Bassani, Maddalena: Sacraria. Ambienti e piccoli edifici per il culto domestico in area vesuviana, 272 pp., 115 ill. 21 x 29,5 brossura, ISBN 978-88-7140-373-1, 72 euros
(Edizioni Quasar, Roma 2008)
 
Compte rendu par Véronique Vassal, Université Paris 10-Nanterre et CNRS
(v.vassal@voila.fr)

 
Nombre de mots : 1791 mots
Publié en ligne le 2009-03-02
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=569
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La collection Antenor Quaderni, commencée en 2002, regroupe des monographies et des mélanges, fruit de réflexions et de discussions internes de l’Université de Padoue, ainsi que des moments de dialogue avec d’autres chercheurs nationaux et internationaux. Les thématiques de la collection sont multiples : les études sur l’image, avec les actes des colloques Iconographie 2001 et 2005 (Antenor Quaderni 1 et 5), le travail sur Philostrate le Jeune (Antenor Quaderni 3) ; les problèmes d’architecture dans le monde romain (les maisons de Tunisie [Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=426], la Sardaigne romaine, la maison dans la Grèce romaine [Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=422], respectivement Antenor Quaderni 2, 4 et 6), et les difficultés plus récentes d’informatisation du patrimoine artistique et archéologique (mosaïques et pavements de Vénétie, Antenor Quaderni 7 [Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=421]).

Le volume de Maddalena Bassani présente sur la couverture un bandeau coloré vert qui rappelle visuellement la thématique de recherche : les Études sur l’architecture. L’auteur analyse une casuistique des constructions cultuelles domestiques de la région du Vésuve selon une double perspective : l’étude de l’architecture (indicateurs de fonctionnalité) et la dynamique socioculturelle.

Les thèmes traités par Maddalena Bassani sont architecture et idéologie ; son travail constitue une précieuse contribution à l’analyse de la fonctionnalité cultuelle des différentes parties de l’habitation romaine.
Les laraires sont décrits comme des petites niches décorées de peintures « populaires », qui invariablement présentent des images des Lares (divinités protectrices du foyer domestique)  et du serpent Agathodémon, mais il s’agit d’une réalité bien plus complexe. L’auteur passe en revue les différents types de constructions : pièces ou petits édifices domestiques utilisés pour la célébration de cérémonies cultuelles.
En premier lieu, l’auteur définit ce qu’elle entend par local, pièce et édifice domestique, puis elle précise quels sont les éléments qui permettent de reconnaître leur destination, principalement cultuelle par rapport à d’autres pièces de l’habitation.
Le terme locale se réfère à une pièce couverte, accessible à l’intérieur d’une domus ou d’une villa, dont le périmètre est défini par trois parois en maçonnerie ou en bois et par un pavement ; le mot édifice, au contraire, indique une construction réalisée dans les parties découvertes de l’habitation (cour ou jardin), où l’espace est constitué de trois murs construits ou d’éléments portants (colonnes, pilastres..) qui supportent la toiture.
En ce qui concerne les réalisations structurales et décoratives présentes dans les pièces et dans les édifices privés, l’auteur prend en considération autels, bases, niches, peintures, statues et statuettes de divinités associées à d’autres objets, mais aussi dans certains cas, des colonnes, des pilastres, des tables et des crédences, qui, dans leur ensemble, contribuent à préciser l’utilisation principale de la pièce.
L’auteur se pose un certain nombre de questions sur l’identification de l’espace cultuel.  
Une pièce peut être destinée à différents usages. Une salle à manger peut par exemple être décorée pour célébrer occasionnellement des rites de dévotion grâce à des autels mobiles. Mais la plupart des études archéologiques ont analysé comme lieu de culte les pièces qui possédaient soit un autel, soit un édicule ou encore une base supportant une statue de culte.
L’autel représente l’élément le plus important pour une célébration religieuse ; sa présence est une preuve formelle de la destination sacrée d’un lieu.

