Baratte, François - Michel, Vincent (dir.): Architecture et décor dans l’Orient chrétien. Actes de la Journée d’étude en hommage au père Michele Piccirillo (INHA, Paris, 8 décembre 2011), 21x29, 168 p., 185 ill., ISBN : 978-2-7018-0439-2, 49 €
(Éditions de Boccard, Paris 2016)
 
Compte rendu par Thomas Creissen, Université François Rabelais de Tours
(thcreissen@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 3334 mots
Publié en ligne le 2018-01-17
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=3160
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          Au nom de Michele Piccirillo, disparu en 2008, la plupart d’entre nous rattachent les somptueuses mosaïques de sols des églises paléochrétiennes de Jordanie.  Il leur a consacré plusieurs ouvrages et articles qui ont largement contribué à faire connaître cet ensemble d’une extraordinaire richesse. Pour autant, ses centres d’intérêt débordaient largement ce seul sujet et il a joué un rôle majeur pour la connaissance et l’étude de la Jordanie et de ses marges entre l’Antiquité et le Moyen Âge. En hommage au savant, une journée d’étude avait été organisée à Paris en 2011, dont les actes sont réunis dans un volume intitulé Architecture et décor dans l’Orient chrétien (IVe-VIIIe siècle).

 

         L’ouvrage commence par un avant-propos de François Baratte et Vincent Michel, à l’origine de la publication (p.7-8). Les auteurs retracent très brièvement le parcours de l’homme, sa rencontre avec la Terre Sainte puis sa découverte de l’archéologie chrétienne. Ses principales publications sont évoquées dès ce propos liminaire.

 

         Le premier article est signé d’Anne Michel (« Michele Piccirillo : un cheminement scientifique. Ou quarante ans d’histoire de l’archéologie paléobyzantine au Proche-Orient », p. 9-38). L’auteur, qui a fréquenté Michele Piccirillo pour avoir collaboré à certains de ses chantiers, y dresse un portrait très détaillé de son parcours scientifique. Intégré à l’Église dès 16 ans et plutôt formé à l’étude des textes saints, c’est progressivement que Michele Piccirillo s’est orienté vers l’archéologie chrétienne après son installation en Terre Sainte (il avait commencé par travailler sur l’âge du fer). La découverte des mosaïques du baptistère du Mont Nébo en 1976 marque un tournant dans sa carrière et l’amène à multiplier les recherches sur les anciens édifices chrétiens de la région. Les fouilles et découvertes se multiplient au cours des années 80 :  M. Piccirillo incarne dès lors l’archéologie chrétienne de la Jordanie. Comme le montre bien A. Michel, ses centres d’intérêts comme ses méthodes de fouilles ont constamment évolué : loin de s’endormir sur ses lauriers, M. Piccirillo, participant à de nombreux colloques et multipliant les échanges, a su écouter les conseils et s’ouvrir aux méthodes de fouilles comme aux problématiques venues d’ailleurs. Il s’est rapidement entouré d’une équipe aux compétences diverses. Cet article, remarquable, dresse un bilan historiographique en même temps qu’il propose une véritable archéologie des méthodes de fouilles et du cheminement intellectuel de l’auteur. Dans cette enquête, les illustrations présentes dans ses travaux, sources matérielles primaires, sont soigneusement observées et analysées. Dans les premières « strates » de ses publications, il s’agissait essentiellement de restituer la forme des bâtiments : des plans sommaires les illustrent. Puis les élévations et les mosaïques font leur apparition, ces dernières relevées de manière méthodique. Pour autant, ces documents conservent souvent une valeur illustrative  et ne sont guère invoqués dans le corps du texte. Progressivement, les données relatives au mobilier liturgique deviennent plus précises. Surtout, la réalité archéologique est davantage détaillée : les vestiges de la culture matérielle sont étudiés et analysés, aboutissant à l’établissement d'une typologie à l’initiative de certains membres de l’équipe ; les données stratigraphiques sont enfin consignées (le premier enregistrement stratigraphique est adopté en 1992). Des coupes commencent à être publiées alors que, dans un premier temps, les fouilles étaient rapides et les vestiges des églises directement dégagés sans réelle prise en compte des éléments effondrés ou des occupations plus récentes. Cette enquête permet de suivre au plus près l’évolution des méthodes d’études utilisées par Michele Piccirillo et son équipe. Elle donne une image très vivante de cette personnalité scientifique en même temps qu’elle constitue un complément indispensable à la lecture de ses travaux permettant de mieux comprendre certaines limites méthodologiques. Au détour de la lecture, nous apprenons que certains plans en apparence très précis sont en réalité inexacts : après avoir été fouillée et relevée en 1966, l’église de Khader de Madaba fait l’objet d’un complément d’étude en 1992. Le plan est complété mais de manière approximative : une partie des éléments du dispositif liturgique est oubliée ! (p. 18, fig. 9). L’article se termine par la liste des opérations archéologiques dirigées par Michele Piccirillo entre 1973 et 2007 (31 au total ! ) à laquelle fait suite une bibliographie complète.

