Höck, Volker - Lang, Felix - Wohlmayr, Wolfgang (Hrsg.): Akten zum 2. Österreichischen "Römerstein-Treffen" 2006 in Salzburg. 201 Seiten, 35 Taf. mit SW-Abbildungen, 29,7 x 21 cm, kartoniert. ISBN 978-3-901232-93-0. 55 Euro
(Phoibos Verlag, Wien 2007)
 
Compte rendu par David Colling, Université Catholique de Louvain
(david.colling@uclouvain.be)

 
Nombre de mots : 1790 mots
Publié en ligne le 2009-05-29
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=546
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          Cet ouvrage collecte les actes du colloque intitulé « 2. Österreichisches Römerstein-Treffen », qui eut lieu les 6 et 7 novembre 2006, à Salzbourg, en Autriche. Il rassembla un nombre important d’archéologues, géologues et épigraphistes, qui publient ici essentiellement en allemand. Leur tâche consista à mettre en lumière les monuments romains relatifs aux territoires des anciennes provinces de Rhétie, Pannonies, Germanie Supérieure et Norique essentiellement, selon quelques grandes approches thématiques qui abordent des aspects tantôt géologiques, tantôt archéologiques, tantôt épigraphiques, voire plusieurs de ces aspects à la fois.

 

          Dans une première communication, Weber Ekkehard aborde brièvement la question d’une appellation scientifique internationale pour le matériel lapidaire. Il pointe du doigt, avec raison, le manque de précision qui existe en la matière entre les différents auteurs, mais aussi dans les différentes langues. L’appel que lance l’A. à ses collègues épigraphistes, archéologues et géologues est d’élaborer un système de dénominations international, en latin, voire en anglais, qui fasse en sorte qu’il n’y ait aucune confusion possible entre les noms des matériaux. Espérons que cet appel soit entendu.

 

          À la suite de cette proposition, l’article de Christian F. Uhlir et Wolfgang Vetters vient bien à point pour établir un ensemble de règles simplifiées pour la classification des roches et des dénominations. Ici aussi, les auteurs insistent sur l’importance d’une terminologie et d’une nomenclature uniformes, notamment dans l’optique de la réalisation de banques de données informatiques. C’est ainsi qu’ils classent l’ensemble des roches en trois grandes catégories : les roches sédimentaires, les roches magmatiques, les roches métamorphiques. Grâce à une présentation à la fois très savante et très claire, les auteurs présentent les différences qui existent entre les grands ensembles, en donnant à chaque fois des exemples de types de roches, tout en expliquant leurs propriétés. En outre, des tableaux présentent, pour chaque grand ensemble, toutes les clefs de lectures nécessaires à l’identification des types de roches, selon leur couleur ou leur réaction par rapport à l’acide chlorhydrique, pour n’en citer que deux. Cet article constitue donc un outil de référence très utile pour qui désire catégoriser des roches.

 

          Harald W. Müller aborde un cas d’exploitation de roche durant l’époque impériale, en partant de l’exemple du marbre de Gummern et son importance pour les provinces romaines de Pannonie, Norique et Rhétie. Par toute une série de procédés chimiques et physiques, l’A. démontre que le marbre extrait de la carrière de Gummern était très utilisé entre la Carinthie et la Hongrie actuelles, par rapport aux échantillons qu’il a pu collecter dans toute une série de sites représentatifs. Cet article montre donc également combien les épigraphistes et archéologues ne peuvent se passer des sciences, dites auxiliaires, pour affiner leurs résultats de recherche. 

 

          Si l’article de Müller analysait le rayonnement d’une carrière particulière, Michael Unterwurzacher et Michael Tschurtschenthaler ont choisi la méthode inverse, en partant des collections d’un site particulier dont ils ont cherché à déterminer les provenances des différents marbres. C’est ainsi qu’ils se sont lancés dans l’analyse des provenances des objets en marbre d’époque romaine du musée de Lavant (Osttirol). L’intérêt est double puisqu’il permet d’identifier plusieurs types de marbre présents sur un site, tout en révélant le nom de leur origine. De même, Christof Flügel étend ce type d’étude à une province entière dans son article traitant de l’analyse des provenances des monuments en pierre romains de Rhétie.

 

          Eva Kuttner présente et explique ensuite ce qui se cache derrière le sigle AIS-OÖ (Archäologisches Informationssystem für Oberösterreich) : la constitution d’une base de données reprenant environ 560 données de 215 lieux de découverte pour la fin de l’année 2006. Dans le même registre, Kurt Schaller sensibilise le lecteur aux bases de données en archéologie et archéométrie disponibles sur Internet, et s’arrête plus particulièrement sur les projets du groupe de travail CHC (Cultural Heritage Computing), de l’Université de Salzbourg. Celui-ci fut conçu d’emblée comme un groupe interdisciplinaire comprenant des spécialistes des sciences de l’Antiquité ainsi que des géographes et des géologues.

