Al-Maqdissi, Michel - Matoïan, Valérie - Nicole, Christophe: Céramique de l’âge du Bronze en Syrie, II. L’Euphrate et la région de Jézireh. BAH180. 328 pages dont figs., pl.,tabl.
ISBN : 978-2-35159-061-4, 35 euros
(Institut français du Proche-Orient [IFPO], Beyrouth 2007)
 
Compte rendu par Virginia Verardi, Université Catholique de Louvain
(virginia.verardi@free.fr)

 
Nombre de mots : 4185 mots
Publié en ligne le 2009-05-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=331
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Cet ouvrage est le deuxième d’une série de trois volumes dédiés à la céramique de l’âge du Bronze en Syrie ; le découpage a suivi une logique géographique : le premier (paru en 2002) concernait la céramique de Syrie du Sud, le présent ouvrage est dédié au Nord et à l’Est de la Syrie et le troisième, en préparation, se concentrera sur la Syrie côtière. Un quatrième volume est même envisagé par les auteurs, et présenterait une synthèse sur les productions céramiques de l’âge du Bronze en Syrie. Toutes les dates citées dans le présent compte rendu sont entendues comme étant avant notre ère.
Le livre, comportant en tout dix articles, est divisé en deux parties : la première est consacrée à l’étude de la région de l’Euphrate (7 contributions) et la deuxième à la région de la Jézireh (3 contributions). À l’intérieur de ces subdivisions régionales, les articles sont classés par ordre chronologique des assemblages céramiques étudiés.
Le premier article, par A. Porter, vise à établir une grille chronologique des différents assemblages céramiques de Tell Banat pour le IIIe millénaire, par comparaison avec ceux des sites de Tell Ahmar, Jerablus Tahtani, Shioukh-Tahtani et Qara Quzaq. Le problème majeur pour la première moitié du IIIe millénaire est l’absence de changement d’assemblage céramique selon les périodes, l’évolution étant plutôt marquée par la disparition graduelle de certaines formes ou l’apparition d’autres.
L’auteur propose malgré tout une répartition chronologique pour la céramique de Tell Banat provenant des zones D (maisons privées, manufacture de céramique des niveaux 2 et 1), C (bâtiment public 7 dans sa structure ancienne, réutilisé et modifié dans le bâtiment 6) et F (maisons privées et tombes). La période couverte par les assemblages céramiques étudiés va de 2600 à 2100.
Quatre périodes sont définies pour le IIIe millénaire : Banat IV (v. 2600-2450) ; Banat III (v. 2450-2300) ; Banat II (2300-2150) et Banat I (2150-2000). Par la suite l’auteur propose une division en six phases pour insérer les assemblages des sites de Tell Banat et de Tell Kabir (un petit tell satellite de Tell Banat) dans une chronologie de type régional. L’auteur propose donc de subdiviser chronologiquement les assemblages en Phase I (3100-2900), Phase II (2900-2600), Phase III (2600-2450), Phase IV (2450-2300), Phase V (2300-2150) et Phase VI (2150-2000). Toutes ces phases sont schématisées en planche VIII par un tableau qui met en rapport les types céramiques provenant des sites de Tell Hadidi, Tell Banat, Tell es-Sweyhat, Tell Ahmar, Tell Halawa, Tell Qara Quzaq, Jerablus Tahtani et Kurban Höyük. Cette proposition de périodisation des formes met à jour celles de R. Dörnemann et de A. Jamieson en incluant le matériel provenant des fouilles plus récentes.
T. Boudier consacre sa contribution à la poterie d’al-Rawda (Syrie intérieure) et à son contexte régional à la fin de l’âge du Bronze ancien. L’analyse a été réalisée uniquement sur un échantillon de 300 tessons (sélectionnés pour leur caractère diagnostique), aucun vase entier n’ayant été découvert sur le site au moment de la rédaction de l’article. L’auteur a articulé sa contribution en trois parties : « matériau et technique de fabrication », « les classes de poterie », « les décors » ; en conclusion de l’article il a ensuite replacé les poteries d’al-Rawda dans le contexte régional. L’auteur inclut trois planches de formes céramiques et plusieurs tableaux qui détaillent l’étude des tessons pris en compte. Il a pu définir que l’assemblage étudié remonte au deuxième tiers du Bronze ancien IV et spécifie en outre que la catégorie morpho-stylistique la plus représentée de l’assemblage (gobelets du « groupe 2 » en céramique fine à surface lissée et décor « type H » appliqué d’une large bande peinte puis incisée d’une fine ligne en spirale effectuée sur le tour) peut être rapprochée des types GII et GIII attestés dans les couches J7 à J2 de Hama, remontant à cette même période. Malgré l’intérêt évident d’une telle datation relativement précise, cet article très succinct est visiblement une étude préliminaire de la céramique d’al-Rawda et mériterait une plus longue analyse, comportant notamment une planche illustrative des décors décrits dans la troisième partie.
