Perello, Bérengère - Tenu, Aline (dir.): Parcours d’Orient. Recueil de textes offert à Christine Kepinski, xiv-242 p., 9 colour pl., ISBN : 9781784914585, 45 £
(Archaeopress, Oxford 2016)
 
Compte rendu par Daniel Bonneterre, Université du Québec à Trois-Rivières
(dbonneterre@gmail.com)

 
Nombre de mots : 1853 mots
Publié en ligne le 2017-06-07
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=3125
Lien pour commander ce livre
 
 

 

          Le recueil de mélanges en hommages à Christine Kepinski regroupe 23 articles écrits par 23 collègues et amis désireux de lui témoigner respect et admiration. Les articles regroupés ne concernent pas seulement la seule archéologie du Proche-Orient ancien. De thèmes, d’époques et d’importance variés, ils sont organisés par ordre alphabétique des auteurs. Se pose la question de l’importance relative à accorder à chacune des études, certaines étant des articles de fond alors que d’autres présentent un contenu plus indécis. En conséquence, j’ai préféré m’en tenir à des sujets proches de ma compétence et ainsi privilégier des observations concernant le développement urbain, l’architecture et quelques points d’histoire en raison de leur importance intrinsèque.

 

          Une préface de Bérengère Perello et Aline Tenu ouvre le recueil en évoquant les qualités humaines et professionnelles de la dédicataire alors qu’une série de photos prises sur le terrain illustre des moments choisis de la carrière de l’archéologue. La première contribution scientifique est celle de Ch. Benech qui livre une étude intéressante et qui donne le ton de l’ouvrage sur l’urbanisme à partir du site anatolien de Titriş Höyük. L’auteur souligne l’organisation générale d’une ville nouvelle édifiée au IVe millénaire, profondément réaménagée par une autorité centrale vers 2400, pour finalement tomber en déclin entre 2100 et 1900. Il est observé que c’est essentiellement à partir de la dernière phase d’occupation que sont reconstituées les étapes principales de son développement. Le plan de la ville présente la trace d’importants travaux de terrassement faisant place, à la différence de ce qui existait précédemment, à un habitat de type standardisé. On comprend que les réaménagements successifs dus à une longue occupation des lieux ne suivent pas nécessairement un schéma géométrique, comme le souligne l’auteur : « Ce type d’évolution n’est pas unique : d’autres villes du Bronze ancien qui ont connu une longue occupation présentent un plan urbain qui est la somme de multiples remaniements planifiés à divers degrés par un pouvoir local ».

 

          P. Bieliński étudie brièvement l’usage multiple du sceau (à Tell Arbid) au cours de la période du Ninivite 5 : l’impression étant appliquée tantôt sur des jarres tantôt sur des étiquettes d’argile. C. Breniquet met en perspective le matériel ramassé en surface sur le site de Kutan en Irak documentant spécifiquement la période néolithique de Halaf. Ce qui permet à l’auteur de relever des particularités notables en regard des pratiques d’inhumation observées sur le lieu, à savoir le prélèvement des crânes, les inhumations par étapes, sans éluder le troublant cannibalisme.

 

          U. Bürger et P. A. Miglus se penchent sur un type de poterie énigmatique, une sorte d’assiette caractérisée par des poignées, trois ou quatre, orientées vers l’intérieur ; il pourrait s’agir, selon les auteurs, de supports à récipient pour un usage rituel. L’article de fond de P. Butterlin, le fouilleur de Mari, s’intéresse quant à lui à l’espace vital et à l’environnement de la célèbre cité du moyen Euphrate. Après avoir évoqué les différentes conceptions qui prévalent et après avoir souligné le rôle crucial joué par les canaux aménagés dans la région, l’auteur s’interroge quant à son fonctionnement et sa viabilité. Question essentielle. Dans son approche, P. Butterlin met l’accent sur la longue durée. L’on ne peut raisonnablement que se ranger à cette démarche scientifique renouvelée. À Tell Hariri, comme à Titriş Höyük et ailleurs, les structures repérées par les géomorphologues sont difficilement datables et ne le sont qu’en fonction d’aménagements bien plus tardifs. Par conséquent, et paradoxalement, il bien faut convenir que ce sont les périodes de rupture (destruction, terrassement, creusement de fosses et de tombes, périodes d’abandon ou de démantèlement) qu’il faut analyser avec systématique puisqu’elles contribuent à définir en creux l’organisation de la trame urbaine lorsque celle-ci est, comme c’est le cas à Tell Hariri/Mari, particulièrement érodée. L’auteur, qui a repris sur le terrain l’exploitation d’un dossier délicat à résoudre, invite le lecteur à réfléchir et surtout à ne pas céder à l’acquiescement général.

