RAMSEYER Denis et ROULIERE LAMBERT Marie-Jeanne: Archéologie et érosion,. Vol. 2 : zones humides en péril. Actes de la deuxième Rencontre Internationale (23-25 septembre 2004, Neuchâtel). 133 pages, nombreuses illustrations couleur, 25 euros.
(Centre Jurassien du Patrimoine 2006)

 
Compte rendu par Matthieu Ghilardi, Université Paris 12
(matthieughilardi@wanadoo.fr)

 
Nombre de mots : 747 mots
Publié en ligne le 2007-04-20
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=46
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Du 23 au 25 septembre 2004, la 2e rencontre internationale ayant pour thème « Archéologie et érosion » se déroulait à Neuchâtel (Suisse). Cette table ronde fut organisée conjointement par l’Université de Neuchâtel, le Laténium, parc et musée d’archéologie de la ville de Neuchâtel, et la Conservation départementale d’histoire naturelle, archéologie et ethnologie du Conseil général du Jura.

À cette occasion, dix-huit conférenciers et divers intervenants dressèrent un premier bilan de la mise en place de moyens de lutte contre l’action érosive, d’origine naturelle ou anthropique, sur les sites archéologiques localisés en milieu lacustre ou palustre. La question de leur survie était clairement posée. Des exemples pris aux Pays-Bas, en Suisse, en France et en Allemagne permettent ainsi de se rendre compte de la diversité et de la richesse des sites. Des solutions sont proposées par différents spécialistes pour tenter de les préserver.

Cette manifestation s’inscrit dans la continuité logique de la Table Ronde de Marigny, organisée en 1994 sur les bords du lac de Chalain, où il était déjà question de la préservation de sites archéologiques majeurs. L’eau est un puissant agent d’érosion et les différents articles recueillis dans les actes de colloque (Archéologie et érosion, mesures de protection pour la sauvegarde des sites lacustres et palustres, actes de la rencontre internationale de Marigny, lac de Chalain, 29-30 septembre 1994, Centre Jurassien du patrimoine, e-mail : cjp.39@orange.fr) avaient mis en valeur le caractère urgent des mesures à prendre pour éviter la disparition d’une partie du patrimoine culturel de la région.

En 2006, les actes de la deuxième Rencontre Internationale « Archéologie et érosion » furent publiés par le Centre Jurassien du patrimoine, sous la direction de Denis Ramseyer (Institut de préhistoire et des sciences de l’antiquité, Université de Neuchâtel) et de Marie-Jeanne Roulière-Lambert (Conservation départementale d’archéologie, Conseil général du Jura). Quinze articles permettent ainsi de dresser le bilan et de juger de l’efficacité des moyens de lutte mis en place dix ans plutôt. L’ensemble des articles proposés est remarquablement illustré en couleurs. Les clichés photographiques et les schémas très intelligibles rendent leur consultation aisée par le spécialiste, mais aussi par le grand public qui trouvera très certainement dans cet ouvrage un guide archéologique régional traitant des problèmes de conservation qui rendent précaires la survie de sites remarquables.

La sauvegarde des sites archéologiques en milieu lacustre et palustre est rendue compliquée en raison de l’essor des activités économiques liées au tourisme et de l’importance de la préservation des écosystèmes, où la faune et la flore font l’identité actuelle des régions de lacs et de marais (d’après le site de RAMSAR, www.ramsar.org, sur un échantillon de 603 sites classés RAMSAR, plus de 30 % étaient importants du point de vue archéologique et historique notamment). Même si des divergences dans la gestion de l’espace ressortent, il n’en reste pas moins que le but commun est de protéger et de partager ces lieux riches humainement et écologiquement.

La nécessaire prise en compte des processus morphologiques et érosifs permet de lutter de façon adaptée contre les dégâts irréversibles causés par les activités anthropiques qui peuvent tout aussi bien résulter de processus « naturels ».

Le recours à des techniques de protection naturelles dites « douces » (plantation de roselières par exemple) a ponctuellement montré ses limites, ayant même parfois des conséquences inverses (destruction de murs ou d’infrastructures anciennes par les racines des végétaux plantés).

L’utilisation de méthodes dites « dures » (empierrage ou utilisation de géotextile par exemple) est un moyen durable de se prémunir efficacement contre la dégradation et la disparition des sites anciens. L’impact de ces aménagements lourds sur les dynamiques sédimentaires et sur les écosystèmes, ne doit pas être négligé et des études ultérieures doivent permettre à terme de dresser un nouveau bilan.

Avis personnel :

La question de l’aménagement des zones humides est aujourd’hui un réel problème. Les régions de lacs, de marais, de deltas sont plongées dans l’incertitude totale quant à leur gestion. Dans l’ouvrage qui est ici proposé, la réflexion a été engagée conjointement par des archéologues, soucieux de conserver et de laisser aux générations futures un patrimoine culturel majeur et des écologues désirant conserver au mieux les écosystèmes en place. Face à eux, la pression anthropique liée aux loisirs et au tourisme, fait peser de lourdes menaces sur l’originalité de ces régions.

Enfin, il serait inconcevable de ne consulter que le deuxième volume sans prendre soin de lire attentivement le premier, tant les informations contenues peuvent aussi intéresser le lecteur et le renseigner sur les problèmes de gestion des sites archéologiques en milieu lacustre et palustre.