R.H. Dornemann s’intéresse quant à lui à la céramique de l’âge du Bronze moyen dans la vallée de l’Euphrate, plus particulièrement aux zones des bassins de Tabqa et du barrage du Tishrin. En se basant sur la séquence céramique de Tell Hadidi, l’auteur avait proposé, dans un article antérieur, de subdiviser la période en Bronze moyen I (v. 2000-1900), Bronze moyen IIA (v. 1900-1775), Bronze moyen IIB (1775-1650) et Bronze moyen IIC (1650-1550). Il propose également de subdiviser en deux nouvelles phases le Bronze récent I, dites Bronze récent IA (1550-1500) et Bronze récent IB (1500-1400). La présente contribution vise à ajouter de nouvelles observations et à établir des limites fermes avec les périodes précédant et suivant l’âge du Bronze moyen.
Pour établir sa chronologie de la période Bronze moyen I et IIA, l’auteur met en relation l’assemblage céramique de Tell Hadidi avec ceux d’Ugarit Bronze moyen I, Amuq K, Hama H, Mardikh IIIA, Qara Quzaq II, Ansari V, Mari Chantier A couche 3 et le Bronze moyen Palestinien I et IIA. Il tente de mettre en relation les périodisations avec les époques historiques d’Ur III (MBI) et des Shakkanakku (MBIIA) pour le chantier A couche 3 de Mari et avec la XIIe dynastie égyptienne pour le Bronze moyen I-IIA de la céramique palestinienne. La céramique de cette époque est représentée dans les planches I et II.
Pour la chronologie de la période Bronze moyen IIB l’auteur compare son matériel de base avec celui trouvé à Tell Halawa, Tell Munbaqa, Habuba Kabira Nord et el-Qitar. Les planches III et IV montrent une multitude de formes et de décors représentatifs.
Enfin, la chronologie de la période Bronze moyen IIC est basée sur la comparaison du matériel-témoin avec celui provenant des sites de Tell Munbaqa et de Tell Halawa. Les planches V et VI illustrent les propos de l’auteur, qui signale la difficulté de tracer une ligne de démarcation entre la céramique Bronze moyen IIC et Bronze final IA, mais se tient à la périodisation qu’il avait précédemment proposée pour certaines formes de transition.
Malgré l’intérêt évident de la représentation d’une abondance de formes et de décors, il faut remarquer que l’auteur donne un taux de réduction approximatif des formes céramiques. Une échelle ou un taux de réduction précis auraient permis une lecture plus aisée et immédiate des formes représentées.
La contribution de T. McClellan concerne la céramique Bronze récent du Haut Euphrate. L’auteur étudie plus particulièrement les assemblages provenant des fouilles de sauvetage des barrages de Thawra et du Tishrin (Tell Hadidi, Meskéné/Emar, Tell Munbaqa, Tell Bazi et el-Qitar). La plupart des assemblages peuvent être datés du XVe siècle, à l’exception de celui provenant de Meskéné/Emar, qui date de la fin de la période du Bronze récent, c’est-à-dire du XIIe siècle. Il existe donc un trou chronologique évident pour les périodes des XIVe et XIIIe siècles.
D’emblée l’auteur oppose un classement par noms de sites à la chronologie proposée par Dornemann citée plus haut. D’après McClellan, la terminologie héritée de l’archéologie palestinienne établit des séparations trop nettes qui ne s’adaptent pas bien à la situation en Syrie du Nord. L’auteur préfère utiliser donc les termes de Bronze Moyen et de Bronze Récent de façon plus floue et parle de préférence de Qitar : Groupes B-D ou de Tell Hadidi : B-XV.
Bien que nous ne mettions pas en cause le choix de l’auteur, il faut néanmoins remarquer que la terminologie utilisée implique une parfaite connaissance des assemblages céramiques cités et rend malaisée la compréhension des périodisations. Il est évident que l’on manque cruellement d’assemblages céramiques remontant à l’âge du bronze final pour la vallée de l’Euphrate et que l’idée de répartir des séquences stratigraphiques pour réaliser une périodisation plus fine est intéressante, mais la lecture de l’article est malgré tout compliquée par ce choix de présentation.
