Renaud, Bénédicte: Riom, une ville à l’œuvre. Enquête sur un centre ancien, XIIIe-XXe siècle. Coll. "Cahiers du patrimoine", n°86. Lyon, 192 pages, 150 ill., ISBN 978-2-914528-38-2,. 35 euros
(Ed. Lieux Dits, Lyon 2007)
 
Compte rendu par Stéphane Gomis, Université Blaise Pascal-Clermont II
(s.gomis@neuf.fr)

 
Nombre de mots : 1134 mots
Publié en ligne le 2009-04-10
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=382
Lien pour commander ce livre
 
 

Cet ouvrage est le fruit d’un long et patient travail mené par Bénédicte Renaud, conservateur du patrimoine. Ce nouveau cahier, à l’iconographie soignée, issu de l’inventaire général du patrimoine culturel de la France, était d’autant plus attendu qu’il comble un vide historiographique concernant l’une des « villes capitales » de la Basse-Auvergne, si on veut bien admettre cette idée d’un partage tricéphale avec Clermont et Montferrand. Largement documentée de photographies souvent inédites, cette enquête très approfondie de l’Inventaire du patrimoine d’Auvergne, est fondée sur une étude systématique du centre ancien. Ce livre vient à point nommé enrichir une bibliographie assez indigente et en tout cas vieillie. La seule exception notable est la publication de la thèse de Josiane Teyssot qui aborde la première modernité. Ce déficit des recherches portant sur une entité urbaine majeure de l’aire auvergnate s’explique notamment par la disparition des archives du bureau des finances. Néanmoins, comme en témoigne l’état des sources et la bibliographie, l’auteur a su pallier cette absence par une exploitation rigoureuse des ressources existantes. C’est le cas notamment lorsqu’elle a recours aux écrits du « for privé », tel que le journal du religieux cordelier Guillaume-Bonaventure Tiolier (1700-1775). En revanche, on ne peut que regretter, comme il est trop souvent l’usage, le rejet des notes utiles et abondantes à la fin du volume.

 

Capitale des terres royales d’Auvergne entre 1212 et 1557, Riom est tout au long de cette période un centre administratif et judiciaire important. Elle représente un bel exemple de la ville de magistrature sous l’Ancien Régime. Sur un plan urbanistique et architectural, elle est souvent comparée aux bastides médiévales du Languedoc. Son plan régulier reste un atout très apprécié aux XVIIe et XVIIIe siècles. Son paysage urbain d’une grande homogénéité lui a également valu très fréquemment d’être comparée à un « décor de théâtre ». Le titre choisi : « Une ville à l’œuvre » n’est pas usurpé. En effet, il s’agit bien de donner à voir les différents moments et types de rupture qui ont marqué le bâti riomois.

 

Dans une première partie, intitulée « Aménagements urbains et éléments de chronologie monumentale », l’auteur fait véritablement œuvre d’historien en reliant aspects historiques et informations procurées par la documentation iconographique, que complètent plans et relevés faits sur le terrain. Un premier temps : « Du lieu de pèlerinage aux lotissements emblématiques d’un pouvoir politique fort », revient sur les différentes phases de la construction de la ville. Avec le noyau primitif que constituent l’abbaye Saint-Amable et le baptistère Saint-Jean, mais également le château comtal. Au cours du XIIe siècle, cet ensemble est protégé par une enceinte et un fossé. S’ensuit la construction au sud d’un faubourg, enserré dans une enceinte encore bien repérable par le tracé de certaines artères circulaires. Un second temps : « La régularité comme ‘avantage bien préférable à la vaine gloire d’une antique origine’ » offre une étude des vues cavalières et de plusieurs plans de la ville entre le XVe et le XVIIIe siècle. Sa principale caractéristique est d’offrir au visiteur le spectacle, comme en témoignent les contemporains, de « belles et larges rues tirées en droite ligne ». Cette ville neuve naît dans les dernières décennies du XIIIe siècle. Son plan géométrique forme un quadrillage régulier. Durant l’apanage du duc Jean de Berry (1365-1416), on assiste à l’alignement des rues qui sont élargies et pavées. Un dernier temps s’interroge sur « La rue comme monument ». L’analyse démontre que la cité riomoise apparaît avant tout comme une « ville de maisons », ayant fait l’économie de monuments et d’aménagements urbains de grande envergure. Cette conception de l’espace public a donné toute son utilité à « la place-carrefour ». Point central à partir duquel « sont découpées des fenêtres sur le paysage verdoyant des alentours ». Un encart, tout à fait neuf, explique le rôle joué par les granges assimilées à des maisons.

 

Une seconde partie qui a pour nom : « De l’espace public au seuil de la maison », offre une étude de la politique urbaine à travers la présentation des prescriptions municipales prises au XIXe siècle. On pense notamment à la volonté d’escamoter les pignons ou encore au blanchiment des maisons. Dans les années 1850, les autorités urbaines entendent également veiller à une stricte régularité des façades en interdisant les balcons. Cependant, en dépit de leur volonté acharnée, ils n’obtiendront pas gain de cause face au sous-préfet qui, pour sa part, affirme que si ceux-ci « altèrent un peu l’uniformité des maisons, ils contribuent à l’embellissement d’une ville ». Si les fronts de rues présentent une apparence lisse et unie, « dès qu’ils sont franchis, ils donnent accès à un ‘envers du décor’ qui révèle les traces d’une histoire longue et parfois insolite ». Avec précision et rigueur, l’auteur a eu le grand mérite de s’attacher au recensement de ces traces. Ainsi, les plus anciens vestiges conservés notamment dans les caves et les greniers ont permis de mettre en évidence différentes phases du développement de la ville. Cela est par exemple le cas à l’occasion de la mise en lumière des « passages et des cœurs d’îlots », afin de restituer les différentes manières de « voisiner et de circuler » entre voie publique et espace privé. Le lecteur constate combien le caractère inventif en matière de distribution entre les bâtiments les plus divers est large : ruelles, passages, escaliers… En l’espèce, l’auteur montre à juste titre que la personnalité d’une ville se façonne également par sa conception et l’enchaînement des espaces qui « conduisent de la rue au logis ».

 

Une troisième et dernière partie, s’emploie enfin à présenter « l’architecture et les particuliers du XVIe siècle au XIXe siècle ». Il importe notamment de voir comment les détails de traitement des façades sont susceptibles d’informer sur la composition intérieure des habitations. Au total, ce sont 747 maisons et 805 façades qui sont passées au crible de cette analyse. Ce temps ultime permet au lecteur de pénétrer plus avant dans l’intimité des riomois. Ces indiscrétions sont d’autant plus facilitées par le fait que l’auteur présente plusieurs encarts de qualité à propos de demeures célèbres ou moins connues (Hôtel Guimoneau, Maison des Consuls ou encore Hôtel Jouhannel de Jenzat). Les observations sur le terrain, dont la qualité est également liée à l’obligeance des propriétaires, sont complétées autant que faire se peut par une étude des minutes notariales. Ils mettent en évidence une faible superficie accordée aux jardins ainsi que des cours. Ce choix a certainement contribué assez largement à la construction de terrasses, mais également de belvédères. Les unes comme les autres sont alors à considérer comme autant de tensions « vers l’extérieur et vers le haut qu’il faut encore ajouter à notre caractérisation de la maison riomoise ».

 

Au final, Bénédicte Renaud livre un ouvrage qui dépeint dans le menu les originalités de l’architecture et de l’urbanisme riomois. Son étude permet de percevoir pleinement et avec précision les différentes étapes qui ont fait « Riom le Beau ».