AA.VV.: Babylone. Catalogue exposition musée du Louvre, 14 mars - 2 juin 2008, 230x300 cm, 576 pages, ISBN 9782754102834, 42 euros
(Hazan, Paris 2008)
 
Compte rendu par Amélie Le Bihan, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
(melinette2@aol.com)

 
Nombre de mots : 1706 mots
Publié en ligne le 2008-09-12
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=332
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Ce magnifique catalogue de 575 pages a été édité à l’occasion de l’exposition Babylone, présentée au musée du Louvre du 14 mars au 2 juin 2008. Elle sera présentée sous une forme légèrement différente au Pergamon Museum de Berlin du 26 juin au 5 octobre 2008, puis au British Museum à Londres du 13 novembre 2008 au 15 mars 2009. Le catalogue suit pas à pas les étapes de l’exposition et présente toutes les pièces exposées, et même un peu plus.

Cette exposition rassemble pour la première fois dans l’histoire de la muséographie, une collection de pièces liées à l’histoire réelle ou imaginaire de Babylone. Le matériel rassemblé est d’une extrême richesse. L’ambition de cette exposition est de retracer l’importance historique et culturelle de l’antique Babylone, tout en montrant comment le concept ultérieur d’une Babylone légendaire prend son origine dans cette réalité historique. L’exposition nous convie à une confrontation saisissante du mythe et de la réalité historique, telle qu’elle a été reconstituée par les archéologues et les épigraphistes depuis la redécouverte de l’antique cité au XIXe siècle.

Le parti pris des commissaires de l’exposition est résolument historique, l’exposition dresse un panorama aussi complet que possible de l’histoire de la ville et de son destin, laissant la possibilité de développer certains thèmes ultérieurement. L’exposition et le catalogue sont divisés en trois parties :

  • La ville historique
  • La fortune critique
  • Les voyageurs des Temps modernes et les fouilles archéologiques.

 

La Babylone historique, présentée pour la première fois dans sa continuité, depuis l’aube de sa fondation durant la deuxième moitié du IIIe millénaire av. J.-C. jusqu’à la disparition de sa culture, a éveillé l’intérêt du profane comme du chercheur, en raison de la richesse et de la diversité de sa civilisation matérielle et scripturaire, ainsi que de son rayonnement attesté, notamment par certains documents jamais encore présentés ou inédits.

Rassemblant pour la première fois près de 400 œuvres et pièces uniques d’une grande diversité, issues des collections de 13 pays, cette exposition souhaite réconcilier l’histoire et la légende de Babylone. Se déployant sur cinq millénaires (de la fin du IIIe millénaire av. J.-C. au début du XXe siècle), elle évoque tout à la fois l’importance historique et culturelle de la ville antique et la manière dont à partir de cette réalité s’est cristallisée ultérieurement l’image d’une Babylone de légende.

Babylone ne fut jamais oubliée et son emplacement sur un bras de l’Euphrate, à environ 90 km au sud de la moderne Bagdad, au cœur de l’antique Mésopotamie, reste connu à travers les millénaires. Babylone appartient au domaine du mythe. Dès l’Antiquité, la légende s’empara de son histoire, avant que les prophètes bibliques et les historiens grecs n’en transmettent à la postérité une image déformée, reflet de sentiments ambigus pour cette ville au destin d’exception, splendide et prestigieuse capitale dont les souverains se comportaient comme les maîtres du monde. Babylone fut perçue en son temps comme une dualité, ville royale et centre cosmique.

La réalité dépasse parfois la légende et la nécessité d’une exposition cherchant à ressusciter la véritable civilisation babylonienne, qui rayonna sur tout le Proche-Orient aux IIe et Ier millénaires av. J.-C. s’imposait. Les données historiques qui constituent les jalons des traditions développées autour du nom de Babylone et les principaux témoignages littéraires et artistiques de sa fortune critique sont également présentés pour exprimer toutes les facettes de son héritage.

Les données archéologiques sur Babylone sont partielles, les sources abondantes mais fragmentaires, les traditions multiples et éparses. Toujours connue mais méconnue, Babylone a traversé les millénaires en des visions déformées, emboîtées, selon les caprices de l’histoire et des mentalités, à travers le spectre de sources extérieures contemporaines ou la postérité des métaphores qui lui tinrent lieu de destin. Cette Babylone historique n’a jamais, jusqu’à présent, fait l’objet d’une exposition et il fallait donc essayer de présenter son histoire, son aspect et sa culture à partir des données de l’archéologie et des sources textuelles qui en émanent.

Les fouilles de ses ruines furent lacunaires en raison de l’immensité de la ville, de la hauteur de ses décombres et de l’impossibilité d’atteindre ses niveaux profonds, les plus anciens. L’époque la plus fastueuse de Babylone, correspondant au règne de Nabuchodonosor II au début du VIe siècle av. J.-C., fit l’objet essentiel des fouilles effectuées par l’Allemagne au début du XXe siècle.

Babylone est représentée dans l’exposition également par les traditions extérieures contemporaines de son histoire ou qui se développèrent ultérieurement, mais qui sont ancrées, originellement, dans la réalité historique. Il semblait alors nécessaire de conserver une approche historique pour cette deuxième partie concernant la fortune critique de Babylone dont le long développement commença au temps même de son apogée, afin de montrer comment la Babylone légendaire est une émanation de son histoire, mais aussi de l’histoire des peuples qui l’ont créée et transmise à d’autres âges qui l’ont adaptée à leur tour.