 

         L’article suivant est signé de Jean-Pierre Sodini (« Les apports des fouilles du Père Michele Piccirillo à la culture matérielle de l’époque protobyzantine », p.41-56). Il souligne que, si M. Piccirillo est surtout connu pour ses travaux consacrés aux mosaïques, ses recherches ont largement renouvelé nos connaissances relatives à la culture matérielle de l’époque protobyzantine. Alors que, dans un premier temps, cet aspect avait été quelque peu négligé dans ses recherches, il a su écouter conseils et critiques pour infléchir ses approches. Ses équipes sont à l’origine de plusieurs typologies des productions céramiques, mais aussi des objets en verre, en métal, en stéatite... J.-P. Sodini propose ici une rapide synthèse des principaux types rencontrés sur les sites étudiés par M. Piccirillo en établissant des comparaisons avec d’autres sites et collections de la région. La présentation reste un survol et le propos est parfois un peu ardu à suivre, mais l’article permet de se faire une bonne idée des principaux types identifiés. Une bibliographie sommaire complète l’ensemble. Malgré son indéniable intérêt, le sujet entretient un rapport un peu lointain avec le titre de l’ouvrage.

 

         La même remarque peut être formulée au sujet de la contribution de Pierre-Louis Gatier (« La cité de Livias et la géographie historique transjordanienne dans l’Antiquité tardive », p. 57-74). À l’occasion de ses travaux, M. Piccirillo avait découvert deux mosaïques inscrites qui auraient pu être en rapport avec l’ancienne Livias, l’une des cités de Palestine première les plus mal connues. À partir d’un examen critique extrêmement poussé des différentes sources textuelles disponibles, P.-L. Gatier fournit une analyse convaincante de l’histoire de la cité, en prenant soin de démêler quelques questions particulièrement épineuses. Il se dit par ailleurs convaincu par les nouvelles hypothèses de localisation récemment proposées par une équipe américaine. En fin d’article, il revient sur les deux mosaïques mentionnées en préambule. À propos de celle d’Umm er-Rasas, il s’accorde avec M. Piccirillo pour refuser de reconnaître dans la mention Limbon une évocation de la cité de Livias. En revanche, cette cité et son évêque sont bien mentionnés dans une mosaïque, fragmentaire, provenant de Shuneh. P.-L. Gatier propose une nouvelle lecture de ce texte qu’il avait traité de manière incomplète dans une première publication. Sa relecture l’amène à revoir la datation en son temps proposée par M. Piccirillo (vers 600 plutôt qu’au début de la période omeyyade). P.-L. Gatier termine en évoquant certaines divergences d’interprétation qui l’opposaient à l’archéologue sans jamais entacher l’estime qu’il a toujours eu pour les qualités d’observation de cet « archéologue total », pour reprendre la jolie formule utilisée en conclusion (p. 71).

 

         L’article suivant est signé de Jacques Bujard, ancien directeur de la mission archéologique suisse en Jordanie (« Un village byzantin dans un camp : l’évolution du bâti à Kastron Mefaa. Recherches de la mission suisse de la Fondation Max van Berchem à Umm al-Rasas, Jordanie », p. 75-88). Alors que l’équipe de M. Piccirillo travaillait sur les églises situées en dehors de l’ancien camp d’Umm al-Rasas, il avait proposé aux suisses de prendre en charge l’étude de la fortification et des habitats s’y trouvant. Commencés en 1988, les travaux s’y sont poursuivis jusqu’en 1997. L’ensemble des bâtiments occupant le kastron a été relevé. Ce travail permet de retracer l’évolution de ce site exceptionnel : un ensemble fortifié de 2,2 ha peut-être fondé à l’époque nabatéenne et abandonné à la fin du premier millénaire. L’analyse de l’ensemble – essentiellement fondée sur l’étude de la chronologie relative des maçonneries - permet de mettre en évidence l’évolution du bâti : d’abord relativement lâche, il se densifie considérablement à mesure que le temps avance, jusqu’à occuper l’essentiel du terrain, parcouru de rares ruelles dans le dernier état. C’est progressivement le modèle de la « ville islamique » qui se dessine, caractérisée par un empiétement permanent sur les terrains publics, des constructions anarchiques et des circulations réduites au maximum, le tout étant rendu possible par l’absence d’un contrôle institutionnel des constructions (p. 85). Au sein de l’ensemble, plusieurs éléments remarquables se distinguent, dont trois églises qui semblent être restées en usage jusqu’à la fin de l’occupation (certaines étant progressivement privatisées). L’analyse des autres bâtiments permet de proposer des hypothèses d’utilisation (étrangement, la nature des vestiges matériels retrouvés en fouille n’est pas utilisée dans ce travail de caractérisation). La présence de grands locaux isolés paraît correspondre à des entrepôts ou des échoppes qui attesteraient le rôle de centre commerçant joué par le site. Mais l’habitat implanté dans le Kastron Mefaa est de plus très simple, surtout au cours des dernières phases et les formes sont proches de l’architecture villageoise. En conclusion, l’auteur établit des parallèles avec les phénomènes de réoccupation d’autres forts antiques de la région et insiste sur le fait que le type d’habitat rencontré à l’intérieur du kastron s’est maintenu jusqu’à une période très récente.

