Mühlbauer, Lore: Lykische Grabarchitektur. Vom Holz zum Stein (Forschungen in Limyra 3). 218 Seiten, 389 Abb., 29 x 21 cm, kartoniert. ISBN 978-3-901232-65-7. 69 €
(Phoibos Verlag, Wien 2007)
 
Compte rendu par Laurence Cavalier, Université Bordeaux 3
(laurence.cavalier@u-bordeaux3.fr)

 
Nombre de mots : 1165 mots
Publié en ligne le 2009-03-11
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=555
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Sous le titre « Architecture funéraire lycienne : du bois à la pierre », L. Mühlbauer publie la thèse qu’elle a consacrée au délicat problème de la genèse des tombes lyciennes d’époque classique. D’une présentation impeccable, comme c’est toujours le cas chez Phoibos, l’ouvrage comprend un texte d’un peu plus de 200 pages et un dossier photographique et graphique d’un volume équivalent (369 illustrations).

 

Dans un chapitre introductif, L. Mühlbauer rappelle que, dès le XIXe siècle, il était admis que les monuments funéraires lyciens constituaient la version pétrifiée de prototypes en bois, hypothèse fondée sur l’observation de l’imitation dans la  pierre, sur les tombes, des procédés de liaison bien connus en menuiserie (assemblage à mi-bois). Les différentes restitutions graphiques proposées pour ces monuments fournissent le point de départ de l’étude de L. Mühlbauer. Elle y ajoute ses propres observations menées, notamment, sur les tombes des nécropoles de Limyra (Lycie orientale), ainsi que les résultats d’une opération inédite d’archéologie expérimentale menée à Limyra dans les années 90, au cours de laquelle 4 édifices modernes ont été construits en bois « à la lycienne », c’est-à-dire à l’imitation des tombes-maisons de pierre.

 

Le deuxième chapitre de l’ouvrage (p. 28-103) constitue le corpus qui va servir de base à l’auteur : pour mener à bien sa démonstration, L. Mühlbauer prend en compte les « tombes-maisons » lyciennes, quelques tombes rupestres qu’elle considère comme significatives et certains sarcophages (monuments qui présentent des détails constructifs rappelant l’architecture de bois) en excluant de son inventaire les piliers funéraires. Revenant sur les problèmes que posent les nombreuses typologies existantes, elle propose de répertorier les tombes-maisons connues à l’intérieur d’une « matrice » qui prend en compte, de manière assez surprenante, des éléments aussi divers que la disposition des façades, le nombre d’inhumations, les dimensions, le décor ou les inscriptions. Cet inventaire se fait suivant trois catégories déterminées par l’auteur : les « tombes de forme lycienne » (imitant l’architecture de bois), les « tombes de forme grecque » (caractérisées par la présence de colonnes et de chapiteaux), les sarcophages et, à l’intérieur de chaque catégorie, les tombes de Limyra puis les tombes du reste de la Lycie. Les deux premières catégories sont déterminées par les formes et les décors alors que la troisième catégorie regroupe des sarcophages pouvant présenter des particularités grecques, lyciennes, voire les deux. On s’étonnera de trouver dans la même catégorie, « tombes de forme lycienne », la tombe-maison proche de l’agora ouest de Xanthos et les édifices F, G et H, très différents, notamment par leur riche décor et leur localisation, à l’intérieur du rempart de l’acropole lycienne et à proximité des « résidences » dynastiques, des autres exemples répertoriés. De même, on peut s’interroger sur la pertinence de la cohabitation, dans la catégorie « tombes de forme grecque », des tombes d’Antiphellos et Isinda et du Monument des Néréides de Xanthos (tombeau-temple sur podium ou tombeau à édicule sur podium) qui, s’il présente des caractéristiques indubitablement grecques, est structurellement très différent des deux autres monuments. Enfin, dans la rubrique « sarcophages » se retrouvent des monuments très simples (sarcophages composés d’un soubassement, d’une cuve, d’un couvercle) et des tombes très complexes comme le sarcophage sur tombe-maison de Sura, le sarcophage de Payava ou le sarcophage monté sur pilier de Xanthos.

