Micheli, Maria Elisa - Purcaro, Valeria - Santucci, Anna: La raccolta di antichità Baldassini-Castelli, Itinerario tra Roma, Terni e Pesaro, Pise, 268 p. + 8 pl. en couleurs (fig. I-XVI, après p. 64), nombreuses fig. noir et blanc dans le texte, 16,5 x 24 cm, ISBN 978-884671728-3. 25 euros.
(Edizioni ETS 2007)

 
Compte rendu par Lorenz E. Baumer, Université de Berne
(lorenz.baumer@archaeolinks.com)

 
Nombre de mots : 1015 mots
Publié en ligne le 2007-06-12
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=68
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Il existe encore de nombreuses petites collections d'antiques qui n'ont jamais bénéficié d'un intérêt particulier, ni de la part du public, ni de la part des spécialistes. C'est le cas de la collection Baldassini-Castelli à Pesaro dans les Marches. L'ouvrage recensé ici comble donc une lacune, certes d'importance secondaire, mais qui mérite quand même quelque intérêt.

Deux documents permettent une approche particulière de l'histoire de la collection : il s'agit d'une part d'une quittance du 25 mai 1740, quand la collection a été transférée du palais des Castelli à Terni au Palazzo dei Marchesi Baldassini à Pesaro, et, d'autre part, d'un inventaire détaillé, rédigé probablement par Gabriele Castelli lui-même avant sa mort en 1636 (p. 10 fig. 1 ; pp. 46-62 doc. I 1). Environ un quart des sculptures de l'ancienne collection Castelli, qui comprenait d'après cette liste 214 sculptures ainsi que 191 peintures et dessins, est aujourd'hui conservé et publié dans le présent catalogue.

L'histoire de la collection est présentée dans trois chapitres successifs, dont le premier, par Anna Santucci (pp. 23-64), ne comprend non seulement une analyse détaillée de l'inventaire déjà mentionné, mais présente aussi la personnalité de Gabriele Castelli qui servait en qualité de « cameriere secreto » du pape Sixte V (Felice Peretti) jusqu'en 1590, pour retourner ensuite à Terni et à la vie civile.

Même si les lieux de trouvaille restent à une exception près dans l'ombre, l'auteur suppose à bon droit que la majorité des sculptures antiques a été achetée par Castelli pendant cette période, ce qui explique la mention de Rome dans le sous-titre de l'ouvrage. La seule sculpture dont l'inventaire mentionne l'origine, est un fragment d'un pilier hermaïque avec une tête de faune qui provient de la villa Hadriana (pp. 180-181 cat. 13).

Il s'agit d'habitude d'œuvres de petit format, à l'exception d'une tête perdue d'Alexandre le Grand qui était – toujours d'après l'inventaire – plus grande que nature. Le choix des sujets ne révèle rien de particulier et comprend quelques portraits et statuettes en ronde bosse, des fragments de reliefs de sarcophages, des masques de théâtre, quelques tondi ou oscilla, peu de fragments d'architecture et quelques Ægyptiaca. En somme, la collection de Gabriele Castelli se présente « dunque come uno degli esiti marginali della Wunderkammer tardo-cinquentesca » (p. 41) ; pour cette raison, elle n'était pas de nature à attirer les voyageurs du « Grand Tour », comme le démontre aussi un commentaire du comte de Caylus sur Terni en général : « L'on m'a dit qu'il n'y a rien à voir et je l'ai cru aisément sur les apparences » (p. 42).

En 1740, à la suite d'un mariage entre les familles des Castelli et des Baldassini, la collection a été transportée à Pesaro, sans que son arrivée ait suscité d'écho et sans que les documents permettent de préciser l'histoire plus récente de la collection (voir aussi p. 109 : « L'arrivo a Pesaro […] dei marmi antichi già di Gabriele Castelli rimasse un evento privo di risonanza culturale »). Le deuxième chapitre, par Valeria Purcaro et Mareva Cardone, se concentre pour cette raison sur la famille de Francesco Maria Baldassini Castelli et sur l'architecture des deux palais successifs des marquis à Pesaro, dont le commentaire est volontairement laissé aux spécialistes (pp. 65-107).

Le troisième chapitre, par Maria Elisa Micheli, présente une vue sommaire de la collection Baldassini-Castelli et tente aussi une approche des principes esthétiques qui ont défini la répartition des sculptures sur les trois parois de la « Galleria » du palais à Pesaro (pp. 109-148 ; voir aussi les plans schématiques des parois, pp. 151-153) : « Eppure, le antichità Baldassini-Castelli proponevano un piccolo, ma raffinato spaccato di soggetti e temi della classicità (…), anche se selezionati secondo criteri di un gusto antiquario che poteva apparire ormai sorpassato » (p. 109). L'auteur essaie en plus de situer cette collection de style « boudoir » raffiné dans les goûts et modes du 18e siècle de la région, en concluant : « In questo clima poco recettivo al mondo delle forme e dalle sue suggestioni estetiche, quale favore avrebbero dunque potuto incontrare nella Pesaro settecentesca i raffinati marmi Castelli ? » (pp. 137-148).

Le catalogue de la collection Baldassini-Castelli, qui n'a malheureusement jamais suscité un intérêt qui corresponde aux intentions de son créateur, comprend 70 numéros et présente – le plus souvent pour la première fois – des sculptures antiques ou d'après l'antique, dont plusieurs méritent un regard attentif (pp. 157-268). Toutes les sculptures sont illustrées avec une ou deux photos, souvent en trop petit format.

Pour ne citer que quelques exemples :

cat. 4 (pp. 162-163) : Fragment d'un relief néoattique (hauteur antique : 45 cm) d'une péplophore d'après un modèle de la deuxième moitié du 5e siècle av. J.-C. de très bonne qualité.

cat. 8/15 (pp. 169-171) : Deux fragments d'un relief du 2e siècle ap. J.-C., montrant la visite de Dionysos à Ikarios.

cat. 14 (p. 182-183) : Fragment d'un relief de l'époque des Antonins montrant un couple « barbare » et un enfant sur un ferculum et qui appartenait très probablement à une représentation de triomphe.

cat. 16 (pp. 184-185) : Oscillum avec une représentation de Dédale et Icare.

cat. 20 (pp. 192-193) : Fragment d'un relief montrant un héros nu assis au pied d'un arbre, éventuellement une représentation de Philoctète.

cat. 22 (pp. 196-197 ; un des rares exemplaires déjà publiés) : Fragment d'un relief historique avec la représentation d'une pompa triumphalis.

cat. 31 (pp. 213-215) : Relief néoattique de style archaïsant (hauteur : 57 cm) ; Apollon jouant de la cithare devant un bassin à trépied.

cat. 40 (pp. 226-227) : Fragment de portrait d'un jeune homme de l'époque augustéenne.

cat. 49 (pp. 237) : Portrait (en relief ?) atypique d'un jeune homme portant une couronne de laurier et un diadème en même temps ; époque des Flaviens.

cat. 63 (pp. 256-257) : Portrait d'une femme avec Scheitelzopffrisur du milieu du 3e siècle ap. J.-C., sur un buste moderne.

cat. 65 (260-262) : Buste pseudo-antique du type « Scipion Rospigliosi » (type crée au milieu du 16e siècle).

Ces quelques exemples démontrent une fois de plus que même dans des collections secondaires peuvent se trouver des sculptures et d'autres objets antiques qui méritent notre attention. L'effort de publier une telle collection dans une présentation agréable et soigneuse, travail certes fascinant, mais sans doute souvent fastidieux, qui ne suscite pas beaucoup d'applaudissements dans le « grand public », est à saluer sans restriction.