AA.VV.: Guigon, Emmanuel - Ferreira-Lopes, Henry (dir.), Le cabinet de Pierre-Adrien Pâris. Architecte, dessinateur des Menus-Plaisirs. Exposition Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, 14 novembre 2008 - 23 février 2009, 24x28 cm, 180 ill., 208 pages, ISBN 978 2 7541 0324 4, 39 euros
(Hazan, Paris 2008)
 
Compte rendu par Flore César, Université Paul Valéry-Montpellier III
(florecesar@hotmail.fr)

 
Nombre de mots : 1697 mots
Publié en ligne le 2009-02-13
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=619
 
 

    L’œuvre de Pierre-Adrien Pâris (1745-1819) est aujourd’hui quelque peu oubliée. Pourtant, le fonds Pâris conservé à Besançon, tant à la bibliothèque municipale qu’au musée des Beaux-Arts, est réellement exceptionnel. En effet, à sa mort, cet architecte a offert à sa ville natale l’intégralité de ses papiers de travail et dessins ainsi que l’intégralité de ses collections, permettant au musée des Beaux-Arts de présenter, du 14 novembre 2008 au 23 février 2009, cette première exposition rétrospective sur la vie et l’œuvre de ce généreux donateur et singulier personnage. Richement illustré, le catalogue de cette exposition offre une vue générale sur les différentes carrières entreprises par Pâris, ainsi que sur ses collections qui comportaient 800 livres, 2400 dessins et gravures de maîtres (Fragonard, Boucher, Durameau, Robert, Vincent, La Traverse), 1500 dessins de sa main, des objets d’art, 35 peintures et un cabinet d’antiquités.

    La richesse et la diversité du fonds Pâris permettent une lecture plurielle de son œuvre, dans ses aspects artistiques, techniques, professionnels, et de sa vie publique et privée, de ses relations sociales. À la fois architecte, décorateur, jardinier-paysagiste, archéologue, Pierre-Adrien Pâris était un homme réputé en son temps, notamment pour ses talents de dessinateur et de constructeur. Pierre Pinon s’attache à étudier l’œuvre architecturale de cet homme, qui compte près de 19 édifices dont la plupart ont été détruits. Les dessins conservés à Besançon font apparaître toutefois la grande diversité de son travail. Son amitié avec Charles-Henri Feydeau de Brou (1754-?) l’amène à recevoir de nombreuses commandes publiques, dont les prisons royales de Châlon-sur-Saône (1781) et l’hôpital de Brou (1781) qui reste sa principale œuvre. Dès 1780, il est élu à l’académie royale d’architecture, et en 1787, Pâris est nommé architecte des Économats, ce qui l’amène à travailler sur l’achèvement de la cathédrale Sainte-Croix à Orléans jusqu’en 1792. Ses commandes privées sont également importantes, Pâris s’étant créé une clientèle aristocratique non négligeable, notamment grâce au duc d’Aumont dont il est le protégé. Il va ainsi réaliser ou réaménager plusieurs hôtels particuliers et châteaux, tels que le château de Colmoulins (1782), le château de Brou (1787), l’hôtel de Richebourg (1787-1790) à Paris ou encore les hôtels des frères Tassin (1791-1792) à Orléans. Une trentaine de projets, conservés encore aujourd’hui à Besançon, restent toutefois non réalisés. Ainsi, son travail d’édification, multiforme et particulièrement bien documenté, reste non négligeable, mais est souvent oublié au profit de son œuvre de décorateur, notamment aux Menus-Plaisirs.