La conclusion de cet article est que la plupart des sites présentés montrent une destruction à la fin du XVe siècle pour n’être réoccupés qu’au XIIIe siècle, ce qui marque une interruption d’environ 250 ans pour ces sites.
La contribution de V. Matoïan, co-éditrice de ce volume, concerne plus particulièrement la céramique argileuse à glaçure de Meskéné-Emar. Son article présente le corpus complet de ce type de « faïence » et fait suite à un autre (publié dans Syria) étudiant le matériel de même type mais provenant d’Ougarit.
Le corpus étudié provient entièrement de contextes cultuels (« temple de Ba’al », « second temple »), tout comme le reste des objets en « faïence » et en verre provenant d’Emar. L’auteur a expliqué tout d’abord la terminologie utilisée, a décrit les techniques de fabrication (utilisation du tour, description de la glaçure) et a enfin établi une typologie du matériel étudié. Seuls deux vases de ce corpus ont pu être analysés en laboratoire (Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France) pour obtenir des informations minéralogiques, sur la structure des céramiques, sur les glaçures et des particularités microscopiques des pâtes.
L’auteur met en évidence à la fois le faible pourcentage des céramiques argileuses à glaçure dans l’ensemble des céramiques récoltées lors de fouilles archéologiques et la grande aire de dispersion de ces céramiques : de l’île de Chypre jusqu’au Golfe. Néanmoins, le corpus provenant d’Emar semble montrer des parentés stylistiques avec les sites du Levant nord (Ougarit et les sites de Chypre) plutôt qu’avec la Mésopotamie, caractéristique que l’on pouvait déjà remarquer par l’étude de la céramique non glaçurée.
Nina Pons s’est concentrée sur la caractérisation de la poterie Bronze moyen de Mari, période qui couvre la fin de l’époque des Shakkanakku et la prise de pouvoir ultérieure par les Amorrites. Cette publication, qui concerne le chantier F de Mari (ouvert en 1987 par J.-C. Margueron entre le « palais présargonique » et le « temple d’Ishtar »), fait suite aux travaux de A. Parrot (en 1956 et 1959) puis à l’étude de M. Lebeau (plusieurs articles entre 1983 et 1987). Il s’agit d’un choix de formes très sélectif (toutes les formes céramiques ne sont pas présentées) et l’auteur dit même qu’il ne s’agit pas d’une publication définitive du matériel de ce chantier mais d’une base pour une réflexion ultérieure. La présentation des formes et des illustrations est claire, chaque description d’une forme céramique comporte une proposition de datation par siècles. L’auteur a étudié principalement des objets provenant de tombes dont les assemblages permettent des recoupements.
Dans la conclusion de l’article (appelé modestement « sommaire et état provisoire de la question ») l’auteur propose une idée importante : les formes nouvelles qui apparaissent à la fin du XVIIIe siècle sont à mettre en relation avec la prise de pouvoir par les Amorrites. Bien que, comme le fait remarquer C. Kramer dans son article « Pots and Peoples » (Bibliotheca Mesopotamica, VII, 1977, 91-112) pour le cas de la céramique Khabour « … the ascription of this one kind of pottery to a specific "ethnic group" is a simplisric, uninformative and unwarranted response to the available data … », il est néanmoins intéressant de mettre en rapport l’apparition d’une grammaire formelle nouvelle avec l’arrivée au pouvoir d’un nouveau groupe ethnique. Cela montre encore une fois, s’il était encore nécessaire de le souligner, à quel point les disciplines de l’histoire et de l’archéologie s’enrichissent l’une l’autre par l’étude combinée des données recueillies.
Dans la dernière contribution consacrée à l’Euphrate, M. Kelly-Buccellati et W. Shelby décrivent la situation pour la céramique des IIIe et IIe millénaires à partir des assemblages provenant de Terqa (saisons de 1976 à 1985), mis en rapport avec la céramique du site voisin de Mari et d’autres sites de la région (Tell Khuera, Tell Hadidi, Baghuz, Harradum etc.). Le matériel étudié remonte au IIIe millénaire, aux périodes juste avant et juste après Zimri-lim et à l’époque de Hana, quand le site de Terqa était le plus important de la région.
