Hallager, Erik - Mulliez, Dominique (éd.): Den franske forbindelse - 100 ar med danske arkitekter ved Den Franske Arkæologiske Skole i Athen ; Une liaison française - 100 années de présence d’architectes danois à l’École française d’Athènes. Catalogue d’exposition en danois, français et grec, Institut danois d’Athènes, 92 p., nombreuses fig. ds texte, 21x24,5, ISBN 978-87-7934-103-6 ; ISBN EFA 978-2-86958-198-2, 10 euros
(The Danish Institute at Athens & École française d’Athènes, Athènes 2008)

 
Compte rendu par Nicolas Davieau
(nicolasdavieau@gmail.com)

 
Nombre de mots : 1549 mots
Publié en ligne le 2009-05-18
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=578
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          Ce catalogue a été publié à l’occasion de la commémoration du centenaire de la collaboration entre les architectes danois et l’École française d’Athènes (EfA), qui a donné lieu en 2008 à plusieurs manifestations à Athènes et Copenhague, parmi lesquelles un séminaire et une exposition. Si la publication trilingue (danois, français, grec) a dû singulièrement réduire les zones d’expression et les possibilités de commentaire, il faut saluer une initiative qui témoigne d’une certaine vision de la coopération scientifique internationale.

 

          Dans une première section introductive, Dominique Mulliez retrace à grands traits l’histoire de la collaboration entre les architectes danois, en mettant notamment en valeur la longue collaboration avec Erik Hansen, arrivé en Grèce en 1954, qui a collaboré avec l’EfA pendant plus de cinquante années (il cosigne avec Pierre Amandry la publication du temple d’Apollon de Delphes du IVe  siècle). Il rappelle enfin que la fin de la « liaison » n’est pas due à un désamour, mais à l’institutionnalisation de la présence danoise en Grèce, sous la forme de l’Institut danois d’Athènes (fondé en 1992), alors que les relations avec les écoles d’architecture françaises se sont par ailleurs renforcées.

 

 

          La deuxième section (Les architectes danois et l’archéologie en Grèce) est un panorama historique proposé par Erik Hansen. Si les architectes danois du XIXe siècle s’inspirent de l’architecture grecque, qu’ils connaissent bien (ainsi Chr. Hansen a participé à la restauration du temple d’Athéna Niké sur l’Acropole), c’est surtout la naissance de l’Association du 3 décembre 1892 qui lui semble décisive : un groupe d’étudiants en architecture de Copenhague, désireux de rompre avec les maîtres, s’intéressent à l’architecture danoise (contre l’éclectisme international alors en vogue), en faisant de nombreux relevés des bâtiments historiques. C’est ainsi que naît une tradition danoise du relevé, caractérisé par une technique sobre du dessin, un rendu soigneux des détails et un intérêt pour les matériaux et les constructions. Pour ce qui est de la Grèce, les premières fouilles danoises y datent du début du XXe siècle : à Lindos (1902-1905), trois architectes de l’Académie des Arts de Copenhague font chacun une campagne d’un an, sans véritable programme ; leurs dessins témoignent d’un intérêt pour l’architecture qui ne se limite pas à l’Antiquité puisque certains prennent pour objet des maisons médiévales ou même contemporaines.

 

          Le début de la collaboration avec l’EfA est en fait dû à Maurice Holleaux. En 1904, alors directeur de l’École, il découvre les dessins de Povl Baumann: enthousiaste, il lance le partenariat avec l’Académie des Arts de Copenhague en accueillant un architecte dans les sites des fouilles. C’est ainsi que le premier architecte danois à travailler pour l’EfA est Gerhardt Poulsen. À Délos, sous la direction de Maurice Holleaux (1908-1914), il réalise de nombreux dessins de pierres, puis, avec les archéologues, des propositions de restitutions. Sur le même site de Délos, Axel Maar dessine un plan d’ensemble à l’issue des grandes fouilles. M. Clemmensen publie le temple de Tégée avec Charles Dugas (relevés et reconstructions). Kaj Gottlob travaille sur la tholos de Delphes, d’abord seul puis avec Jean Charbonneaux : cette publication s’étale de 1912 à 1962, marquant ainsi la continuité de la collaboration entre les deux institutions. Dans le même temps, les architectes français – notamment les lauréats du « Grand Prix de Rome », qui pouvaient passer une année en Grèce – proposaient des productions moins scientifiques, moins rigoureuses (ainsi, des projets de restauration avec extrapolations, marqués par un certain goût pour le spectaculaire).

 

          La période de l’entre-deux-guerres connaît des incidents dans la collaboration : les archéologues sont parfois absents, ou bien plus intéressés par les inscriptions que par l’architecture. Des relevés restent dans les tiroirs, sans publication ; d’autres sont carrément perdus. Certains travaux sont cependant bien publiés : ainsi le trésor des Athéniens ; les deux trésors de Marmaria (collaboration entre V. Lauritzen et G. Daux). La technique de dessin est marquée par le modernisme, qui privilégie le seul contour des pierres, en bannissant les effets d’ombre ou les hachures.

