Meyenbourg, Marianne de - Cuzin, Jean-Michel: L’Orangerie du château de Sceaux. Une œuvre de Jules Hardouin-Mansart. Etude et recueil de pièces d’archives. 24,6x25 cm, 104 pages, 50 ill. ISBN 9782757202029, 25 euros
(Somogy, Paris 2008)
 
Compte rendu par Julien Noblet, Service archéologique de la ville d’Orléans
(julien.noblet@laposte.net)

 
Nombre de mots : 782 mots
Publié en ligne le 2009-06-08
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=625
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          Participant des nombreux travaux édités à l’occasion du trois centième anniversaire de la mort de Jules Hardouin-Mansart (1646-1708), le livre de Marianne de Meyenbourg et de Jean-Michel Cuzin présente la monographie de l’orangerie du château de Sceaux, édifice qui, bien qu’en partie mutilé pendant la guerre de 1870, abrite aujourd’hui la galerie de sculptures du musée de l’Île-de-France. L’ouvrage, d’une centaine de pages, se divise, comme le précise le sous-titre, en deux parties : la première constitue l’étude historique et architecturale du bâtiment, la seconde se compose d’une compilation de douze pièces justificatives.

 

          L’orangerie du château de Sceaux, construite en 1686, s’inscrit dans les commandes réalisées pour des particuliers par Jules Hardouin-Mansart ; il est vrai que le commanditaire, le marquis de Seignelay, fils de Colbert, ne pouvait que s’adresser au premier architecte du roi pour doter sa résidence d’une nouvelle orangerie, destinée à remplacer celle qui occupait alors l’aile sud.

          Puisant dans les documents d’archives, les auteurs commencent par établir la chronologie de la construction, qu’ils situent précisément entre février et octobre 1686. Placée à l’écart du château, la nouvelle orangerie forme un édifice isolé ; elle adopte comme de coutume un plan rectangulaire étiré en largeur, qui possède à chacune de ses extrémités un pavillon carré formant avant-corps. L’abondante illustration reproduit de nombreux dessins ou plans anciens, ainsi que des photographies d’archives ou du bâtiment dans son état actuel ; elle permet de suivre minutieusement, au-delà des vicissitudes connues par le monument, l’élaboration du projet et les atermoiements quant aux choix de certains détails architecturaux : par exemple, le décor de refends est généralisé aux pavillons et au corps central en lieu et place des tables de pierre initialement prévues. Par ailleurs, iconographie à l’appui, les auteurs recensent les ressemblances architecturales,  notamment entre Sceaux et les constructions versaillaises de l’architecte.

 

          S’interrogeant sur les décors des frontons, les auteurs reviennent non seulement sur la date de leur réalisation, qu’ils jugent contemporains de la construction, mais également sur les précédentes attributions : en effet, ayant relevé dans les registres paroissiaux des archives municipales de la ville de Sceaux (pièce justificative n° 9) les noms des sculpteurs Jean Baptiste Tuby et Jacques Prou, son gendre, à côté du nom de l’entrepreneur Louis Vigneux, ils avancent avec vraisemblance qu’une part importante de la décoration de l’orangerie revient à ces deux artistes. Ils soulignent aussi le rôle de Le Nôtre dans le réaménagement autour de l’orangerie. Bien qu’ainsi dénommé dans le marché de construction, l’édifice connaît très rapidement un changement d’affectation, le marquis de Seignelay la destinant avant même la fin des travaux à recevoir son importante collection d’objets d’art, dont une partie est connue grâce à l’inventaire de 1700 publié en annexe. Cette collection prend place dans l’orangerie, devenue galerie, dès octobre 1686. Ainsi se comprend mieux le raffinement intérieur de la construction qui contraste avec le sobre traitement des extérieurs : couvert d’une voûte surbaissée, l’édifice possédait des parois sommées d’une corniche décorée de mascarons et reçut une décoration de glaces, de tableaux… Là encore, la confrontation entre les dessins accompagnant les projets de l’architecte et le parti retenu montre les tergiversations du maître d’ouvrage pour le choix de certains détails de l’ornementation intérieure : finalement, ce dernier renonça aux niches pour le mur nord aveugle. 

          Après avoir mentionné l’ancienne orangerie de l’aile sud du château transformée en appartement pour la marquise en 1688, les auteurs s’interrogent sur le lieu de conservation des orangers à Sceaux. Ceux-ci ne pouvaient  place dans la nouvelle galerie et se trouvèrent alors relégués dans la basse-cour où deux bâtiments remplirent cette fonction avant que finalement, au milieu du XVIIIe siècle, la galerie de Sceaux ne redevienne orangerie.

          Dans les dernières pages, les auteurs décrivent les différentes affectations que reçut l’orangerie après la Révolution et qui entraînèrent des dégradations : bâtiment agricole ou baraquement à usage de cantine pendant la seconde Guerre Mondiale, l’édifice abrite à nouveau des œuvres d’art depuis quelques années.

          Enfin, la seconde partie de l’ouvrage, qui occupe les deux cinquièmes de la publication, regroupe différentes sources manuscrites – extraites des archives nationales, des archives municipales de la ville de Sceaux ou de la bibliothèque de l’Institut – ou imprimées. Les transcriptions, présentées de manière aérée, accompagnées de notes, documentent utilement l’histoire de ce bâtiment atypique voulu par le marquis de Seignelay et conçu par Jules Hardouin-Mansart.

 

          D’une extrême originalité, l’orangerie-galerie du château de Sceaux méritait une publication : la qualité de l’édition, l’iconographie abondante qu’accompagne un texte concis, la volonté des auteurs de publier de nombreux documents d’archives font de cet ouvrage un utile complément à la somme publiée sur Jules Hardouin-Mansart par Bertrand Jestaz, dont on s’étonnera toutefois de ne pas voir figurer les travaux en bibliographie (lien : http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=580).