Les descriptions sont en général assez précises, mais plus détaillées lorsqu’il s’agit des tombes de Limyra que l’auteur connaît mieux. Les caractéristiques retenues par L. Mühlbauer lors de l’élaboration de sa « matrice » sont synthétisées en fin de description sous la forme d’un tableau. Les spécificités de construction qui seront exploitées lors de la construction des édifices expérimentaux sont soulignées.

 

Avec le troisième chapitre (p. 104-127), l’auteur entre dans le vif du sujet en traitant la question de l’existence de prototypes en bois ayant inspiré l’architecture funéraire lycienne. Elle reprend la typologie exposée précédemment et attribue sans argumenter à chaque groupe un modèle : les « tombes de forme lycienne » sont imitées des maisons en bois des vivants ; les « tombes de forme grecque » dérivent des édifices de culte, les sarcophages, ou du moins leurs cuves, sont une interprétation en pierre des cercueils. Partant de l’idée que l’observation archéologique ou l’étude architecturale ne suffisent pas à prouver que l’architecture funéraire lycienne dérive d’une architecture de bois, l’auteur présente sa méthode : confrontation des observations architecturales aux principes européens et japonais de la construction en bois, élaborations de maquettes, puis passage à l’échelle 1 : 1, soit construction de 4 bâtiments expérimentaux de type tombe-maison lycienne sur le site de Limyra. Trois de ces édifices sont conservés aujourd’hui et abritent la cuisine, la salle de douche-toilettes et l’« andron » de la mission archéologique autrichienne. Ces édifices expérimentaux sont décrits, les systèmes d’assemblage étudiés et mis en rapport avec la recherche d’une statique satisfaisante du bâtiment et la nécessité d’adopter un système antisismique de construction dans une région souvent soumise aux tremblements de terre.

 

Le quatrième chapitre (p. 129-159) est consacré à la comparaison entre les caractéristiques constructives reproduites dans la pierre et les éléments constitutifs de l’architecture de bois. L’auteur reprend à son compte la plupart des conclusions de K. Kjeldsen et J. Zahle, dont les travaux sur l’architecture lycienne sont unanimement considérés comme fondateurs, et ne s’en démarque que par l’idée que certains éléments que les deux savants considéraient comme purement décoratifs jouaient un rôle dans la statique des édifices. Ni l’archéologie expérimentale, ni la comparaison tentante mais peu crédible avec l’architecture japonaise ne permettent à L. Mühlbauer de proposer une explication satisfaisante pour une des caractéristiques les plus étranges des tombes lyciennes, la forme en « crosse » donnée aux extrémités de certains éléments longitudinaux. Le recours à l’hypothèse ancienne de A. Choisy selon laquelle on utilisait des arbres dont le bas du tronc affectait cette forme n’est pas convaincant.

 

L’étude des proportions est l’objet du cinquième chapitre (p. 160-182). En raison de la technicité du propos, illustré par des diagrammes difficiles à comprendre, cette partie s’adresse plutôt au spécialiste de métrologie, de même que le dernier chapitre, une contribution de R. Spengler, qui traite de façon exhaustive les propriétés des systèmes d’assemblage à mi-bois de type lycien. Entre ces deux parties, L. Mühlbauer introduit une dimension urbanistique à son propos et donne, à partir des travaux de J. Borchhardt et sans les critiquer, une restitution graphique du secteur des terrasses de Limyra (Abb. 369).

 

Il n’y a pas de véritable conclusion à l’ouvrage : pour l’auteur, même si l’observation des tombes lyciennes force à reconnaître dans celles-ci une imitation de prototypes en bois, aucune preuve archéologique, aucun vestige d’édifice primordial, ne vient étayer cette thèse (on peut d’ailleurs se demander si c’est bien nécessaire). Mais la solution qu’elle préconise pour se rapprocher au plus près de ces prototypes, c’est-à-dire la construction d’édifices expérimentaux (copiés sur des édifices existants, eux-mêmes censés être des copies…) n’apporte pas davantage de certitudes et ne fournit pas de piste pour comprendre l’origine de cette technique de construction. Le livre a le mérite de faire connaître au public une expérience d’archéologie expérimentale – démarche en elle-même intéressante – et de montrer d’assez nombreux documents inédits (plans, relevés, photographies), mais il ne constitue pas un apport décisif dans la recherche sur l’architecture funéraire lycienne.