Dans la partie I,  « Le cadre de référence », l’articulation de la recherche s’est développée autour de trois chapitres.
Le premier (p. 17- 21) expose les différentes études qui ont traité des Laraires de manière spécifique, comme la monographie de G. K. Boyce en 1937, Corpus of Lararia of Pompei dans les Memoirs of the American Academy in Rome, première proposition de classification typologique et ouvrage de référence pour toute étude sur ce sujet. Plus récemment, les ouvrages de A. Dubourdieu 1989 et T. Fröhlich 1991, analysent l’iconographie des Laraires. Quant à Ph. Bruneau 1970, sa comparaison avec les maisons de Délos montre que les indicateurs du sacré semblent être les mêmes que ceux développés dans la région du Vésuve : les autels, les inscriptions qui nomment la divinité vénérée, les reliefs à sujets religieux, les peintures. L’auteur présente également les ouvrages de références sur la religion privée et les cultes domestiques, de P. Boyancé 1972, R. Turcan 2000… 
Le chapitre II expose les différentes typologies des espaces cultuels domestiques dans la région du Vésuve d’après G. K. Boyce : les niches, les édicules (petits temples miniatures), les autels (mobiles et fixes), les peintures (Lares, Pénates), les statuettes et autres objets (Lares, Mercure, la triade Capitoline, Vénus, brûle-parfum, croissant de lune en bronze…), enfin les locaux (lieux ou partie d’un bâtiment qui ont une destination déterminée).
Le chapitre III propose une étude des espaces domestiques munis « d’indicateur du sacré ».
Le mot « espace »  regroupe des situations particulières comme des angles de porte, des recoins ou des lieux de la maison qui ne peuvent pas être considérés comme de véritables petits édifices, mais simplement des espaces destinés aussi bien au sacré qu’à d’autres fonctions. La première partie regroupe les lieux de culte près des zones découvertes. Plusieurs exemples sont donnés comme la Maison de Jason à Pompéi (IX, 5, 18) (p. 36) ou la Maison du Salon noir à Herculanum (p. 38). La deuxième partie traite des zones cultuelles ; la troisième présente les pièces intérieures à plusieurs fonctions comme, par exemple, la pièce 28 de la Maison de Fabius Rufus (Pompéi, VII, 16, 22) (p. 41). Cette dernière est décorée d’une peinture représentant les dieux Lares, mais il ne s’agit pas d’une véritable pièce de culte, puisqu’il s’agit d’un couloir précédant la pièce 27.

Dans la partie II, l’auteur commence par tracer un cadre de référence qui rend compte des différentes problématiques liées aux préparations rituelles domestiques. Le chapitre I présente les problèmes terminologiques. La multiplicité des termes latins qui se référent aux lieux de culte domestique, conduit à une analyse attentive des sources antiques. Les différentes interprétations des chercheurs sont rappelées : utilisation du mot sacrarium (p. 52-59), observations sur les termes aedes et aedicula (p. 59-60). Chapitre II, trente-neuf pièces et édifices cultuels de la région du Vésuve sont analysées à l’aide de tableaux. Les habitations dotées de ces deux types de construction sont en tout trente-cinq : vingt-sept à Pompéi, deux à Herculanum, trois à Stabies, une à Torre Annunziata et deux à Boscoreale ; l’écart numérique entre les trente-neuf pièces / édifices et les trente-cinq maisons réside dans le fait que quatre maisons contiennent plus d’une pièce ou plus d’un édifice cultuel. L’analyse sépare les pièces intérieures des habitations et les petits édifices externes, cherchant à mettre en lumière les aspects structuraux et décoratifs pour chacun des deux groupes. Chapitre III, l’aménagement des structures cultuelles apparaît nettement plus important dans les pièces de représentation que dans les zones découvertes (péristyle, jardin et cour). Le chapitre IV précise la chronologie : les attestations de l’époque républicaine, les témoignages de l’époque augustéenne, les maisons du Ier siècle après J.-C. et les réalisations postérieures à la moitié du Ier siècle après J.-C. Enfin le chapitre V propose des observations sur le matériel retrouvé à proximité ou dans les pièces et édifices cultuels. Les descriptions des objets ont été reportées dans le Catalogue. La difficulté d’analyse réside dans la grande diversité des objets : en effet, en dehors du matériel attaché aux fonctions cultuelles, comme les statues, les bustes, les portraits, les autels mobiles ou les lampes à huile, on trouve des objets qui se rattachent à la vie quotidienne domestique (vaisselle de table, verre, vase en bronze…) et d’autres dont l’utilisation est immédiatement reconnaissable comme les monnaies. L’auteur fournit un panorama des différents types d’objets manufacturés. D’un point de vue typologique, la répartition propose : a) les objets sculptés, les statues, les statuettes, les bustes et les portraits ; b) le matériel spécifique aux rites comme les autels mobiles, les lampes à huile, les tripodes ou les braseros ; c) les objets de la vie quotidienne (bouteille de verre, cratère…), ou les objets personnels comme les cachets, les fibules, les monnaies et les talismans.

