Dans un premier temps, l’auteur étudie la maquette d’une dahabiyah et d’une barquette du lac Menzaleh (p. 266-273). Dans un deuxième temps, il s’intéresse à deux maquettes de voiliers de charge nilotiques (p. 273-278). Chaque maquette se trouve décrite et analysée avec force détails. Des photographies de très grande qualité ainsi que des reproductions des plans tracés à l’époque de leur entrée dans les collections accompagnent le texte. L’article se clôt par une courte étude de la quille concave de ces modèles ainsi qu’au dispositif de maintien de leur mât (p. 278-283).   

 

         L’ouvrage se poursuit avec une étude relative aux bateaux naviguant actuellement sur le lac Manzaleh (p. 285-298). Rédigée par Ch. Gaubert et N.H. Henein, la contribution s’ouvre sur une description du lac et sur un bref historique des activités de pêche qui s’y déroulent (p. 285-287). Les auteurs s’intéressent ensuite à une catégorie d’embarcation spécifique à cette région : le zahreyya. Après en avoir donné une description détaillée (p. 287-291), ils apportent des précisions relatives à ses diverses fonctions. L’article, illustré de plusieurs photographies de qualité et de documents d’archives, retrace ainsi l’historique de cette barque tel qu’il peut être restitué à partir des sources disponibles.

 

         Le dernier texte de ces actes résulte de la collaboration entre R. Collet et P. Pomey (p.299-314). Les auteurs proposent, quant à eux, une étude des bateaux de pêche du lac Borollos, connus sous le nom de lokkafa. Selon le même schéma que l’article précédent, les auteurs fournissent en préambule une description approfondie du lac et des activités de pêche qui y ont lieu (p. 299-303). Les pages suivantes sont dévolues à l’étude du lokkafa, de son histoire et de son évolution ainsi qu’aux méthodes de construction employées par les habitants du lac.

 

         L’ouvrage se referme sur la collection des résumés de chacun des articles et sur une liste des abréviations employées au sein des bibliographies. On soulignera le fait que ces résumés sont proposés en anglais, en français et en arabe. Il faut notamment saluer cet effort de rendre la publication accessible à nos collègues arabophones.   

 

         Publiés cinq ans après le colloque dont il diffuse les résultats, ces actes n’auraient pu trouver période plus propice pour sortir de presse. L’archéologie navale égyptienne semble en effet connaître un certain renouveau, plusieurs études et découvertes d’importance contribuant à sensiblement augmenter nos connaissances. Parmi ces dernières, il nous faut notamment citer une barque de la première dynastie mise au jour à Abou Rawash en 2012[5], une seconde de la troisième dynastie récemment découverte à Abousir Sud et toujours inédite ainsi que les remarquables peintures et gravures représentant des bateaux documentées au sein du complexe funéraire de Sésostris III à Abydos[6].

 

         En conclusion, la somme des articles constituant ces actes se révèle très instructive. Richement documentés et illustrés, ils susciteront tout autant l’intérêt des professionnels de l’archéologie navale que des égyptologues. S’il est vrai que l’ouvrage est, par essence, très spécialisé, il n’en demeure pas moins utile à toute personne travaillant sur l’Égypte ancienne. Le bateau, singulièrement en Égypte, est « le reflet du milieu culturel et socio-économique dans lequel il est utilisé » (p. 299). Il s’agit d’un sujet d’étude aux ramifications nombreuses et variées qui touche tout autant l’historien que l’archéologue. Rédigé dans un langage agréable et de qualité, l’ouvrage pourra également être apprécié d’un public plus large.       

 

 

 


[1] J.C. Cooper, The Medieval Nile. Route, Navigation, and Landscape in Islamic Egypt, The American University of Cairo Press, Le Caire-New York, 2014.

[2] P.P. Creasman, « Ship Timber and the Reuse of Wood in Ancient Egypt », Journal of Egyptian History 6, 2013 : 152-176.

[3] E. Rieth, « Géométrie des formes de carène et construction « sur membrure première » (Ve–XIIe siècles). Une autre approche de l’histoire de l’architecture navale méditerranéenne au Moyen Âge ? », Archaeologia Maritima Mediterranea 5 : 45–68.

[4] J.-Y. Empereur (aut. et réal.), Tankwas, bateaux de papyrus d’Éthiopie. De l’Afrique à l’Inde, vol.4, production CNRS-CEAlex, 2009. (http://videotheque.cnrs.fr/doc=4110)

[5] Y. Tristant, « “Barques sur le Nil...”. Le mastaba M06 d’Abou Rawach et sa barque funéraire (Ire dynastie, règne de Den) : découverte de la plus ancienne embarcation égyptienne actuellement conservée en Égypte », Bulletin de l’Institut français d’archéologie orientale 114, 2014 : 563-588.

[6] J. Wegner, « A Royal Boat Burial and Watercraft Tableau of Egypt’s 12th Dynasty (c. 1850 BCE) at South Abydos », The International Journal of Nautical Archaeology 46/1, 2017 : 5-30.

 

 

 

Sommaire

 

 Jean-Yves EMPEREUR, Avant-propos, 9

Patrice POMEY, Introduction, 11

Mohamed M. ABD EL-MAGUID, La batellerie nilotique à l’époque pharaonique, 15

Mahmoud SIEF EL-DIN GOMAA, Nil, canaux et lacs. Le réseau de communication des eaux intérieures à l’époque gréco-romaine, 35

Marianne BERGMANN, Michael HEINZELMANN, Schedia: Alexandria’s customs station and river port on the Canopic Nile, 87

Pascal ARNAUD, La batellerie de fret nilotique d’après la documentation papyrologique(300 avant J.-C.-400 après J.-C.), 99

Patrice POMEY, La batellerie nilotique gréco-romaine d’après la mosaïque de Palestrina, 151

Lucien BASCH, Une hypothèse : des vestiges d’une embarcation d’époque ptolémaïque au Musée gréco-romain d’Alexandrie ?, 173

Pascale BALLET, Patrice POMEY, Bateaux du Nil en terre cuite pour des dieux et des hommes. Un groupe inédit de l’Égypte romaine, 179

Éric RIETH, Pour une approche nilotique des origines (Ve-VIIe siècle) de la construction navale « sur membrure première » en Méditerranée, 201

Lucien BASCH, Le calfatage : L ’origine du mot et son aire d’extension, 227

Harry E. TZALAS, The papyrella of Corfu and the Egyptian papyrus boats: Similarities and differences in two attempts in experimental archaeology, 235

Jean-Yves EMPEREUR, Les tankwas (papyrellas) du lac Tana, Nil bleu, Éthiopie, 245

Éric RIETH, La batellerie égyptienne (fin du xixe-début du xxe siècle) à travers les collectionsdu musée national de la Marine, 265

Christian GAUBERT, Nessim Henry HENEIN, Le bateau du lac Manzala, 285

Raymond COLLET, Patrice POMEY, Les voiles de Borollos, 299