Les assemblages céramiques du IIIe millénaire proviennent du chantier B (juste à l’intérieur de la portion orientale du mur d’enceinte) et du chantier D (partie nord-ouest du site).
Pour le IIe millénaire, le chantier F a livré quelques niveaux de l’époque de Hana, mais c’est surtout de cette zone que proviennent les seuls tessons précédant l’époque de Zimri-Lim qui sont associables au règne de Yasmah-Addu. Une seconde série de strates datait, elle, de la période de Zimri-Lim, plus précisément de l’époque du Gouverneur Kibri-Dagan. Des tessons datant de l’époque de Hana proviennent également du chantier C (maisons privées, dont celle de Puzurum, et temple de Ninkarrak). Les strates ont pu être datées par la présence d’archives contenant des tablettes qui comportent une date, ce qui a permis de situer l’utilisation de la maison de Puzurum entre 1725 et 1700 avant notre ère. De nombreuses planches (comportant les formes et les décors principaux) illustrent l’article.
La conclusion principale est que la nombreuse céramique dite « métallique » trouvée à Terqa montre des contacts certains avec la région du Khabour (un des affluents majeurs de l’Euphrate) pour la période Dynastique Archaïque I et II (peut-être encore à l’époque DA III), ce qui indique des contacts commerciaux importants avec le Nord. La situation change au IIe millénaire, période marquée dans le Nord par la céramique dite du « Khabour », dont l’influence sera très limitée à Terqa et à Mari, qui semblent être à ce moment plutôt influencées par l’Est et le Sud, par les régions de Baghouz et de Harradum (présence par exemple de décors peints au bitume et des « jarres bifides »).
La deuxième partie de l’ouvrage est dédiée à la région de Jézireh. Une première contribution, par M. Fortin, concerne la céramique du Bronze ancien dans la Jézireh et dans la vallée du Khabur. Cet article synthétique prend le parti de présenter les sites archéologiques ayant livré du matériel de cette époque selon que la céramique a fait l’objet d’une étude spécialisée, d’une présentation dans des rapports préliminaires substantiels (4 publications par ordre chronologique de parution), d’une description sommaire dans des comptes rendus de fouilles (suivant l’importance des sept sites présentés), d’un simple signalement dans des articles laconiques (par ordre d’importance des sept sites de cette catégorie) ou des notices de chroniques de fouilles (14 chantiers de fouilles et quelques reconnaissances). Le but de cette présentation par publications est d’attirer l’attention du lecteur sur l’état de la documentation au moment de la rédaction de l’article afin qu’il puisse juger de la valeur réelle des renseignements repris. Chacune des rubriques des sites comporte une datation du matériel (Ninivite V, Akkad, Ur III etc.).
En conclusion, l’auteur met en évidence la rareté des publications consacrées à la céramique de l’âge du Bronze ancien (Mallowan dans les années 1930, Moortgat dans les années 1950 et Kühne en 1976) et présente les éléments qui restent à éclaircir avant de pouvoir se lancer dans une étude complète de ce matériel : la distribution de la Ninivite V incisée-excisée, le lieu exact de fabrication de la céramique « métallique », la typologie de la céramique commune, l’évolution formelle des types les plus usuels et les caractérisations scientifiques de quelques fabriques importantes, l’article ici analysé ne formant qu’une sorte d’introduction à une telle synthèse. Il est illustré de six planches de céramique regroupant tous les types cités dans le texte, dans lesquelles il aurait été agréable de trouver des échelles, les dessins étant aux dires mêmes de l’auteur « à échelles variées ».