 

         Alain Desreumaux est l’auteur de l’article suivant (« Les inscriptions araméennes christo-palestiniennes de Palestine et de Jordanie », p. 89-100). Ce dernier, qui est en train de préparer une publication exhaustive des inscriptions en cette langue, dresse ici une première synthèse en hommage à M. Piccirillo. C’est l’occasion de faire le point des connaissances relatives à cette langue, apparue au début du Ve siècle et qui n’était utilisée que dans une partie des Palestines et de l’Arabie. À partir du IXe siècle, le christo-palestinien est détrôné par l’arabe. Langue morte, il n’est plus guère utilisé que pour les textes liturgiques. Cet article, il faut l’avouer, est difficile d’accès pour un non spécialiste. Surtout, sans que cela ne retire rien à la solidité et à la qualité du travail, le sujet paraît bien éloigné des thématiques annoncées par le titre de l’ouvrage (architecture et décor).

 

         Janine Balty se focalise le motif du rinceau (« Rinceaux des mosaïques de Syrie et de Jordanie : remarques sur le rinceau d’acanthe et sa signification », p. 101-111). Dès le XXe siècle, plusieurs auteurs ont relevé que le rinceau, de vigne ou d’acanthe, est très présent dans la production artistique des anciennes provinces d’Arabie et de Palestine. La permanence du thème au cours de la période protobyzantine est bien documentée, en particulier sur les sols de mosaïques découverts grâce à M. Piccirillo. J. Balty s’intéresse principalement aux rinceaux d’acanthes, souvent utilisés pour orner des frises de bordure. Deux grandes familles se distinguent : soit le rinceau est rythmé par des motifs floraux soit, cas le plus fréquent, il accueille des scènes de chasses - incluant souvent des putti – qui alternent avec des masques féminins et masculins. Ce type de composition s’impose à partir de la période sévérienne. Le rinceau, par son exubérance, exprimerait l’élan vital ; les masques, identifiés aux figures d’Océan et de Gorgone, auraient une valeur apotropaïque. Avec l’avènement du christianisme, le motif n’est pas abandonné. Moyennant quelques transformations, il connaît une importante descendance au sein des pavements de mosaïque d’églises. Les putti sont remplacés par des personnages vêtus, le style est souvent plus figé. Des masques sont toujours présents dans les angles. Dans plusieurs cas, ils correspondent à des personnifications des saisons. Si le modèle iconographique s’est maintenu, qu’en est-il de la valeur «symbolique » ? Selon J. Balty, les saisons «… protègent et garantissent la vie de l’homme : elles jouent en quelque sorte, le même rôle apotropaïque que les masques végétalisés d’Océan et de Gorgone sur les mosaïques romaines et attestent que le contexte valorisant de l’acanthe aurait gardé au VIe siècle toute sa signification », (p. 106). Plus généralement, le rinceau d’acanthe peuplé ferait allusion au thème de la source de vie, ce qui s’exprimerait par le fait que, dans plusieurs cas, ce rinceau est surmonté d’une figure de Gê tenant des fruits dans un tissu : l’ensemble symbolise tout à la fois la fertilité et la générosité. Une telle lecture paraît recevable.