 

          Dans un tout autre ordre d’idée, C. Castel examine une série d’outils agricoles en pierre destinés au travail des champs. Ces outils mis au jour sur le Tell al-Rawda sont catalogués, classés, décrits et situés dans leur contexte. Ils servaient de têtes d’araire, comme le propose l’auteure à la suite des travaux d’A.G. Haudricourt sur la charrue. D. Charpin, pour sa part, reprend la publication d’un texte juridique publié en 2010 par S. Richardson, texte documentant un procès entre membres d’un même groupe suite à la disparition d’un des partenaires. La mise au point testamentaire aurait entraîné un partage des biens compliqué. La relecture et les informations tirées de ce texte lui permettent de dresser un large tableau des activités commerciales de la maison de Riš-Šamaš. B. Chiti publie un sceau mitannien provenant de Tell Afis. Ph. Clancier fait, grâce aux inscriptions royales, le point sur l’histoire de la province du Suhu à l’époque néo-assyrienne. À partir de la succession d’épisodes guerriers avec les Babyloniens, l’auteur propose un cadre chronologique suivi, avec une nouvelle datation, entre le 9e et le 8e siècle av. J.-C, et distingue par ailleurs deux provinces de Suhu.

 

          Dans le domaine épigraphique, A. Desreumaux se penche sur quelques fragments d’inscriptions syriaques, vestiges d’un couvent daté entre le VIIIe et le Xe siècles apr. J.-C. J.-M. Durand présente une très courte lettre de Mari évoquant une affaire familiale et secrète dont la compréhension est d’une obscurité voulue. A. Hausleiter étudie rapidement la relation entre Assyriens et Babyloniens en pays araméen.

 

          À partir de pommeaux sculptés participant au système de fermeture de porte, J. L. Huot, fait quelques observations sur l’emploi du char de guerre dans le Levant. L’accent cependant est mis sur le rôle décoratif des poignées de portillon de chars.

 

          F. Joannès propose une étude de la rue mésopotamienne. Théâtre d’un certain nombre d’événements, elle traverse la cité, elle est un espace vivant de rencontre, de communication active. Il y règne agitation et saleté. La vie qui s’y déroule est essentiellement dominée par le rejet, celui des personnes et des objets indésirables.

 

          H. Kühne présente deux textes médio-assyriens de Dūr-Katlimmu et les confronte à des données géo-archéologiques afin de documenter l’existence d’un canal qui a été âprement discuté. Profond d’environ sept mètres et large de dix mètres, long de 120 km, ce canal servait à l’irrigation ainsi qu’au transport; il assurait à l’époque une voie navigable parallèle au fleuve depuis la région du Mont Kawkab jusqu’à la forteresse de Dūr-Katlimmu.

 

          L’article de B. Lafont présente en cinq étapes l’histoire de la région septentrionale du Tell Kunara. On sait que depuis 2011 la fouille a entraîné quelques découvertes prometteuses. Les données archéologiques de la petite ville des piedmonts du Zagros sont intégrées aux données épigraphiques (inscriptions royales, textes de Shemshara) afin de proposer un cadre plus général d’une région qui reste encore mal documentée. Ce qui domine, ce sont les traits d’indépendance qui caractérisaient les communautés tribales hétérogènes, notamment les turbulents Lullubu.

 

          Cinq auteurs (S. Méry, M. J. Blackman, M. J. Beech et K. Lidour) s’associent pour livrer une contribution qui se veut originale sur les liens unissant Mésopotamie et pays du Golfe. À partir d’un vase bien conservé, peut-être à usage culinaire ou cultuel, le vase de Marawah (5500 av. notre ère), les auteurs cherchent à identifier les courants commerciaux en direction des Émirats arabes, mais l’article n’apporte, me semble-t-il, pas grand-chose de décisif puisque la culture d’Obeid est bien identifiée sur plusieurs sites dans les pays du Golfe (Qatar, Barheïn, et Arabie saoudite) et connue depuis maintenant une quarantaine d’années (Roaf,1974; Masry 1974, cité dans History of Humanity, vol 1, ed. S. J. DeLaet, Unesco/Routledge, 1994, p. 441-445). Tout autre est la contribution de C. Michel qui analyse les séries de scellements (ou bullæ) inscrits de la ville basse de Kültepe. La découverte d’un très grand nombre d’empreintes de sceaux, vestiges-témoins des activités commerciales de la communauté des marchands assyriens, permet de mettre l’accent sur les procédures comptables multiples et invite à un travail de longue haleine.

