Gilles, Amaury - Favory, François (préf.) : Vivre et produire dans les campagnes de la colonie de Valence (IIe s. av.- VIe s. ap. J.-C.), 680 p., nbr. ill. coul., ISBN : 978-2-35518-056-9, 69€
(Editions Mergoil, Autun 2016)
 
Compte rendu par Clémentine Barbau, École Normale Supérieure Paris
(barbau.clementine@hotmail.fr)

 
Nombre de mots : 1149 mots
Publié en ligne le 2017-05-31
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=2927
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          Ce beau volume est le résultat d’un travail de thèse réalisé entre 2011 et 2015, sous la codirection de Matthieu Poux (Université Lyon 2) & Stéphane Mauné (Université Montpellier 3) et a été récompensé par un prix de l’Association des Amis de la Maison de l’Orient.

 

         On ne peut que souligner la rapidité avec laquelle ce travail universitaire a pu être publié après la soutenance, permettant ainsi à la communauté des chercheurs de bénéficier de ces réflexions enrichissantes. Malgré quelques erreurs typographiques, qui n’occultent en rien l’importance de cette étude, le texte est bien écrit, la mise en page est agréable et les illustrations, de grande qualité, sont pertinentes et fort utiles[1].

 

         Il s’agit d’une synthèse régionale retraçant les modalités d’occupation, ainsi que l’histoire sociale, économique et culturelle du territoire de la cité de Valence sur une longue période entre la fin de l’âge du Fer et l’Antiquité tardive. Cette approche permet d’apprécier divers phénomènes tels que les transformations liées à la romanisation de la Gaule, l’impact de la fondation coloniale sur le paysage et l’évolution des formes de l’habitat.

 

         Après une brève introduction, sont présentés les cadres géographiques, historiques, historiographiques de l’étude, ses enjeux et les méthodes employées par l’auteur pour présenter, traiter et analyser une documentation aussi dense que variée (première partie). La zone étudiée couvre un vaste espace de 2700 km², situé de part et d’autre du Rhône, au sud du territoire de la colonie de Vienne, entre massif du Vercors à l’est et reliefs ardéchois à l’ouest. Les différentes mentions textuelles de Valence sont exposées et commentées, en particulier celles qui concernent les modalités de déduction de la colonie de droit romain. Cette recherche s’inscrit dans une importante tradition historiographique, non seulement à l’échelle de la Gaule, avec notamment les travaux d’A. Ferdière, L. Nuninger, F. Trément, P. Nouvel, F. Favory, en contribuant au développement des programmes Archaedyn et Archaeomedes, mais aussi à une échelle locale en venant préciser les modalités d’occupation du territoire de la colonie dans son ensemble. Le foisonnement des notes de bas de page et des références bibliographiques annexes qui y figurent atteste de cette abondante littérature et viendra certainement trouver grâce aux yeux d’un lectorat de spécialistes. La fin de cette première partie, après une problématique peu développée, annonce une méthodologie précise. Celle-ci se fonde sur la confrontation de dépouillements bibliographiques (publications et rapports de fouille), de prospections de terrain et d’études de matériels archéologiques variés. Face à une telle hétérogénéité des données, l’auteur a su s’entourer de spécialistes des différentes catégories de mobilier. On soulignera également sa volonté d’exhaustivité, tout en ne masquant pas au lecteur les difficultés (de datation et de représentativité notamment) inhérentes à un tel corpus et en proposant divers critères de sélection et de classement des sites.

 

         Le corpus des établissements ruraux (deuxième partie), présentés selon un ordre alphabétique, occupe la plus grande part de la publication (280 pages). Cet abondant catalogue de 406 notices présente de manière objective l’ensemble des informations recueillies, organisées selon des critères pertinents (topographie et géologie, superficie, observations de terrain, mobilier, datation et interprétation). Chacune des communes est localisée sur une petite carte de la zone d’étude et l’on retrouve pour chacun des sites recensés un code individuel, le lieu-dit et le numéro d’entité archéologique (EA), issu de la base de données nationale Patriarche (consultable dans les Services Régionaux de l’Archéologie), fournissant au lecteur la possibilité de consulter les données d’origine. Les notices sont richement documentées par divers plans (communaux, cadastraux), par des tableaux de comptage et par des planches et photographies de mobilier ; documentation graphique en majorité réalisée par l’auteur.

