Fara, Giovanni Maria - Tovo, Daniela: Libri dell’architetto Jean-Charles Moreux. Al centro internazionale di studi architettura Andrea Palladio, 24 x 32,7 cm, 188 pages, ISBN 978 88 222 5793 2, 85 euros
(Leo S. Olschki Editore, Firenze 2008)
 
Compte rendu par Juliette Hernu, Université de Nantes - Institut national d’histoire de l’art
(juliette.hernu@gmail.com)

 
Nombre de mots : 865 mots
Publié en ligne le 2011-01-24
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=484
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          Le fonds Jean-Charles Moreux, entré au Centro Internazionale di Studi di Architettura Andrea Palladio en 1989, méritait à double titre ce catalogue, réalisé sous la direction de Giovanni Maria Fara et de Daniela Tovo. En effet, si la recension d’un fonds tel que celui-ci permet toujours d’offrir une nouvelle vision du collectionneur qui l’a créé, en l’occurrence de l’architecte Jean-Charles Moreux (1889-1956), cet ensemble vient par ailleurs compléter, à plus petite échelle, la longue série des célèbres catalogues des collections Mark J. Millard, du Royal Institute of British Architects, ou encore de la collection Fowler, qui tous ont démontré leur utilité auprès des chercheurs. Il vient de plus compléter le travail déjà commencé avec le catalogue du beau fonds Cappelletti du CISA Andrea Palladio en 2001 [1].

 

 

          L’accent n’est pas mis ici sur le donateur. Jean-Charles Moreux est présenté en quelques pages au début de l’ouvrage, par Susan Day (« Jean-Charles Moreux (1889-1956). Un umanista del xx secolo »), auteur d’une monographie de l’architecte en 1999 [2], puis par Jean-Marie Pérouse de Montclos. Comme l’indique ce dernier, ce catalogue et la monographie qui l’a précédé doivent plutôt être vus comme les deux pendants d’un retour mérité de l’histoire sur Moreux.

 

 

          Le catalogue en tant que tel est divisé en trois parties relativement inégales : la première rassemble les libri antichi, publiés entre 1537 et 1838 (109 entrées), la seconde les libri moderni, publiés entre 1850 et 1950 (88 entrées), et l’ensemble se termine par une petite série de recueils de gravures, comprenant 9 entrées.

 

 

          La section des livres anciens, seule à bénéficier d’une illustration abondante (et de qualité), constitue bien entendu le morceau de choix de l’ouvrage. Elle rassemble l’essentiel des traités d’architecture de l’époque moderne, en grande partie français, mais aussi italiens, allemands ou néerlandais (Carlo Fontana, Athanasius Kircher, Jacob Kats, pour n’en citer que quelques-uns). Les principes de constitution de la collection ont entraîné un certain nombre de lacunes inévitables : quelques éditions tardives font pâle figure aux côtés des éditions princeps de Scamozzi ou de Serlio ; la première édition du Livre de perspective de Jean Cousin (1560) précède une 17e édition de son Art de dessiner (1750, 1re édition en 1595). À remarquer également, l’absence surprenante de tout exemplaire des Quattro libri de Palladio. Aux côtés de ces « classiques » de l’architecture se trouvent des traités de botanique, une réédition de Pline, et de nombreux ouvrages de mathématiques, témoignant de la diversité des intérêts de Jean-Charles Moreux.

 

 

          La division entre livres anciens et livres modernes posée entre 1838 et 1850 peut paraître étrange. Toutefois, elle rend bien compte d’une part de la répartition entre sources et études : sont ainsi compris dans les livres modernes des ouvrages généraux tels que l’Histoire de la littérature française illustrée de Joseph Bédier et Paul Hazard, les manuels d’histoire de l’architecture de François Benoit, publiés entre 1911 et 1934, ou encore les études de Heinrich von Geymüller sur les Du Cerceau et de Fritz Burger sur Palladio. D’autre part, elle maintient la distinction entre originaux et reproductions. On trouve ainsi les premières éditions de Du Cerceau dans les livres anciens (Leçons de perspective, Second Livre d’architecture, Livre d’architecture…) et, en miroir, dans la section des livres modernes, quelques-unes des nombreuses reproductions XIXe de l’auteur.

 

 

          La description des ouvrages est essentiellement physique. Après les indications traditionnelles (titre, date d’édition, mesures, collation) sont développées cinq entrées : un commentaire sur l’édition, qui, parfois trop bref, fait toutefois preuve dans certains cas d’une précision appréciable pour signaler quelques problèmes, comme par exemple celui de l’auteur de l’Architecture moderne, publiée en 1728 par Claude Jombert, et bien souvent référencée comme un ouvrage de Charles Étienne Briseux, probablement à tort ; la description du contenu, par sections de pages ; les illustrations ; un paragraphe de notes, concernant principalement la reliure ou les ex-libris, soit une description plus précise de l’exemplaire en question ; et enfin les références aux principaux catalogues antérieurs. On ne trouvera donc pas ici de développement sur l’origine ou la fortune des ouvrages catalogués, sur leur contenu théorique ou sur leurs apports à l’histoire de l’architecture.

 

 

          La description des recueils de gravures est à la fois plus simple et plus développée : ces recueils étant des pièces uniques, la présentation de leur contenu appelle nécessairement davantage de détails, c’est-à-dire notamment la description des planches contenues, une par une, lorsqu’elles ne sont pas regroupables en séries. Les gravures rassemblées datent pour la plupart du XVIIIe siècle et convoquent Aveline, Berain, Boffrand, Cuvilliés, Delafosse et Le Rouge, auxquels s’ajoutent trois recueils anonymes.

 

          L’ouvrage est doté d’une bibliographie pour le moins classique dans le domaine du livre d’architecture, et que l’on aurait pu souhaiter un peu plus développée. De même, la trop grande partition des index, en deux parties principales, puis en cinq et deux sections, rend leur maniement malaisé. Toutefois, la qualité de l’édition, qui rend fort agréable un ouvrage tout d’abord utilitaire, tout comme le travail que représente un tel catalogage font oublier ces brèves lacunes.

 

 

[1] Giovanni Maria Fara, Daniela Tovo, La raccolta palladiana Guglielmo Cappelletti del Centro Internazionale di Studi di Architettura Andrea Palladio di Vicenza, Vicenza, C.I.S.A. A. Palladio, 2001.

[2] Susan Day, Jean-Charles Moreux : architecte-décorateur-paysagiste, Paris, Institut français d’architecture, Norma Éditions, 1999.