 

          Parmi les articles les plus intéressants, il faut noter celui de B. Perello sur émergence du phénomène urbain en Anatolie. L’auteure dresse un bilan du début de l’urbanisation dans la région. S’opposant à l’idée d’une évolution lisse et homogène, elle met en évidence les problèmes soulevés par la création ex nihilo de cités, voulues par un pouvoir central ?

 

          Après avoir présenté le contexte qui préside à l’exploitation du site de Qasr Shemamok, l’antique Kilizu à l’est de Nimrud, O. Rouault et M.-G. Masetti-Rouault livrent une vue d’ensemble des trouvailles, notamment des briques cuites et fragments inscrits associés à un bâtiment officiel du règne de Adad-nirari 1er (1295-1264). Malheureusement, les vestiges transportés au fil du temps dans les alentours du tell produisent en définitive une documentation fragile et mal assurée. Autre bilan que celui que M.-O. Rousset livre dans un bel article de synthèse à partir des résultats de fouilles entreprises depuis 1994 sur la forteresse médiévale de Tell Bashir. Fouilles et sondages avaient ponctuellement mis en évidence l’importance du site, mais l’étude d’ensemble en offre dorénavant une vision plus nette : on y relève des bâtiments de taille imposante, des remparts de plus de 3 mètres de large et 17 tours ainsi qu’une grande citerne. L’ouvrage se clôt avec un article d’A. Tenu sur le fleuve Euphrate à travers l’iconographie néo-assyrienne.

 

          Au total, les 23 contributions écrites en français ou en anglais non seulement reflètent les centres d’intérêts de la dédicataire, mais ils rendent justice à son beau travail.

 

 

 

Table des matières

 

 

Liste des figures et des tableaux. Iii

 

Préface. Vi

 

Bibliographie de Christine Kepinski  viii

 

Tabula gratulatoria xii

 

Souvenirs de Diniye xiii

 

Hélène David-Cuny et Joël Suire

Étude croisée sur un plan d’urbanisme irrégulier du Bronze ancien : le cas de Titriş Höyük 1

 

Christophe Benech

A Sealing from Tell Arbid: once more about seal impressions on ceramic vessels

 

Piotr Bieliński

La période de Halaf à Kutan, Irak  13

 

Catherine Breniquet

Internal-Handled Bowls – Puzzling pots from Bronze Age Mesopotamia  21

 

Ulrike Bürger & Peter A. Miglus

L’Hinterland mariote en question : quelques réflexions 35

 

Pascal Butterlin

Des outils agricoles en pierre du Bronze ancien de Syrie : les têtes d’araires 49

 

Corinne Castel

La « maison de Riš-Šamaš » à Harradum, nouvelle approche   61

 

Dominique Charpin

Un sceau-cylindre mitannien de Tell Afis (Syrie)   77

 

Barbara Chiti

La chronologie politique du Suhu au VIIIe siècle  85

 

Philippe Clancier

Inscriptions syriaques de Tilbeşar  99

 

Alain Desreumaux

Affaires de Famille ? 103

 

Jean-Marie Durand

The Middle Euphrates, Iraq: Assyrian-Babylonian interactions in an Aramaean territory

in the early 1st millennium BC 107

 

A. Hausleiter

À propos des pommeaux de chars 123

 

Jean-Louis Huot

By the streets of Babylon 127

 

Francis Joannès

The Sheikh Hamad / Dūr-Katlimmu Texts DeZ 2521 and DeZ 3293 and their Implications for a Middle Assyrian Supra-Regional Canal  139

 

Hartmut Kühne

Que se passait-il à Kunara il y a quatre mille ans… ?  147

 

Bertrand Lafont

5500 av. notre ère : le vase de Marawah MR11 et l’Obeid du Golfe  155

 

Sophie Méry, Michael James Blackman, Mark Jonathan Beech et Kevin Lidour

Quelques remarques sur les bullæ inscrites de la ville basse de Kültepe  175

 

Cécile Michel

Note sur quelques sites anciens dans la région de Samarra   185

 

Alastair Northedge

L’émergence du phénomène urbain en Anatolie : état de la question   197

 

Bérengère Perello

Les briques inscrites de Qasr Shemamok migrations, réutilisations et valeur documentaire   209

 

Olivier Rouault et Maria Grazia Masetti-Rouault*

La forteresse médiévale de Tilbeshar (Tell Bashir, Turbessel) 219

 

Marie-Odile Rousset

Le moyen Euphrate dans l’iconographie néo-assyrienne 229