Etienne, Marc (dir.): Les Portes du Ciel. Exposition du musée du Louvre, du 6 mars au 25 mars 2009, 300 x 230 mm, 400 pages, ISBN-EAN13 : 9782757202548, 39 euros.
(Somogy, Paris 2009)
 
Compte rendu par David Lorand, FNRS (Belgique) – Université libre de Bruxelles
(dlorand@ulb.ac.be)

 
Nombre de mots : 3242 mots
Publié en ligne le 2009-08-28
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=734
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          L’ouvrage publié sous la direction de Marc Etienne est le catalogue de l’exposition montée sous son commissariat au Musée du Louvre à Paris. Après les habituelles préfaces et une brève introduction, Christiane Zivie-Coche dresse (avant-propos, pages 16-23) la liste des possibles acceptions du terme « Portes du Ciel » dans la civilisation égyptienne ancienne. Elle définit par cela les quatre thématiques retenues dans l’exposition en évoquant à chaque fois plusieurs pièces du catalogue, les mettant ainsi en contexte et éclairant les liens qui les unissent au-delà de leur diversité formelle et de leur distance chronologique. Les « Portes du Ciel » sont les portes donnant accès au monde de la création divine, et à la sphère céleste en particulier où se sont retirés les dieux ; ce sont les portes de l’au-delà funèbre où transitent les morts et où se régénère le dieu Rê durant la nuit ; ce sont également les portes du tabernacle renfermant la statuette du dieu, portes qui séparent le monde sacré et le monde profane sur terre ; enfin, les « Portes du Ciel » sont l’ultime lieu devant lequel les foules s’arrêtent à l’entrée des sanctuaires, réservant leur dévotion à de multiples intercesseurs dont les statues jalonnent les parvis.

 

          La première partie de l’ouvrage est donc consacrée à « l’univers, sanctuaire des dieux » (pages 25-105). La contribution de Jocelyne Berlandini-Keller (pages 27-43) tente de décrire le monde céleste dans lequel se meuvent les divinités égyptiennes, et d’approcher l’apparence des divers palais et résidences où vivent les dieux. Si complète soit-elle (l’auteur annonce pourtant qu’il s’agit ici d’une version condensée de son article à paraître « Contrées, espaces et résidences célestes dans l’Égypte ancienne », in Actes du colloque international Arquitecturas Celestiales, 13-15 septembre 2005 [éd. P. Azara, Fr. Frontisi-Ducroux et Gr. Liuri, Universitat Politecnica de Catalunya], Barcelone), l’article de l’auteur demeure complexe, parsemé de termes égyptiens traduits entre guillemets (puisque ne possédant pas de parallèles stricts en français) ou translittérés phonétiquement (car techniques), ainsi que de citations latines qui font référence à des données certes connues des égyptologues, mais probablement ignorées du lecteur lambda désirant approfondir sa visite. La richesse et la densité du contenu, particulièrement instructif, procurera assurément satisfaction à tout spécialiste de la discipline, mais jettera sans conteste un froid sur l’enthousiasme de l’individu moyen, d’autant plus qu’il s’agit ici de la contribution qui ouvre le catalogue.

 

          Le catalogue (pages 45-105, cat. 1-75) illustre, après une brève présentation par Marc Etienne, les acteurs divins de la création du monde, événement que les Égyptiens ont appelé la « Première Fois ». La documentation présentée est très variée et recouvre plusieurs catégories matérielles, signifiant l’omniprésence des dieux de la création dans la culture pharaonique. Il est ainsi question de reliefs provenant de chapelles et de sanctuaires (comme cat. 1. représentant le dieu Noun – océan primordial duquel [et dans lequel] apparaît le tertre primordial, support de la création), de nombreuses stèles, de statues (royales, comme celle – très fragmentaire – d’Akhénaton [cat. 57] ou divines, telle Hathor-Nebehetepet [cat. 13]), de cartonnages et de bandelettes de momies, de matériel funéraire et d’amulettes. Parmi plusieurs pièces monumentales, le tabernacle dédié à la déesse Isis provenant de Philae figure un résumé monolithique du cosmos et de la création tels que les ont imaginés les anciens Égyptiens (cat. 75).

