AA.VV.: Mystère des bronzes antiques, 76 p., nombreuses fig. en couleurs dans le texte, 30 x 21 cm, catalogue d’exposition du 6 juin au 31 décembre 2003, Musée de l’Éphèbe, Le Cap d’Agde, pas de n° ISBN, prix 23 euros
(Musée de l’Éphèbe sans date)

 
Compte rendu par François Queyrel, EPHE Paris
(f.queyrel@wanadoo.fr)

 
Nombre de mots : 1029 mots
Publié en ligne le 2007-03-14
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=67
 
 

" La mer est le plus grand musée du monde ", écrivait Salomon Reinach au début du XXe siècle. C’est toujours vrai un siècle après, et pas seulement dans les eaux italiennes. En 1999, un plongeur belge a découvert dans l’Adriatique, tout près du petit îlot de Vele Orjule, une statue en bronze d’un apoxyomène (hauteur 1,94 m) en tout point semblable à celle qui avait été trouvée en 1896, en 234 fragments, dans les fouilles autrichiennes du gymnase d’Éphèse (http://www.culturenet.hr/v1/english/feature.asp?id=6). En France, c’est tout près du Cap d’Agde, dans la région de Montpellier, qu’avait eu lieu, en 1964, la découverte, dans le lit de l’Hérault, tout près de son embouchure, de l’Éphèbe d’Agde, en fait un Alexandre, qui a donné son nom au Musée de l’Éphèbe construit pour l’abriter (http://www.mds-agde.com/autresite/expo/salleephebe1.html). Le 26 décembre 2001, c’est une autre découverte qui fut faite, cette fois-ci sous la mer, au large de Cap d’Agde, à environ 400 m de la plage, par un plongeur amateur, Nicolas Figuerolles : deux petites statues en bronze venaient au jour, un Éros-Cupidon nu et un jeune enfant vêtu (http://www.culture.fr/Culturev2/sections/themes/archeologie/articles/article_3).

Après la restauration de ces statues dans le laboratoire Arc’Antique de Nantes, la conservatrice du Musée de l’Éphèbe, Odile Bérard-Azzouz, a présenté, du 6 juin au 31 décembre 2003, une exposition autour de ces pièces majeures de son musée, dont ce catalogue bien présenté, qui malheureusement n’a pas de numéro de dépôt légal, conserve le souvenir : l’Alexandre (n° 31, p. 64-65) et les deux statues découvertes fin 2001 sont exposés avec un choix important de trouvailles sub-aquatiques des environs, notamment un trépied étrusque du Ve siècle avant J.-C. (n° 32, p. 66-67) qui avait été trouvé en 1986 à proximité de l’endroit de la découverte de l’Éros-Cupidon. De nombreuses pièces moins spectaculaires restituent la richesse de ce musée sous les eaux. Dans un certain nombre de cas, des épaves ont pu être retrouvées (voir les plans des gisements p. 17). Mais le " mystère " des bronzes, qui a donné son titre à l’exposition, reste encore entier pour la trouvaille de la fin de l’année 2001 : les courants marins réensablent régulièrement le site et l’on peut espérer que les recherches permettront de préciser les circonstances de la perte de ces bronzes ou du naufrage du navire qui les transportait. On a découvert un emblèma en mosaïque, dans l’hiver 2002 (en cours de restauration, il n’a pas été mentionné dans le catalogue). Tout amène en tout cas à penser qu’une partie du mystère de ces bronzes peut être levée en supposant qu’ils venaient d’Italie.

Philippe Andrieux, du Laboratoire départemental d’archéologie du Val de Marne, présente la technique du bronze dans les ateliers romains (p. 43-50). Un film documentaire dans l’exposition permettait de suivre avec beaucoup de clarté le processus de fabrication d’objets en bronze, un processus qui est toujours difficile à saisir quand on lit une description écrite, même accompagnée de photographies et de dessins (p. 38-40).

