Rogl, Christine: Die hellenistischen Reliefbecher aus Lousoi (Arkadien). Material aus den Grabungen im Bereich Phournoi, 1983-1994 (Ergänzungshefte zu den Österreichischen Jahresheften 10). 224 Seiten mit zahlreichen Abbildungen und 51 Tafeln, teilweise in Farbe; 29 x 21 cm; broschiert. ISBN 978-3-900305-50-5. 62,70 Euro
(Phoibos Verlag, Wien 2008)
 
Compte rendu par Gérard Siebert, Université de Strasbourg
(siebert.g@wanadoo.fr)

 
Nombre de mots : 1263 mots
Publié en ligne le 2009-05-27
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=548
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            Ce 10e Supplément des ÖJh constitue le premier volume d’une série programmée pour la publication des fouilles autrichiennes de Lousoi, en Arcadie du Nord-Ouest. Il s’agit d’une monographie consacrée aux bols à reliefs hellénistiques provenant de douze campagnes de fouille (1983 - 1994) sur le site de Phournoi (« les Fours »), à quelque 500 mètres au Sud-Ouest du sanctuaire périurbain d’Artémis. L’étude céramographique est utilement précédée d’informations d’ordre historiographique et topographique, avec des contributions de V. Mitsopoulou-Leon et G. Ladsttätter. Il est rappelé que les premières fouilles de Lousoi ont été celles de W. Reichel et de A. Wilhelm qui, en 1898-1899, ont exploré le sanctuaire d’Artémis. Leur mémoire dans les ÖJh 4, 1901, p. 1-89, demeure un travail de référence. L’exploration archéologique comporte au total trois secteurs : celui du sanctuaire d’Artémis, celui du quartier d’habitation de Phournoi et celui du centre de la polis où sont apparus, depuis la campagne de 2000, une place publique avec une stoa, un temple périptère et des édifices cultuels du sanctuaire urbain de la déesse.

 

            L’habitat de Phournoi, dont deux complexes ont été dégagés, s’étend sur des terrasses étagées au pied du Mont Élie. Le relevé des socles de murs en moëllons, sur lesquels étaient disposées des assises de briques, a mis en évidence des constructions globalement orientées Nord-Sud, mais qui ne s’inscrivent pas dans un plan d’urbanisme orthogonal. On a identifié des maisons sans luxe apparent mais bien équipées, notamment avec des salles de bains, un andrôn à klinai, une cour à péristyle, des exèdres, des celliers. Un des mérites de Christine Rogl est d’avoir judicieusement utilisé les données de la fouille et des vestiges bâtis pour situer le matériel qu’elle avait en charge et pour l’éclairer plus d’une fois de ces informations proprement archéologiques. Le constat, par ex., que la plupart des bols à reliefs, en général incomplets, se trouvaient accumulés dans des angles ou contre des murs barrant les terrasses (angeschwemmt, verfangen; fig. 9, p. 75) signifie qu’ils n’appartenaient pas au mobilier de la dernière phase d’utilisation hellénistique. La constitution de remblais et l’absence de contextes stratifiés interdisent toutefois de tirer parti de la position des vases pour en établir la chronologie absolue ou relative. L’ensemble de leurs observations sur le matériel céramique et numismatique a seulement permis aux fouilleurs de Phournoi de distinguer des phases d’occupation entre le IIIe s. av. J.-C. et la fin du Ier s. de notre ère. Après une destruction des habitations le site connaît une réutilisation tardive (fin IIIe-IVe s.) par un atelier de tailleurs d’os. Des repères extérieurs autorisent à dater les bols à reliefs de la seconde moitié du IIe s. et de la première moitié du Ier s. Les meilleurs exemplaires, d’origine argienne, proviennent tous de la maison au péristyle. Le faciès transrégional de cette catégorie de vases (Argos, Corinthe, Aigion, Élis, Éphèse y sont inégalement représentés) s’explique par le rôle qu’a pu jouer dans l’économie locale de Lousoi le sanctuaire d’Artémis Héméra, avec ses jeux, sanctuaire des Achéens, dont le culte a été recueilli par les colons de Métaponte. L’auteur en retrace avec brièveté et clarté l’arrière-plan religieux et historique qui a favorisé l’ouverture au loin de cette haute vallée de l’Arcadie.

 

            Un chapitre sur l’industrie des bols à reliefs en général fait à leur sujet le point de nos connaissances : techniques de fabrication, centres de production, distribution locale et régionale, commerce des negotiatores artis cretariae, chronologie, modèles toreutiques, systèmes décoratifs, répertoires iconographiques, méthode d’identification des ateliers et des potiers, signatures d’artisans et marques de fabrique. Sur toutes ces questions le lecteur qui souhaite s’initier à ce que Ul. Hausmann appelait parfois, cum grano salis, la « mégarologie » trouvera ici en C. Rogl un guide sûr. À la bibliographie quasi exhaustive des pages 221-224 on ajoutera l’important ouvrage de L. Giuliani, Bild und Mythos. Geschichte der Bilderzählung in der griechischen Kunst, Munich, 2003, où l’on trouvera des pages particulièrement éclairantes sur la catégorie des bols homériques (p. 263-280).

