Culot, Maurice - Lambrichs, Anne: Albert Laprade. Architecte, jardinier, urbaniste, dessinateur, serviteur du patrimoine, 24x31,4 cm, 399 pages, ISBN : 978-2-9155-4211-0, 85 euros
(Co-edition Norma Editions / Cité de l’architecture et du patrimoine / Institut français d’architecture 2007)
 
Compte rendu par Marie-Clotilde Meillerand, Institut d’urbanisme de Paris-Université de Paris 12
(mcmeillerand@gmail.com)

 
Nombre de mots : 879 mots
Publié en ligne le 2008-10-30
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=412
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Cet ouvrage de 397 pages comble un vide en histoire de l’urbanisme et de l’architecture, en retraçant la riche carrière et la production d’un des protagonistes importants de l’urbanisme à la française du vingtième siècle : Albert Laprade.

Né en 1883 à Buzançais (Indre), il  fait ses études secondaires au lycée de Châteauroux où sa passion pour le dessin s’affine sous la houlette de son grand oncle maternel, Cléret, inspecteur des bâtiments civils et professeur à la manufacture des Gobelins, qui l’oriente vers l’architecture. Il est admis à l’Ecole des beaux-arts en 1903 et obtient son diplôme d’architecte DPLG en 1907. Il participe à différents concours avant de débuter réellement sa carrière ; il obtient ainsi « mention au concours Labarre, 2ème prix et 1ère médaille au concours Rougevin, prix des architectes américains et prix Achille Leclère » (p.352). Ainsi, l’ouvrage de Maurice Culot et Anne Lambrichs revient sur les débuts d’Albert Laprade et sur le déroulement de sa carrière en s’ouvrant sur un premier chapitre « initiatique » qui nous plonge au début du vingtième siècle. Les auteurs, tous les deux architectes de formation, rappellent la formation de Laprade, ses rencontres déterminantes comme celle avec Jean Giraudoux au lycée de Châteauroux, ses liens familiaux qui compteront pour sa carrière (son grand-oncle Cléret, son oncle René Sergent). Puis l’École des beaux-arts et son passage à l’atelier Marcel Lambert où il rencontre Henri Prost, son futur « Patron ». Ces premières pages sont essentielles pour le lecteur car elles lui donnent les repères essentiels pour comprendre les différents réseaux dans lesquels s’insère Laprade, mais aussi le cheminement de sa carrière et ses principales réalisations. La carrière d’Albert Laprade s’organise autour de trois grandes phases : le Maroc, l’entre-deux-guerres et la protection du patrimoine dans un dernier temps, même si cette dernière phase semble avoir moins arrêté les auteurs de l’ouvrage.

 

Les chapitres qui suivent retracent les différentes étapes du parcours de cet architecte de renom en détaillant ces principaux chantiers, avec une iconographie de grande qualité. Tout d’abord le Maroc où il débute sa carrière dans l’équipe d’Henri Prost, sous la direction du Maréchal Lyautey. Il y subit différentes influences pour la suite de sa carrière, notamment celle de Jean Claude Nicolas Forestier pour l’art des jardins dont il devient un spécialiste. De retour en France au début des années vingt, il se focalise alors sur cet art méticuleux des jardins et espaces extérieurs ; il agrémente de nombreux châteaux en France, comme le château de Marsat dans la Creuse, celui de Port-Haliguen dans le Morbihan, les jardins du casino de Monte-Carlo. Il se distingue aussi dans cet art à l’occasion de l’exposition internationale des Arts décoratifs de 1925 avec ses confrères Joseph Marrast et Jacques-Henri Lambert.

 

Il n’oublie pas pour autant sa formation d’origine et obtient de belles commandes en France et à l’étranger avec la construction de villas en région parisienne ou dans des villes balnéaires, qui arborent aussi de magnifiques jardins. Parmi de nombreux exemples, on peut citer la villa Kermadalen (1926) et la villa Sainte Marine (1929) à Bénodet, mais aussi la restauration de vastes villas au Maroc (1930). Au début des années Trente, il se  retrouve à la tête du projet pour le musée permanent des Colonies doté d’une façade majestueuse couverte de bas-reliefs achevés en 1931 ; il est aussi l’auteur en collaboration avec Léon Emile Bazin du garage Citroën rue Marbeuf à Paris, d’un immeuble de rapport avec cinéma au rez-de-chaussée au 76 rue de Rennes à Paris « mettant en valeur l’application de l’électricité au confort moderne » (p. 367). Après la guerre, il réaménagera les usines Renault sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt et celle de Schneider au Creusot. Il entre dans une phase assez nouvelle de ces réalisations où il donne une place importante aux techniques modernes de construction et de mise en valeur des matériaux (utilisation de la lumière). Dans cet esprit, il construit trois usines de superphosphates à Caen, Vives et Issoudun. À partir de 1939, il réalise aussi en collaboration avec Pierre Bourdeix le complexe du barrage-usine de Génissiat.

À la fin des années quarante, il prend des responsabilités au sein de l’ordre des architectes, de la commission des sites de Paris (1945-1965) et s’investit dans la restauration du Vieux Mans commençant une quête nouvelle : la protection et la mise en valeur du patrimoine. Il est aussi commandeur de la légion d’honneur (1950), membre de l’académie des beaux-arts (1958), membre de l’Institut et commandeur des palmes académiques (1959), commandeur de l’ordre des arts et des lettres (1967).

 

L’ouvrage déroule ainsi une carrière longue et riche en réalisations de natures différentes.

De façon relativement précoce, dès les années trente, et particulièrement au cours de ses dernières réalisations, il prône le rapprochement entre ingénieurs et architectes, ce qui sera un enjeu de taille pour la seconde moitié du vingtième siècle avec l’urbanisation et la standardisation de la construction. À la fin de sa vie, il se consacre à ses notes et écrits personnels rédigés tout au long de sa carrière. Il publie ainsi un peu plus d’une vingtaine d’ouvrages entre 1926 et 1968 comme illustrateur (1926) puis comme auteur, ainsi qu’une centaine d’articles dans des revues telles qu’Architecture d’aujourd’hui ou L’Illustration.

Ainsi, cet ouvrage de qualité en appelle d’autres sur les Marrast, Prost, Remaury, Lambert qui ont participé à ce développement de l’urbanisme à la française.