 

         La troisième et dernière partie comprend deux volets d’analyse du corpus – thématique et diachronique - et une synthèse rappelant les grandes étapes de l’occupation du territoire. Le premier volet d’analyse (thématique) présente la répartition spatiale des sites, en fonction de quatre aspects. La question de la représentativité du corpus met en évidence des inégalités régionales, dues à l’état des recherches et permet un classement qualitatif de la documentation. Ensuite, l’auteur propose une répartition typologique des sites, selon des critères définis en amont. Enfin, ces résultats sont confrontés avec différents indices matériels de la « vie sociale et culturelle » (mobilier, lampes, vaisselle, parure, écriture, religieux, funéraire) et de la « vie économique » (analyses des pâtes céramiques, traces d’activités métallurgiques et agro-pastorales), permettant d’appréhender les dynamiques d’occupation du territoire.

 

         Le second volet (diachronique) présente « l’évolution typologique du mobilier, de l’occupation du sol, des formes de l’habitat et des modes de vie au cours de quatre grandes périodes : 200-50 av. J.-C. ; 50 av. -150 ap. J.-C. ; 150-350 ap. J.-C. ; 350-600 ap. J.-C. » (p. 405). Ce découpage a été préféré à la chronologie traditionnelle, afin de pallier la sous-représentation des mobiliers pour les phases anciennes et surtout mettre en évidence des phénomènes socio-économiques et culturels au sein d’une approche globale du territoire. Ainsi, pour chacune de ces phases, un répertoire typologique des différents mobiliers est proposé et mis en parallèle avec les modalités d’occupation du sol, les formes de l’habitat et leur évolution. De plus, pour chacune de ces périodes, un éclairage historique est proposé en examinant des questions telles que l’acculturation pour le second âge du Fer, avec l’étude complète consacrée à l’unique habitat groupé pré-romain de Soyons. Pour le Haut-Empire, la question de l’identification des vétérans et des Italiens sur le territoire colonial est examinée à la lumière du mobilier découvert et une nette évolution des modes de vie a été mise en évidence à partir du mobilier céramique. La période suivante, marquée par l’abandon de plusieurs habitats, est interprétée comme une crise de l’habitat rural identifiée par ailleurs en Narbonnaise. Enfin, l’Antiquité tardive est également marquée par un recul de l’occupation des campagnes et une évolution des paysages.

 

         Les apports historiques de ce travail sont enfin repris et commentés dans la synthèse qui clôt cette dernière partie. Les transformations socio-économiques du territoire et l’évolution de ses modes d’occupation sont mis en perspective à une échelle supra-régionale avec le Tricastin et la vallée de la Valdaine, ce qui permet de souligner l’importance du territoire de la cité de Valence durant l’Antiquité.

 

         En guise de conclusion, il conviendra de rappeler l’intérêt de cette synthèse riche, fondée sur une abondante documentation, commentée avec pertinence. La confrontation des différents aspects de la culture matérielle (céramique, instrumentum, vestiges architecturaux), avec l’analyse de l’occupation du sol, à une échelle régionale, constitue l’originalité de ce travail. Cette démarche permet ainsi de dépasser les cloisonnements traditionnels et de renouveler l’archéologie des territoires ruraux.

 

 


[1] Nous renvoyons également le lecteur vers le résumé développé de cette thèse, publié dans les Carnets de l’Association du Monde Rural Gallo-Romain (AGER) sur Hypothèses.org (http://ager.hypotheses.org/1251).