            Les analyses du chapitre 3, certainement les plus importantes de l’ouvrage, identifient et classent le matériel en productions d’importation et fabrications locales. Logiquement l’auteur commence par regrouper des ensembles bien identifiés sur d’autres sites comme celui d’Argos, dont les ateliers sont représentés à Lousoi par une vingtaine de spécimens attribuables à l’atelier du Monogramme et au potier Kléagoras ainsi qu’à des fabriques argiennes anonymes ou incertaines (peut-être attiques ou argivo-attiques). Il est par ailleurs satisfaisant de voir confirmées comme « argiennes » par des techniques de laboratoire contemporaines (p. 78-89, avec une contribution de R. Sauer) des séries que j’avais naguère considérées comme telles à l’aide d’analyses céramographiques traditionnelles (G. Siebert, Recherches sur les ateliers de bols à reliefs du Péloponnèse à l’époque hellénistique, BEFAR 233, 1978). Alors que les productions d’Élis et d’Éphèse ne figurent qu’à l’état de traces (la faible étendue du secteur fouillé peut en être la cause), Corinthe est représenté par un groupe significatif d’une vingtaine de fragments ordonnés en fonction de leur décor. Quelques vases à calice végétal trouvent leur dénominateur commun dans un tesson conservant les restes d’une signature ΚΕΡ, peut-être Κέρδων, un homonyme du potier de Sardes. Quant aux fabriques proprement achéennes, encore peu connues, C. Rogl y donne un premier accès, à la lumière des découvertes récentes, en esquissant les particularités techniques et ornementales des bols à reliefs de Dymè, de Patras, d’Aigion, de Calydon. L’hypothèse d’un grand nombre de petites officines, répondant aux besoins ordinaires du marché local, s’en trouve confortée.

 

            Une autre tâche, non moins difficile, incombait à l’auteur : vérifier l’existence d’une production à Lousoi même ou dans la région. En l’absence de fours et de déchets de cuisson, les cinq fragments de moules recueillis sur place étaient de peu de ressource. Pour des raisons techniques (couleur, texture, composition des argiles du Scherbentypus : cf. p. 78 sq.), un moule a été rattaché à Corinthe (K 24, pl. 30), un autre à Patras (K 46, pl. 31), les trois derniers à Lousoi : mais seule une bordure en S pouvait servir de marqueur pour identifier les fabriques. Ce sont donc des détails relevés surcertains vases, comme le motif de bordure des oves renversés (K 62 sq., pl. 32 - 33) qui permet de relier des trouvailles de Lousoi à celles d’autres sites d’Achaie. De même les bols gris issus d’une cuisson réductrice, s’ils ne sont pas inconnus dans d’autres aires géographiques, semblent correspondre à une mode bien suivie à Lousoi et sur les sites voisins. À côté de cette production prédominent cependant de nombreuses séries en argile brune, réalisées sur place selon toute vraisemblance. Avec les profils, les types de rosettes de médaillon et certains motifs des calices végétaux constituent les principaux critères de classement. Prudemment l’auteur se contente d’évoquer des groupes plutôt que de circonscrire des ateliers. Elle jette néanmoins les bases solides sur lesquelles on pourra affiner l’identification du matériel en cas de nouvelles découvertes. Un autre acquis majeur du livre est l’esquisse d’une koinè régionale qui confère un air de famille aux bols à reliefs du Nord du Péloponnèse. L’imagerie hellénistique ne se trouve guère enrichie par les trouvailles de Lousoi. Au fil des planches de dessins et de photographies, le lecteur averti reconnaîtra les débris d’un répertoire créé à Athènes, Tarente, Corinthe ou Argos. Ni les groupes dionysiaques, ni les scènes d’Ilioupersis ne sont conservés de façon cohérente. L’Artémis Héméra du sanctuaire n’aura engendré aucune iconographie régionale ni illustré la légende des filles de Proitos. Par leur qualité plastique, certains bols de chasse (K 63) rappellent les productions d’Élis et quelques-uns des meilleurs bols à reliefs exhumés à Olympie. Un catalogue très détaillé fournit au lecteur, pour chaque tesson, les informations techniques, muséographiques et bibliographiques qu’il peut souhaiter. D’utiles diagrammes visualisent les acquis et des tables de correspondance entre numéros du catalogue et numéros d’inventaire permettent au spécialiste intéressé par une telle recherche de retrouver pour le matériel de cette monographie l’ensemble du contexte archéologique conservé au dépôt de fouille. Des dessins facilitent la lecture de décors parfois évanides et sont particulièrement utiles quand la qualité des photographies est insuffisante. Les clichés en couleurs, abusivement rouges, sont au seuil de l’illisible. C’est la seule réserve que suscite ce travail scientifiquement exemplaire, écrit dans une langue précise et sobre, avec de très rares coquilles. On corrigera seulement πότνια θηρῶν, p. 17, et, p. 38,  Ἀργεῖος.