 

          La deuxième partie aborde « le ciel sous la terre : l’au-delà mystérieux » (pages 107-187). La brève contribution d’Annie Gasse (pages 109-113) fait état – de manière simple et lumineuse – de nos connaissances sur la géographie des contrées de l’au-delà et de l’apparence des territoires que parcourt le défunt en quête d’immortalité. À travers les Textes des Pyramides, les Textes des Sarcophages et les livres funéraires du Nouvel Empire (dont le Livre des Morts), l’auteur décrit les chemins, canaux, champs verdoyants ou déserts brûlants rencontrés dans ce monde inversé, divisé par des portes franchies durant les douze heures d’un périple nocturne, et dont les conceptions ont quelque peu évolué dans le temps mais qui sont toujours demeurées centrées sur l’eau, à la fois Noun et Nil.

Le catalogue (pages 117-187, cat. 76-168) reprend les objets illustrant la préparation du mort et les épreuves qu’il aura à affronter dans l’au-delà. Il est ainsi question des textes destinés à l’aider lors de ses pérégrinations (Livre des Morts, cat. 79), des éléments constitutifs du défunt (ka, cat. 83 et oiseau-ba, cat. 87), de la confection de la momie (vases canopes cat. 96, amulettes protectrices cat. 111), des cercueils et masques funéraires (cat. 112-119), des génies gardiens de l’au-delà (papyrus de Bakenmout, cat. 129), de la géographie de l’inframonde (cercueil de Sépi orné du Livre des Deux Chemins, cat. 136), du jugement des morts devant le tribunal d’Osiris (amulette cordiforme de Iahmès, cat. 151), de l’approvisionnement du défunt justifié par son ba (stèle de Hatiay, cat. 168).

 

          La troisième partie explore la dernière demeure du défunt sous le libellé « entrer et sortir : la chapelle de la tombe » (pages 189-281). Le court texte introductif de Marc Etienne (page 189) est, de façon surprenante, repris mot pour mot dans la seconde présentation de cette thématique de l’exposition (page 219) ! Une longue contribution de Michel Baud, particulièrement fouillée, décrit l’émergence de l’architecture funéraire et des dispositifs cultuels, depuis les périodes prédynastiques du début du IVe millénaire avant notre ère jusqu’à la troisième dynastie (vers 2700 – 2620 av. J.-C.) (pages 191-217). L’auteur passe ainsi en revue les nombreuses étapes qui ont permis de passer de la simple fosse au mastaba de pierre, en passant par des appartements funéraires complexes – mais souterrains – et par les premiers tertres de sable et de brique marquant la sépulture dans le paysage de la nécropole. Les dispositifs de culte, comme les stèles funéraires, les stèles fausse-porte, les chapelles d’offrandes et les statues du défunt sont également abordés. On regrettera peut-être l’absence d’une autre contribution de cette ampleur et de cette qualité mais dédiée cette fois-ci aux formes architecturales postérieures, du Moyen Empire et du Nouvel Empire notamment (vers 2033 – 1069 av. J.-C.), d’autant plus qu’une part non négligeable des objets présentés dans le catalogue datent de ces périodes plus récentes : ils auraient ainsi bénéficié d’une meilleure contextualisation.

 

          Le catalogue (pages 220-281, cat. 169-250) illustre le matériel traditionnellement rencontré dans les tombes égyptiennes. Sont en effet repris les stèles fausse-porte (dont celle de Sahathor, cat. 170, ou du général Horemheb, cat. 173), les cônes funéraires ornant la façade des tombes (cat. 181-187), les statues du défunt (en particulier le groupe de Youyou et Tiy, cat. 194), le matériel cultuel (tables d’offrandes et grains de céréales notamment), l’équipement funéraire (sandales, étoffes, vases factices, boîtes et coffrets), les stèles et reliefs illustrant le culte rendu au défunt, lui assurant pour l’éternité un approvisionnement en boissons et mets de choix (notamment le lot de statues et de stèles appartenant à Urhiya et Yupa, grands intendants du Ramesseum sous le règne de Ramsès II, vers 1279-1213 av. J.-C. ; cat. 246-250).