 

          La véritable reprise de la coopération se fait en 1950. Se met alors en place une structure plus formelle que par le passé, pour assurer une coopération étroite avec les archéologues, avec un soutien financier (fondation Ny Carlsberg) : se trouvent ainsi associés un architecte, un archéologue et un bâtiment. Ces associations n’empêchent pas la réalisation de projets d’ensemble : ainsi, de 1963 à 1967, une équipe d’étudiants danois réalise un atlas du sanctuaire d’Apollon à Delphes ; un projet similaire aboutit pour le palais minoen de Malia, où les étudiants adaptent leur langage graphique à des matériaux et des techniques très différents de ce que l’on trouve à Delphes. Erik Hansen souligne que, pour la plupart de ces architectes, la collaboration avec l’EfA constitue bien une étape particulière dans leur formation : la plupart d’entre eux ont par la suite une pratique directe de l’architecture au Danemark, certains étant également professeurs. L’exemple le plus fameux est celui de Johan Otto von Spreckelsen, l’auteur de la Grande Arche de la Défense, qui a travaillé à Delphes en 1957. La publication, attendue pour le courant de l’année 2009 d’un grand projet d’étude architecturale, le temple du IVe siècle à Delphes, étudié pendant de nombreuses années par Pierre Amandry et Erik Hansen, marquera, sinon la fin, du moins un bel aboutissement pour cette collaboration centenaire.

 

          Après cette contextualisation historique, le cœur de l’ouvrage réside dans le Catalogue de dessins présentés lors de l’exposition (4e section), dont la plupart font l’objet d’un commentaire tantôt historique, tantôt purement technique, dans la troisième section intitulée « De l’observation au dessin », qui contient des illustrations supplémentaires (notamment des photographies de fouilles). Le catalogue, qui retient une trentaine de dessins, dans lequel Erik Hansen se taille la part du lion (8 dessins sur les 30 réalisations retenues), permet de mesurer à la fois les multiples usages que l’archéologue peut tirer du dessin, ainsi que l’évolution même des techniques de dessin, qui traduisent une évolution plus générale des méthodes et des finalités de l’archéologie.

          Les dessins présentés illustrent bien la diversité de documents élaborés dans une même technique : on y trouve aussi bien des relevés de monuments, des plans de sites (sanctuaires), des dessins d’éléments (colonnes). Les éléments architecturaux sont dessinés en plan, en coupe ou en élévation. Les dessins peuvent également être des restitutions, ou encore des relevés de pierres inscrites (servant aux épigraphistes), jusqu’au dessin axonométrique. Se dégagent ainsi les différents rôles du dessin : le relevé (aussi précis que possible, qui n’est jamais une simple reproduction mécanique), la restitution (aussi probable que possible), qui peut elle-même mener à des tentatives d’interprétation du processus de construction. C’est notamment ce que propose Erik Hansen dans sa publication du temple d’Apollon à Delphes, dont on aperçoit ici certains dessins encore inédits. D’ailleurs, tous les dessins présentés n’ont pas forcément été publiés : certains d’entre eux sont en fait des croquis préparatoires, qui permettent de mettre en évidence le travail de patience et de précision mis en œuvre.

          La vaste période historique couverte par ces dessins permet également de bien mettre en valeur l’évolution dans les techniques de dessin. Ainsi, dans la période de l’entre-deux-guerres, les architectes danois abandonnent progressivement les ombres et textures de matériaux et adoptent le trait simple, au profit d’une vision plus fonctionnaliste des monuments. Ces évolutions n’ont pas simplement à voir avec des considérations esthétiques : elles soulignent également que le dessin est toujours une interprétation, plus ou moins réfléchie, de l’objet dessiné.

 

          La quatrième section (Architectes danois à l’EfA) est un tableau synthétique présentant en trois périodes (1908-1914 ; 1921-1933 ; depuis 1950) les partenariats noués entre architectes danois, archéologues français et les monuments qu’ils ont étudiés. Au total, ce ne sont pas moins de 73 Danois, architectes confirmés ou étudiants en architecture, qui ont collaboré aux travaux de l’École française d’Athènes. Ce tableau témoigne de l’importance du facteur humain dans la collaboration, qui n’a rien d’automatique, marquée par des interruptions et  des continuités (certains architectes ne font qu’une campagne, d’autres plusieurs), des participations plus ou moins nombreuses (certaines années ne voient la présence que d’un seul architecte, alors qu’ils sont huit en 1964). En 1954, Erik Hansen collabore à pas moins de six projets. Après 1968, les collaborations  sont moins nombreuses, à l’exception d’un partenariat notable pour le temple d’Aphrodite à Amathonte.

 

          En définitive, ce catalogue, modeste dans ses dimensions, ne se réduit pourtant pas à une liste de noms, une chronologie des fouilles : l’ouvrage publie de nombreuses archives de fouilles (dont certaines inédites) qui constituent autant de témoignages sur la pratique de l’archéologie et sur ses évolutions dans l’espace d’un siècle. Il a le mérite de rappeler, à l’âge de la photographie numérique, les vertus propres du dessin, soulignant d’une part que le relevé architectural est un dialogue avec l’objet qu’on désire d’étudier, et d’autre part que le dessin n’est pas une simple « image », mais la représentation d’une série d’observations bien définies, exprimées par des symboles. Enfin, l’histoire de cette collaboration permet d’entrevoir une Grèce ancienne encore vivante, dont les réalisations architecturales demeurent une source d’inspiration pour les architectes en activité du monde entier.

 

Sommaire

 

Préface, p. 5.

                       

Introduction (Dominique Mulliez), p. 7.

 

Les architectes danois et l’archéologie en Grèce (Erik Hansen), p. 11

 

De l’observation au dessin (Gregers Algreen-Ussing, Thorsteinn Gunnarssonn & Erik Hansen), p. 34

 

Catalogue (Martin Schmid), p. 55

 

Les architectes danois à l’EFA (Erik Hansen), p. 86

 

Abréviations et bibliographie sélectionnée , p. 90

 

Illustrations, p. 92