L’article de X. Faivre et C. Nicolle porte sur un corpus particulier, celui de la céramique « Khabur » de Tell Mohammed Diyab. Le terme de « céramique du Khabour » ou « Habur Ware » a été forgé par Max Mallowan en 1937, lorsqu’il fouillait le site de Tell Chagar Bazar, pour désigner une céramique faite au tour, décorée d’une peinture monochrome (représentant principalement des bandes et des triangles hachurés ou quadrillés) dont les formes étaient principalement des grands pots destinés à contenir du liquide. Cette Céramique a été associée à une population hourrite par C. Kramer (cf. supra). L’appellation de « Habur Ware » est relativement surprenante, vu que cette céramique est pratiquement absente des rives de ladite rivière. La périodisation proposée par Max Mallowan a été fondée principalement sur ses découvertes de Chagar Bazar et son étude, tout comme celles qui ont suivi (par exemple de H. Oguchi), s’intéressait uniquement au décor et ni aux formes ni à l’analyse des pâtes, ce qui limite l’étude de la céramique du Khabour aux seules formes peintes et rend difficiles les études relatives à sa diffusion. Le présent article tient compte des nouvelles publications de Tell Rimah et de Tell Brak, ainsi que des nouvelles prospections, ce qui permet de renouveler les recherches sur le sujet.
Après avoir passé en revue les différentes périodisations de la céramique Khabur (par Mallowan, Oguchi, Hrouda, Pfälzner), les auteurs proposent de classer cette céramique en deux grandes périodes : Bronze moyen Ib allant de c. 1900 à 1725 avant notre ère (pendant la période Bronze moyen Ia persistait la céramique comparable à celle d’Isin/Larsa) et Bronze moyen II allant de c. 1725 à 1595. Ils font également le point sur les origines de la céramique Khabur. L’origine iranienne est considérée comme peu probable, tout comme les influences syro-ciliciennes ou de la Bichrome Ware de Palestine : d’après les observations récentes de B. Lyonnet suite à la prospection qu’elle a menée dans le Haut-Khabur, il s’agirait d’un nouveau type de céramique, limité à la zone située entre la partie occidentale du triangle du Khabur et le Jaghjagh, mais dont on ne peut pas exclure une influence exogène.
Une description détaillée des formes céramiques, des décors et des pâtes suit cette première partie introductive, illustrée de nombreuses planches de bonne qualité, dont le taux de réduction est mentionné en plus de l’échelle graphique, ce qui en rend la lecture très aisée.
La dernière partie de l’article consiste en une étude sur la transition entre le Bronze moyen II et le début du Bronze mécent puis de la zone de production de la céramique du Khabur au Bronze moyen. En plus de la limite occidentale citée plus haut, les auteurs définissent également une limite de diffusion septentrionale marquée par les montagnes du Taurus, dans les piémonts du Tur Abdin, et une limite orientale marquée par le Grand Zab. Les auteurs proposent deux phases de diffusion de cette céramique : une première au Bronze moyen I, où la céramique Khabur est produite localement dans la zone située entre Tell Shemshara à l’Est, Tell Fakhariyah à l’Ouest, la plaine de Cizre au Nord et les sites de Tell Khoshi et d’Assur au Sud, et une deuxième phase de diffusion au Bronze moyen II (voire au Bronze récent initial), période pendant laquelle les motifs, plus complexes, se multiplient. Comme ceux-ci sont utilisés pour d’autres groupes céramiques que la céramique du Khabur, cela donne une fausse impression de grande diffusion.
L’intérêt majeur de l’article est encore une fois la tentative d’associer l’apparition de ce type de céramique à une population en particulier : les auteurs exposent tout d’abord l’hypothèse de l’association avec les Hourrites, puis avec les Amorrites. Cette dernière hypothèse est privilégiée par l’étude la situation politique exposée dans les textes de l’époque paléo-babylonienne. Les auteurs mettent en relation la céramique Khabur plus particulièrement avec le clan amorrite à dominante benjaminite qui s’installe dans la région au XIXe (ou peut-être au XXe) siècle avant notre ère. La deuxième vague de diffusion, en dehors de la zone de fabrication de la céramique Khabur, est mise en relation par les auteurs avec la phase d’expansion territoriale de Samsi-Addu, liée essentiellement à des oppositions aux revendications sur le parcours des transhumances des bédouins de Yahdun-Lim dans le triangle du Khabur. Cette situation a conduit à un conflit pour le contrôle de la région, qui amena Samsi-Addu à conquérir le royaume de Mari. Le contrôle n’a pas entraîné de déplacements massifs de population, ce qui explique que la zone de fabrication de la céramique du Khabur ne se soit pas agrandie à cette occasion. Cette théorie très séduisante est considérée par les auteurs comme une « voie prometteuse ». Elle paraît réellement très intéressante et novatrice par rapport aux études antérieures qui n’avaient pas pris en compte la situation politique nouvelle liée au royaume de Haute Mésopotamie de Samsi-Addu.