 

Les principales traditions développées autour de Babylone proviennent de sources bibliques et classiques. Elles furent reprises et adaptées par l’Occident chrétien et l’Orient islamique du Moyen Âge, puis par l’époque moderne. La vision de Babylone dans la littérature et dans les arts suit alors les étapes de la redécouverte de ses ruines par les voyageurs à partir de la Renaissance, puis par les premières explorations britanniques et françaises du début du XIXe siècle, jusqu’à ce que les fouilles approfondies et scientifiques du site par la mission allemande à partir de 1899 donnent une réalité nouvelle à Babylone, sans toutefois mettre fin au mythe.

L’histoire des origines de Babylone, selon les sources cunéiformes babyloniennes, participe à l’atmosphère particulière qui entoure la ville et lui donne un statut d’exception. Les mentions textuelles les plus anciennes concernant la ville remontent au milieu du IIIe millénaire av. J.-C. ; elles sont rares et fragmentaires. De grands souverains modelèrent, pendant près de deux mille ans, l’histoire et la géographie de Babylone et de la Babylonie. Parmi eux, deux noms prestigieux ont traversé le temps, marquant l’un la première période (paléo-babylonienne), l’autre la fin de l’autonomie politique de Babylone (empire néo-babylonien). Le premier, Hammurabi (1792-1750), le « roi de justice » fonda un empire éphémère mais légua à sa capitale une renommée durable. Le second, Nabuchodonosor II (605-562), fit de Babylone une ville enviée et splendide.

Entre deux empires, dans la seconde moitié du IIe millénaire av. J.-C., Babylone entreprit une mise en ordre canonique de son trésor d’érudition, diffusant sa langue, son écriture et l’enseignement des scribes. Le babylonien était lingua franca de l’Iran à l’Egypte, langue diplomatique et également langue de culture.

Autour de l’an 1000 puis dans les siècles suivants, Babylone fut soumise à des invasions sporadiques et vécut à l’ombre de l’Assyrie. Après sa conquête par Cyrus le Grand en 539 av. J.-C. et sa perte d’indépendance, Babylone demeura une ville importante de l’Empire perse, puis un conservatoire de la culture babylonienne sous les successeurs grecs d’Alexandre le Grand, la dynastie des Séleucides. Le transfert de la capitale à Séleucie du Tigre réduisit l’importance politique de Babylone, mais le culte et les cercles savants de l’Esagil restèrent en usage jusqu’à la fin de la domination des Parthes venus d’Iran. Au Ier siècle de notre ère, Pline l’Ancien rapporte dans son Histoire naturelle que le grand temple Esagil continuait à survivre parmi les décombres. En 165 ap. J.-C., les armées romaines de Marc-Aurèle ravagent la Babylonie.

Le cunéiforme fut exporté largement hors de son pays d’origine, par les lettrés, les marchands et les armées, et l’usage partagé de l’écriture établit dans tout l’Orient ancien un fonds de culture commun que chaque peuple développa selon sa propre mémoire et ses aspirations. Babylone elle-même s’ouvrit aux moments clés de son histoire, à la culture des autres régions de l’Orient avec lesquelles elle eut des contacts suivis. Elle attira et elle intégra au sein de ses murailles des peuples hétérogènes. Ces populations nouvelles se fondirent dans le vieux fonds mésopotamien dont elles adoptèrent et conservèrent la civilisation, y apportant des enrichissements. Ce mélange culturel s’accentua au cours du dernier millénaire de l’existence de Babylone.  Les apports de Babylone au monde extérieur contemporain de son histoire et l’héritage qu’en recueillirent les civilisations ultérieures sont multiples, bien que mal connus. Parallèlement à l’enseignement et aux sciences, la littérature babylonienne connut une grande diffusion, notamment de ses textes de sagesse, de sa poésie lyrique et de certains de ses récits mythologiques. La conception architecturale de la Babylone du roi Nabuchodonosor II et le décor de ses monuments pénètrent le plus profondément la mémoire collective. Babylone fut également un modèle de gouvernement et de conception architecturale et décorative pour les grandes villes postérieures : Suse, Séleucie, Samarra… La tour à étages ou ziggurat de Babylone reste pourtant le thème privilégié de toutes les traditions concernant la ville.

 

Il s’agit ici de la première étude approfondie tentant de reconstituer l’histoire autant que l’aspect architectural et décoratif de la ville antique. Par ailleurs, les traditions légendaires et symboliques concernant Babylone n’ont jamais été présentées d’un point de vue historique, c’est-à-dire en remontant aux faits réels qui les ont engendrées. L’exposition entend ainsi donner la mesure de l’héritage culturel de Babylone dans les civilisations qui lui sont contemporaines et dans les civilisations postérieures, et lui rendre sa juste place dans les racines de la culture occidentale.

Bénéficiant de prêts exceptionnels, en quantité et en qualité, en particulier des musées allemands et britanniques, l’exposition permet également de découvrir des œuvres, des manuscrits entre autres, encore jamais exposées en France. Toutes ces œuvres sont décrites et illustrées dans le catalogue de l’exposition.

Le catalogue est composé en alternance de textes explicatifs sur l’histoire de Babylone et de notices de catalogue. Il comprend 466 notices avec une présentation claire des objets et une très riche documentation photographique. Le catalogue est complété par des dossiers, des cartes, des plans de la ville, une chronologie, une bibliographie et des index. Cet ouvrage semble donc désormais incontournable pour tous les amateurs ou chercheurs qui souhaitent étudier la ville de Babylone, son histoire et ses légendes. Le catalogue constitue ainsi un bon aperçu clair et synthétique pour tout lecteur curieux de l’histoire de Babylone.

 

PS. La rédaction signale à ce sujet la publication récente du livre écrit par David BANON et Deborah DERHY, La tour et le tabernacle, Paris, Bayard éd., ’Bible et Philosophie’, 2008.