 

          L’auteur élargit son propos en évoquant plusieurs mosaïques pariétales présentes dans des églises d’occident : acanthes de Saint-Vital et du mausolée de Galla Placidia à Ravenne, rinceau du baptistère du Latran à Rome . Dans ce dernier cas, « … l’acanthe est à nouveau liée au concept de l’élan vital, ici la nouvelle vie qu’apporte le baptême au néophyte », p. 107-108. Tout comme Henry Maguire ou André Grabar, J. Balty fait remarquer que les mosaïques de parois reprennent souvent le vocabulaire présent sur celles des pavements. Enfin, l’article se termine par un développement relatif à la mosaïque de la conque absidale de Saint-Clément de Rome, datée du début du XIIe siècle, mais qui pourrait s’inspirer d’un antécédent paléochrétien (le propos aurait pu être utilement complété par la lecture de l’ouvrage de Stefano Riccioni, Il mosaico absidale di S. Clemente a Roma: “Exemplum” della chiesa riformata, paru en 2006). La question de savoir si le motif est symbolique ou décoratif divise les chercheurs. En faveur de la seconde hypothèse, J. Balty cite Hans Peter L’Orange qui avait opéré un rapprochement entre l’acanthe de Saint-Clément et celles qui ornent les reliefs de l’Ara Pacis, considérés comme une évocation de la nature florissante et, plus largement, de l’univers. En faisant figurer de nombreux animaux et des personnages au sein de cet ensemble, « … il semble que l’on veuille englober tout le monde humain, sa nature et son histoire, dans les volutes dynamiques des branches de cette forêt de rinceaux qui s’étend de façon cosmique et devient une image de l’univers – un univers qui se développe et fleurit grâce à la force du Christ » (citation de H. P. L’Orange, p. 110). En définitive, la question sous-jacente de l’étude est celle de savoir si les mêmes idées, les mêmes lectures symboliques sont à l’origine de la prolifération des rinceaux d’acanthes depuis l’Antiquité jusqu’au Moyen Âge. La question est si vaste qu'il est bien difficile d'apporter des réponses définitives dans le cadre d'un modeste article.

 

         L’article suivant, dû à Marie-Christine Comte, est consacré à l’aménagement liturgique (« À propos d’un nouveau reliquaire à huile en provenance du centre ecclésial de Huarte en Apamène [Syrie] », p. 113-132). La multiplication des fouilles archéologiques impulsée par M. Piccirillo ayant permis de retrouver énormément de dispositifs liturgiques au sein des édifices cultuels de la région, il est devenu possible de mieux comprendre « ...la mise en place et le développement du culte martyrial, pendant la période protobyzantine », p. 113. Le point de départ de l’article réside dans la découverte d’un nouveau reliquaire à Huarte en 2007, à l’occasion d’une fouille syro-polonaise. Les circonstances de la découverte sont tout d’abord présentées de manière concise. L’auteur revient sur l’histoire et l’organisation du complexe d’où est issue la découverte, complexe dont la fondation remonte au Ve siècle et qui a connu plusieurs transformations. Le reliquaire, en forme de sarcophage à acrotères, était posé sur une base. Il est agrémenté d’un petit trou de remplissage sur le couvercle, l’huile ressortant par un orifice percé sur l’un des petits côtés. Ce reliquaire est replacé au sein de la typologie que M.-C. Comte avait élaborée pour sa thèse de doctorat consacrée aux reliquaires du Proche-Orient et de Chypre. Celui de Huarte correspond à un type uniquement attesté en Apamène, dont d’autres exemples sont reproduits dans l’article. Ce particularisme est l’occasion de rappeler : « ... les oppositions existant entre les édifices d’Antiochène et d’Apamène (…) sans qu’aucune explication autre que l’appartenance forte à un évêché ou au patrimoine local n’explique ces divergences » (p. 123). D’autres reliquaires et aménagements liturgiques ayant été retrouvés dans le complexe de Huarte, l’auteur s’essaye à retracer l’évolution générale des édifices cultuels et de leurs aménagements liturgiques, une attention particulière étant accordée à l’emplacement des trois reliquaires connus (la présence d’un quatrième étant envisageable). Les propositions sont convaincantes, même si le propos n’est pas toujours facile à suivre. Au terme de l’enquête, il apparaît que le reliquaire récemment découvert pourrait dater des environs de 460-470 et serait l’un des plus anciens de cette série propre à l’Apamène.