Pour conclure ce volume, un dernier article, par P. Pfälzner, est dédié à l’étude de la céramique du Bronze récent dans la Jézireh syrienne. L’auteur propose un système de périodisation divisant la céramique analysée en « mitannienne » et « médio-assyrienne ». Le terme de céramique mitannienne est utilisé pour désigner un groupe homogène de poterie provenant du centre de la région du Mitanni et remontant à l’époque mitanienne. Celui de céramique médio-assyrienne est utilisé pour désigner un corpus céramique de la Jézireh syrienne à l’époque de son incorporation dans l’empire médio-assyrien qui débute avec Adad-Nirari Ier (1295-1264) ; la céramique de cette époque est identique à celle provenant de la ville d’Assur, au cœur de l’empire. Cette époque, appelée maintenant « Middle Jezirah » d’après la nouvelle périodisation de la région, débute d’après la chronologie moyenne adoptée par l’auteur, vers 1550 avant notre ère et se termine vers 1050 avant notre ère, donc en plein âge du Fer selon la terminologie traditionnelle. L’auteur fournit un tableau récapitulatif des correspondances entre les datations par « âges des métaux » et les datations régionales nouvelles ainsi qu’un tableau d’équivalences inter-régionales, très pratique pour comparer des corpus céramiques. Il présente ensuite les sites et les contextes de découverte de la céramique selon une logique géographique (Moyen et Bas Khabur ; sources du Khabur ; région du Balikh). La céramique est ensuite examinée de façon chronologique (Middle Jezirah IA, IB, IIA, II B et III) et enfin d’un point de vue typologique. La céramique mitannienne est caractérisée par une grande variété de formes et de pâtes, par une grande qualité de fabrication et une abondance de décors peints ou incisés raffinés. La différence de taille des poteries implique qu’il ne s’agit pas d’une production de masse, comme le démontrent les décors de type « Dark on Buff Animal Ornamented Ware », « Grey Burnished Ware » ou « Nuzi Ware ». Par opposition, la céramique médio-assyrienne semble être une céramique produite en série, aux formes peu variées, aux tailles standardisées et réalisée avec peu de soin (par exemple les « Standard Carinated Bowls », aux formes irrégulières).
L’intérêt de cet article est de montrer de quelle façon on est passé d’un système d’ateliers individualisés organisés en réseau distribuant la production à un système de grands ensembles de production, réalisant en série des poteries de format standardisé et au décor peu varié et peu soigné, lié à une organisation politique nouvelle, établissant une administration provinciale médio-assyrienne dans la Jézireh syrienne.
De nombreuses planches de céramique sont fournies, les taux de réduction permettent une lecture aisée, mais nous pourrions regretter la non-uniformité dans la présentation des planches : si les huit premières planches donnent le profil et la coupe (et le décor s’il y en a) de façon très propre, les autres planches sont alourdies par un pointillé qui n’aide pas nécessairement à la lecture de la forme.
En conclusion, nous voudrions souligner le très grand intérêt de ce type de volumes d’études céramiques par périodes et par régions, bien que les articles aient des tailles et des degrés d’intérêt divers, car ce n’est que par ce biais qu’il est possible d’appréhender la variété des répertoires céramiques. Ce volume est un élément de base pour quiconque s’intéresse à l’archéologie de l’âge du Bronze en Syrie. Avec le volume précédent portant sur la céramique de l’âge du Bronze en Syrie du Sud et dans la vallée de l’Oronte et très vite, nous l’espérons, avec celui consacré à la céramique de la Syrie côtière, il constituera certainement pendant longtemps un ouvrage de référence important.