La troisième partie, à la lumière des analyses faites au début du volume, propose d’étudier le rôle de l’architecture et des structures cultuelles en les replaçant dans le contexte plus général des constructions résidentielles du Vésuve. De même, l’auteur tente de définir, d’un point de vue socioculturel, le profil de certains propriétaires locaux. La présence de pièces dédiées à des cultes spécifiques dans la maison, montre que certains propriétaires y exécutaient des commémorations, d’autres avait certainement en charge un sacerdoce (p. 155-156), certains suivaient par opportunisme les tendances religieuses du moment, d’autres au contraire célébraient un culte aux divinités traditionnelles.

Le Catalogue (p. 171-233).
Il est composé de 36 fiches illustrant les pièces et les édifices de culte privé présents dans les villes de Pompéi, d’Herculanum et de  la Campagne Vésuvienne. Il est subdivisé en trois sous-groupes : le Catalogue A comporte les fiches relatives aux pièces intérieures, reconnaissables en majorité par rapport aux éléments d’architecture fixe ; le Catalogue B se réfère au contraire aux maisons où les pièces sont caractérisées par des éléments décoratifs fixes ; enfin, le Catalogue C concerne les habitations dotées de petits édifices externes aux résidences.
Chaque fiche présente la même organisation : tout d’abord des informations concernant  l’emplacement des pièces, leurs accès par rapport aux pièces principales de la maison. Enfin viennent les descriptions architecturales, structurales et décoratives (plans, dimensions, éléments structuraux fixes – autel, édicule, niche, base –, décoration pariétale, décoration du plafond, décoration du pavement).
Lorsque des objets mobiliers ont été retrouvés, l’auteur cite les sources bibliographiques qui les mentionnent en donnant  parfois de petits résumés. Certains documents épigraphiques sont signalés lorsqu’ils complètent une information. La chronologie de la maison est précisée ainsi que les datations des objets manufacturés. La description précise s’il existe ou non, dans la même villa, d’autres espaces dédiés à la dévotion.
L’auteur donne la bibliographie concernant la pièce ou l’édifice de culte. Chaque fiche est accompagnée d’un plan,  les éléments architecturaux sont déterminés par des petits symboles décrits dans la légende. Chaque zone étudiée apparaît en gris sur le plan afin de faciliter son identification. Enfin, les fiches sont illustrées de photographies couleurs présentant les différents exemples de lieux de culte.

Quelques annexes (p. 237-269) viennent compléter ce texte très riche, qui offre une vision d’ensemble sur une documentation le plus souvent dispersée. L’auteur propose une méthodologie claire qui repose sur des exemples très pertinents. De l’ensemble des données apparaît un cadre culturel inattendu, qui met en cause des problématiques chronologiques, historiques et sociales. On note l’importance des aménagements cultuels utilisés par le propriétaire de la domus, mais aussi la présence de constructions plus modestes, destinées à l’usage des esclaves. L’analyse et l’emplacement des décors peints font apparaître de nouvelles interrogations. Nous ne pouvons qu’espérer que l’étude de Maddalena Bassani suscitera des émules et que d’autres travaux sur les espaces sacrés de la région du Vésuve viendront compléter cette monographie.