 

          Après ces premiers articles essentiellement basés sur les inventaires matériels et sur les classifications des matériaux, les contributions suivantes portent sur l’exploitation des informations livrées par l’épigraphie et l’iconographie. Ainsi, Leif Scheuermann propose une communication sur la religion romaine provinciale dans le Neckar et en Germanie Supérieure entre 90 et 230/60 ap. J.-C. De même, Stefan Traxler s’intéresse aux stèles funéraires des frontières danubiennes de Norique. Si le premier tente essentiellement de reconstituer l’univers mental des populations autochtones, malgré les difficultés relatives, notamment, à l’histoire des conditions de découvertes, le second se lance plutôt dans une minutieuse analyse typologique des monuments. Stefan Traxler propose même un tableau récapitulatif de toutes les pierres étudiées, en fonction de leur lieu de découverte, ainsi qu’une bibliographie de première orientation ; cet article se révèle donc être une bonne synthèse sur le sujet.

 

          Christian Hemmers présente ensuite le projet de recherches portant sur les monuments romains en tant que traces de l’histoire culturelle du nord-ouest de la Norique : un bilan culturel tenant compte des aspects archéologiques, épigraphiques et géologiques. Le but de ce projet est clair et louable : proposer un catalogue standardisé des monuments de la région, en tenant compte des données apportées par les analyses géologiques. En tant que telles, ces recherches s’inscrivent à merveille dans l’optique du colloque.

 

          La réédition régulière et mise à jour des corpus d’inscriptions, et de monuments en général, est toujours appréciée dans le monde des chercheurs. Gabrielle Kremer le répète en ce qui concerne le cas particulier de Carnuntum. L’A. s’arrête plus particulièrement sur les monuments consacrés ou relatifs au culte et met également l’accent sur l’importance d’une étude interdisciplinaire impliquant l’analyse des géologues.

 

          Bernhard Hebert et Ulla Steinklauber axent leur communication sur la différentiation entre les stèles funéraires classiques, de tradition méditerranéenne, et les stèles relatives à des tumuli, de tradition locale, sur lesquels s’attarde leur étude. La zone géographique envisagée est la Norique du sud-est. Suit un très bref article d’Alexandra Steiner portant sur les pierres et marbres découverts au Magdalensberg ; on peut y découvrir une catégorisation des différents types de pierres mis au jour sur le site.

 

          Kordula Gostenčnik aborde un aspect des plus intéressants des techniques de construction : l’utilisation des déchets de marbre à partir du cas de figure d’un bâtiment d’Oberdrauburg, en Carinthie. Grâce à l’A., on comprend mieux dans quelle mesure les débris de marbre étaient remployés dans la construction et comment la peinture pouvait être utilisée pour mettre en valeur un matériau a priori de seconde main.

 

          Alka Starac choisit d’étudier le cas de six monuments funéraires inachevés à Pula. Cette approche intéressante permet de mettre en évidence l’existence d’un artisanat local qui utilise une roche calcaire présente en abondance en Histrie, ainsi que des types de réalisations propres à ces ateliers. L’article comporte un corpus illustré des monuments analysés, une mise en contexte ainsi qu’une bibliographie de première orientation.

 

          Peter Scherrer analyse un monument bien précis : la colonne de Jupiter (Iuppitersäule) de Mayence (Mainz) et plus particulièrement la glorification de l’empereur Néron en tant que représentant de Jupiter. Ce type de colonne, appelée également colonne au dieu cavalier, très courant dans le nord de la Gaule et dans les Germanies, a déjà fait couler beaucoup d’encre. Les interprétations de leur signification et de leur portée symbolique sont des plus diverses. Ici, en plus de proposer une description détaillée de la colonne proprement dite, Peter Scherrer défend l’idée que cette colonne était l’expression du culte impérial dans la province, où l’empereur était représenté sous les traits de Jupiter. On appréciera également la présence des photos de toutes les scènes de la colonne dans les planches à la fin de l’ouvrage.

 

          Des questions de datation sont ensuite longuement examinées dans l’article d’Erwin Pochmarski sur la durée d’utilisation du marbre sur le territoire de Flavia Solva. Les différents marbres concernés par l’analyse ont été catalogués dans un tableau récapitulatif reprenant le lieu de découverte, la provenance du marbre ainsi que la datation estimée. Une importante bibliographie accompagne l’article.

 

          Norbert Heger présente ensuite une analyse de la stèle funéraire de Titus Flavius Ateboduus, découverte à Odra et aujourd’hui conservée au Musée de Zagreb. Son étude l’amène notamment à tenter de déterminer la datation de l’inscription, qui reste toutefois relativement large. Ce court article est suivi d’un autre, signé Herbert Graβl, consacré aux carrières dans la Norique romaine, et plus particulièrement à leur propriétaire ; il ressort des quelques exemples cités que la plupart appartenait ou à des personnes privées ou à des cités.