SOMMAIRE :

Avant-propos, par Michel Al-Maqdissi, Valérie Matoïan et Christophe Nicolle, p. v

Hommage à Nina Pons, par Jean Margueron, p. vii

Liste des contributeurs, p. viii

Carte générale – Régions de l’Euphrate et de la Jézireh : localisation des principaux sites traités dans les dix chapitres de l’ouvrage, p. ix

L’Euphrate

I. The Ceramic Assemblages of the Third Millennium in the Euphrates Region, par Anne Porter, p. 3

II. La poterie d’al-Rawda (Syrie intérieure) dans son contexte régional à la fin du Bronze Ancien, par Thomas Boudier, p. 23

III. The Pottery of the Middle Bronze Age in the Euphrates River Valley, in the areas affected by the basins of the Tabqa and the Tishrin Dams, par Rudolph H. Dornemann, p. 43

IV. Late Bronze Pottery from the Upper Euphrates, par Tomas L. McClellan, p. 53

V. La céramique argileuse à glaçure de Meskéné-Emar, par Valérie Matoïan, p. 77

VI. Essai de caractérisation de la poterie du Bronze Moyen de Mari, par Nina Pons (+), p. 85

VII. Middle Euphrates Ceramics in the Third and Second Millennia : a View from Terqa, par Marilyn Kelly-Buccellati et William R. Shelby, p. 119

VIII. La céramique du Bronze Ancien dans la Jézireh et la vallée du Khabur, par Michel Fortin, p. 155

IX. La Jézireh au Bronze moyen et la céramique du Khabur, par Xavier Faivre et Christophe Nicolle, p. 179

X. The Late Bronze Age Ceramic Traditions of the Syrian Jezirah, par Peter Pfälzner, p. 232

Bibliographie

Abbréviations bibliographiques, p. 300

Bibliographie générale, p. 301

Liste des Planches, p. 315

Liste des figures et tableaux, p. 320

Table des matières et présentation en arabe, p. 322-324