    Nommé en tant que premier dessinateur du cabinet du roi en 1778, Pâris contrôle « tous les projets et desseins nécessaires pour les fêtes, spectacles, catafalques » jusqu’en 1789. Il réalise ainsi de nombreux décors éphémères, autant pour l’intérieur que pour l’extérieur, créés pour des événements ponctuels, tels que carnavals, bals ou pompes funèbres. Marie-Antoinette et Louis XVI semblent particulièrement apprécier son travail, allant même jusqu’à l’anoblir en 1789. Dès 1785, il est nommé architecte de l’Académie de musique, charge qui consiste à concevoir les décors, les éléments et les accessoires de l’Opéra et de plusieurs théâtres de la capitale. De 1785 à 1792, il participe à 25 pièces, ballets et opéras, ce qui l’amène à travailler sur des décors variés, autant classiques qu’historiques ou mythologiques. Sa position à la Cour fait donc de lui le premier créateur de décors scéniques à la fin de l’Ancien Régime, comme le souligne Marc-Henri Jordan (p. 67). L’étude de ses dessins, mais aussi de ses décors, en particulier ceux de l’hôtel Crillon réalisés pour le duc d’Aumont vers 1775, amène à considérer l’importance de l’influence romaine dans le travail de Pâris, notamment dans le choix de ses thèmes décoratifs. D’autre part, l’examen de ses travaux montre que dans son travail, le décor et la distribution restent intimement liés et que l’architecte dessinateur reste particulièrement attentif aux rapports harmoniques. Promoteur du goût arabesque, Pâris use dans ses constructions d’un vocabulaire ornemental emprunté au classicisme de son époque, mais un classicisme mesuré, équilibré, sans raideur excessive, aux proportions toujours élégantes.

    À la veille de la Révolution, Pierre-Antoine Pâris est devenu un personnage important par ses charges et par sa relation étroite avec le pouvoir royal, mais, en mai 1789, sa place l’oblige à réaliser les dessins des salles des assemblées des notables et la salle des États généraux, immortalisée par de nombreuses gravures. Dès novembre 1789, il est nommé architecte de l’Assemblée Nationale, pour qui il va réaliser le manège des Feuillants aux Tuileries. Il sera également nommé architecte de l’assemblée législative puis de la Convention, mais en 1792, sa place de dessinateur de la chambre et du cabinet du roi est supprimée : cela met alors un terme à sa carrière, lui faisant perdre l’ensemble de ses charges et de sa clientèle privée. Après un séjour en Franche-Comté où il entretient un domaine agricole, comme le confirme Françoise Soulier-François (p. 148-155), il part en Normandie où il entreprend quelques chantiers de réaménagements et plus particulièrement un pigeonnier où il emménage. Dès 1806, il quitte la France pour l’Italie, pays qu’il avait déjà eu l’occasion de visiter, notamment lorsqu’il était pensionnaire à l’académie de France à Rome de 1771 à 1774. S’ouvre à lui une nouvelle carrière en tant que directeur intérimaire de cette même académie, place à laquelle il reste jusqu’en septembre 1807. Comme l’expose Marie-Lou Fabréga-Dubert (p. 136-147), Pierre-Antoine Pâris est alors chargé par le ministre de l’Intérieur « de faire déplacer, encaisser, transporter de Rome à Paris tous les monumens de sculpture, désignés dans la description de la ville Borghèse », mission qu’il va effectuer jusqu’en 1809, date à laquelle il retourne en France. Cependant, dès 1810, il regagne l’Italie où cette fois il entreprend une carrière d’archéologue, puisqu’il est chargé du chantier de fouilles du Colisée. Lors de ses différents séjours, il voyage beaucoup comme en témoignent ses nombreux relevés, et se crée un réseau de sociabilité conséquent, l’amenant même à devenir membre de l’Academia di San Luca. Ce n’est qu’en 1817 qu’il reviendra de manière définitive dans sa ville natale, où il meurt en 1819.