Venons-en aux deux pièces nouvelles de l’exposition, dont le commentaire a été fait dans le catalogue par le regretté Claude Rolley. Le petit Éros-Cupidon (n° 4, p. 28-29) est d’un type banal, bien représentatif des statuettes d’appartement trouvées à Pompéi. On remarque ses boucles en tire-bouchon sur la nuque, qui confirment, par leur caractère archaïsant, une datation comprise entre le Ier siècle av. J.-C. et le Ier siècle ap. J.-C. Le petit enfant (n° 30, p. 56-59), peut-être grandeur nature (hauteur 80 cm), est plus intéressant et il y a quelques précisions à apporter dans la description du catalogue. Ce garçonnet, qui a la grâce d’une petite fille, a en fait les oreilles percées, pour recevoir des boucles d’oreille rapportées. C’est un bijou qui va bien avec le bracelet en forme de serpent qui entoure sa cheville droite, que peuvent porter aussi bien des Érotes que des Aphrodites. Voyons le vêtement : le manteau rejeté dans le dos n’est pas la chlamyde à la découpe arrondie, mais une chlamyde rectangulaire. La tunique portée dessous est cousue de chaque côté, comme le sont aussi les manches. On remarque seulement que, sur le côté gauche, la couture ne se prolonge pas au-dessus de la ceinture : est-ce inadvertance de la part du sculpteur ? ou bien la couture est-elle censée être cachée sous un pli du vêtement ? Quoi qu’il en soit, il s’agit de la tunique portée normalement sous la cuirasse des cavaliers ou des statues cuirassées en pied de la fin de l’époque hellénistique. Le jeune enfant se serait-il déguisé en petit général ? ou même en petit Alexandre, car il porte le foudre sur la bande, sans doute en cuir, qui orne son crâne ? On sait que le foudre peut décorer des pièces d’armement, en particulier la paragnathide du casque qui coiffe Ptolémée II imitant Alexandre sur un célèbre camée du musée de Vienne en Autriche. Retenons le goût hellénistique dont témoigne cette statuette qui a fait l’objet d’une nouvelle étude de Claude Rolley dans le catalogue d’exposition de B. Andreae (éd.), Kleopatra und die Caesaren, catalogue d’exposition Hambourg, Bucerius Kunst Forum, 28 octobre 2006-4 février 2007, Munich, Hirmer Verlag, 2006 : selon Rolley, l’identification comme un portrait de Césarion est vraisemblable. Cette trouvaille intéressante est ici publiée pour la première fois, dans un catalogue qui aurait mérité une meilleure diffusion.

Sommaire :

- p. 10-22 : Catherine Bergès, " L’archéologie sous les eaux en France, 50 ans d’histoire "

- p. 24-26 : Jean-Bernard Memet, " Étude technologique des statues en bronze du Cap d’Agde "

- p. 28 : Claude Rolley, " Analyse stylistique d’Éros/Cupidon

- p. 30-35 : Claude Domergue, " Le bronze dans le monde méditerrranéen à l’époque romaine : provenance et commerce des métaux constituants "

- p. 38-40 : Odile Bérard-Azzouz, " L’art des bronziers "

- p. 43-50 : Philippe Andrieux, " Approches expérimentales des ateliers de bronziers de l’époque romaine "

- p. 57-58 : Claude Rolley, " Analyse stylistique de l’enfant romain "

- p. 60-61 : Loretta Rossetti, Jean-Bernard Memet, " La conservation restauration des deux bronzes "

- p. 62-63 : Michel Feugère, " Le commerce antique des bronzes d’art "

- p. 64-65 : Odile Bérard-Azzouz, " L’Alexandre d’Agde dit l’Éphèbe "

- p. 68-69 : Odile Bérard-Azzouz, " Les origines de la métallurgie : or, argent, cuivre, étain, plomb et bronze "

- p. 74-75 : Bibliographie