 

          Enfin, la dernière contribution, de Peter Emberger, lance une réflexion sur la fonction des inscriptions funéraires dans le monde romain. En se fondant sur des formules type présentes sur les épitaphes, ainsi que sur la base de certains textes d’auteurs antiques, cet article tente d’apporter plusieurs interprétations relatives au point de vue du défunt, mais également au point de vue des vivants qui restent.

 

          Ces approches s’avèrent particulièrement pertinentes, voire nécessaires pour tenter de cerner au mieux la diffusion des inscriptions et autres monuments dans la région, ainsi que l’impact qu’ils eurent sur les populations locales. D’un point de vue géologique, il importe de connaître l’origine de la pierre qui a servi à réaliser le monument, de façon à tenter de dresser un aperçu de l’activité de certaines carrières, ainsi que de mettre en évidence les liens qui pouvaient exister entre celles-ci et leur destination. De même les analyses pétrographiques peuvent apprendre beaucoup sur la datation des monuments, de manière d’autant plus précise qu’elles concernent une région géographique particulière. L’objectif est donc ici de proposer des analyses interdisciplinaires qui ne restent pas cantonnées, comme cela est trop souvent le cas en épigraphie et en archéologie, aux seules analyses du texte, de l’iconographie et du contexte de découverte. De telles approches interdisciplinaires seraient les bienvenues pour l’étude des monuments d’autres régions de l’Empire romain.

 

 

Table des matières

 

Introduction, p. 7-10

 

Programme du colloque, p. 11-12

 

Abréviations, p. 13

 

Ekkehard Weber, Die Frage nach international verbindlichen Bezeichnungen von Steinmaterial, p. 15-16


Christian F. Uhlir & Wolfgang Vetters, Vereinfachte Richtlinien zur Gesteinsbestimmung und Namensgebung, p. 17-31


Harald W. Müller, Der Marmor von Gummern und seine Bedeutung für die römischen Provinzen Pannonien, Norikum und Raetien, p. 33-36


Michael Unterwurzacher & Michael Tschurtschenthaler, Provenienzanalyse von römerzeitlichen Marmorobjekten aus dem Museum in Lavant / Osttirol, p. 37-43


Christof Flügel, Provenienzanalyse römischer Steindenkmäler und Baumaterialen aus Raetien, p. 45-55


Eva Kuttner, AIS – OÖ. Archäologisches Informationssystem für Oberösterreich, p. 57-62


Kurt Schaller, Internet-basierte Informationssysteme für Archäologie und Archäometrie. Über Anspruch und Aufgabenbereich der interdisziplinären Arbeitsgruppe CHC (Cultural Heritage Computing) and der Universität Salzburg, p. 63-69


Leif Scheuermann, Religion an der Grenze. Römische Provinzialreligion am Neckar- und obergermanischen Limes. Ein Zwischenbericht, p. 71-76


Stefan Traxler, Römische Grabdenkmäler an der norischen Donaugrenze. Material- und Typenspektrum, p. 77-107


Christian Hemmers, Römische Steindenkmäler als Zeichen der Kulturgeschichte des nordwestlichen Noricum. Eine kulturelle Bestandsaufnahme in Zusammenschau archäologischer, epigraphischer und geologischer Aspekte, p. 109-110


Gabrielle Kremer, Zur Neuaufnahme der Steindenkmäler von Carnuntum, p. 111-117
Bernhard Herbert & Ulla Steinklauber, Grabhügel und Grabstele in Südostnoricum. Ein Resümee angesichts der neuen Grabungen, p. 119-121


Alexandra Steiner, Die Funde aus Stein und Marmor auf dem Magdalensberg – Materialen, p. 123-125


Kordula Gostenčnik, Marmorabfälle und deren Verwertung. Ein Baubefund aus der römischen Straβenstation von Oberdrauburg, Kärnten, p. 127-135


Alka Starac, Unfinished funerary monuments at Pula, p. 137-142

Peter Scherrer, Roms Reichsidee an der Grenze. Die Verherrlichung von Kaiser Nero als Stellvertreter des Iuppiter in der groβen Mainzer Iuppitersäule, p. 143-163

Erwin Pochmarski, Zur Verwendungsdauer von Marmoren im Territorium von Flavia Solva, p. 165-183

Norbert Heger, Eine Randbemerkung zum pannonisch-norischen Rahmenornament, p. 185-187

Herbert Graβl, Steinbrüche im römischen Noricum. Rechtliche und sozialökonomische Aspekte, p. 189-190

Peter Emberger, Hic situs est – Zur Funktion von Grabinschriften in der römischen Welt, p. 191-197

 

Adresses des auteurs et des participants au colloque, p. 199-201

 

35 planches d’illustrations