    Pierre-Antoine Pâris est également un grand collectionneur de dessins, tableaux et antiquités, pratique alors courante chez ses contemporains. Mais c’est à sa collection de livres qu’il semble le plus attaché, comme le montrent les différentes études entreprises dans cet ouvrage. Sa bibliothèque dénote un esprit encyclopédique, reflétant une culture certaine, une curiosité et une esprit ouvert. Son cabinet reste de taille modeste, composé d’objets acquis à faible coût, qui ont surtout une fonction, selon Christian Michel (p. 83-95), de sémiophore, terme cher à Pomian, c’est-à-dire d’objets réunis plus pour ce qu’ils représentent que pour ce qu’ils sont. En effet, les commentaires de Pâris sur sa collection permettent de voir qu’il s’entourait d’objets qui ne renvoient pas forcément à la délectation esthétique, mais témoignent d’autre chose que de qualités intrinsèques. Il semble qu’il les considérait davantage comme vestiges d’un temps, ou même de sa propre vie, et qu’il prenait soin de les transformer en dispositifs décoratifs en les ordonnant de manière précise et réfléchie. Il est possible de dresser, à partir de ses collections, un portrait intellectuel de Pâris : il semble avoir conçu son cabinet, en particulier lorsqu’il était à Besançon, comme objet d’étude mais aussi comme mémorial de sa propre vie, à destination du public, mémorial que cette exposition tente de restituer. Sa collection d’antiques, analysée par Axelle Davadie (p. 96-105), témoigne de son activité d’archéologue et non pas d’antiquaire : à ses yeux, elle manifestait le génie civil des architectes antiques et devait renvoyer une image de la société et de la vie des anciens. Il devait peut-être penser que cette collection, conçue comme répertoire de formes, servirait à l’édification des générations futures. Ses collections, sa bibliothèque, mais aussi ses propres dessins, ses études de monuments, ses diverses réalisations architecturales, ou même ses projets d’édition convergent vers cette culture antique à laquelle il semble attaché. Deux manuscrits rédigés entre 1816 et 1817 rendent compte de sa démarche particulière, hésitant toujours entre logique architecturale et fait archéologique. Il y développe une analyse critique de l’architecture, tentant de mettre en évidence, de par sa profession, la logique architecturale des édifices. Son approche de l’archéologie a donc été celle d’un architecte, reposant sur des observations concrètes et sur le développement de systèmes interprétatifs.

    L’intérêt de cet ouvrage réside d’une part dans la redécouverte de Pierre-Antoine Pâris pour les chercheurs et scientifiques, voire même dans la découverte d’un tel personnage pour le grand public. Le catalogue retrace fidèlement sa vie et tous les aspects de son œuvre, ce qui en fait un ouvrage « centralisateur », les études sur Pâris étant généralement consacrées à un seul aspect de la vie de cet homme. Il pose ainsi les bases d’une étude rétrospective qui mérite d’être complétée. D’autre part, les auteurs ont bien su montrer que l’histoire de cet homme dépendait étroitement du contexte de son époque.  Enfin, les différentes approches de la vie et de l’œuvre de Pierre-Antoine Pâris présentées dans ce catalogue attestent l’efficacité certaine du croisement des disciplines, chacune apportant un éclairage différencié, pour intéresser à la fois historiens, historiens d’art, archéologues ou même restaurateurs.

Sommaire
Hommage au talent et à une générosité sans égal –  Jean-Louis Fousseret p. 9
Le Cabinet de Pierre-Adrien Pâris, architecte, dessinateur des Menus-Plaisirs – Emmanuel Guigon, Hanry Ferreira Lopes – p. 10-11
La vie de Pierre-Adrien Pâris – Pierre Pinon – p. 12-29
Une œuvre multiforme – Pierre Pinon – p. 30-39
L’étude de l’ornement et de l’art du décor – Marc-Henri Jordan – p. 40-57
Les décors des divertissements et des cérémonies de la cour – Marc-Henri Jordan – p. 58-67
L’érudition et l’imagination : les décors de scène – Marc-Henri Jordan – p. 68-81
Entre connaissance et délectation : le cabinet de Pierre-Adrien Pâris – Christian Michel – p. 83-95
Pâris jugé sur ses antiques – Axelle Davadie – p. 96-105
Embellir ou conserver ? A propos de la restauration des vases de la collection Pâris – Brigitte Bourgeois, Nathalie Balcar, Yannick Vandenberghe – p. 106-109
La bibliothèque réunie par Pierre-Adrien Pâris – Henry Ferreira-Lopes – p. 110-125
L’archéologie d’un architecte – Pierre Pinon – p. 126-135
Pierre-Adrien Pâris et les « antiques Borghèse » – Marie-Lou Fabréga-Dubert – p. 136-147
Pierre-Adrien Pâris en Franche Comté – Françoise Soulier-François – p. 148-159
Liste des œuvres exposées – p. 160-191
Repères bibliographiques – p. 192-198
Bibliographie – p. 199-205
Acronymes & crédits photos – p. 206