Sisani, Simone: Umbrorum gens antiquissima Italiae. Studi sulla società e le istituzioni dell’Umbria preromana, 17x24 cm, brossura, 268 p., 28 ill. nel testo, 102 ill. fuori testo, isbn 978-88-93331-11-9, € 25
(Deputazione di Storia Patria per l’Umbria, Perugia 2009)
 
Compte rendu par Marie-Laurence Haack, Université de Picardie
(haackml@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 733 mots
Publié en ligne le 2015-01-27
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=723
Lien pour commander ce livre
 
 

 

          L’auteur adopte une optique historique et archéologique pour étudier la prise de conscience d’une identité ombrienne dans l’Ombrie non romaine, entre le Ve et le Ier siècle avant J.-C. L’auteur, qui connaît la question ombrienne pour avoir dirigé plusieurs chantiers de fouilles de l’université de Pérouse en Ombrie et pour avoir rédigé l’édition de 2006 du guide archéologique Laterza sur l’Ombrie et les Marches, propose une synthèse claire et approfondie sur la société et les institutions de l’Ombrie préromaine, sur laquelle des expositions internationales et un congrès des Studi Etruschi ont attiré l’attention récemment. L’auteur revient d’abord sur l’image des Ombriens dans les sources antiques : il souligne les clichés de l’autochtonie et de grande extension du territoire. Il relève dans les sources la thèse de la pan-ombricité et de la pan-sabinité italique. L’auteur fait remonter les débuts d’une conscience ombrienne à la fin du VIe et au Ve siècle avant J.-C. L’Étrurie est alors le pôle culturel de référence, puisque, à la fin du Vème siècle, un nouvel alphabet de matrice étrusque est adopté et que les Ombriens se voient appliqué le topos de truphè à l’égal des Étrusques. L’auteur note une confusion dans la définition mythologique et historique des confins de l’ethnos ombrien ; la structuration des limites du territoire se fait seulement à la fin de la période et d’un point de vue socio-institutionnel. L’auteur traite ensuite de l’habitat entre le Ve et le IIe siècle avant J.-C. : il analyse la naissance de la cité et la lie au déclin d’une domination de principes, que l’on devine dans les mobiliers funéraires des nouvelles nécropoles de Todi, de Gubbio et de Tadinum, où l’auteur relève une standardisation et l’absence d’idéologie guerrière. Le développement urbain se produit en général entre la fin du IVe siècle et la fin du IIIe siècle av. J.-C. avec une phase de monumentalisation qui se traduit par la construction d’enceintes et de sanctuaires ruraux. À partir du IIIe siècle, au moment où les Ombriens entrent dans l’orbite romaine, l’auteur note l’existence d’implantation d’établissements ruraux à la suite des déductions viritanes. Au IIe siècle, une très grande quantité de monuments sont construits qui révèlent une large adhésion au modèle romain. L’auteur s’attache ensuite aux catégories du sacré chez les Ombriens. Il présente de manière pédagogique les Tables Eugubines et décrit les lieux du sacré, en notant que la vie religieuse s’organise autour de luci, jusqu’au IVe siècle av. J.-C., quand, dans les centres urbains, sont érigés les premiers temples qui se généralisent seulement au IIe siècle avant J.-C. Le panthéon ombrien ne comporte pas de spécificité ombrienne : sont honorés Jupiter et Mars, divinités pan-italiques, et des divinités fonctionnelles. Le calendrier, comme pour les Parilia à Rome, est lié à la transhumance et aux cycles agricoles, comme aux valeurs politiques. L’auteur cherche ensuite à définir le cadre socio-institutionnel de l’ethnos ombrien. Le peuple semble réparti en classes et en ordres séparant viri / juvenes et armés/ non armés et il se regroupe en une tota, la communauté protourbaine au VIe siècle, qui s’urbanise à la fin du Ve siècle av. J.-C. et qui s’organiserait sous forme d’une ligue politico-religieuse avec ses propres cérémonies et son lieu de réunion. Les inscriptions laissent entrevoir des collèges de magistrats et de prêtres, des assemblées, mais, excepté dans les appellations, on ne note pas de particularisme ombrien. Quant aux monnaies, ce sont des émissions de bronze battues sur le modèle romain, uniquement par Todi et Gubbio, les deux centres urbains les plus développés, et à diffusion locale. L’auteur finit son étude par une analyse de la langue et de la documentation épigraphique. L’auteur replace la langue ombrienne dans le cadre des langues italiques indo-européennes et il souligne que la langue ombrienne est écrite avec un alphabet étrusque jusqu’à la fin du IIIe siècle quand le latin commence à se diffuser. Les textes ombriens, peu nombreux, ont surtout une destination rituelle, sacrée, votive, funéraire. L’ouvrage se termine par un épilogue sur les Ombriens dans l’Italie romaine, où l’auteur périodise le processus de « romanisation » des Ombriens, insiste sur les différents modes d’intégration des Ombriens à la communauté romaine et souligne la récupération du passé à l’époque augustéenne. L’ouvrage, bien conduit et pourvu de cartes, d’illustrations et de schémas, offre une synthèse commode et bien informée pour qui s’intéresse à l’Italie préromaine.