 

         La dernière contribution est celle de Vincent Michel (« El-Khadr, un complexe ecclésiastique byzantin et médiéval à Taybeh-Éphraïm (Cisjordanie) », p. 135-159).  Il s’agit d’une étude monographique consacrée au site de Taybeh (Cisjordanie), fouillé de 2000 à 2009 sous le patronage scientifique de M. Piccirillo. Ce site correspond à une localité mentionnée dans les évangiles – Ephrem - où Jésus aurait séjourné. À l’écart de la localité actuelle, un complexe religieux est encore présent. Au terme de ces années de recherches, il est possible d’en retracer l’évolution depuis ses origines aux environs de 500 jusqu’à son abandon au XVIe siècle. Au commencement, l’église était une basilique à 3 nefs terminée par une abside semi-circulaire. Elle était précédée d’un narthex et, à l’extrémité occidentale du bas-côté nord, communiquait avec un hypogée rupestre. Quelque éléments de colonnes sont conservés, ainsi que des chapiteaux au décor rudimentaire. Dans la seconde moitié du VIe siècle, une chapelle secondaire est érigée au sud, des annexes aménagées au nord. Certaines avaient une vocation agricole. Une pièce a probablement servi de baptistère (la cuve, déplacée par la suite, est encore conservée). Plusieurs fragments de chancel et des fragments d’une table d’autel pourraient appartenir à cette phase. Parmi les éléments de mobilier figurent également des fragments de reliquaire : les restructurations intervenues au cours de cette période pourraient être liées au développement des pèlerinages. Quelques transformations minimes sont encore attestées par la suite, puis le bâtiment est abandonné après s’être effondré et avoir brûlé entre la fin du VIIe siècle et le début du VIIIe. Les lieux sont fréquentés pendant les périodes abasside et fatimide, mais l’édifice cultuel n’est pas relevé. À l’époque croisée, les francs s’installent dans le village où ils construisent une forteresse. L’église et ses abords sont alors restaurés. La plupart des murs sont alors doublés de manière à permettre le voûtement intégral de l’édifice. Celui-ci avait une nef unique très courte terminée par un chevet trilobé, la croisée du transept étant coiffée d’une coupole. Quelques fragments d’un décor de fresques ont été retrouvés, parmi lesquels les restes d’une inscription en alphabet latin datée des années 1140-1160. Il s’agit incontestablement d’une période de renouveau pour le complexe, mais l’église est de nouveau partiellement détruite peu après, pour une raison mal déterminée (tremblement de terre, conquête de Saladin ? ). La construction d’une fortification autour de l’église pourrait dater du XIIIe siècle. Au temps des mamelouks, le site est fréquenté, les espaces agricoles réaménagés et l’hypogée encore en fonction. Il est difficile de savoir si le lieu de culte est toujours utilisé. À la fin du XVIe siècle, le site est largement abandonné. L’article se termine par des considérations relatives au statut du premier édifice, une question encore loin d’être résolue. Dans cet article, on relèvera la qualité des relevés en plan et des coupes, mais aussi la place accordée aux modélisations 3d de l’édifice. Le chemin parcouru par rapport aux illustrations des premières publications de M. Piccirillo évoquées en préambule est considérable !

 

            En définitive, cet ouvrage met bien en exergue le rôle clé joué par Michele Piccirillo dans la diffusion des connaissances relatives aux premiers temps chrétiens de la Jordanie, mais aussi son rôle  moteur dans la recherche : nombre d’auteurs se sont inspirés de ses travaux pour développer de nouveaux axes de recherches, comme en témoigne la diversité des thématiques ici abordées. On regrettera alors que le titre retenu pour l’ouvrage ne rende pas parfaitement justice à cette pluralité.

 

 

Table des matières

 

François BARATTE, VIncent MICHEL- Avant propos (p. 7)

  • Anne MICHEL -  Michele Piccirillo : un cheminement scientifique (p. 9-40)
  • Jean-Pierre SODINI - Les apports des fouilles du Père Michele Piccirillo à la culture matérielle de l’époque protobyzantine (p. 41-56)
  • Pierre-Louis GATIER - La cité de Livias et la géographie historique transjordanienne dans l’Antiquité tardive (p. 57-74)
  • Jacques BUJARD - Un village byzantin dans un camp : l’évolution du bâti à Kastron Mefaa (p. 75-88)
  • Alain DESREUMAUX - Les inscriptions araméennes christo-palestiniennes de Palestine et de Jordanie (p. 89-100)
  • Janine BALTY - Rinceaux des mosaïques de Syrie et de Jordanie : remarques sur le rinceau d’acanthe et sa signification (p. 101-112)
  • Marie-Christine COMTE - À propos d’un nouveau reliquaire à huile en provenance du centre ecclésial de Huarte en Apamène (Syrie) (p. 113-134)
  • Vincent MICHEL - El-Khadr, un complexe ecclésiastique byzantin et médiéval à Taybeh-Éphraïm (Cisjordanie) (p. 135-158)