 

          La quatrième partie est consacrée « aux portes du ciel : le parvis des temples » (pages 283-369). La contribution de Luc Gabolde (pages 285-299) explore le monde du temple égyptien et la notion d’« horizon du ciel » qui est véhiculée dans les textes égyptiens à propos des sanctuaires. L’auteur entame son article par un rappel de la conception du monde et de sa création, ainsi que par une brève présentation des différents récits cosmogoniques (Héliopolis, Memphis, Hermopolis et Thèbes pour ne citer que les principales origines de ces récits). Afin de communiquer avec les dieux, l’auteur signale que les hommes ont conçu « l’horizon-akhet » comme le point de contact entre le monde céleste et le monde divin, et le temple comme la matérialisation physique de ce point de contact. En tant que reproduction de la création cosmique, le temple, à l’heure de sa fondation, impose une stricte orientation astronomique. Autre vecteur de communication entre la terre et le ciel, les obélisques dressés dans les sanctuaires. Enfin, « l’horizon-akhet » est aussi le lieu d’accès à l’au-delà.

 

          Le catalogue (pages 302-369, cat. 251-330) aborde les différentes modalités plastiques qui rendent compte des tentatives de dialogues entre les hommes et les dieux dans le cadre du temple. Ainsi les premiers objets présentés sont-ils des tabernacles ou parties de tabernacles (portes ou verrou), des stèles-naos ou des stèles reproduisant l’apparence synthétique du temple (cat. 251-265). Plusieurs statues illustrent ensuite des personnages théophores, c’est-à-dire présentant une image divine sous forme de statuette libre ou enfermée dans un édicule (cat. 266-276). En tant qu’ex-voto offerts à la divinité, quelques statuettes de la déesse Bastet (cat. 281-289) et une momie de chat (cat. 290) sont intégrées dans le présent catalogue. Culte et prières adressées aux dieux sont illustrés par diverses statues de prêtres (dont le groupe conservé au Louvre illustrant deux prêtres de Ptah, cat. 291), ou des stèles (comme la stèle aux oreilles de Mahia, cat. 302). Les offrandes apportées aux dieux transparaissent sur les reliefs présentés, ainsi que dans les restes de volailles ou de pains (cat. 309-310). Quelques statues-cube provenant des pièces de divers temples marquent la volonté de leur dédicant de pouvoir bénéficier d’une partie des offrandes présentées aux dieux, l’exemple le plus manifeste de cette intention étant perceptible dans les statues « mendiantes » de Peraha (cat. 329) et de Sedjememouaou (cat. 330). Enfin, deux gonds de porte et un verrou (cat. 327-328) rappellent la thématique fondamentale de l’exposition.

 

          Les traditionnelles chronologie, carte de l’Égypte et bibliographie clôturent l’ouvrage. On notera toutefois plusieurs remarques au sujet de la chronologie. D’une part la source de la table chronologique n’est pas signalée, d’autre part elle indique que certaines dates sont encore sujettes à caution (marquée par un « ? »), mais ce faisant assure la validité de toutes les autres, ce qui est loin d’être le cas puisque l’on n’est fixé sur la datation des règnes qu’à partir de 664 avant notre ère (Psammétique Ier) et non depuis la Deuxième Période Intermédiaire (vers 1710 av. J.-C d’après la table chronologique) : voir à cet égard J. Baines et J. Málek, Atlas of Ancient Egypt, Oxford, 1980, p. 37. Je ne débattrai pas de l’opportunité qu’il y a eu de prendre en considération, comme trop souvent, l’existence de corégences pour la 12e dynastie alors qu’aucun élément probant ne vient étayer cette affirmation (voir Cl. Obsomer, Sésostris Ier. Etude chronologique et historique du règne, Bruxelles, 1995, p. 35-155, 413-425). Enfin, il est utile de signaler que malgré la présence de ce référentiel, plusieurs notices proposent des dates en contradiction manifeste avec lui (cat. 87, 97, 199, 202). D’autres notices ne proposent pas de date après la périodisation (cat. 63, 85, 86, 95, 160, 236, 237, 266-268, 291, 313) ou inversement (cat. 142). Certaines enfin semblent aléatoirement vagues ou précises (cat. 45, 62, 210).

 

          La chronologie pose encore problème quand il y a une inadéquation entre la date proposée dans le chapeau de la notice (souvent plus vague), et celle proposée par l’auteur de la notice (alors plus précise). À titre d’exemple, le relief cat. 34 est présenté comme potentiellement datable des règnes d’Ahmosis ou d’Amenhotep Ier dans le chapeau, mais le corps de la notice indique que « le style permet de l’attribuer au règne d’Ahmosis ». Cette divergence se manifeste également dans l’orthographe en usage dans les notices, ainsi cat. 141 avec « cuillère » (chapeau) et « cuillers » (corps), ou cat. 143 notant chaouabti (chapeau) et chabti (corps). Les renvois bibliographiques ne sont pas plus épargnés, et l’on constate notamment que H. De Meulenaere est mentionné avec trois orthographes différentes : cat. 31 : De Meulenaere (correcte), cat. 10 Meulenaere (de) (erronée mais reprise sous cette forme dans la bibliographie en fin de volume), cat. 193 Meulenuere (de) (fausse évidemment, et dont la contribution de 1954 n’est pas reprise dans la bibliographie en fin de volume). Les références bibliographiques utilisées, par exemple, dans les notices cat. 74 et 242 ne sont pas non plus reprises dans la bibliographie finale. Dans le même ordre d’idée, on constatera que Élisabeth David voit ses notices labellées ED et non EDA comme annoncé dans la table des contributeurs.

 

          Plus globalement, la confection des chapeaux de notices paraît avoir été réalisée indépendamment des textes qu’elles introduisent et avec un soin tout relatif, ou à tout le moins sans la relecture qui aurait évité ces nombreuses petites incohérences ou erreurs factuelles qui par leur récurrence finissent par agacer le lecteur.

 

          Quant au contenu des notices, il se distingue avant tout par son extrême disparité, le commentaire judicieux et pertinent côtoyant le simplisme scientifique, les recontextualisations bancales et les approximations tant conceptuelles que langagières. Ainsi pour la table d’offrandes de Gebites (cat. 200), peut-on lire « C’est dire combien les Égyptiens croyaient fermement que leur oiseau-âme s’échappait du tombeau pendant la journée pour voleter sur terre et se rafraîchir dans les caniveaux comme tous les moineaux du monde… ». Inutile de souligner la comparaison impropre de l’oiseau-ba (et non « âme ») avec un moineau guilleret, et encore moins la pertinence nulle de l’assimilation de la libation d’eau pure offerte au défunt à l’eau du caniveau.  Par ailleurs, à plusieurs reprises, les notices évoquant un même personnage divin ou une même catégorie matérielle développent un commentaire identique et donc redondant (voir à titre d’exemples les notices cat. 42 et cat. 43 qui toutes deux signalent l’origine du dieu Anubis, ses attributs, sa fonction ; idem pour les notices cat. 6 et cat. 8 à propos de la déesse Maât ; idem pour les vases canopes – nombreux – du catalogue avec l’énumération quasi systématique des fils d’Horus et de leur rôle, de l’origine des canopes et de leur fonction).

 

          De ces remarques découle le constat suivant : les objectifs du catalogue ont-ils été communiqués aux différents collaborateurs ? A-t-on indiqué quel serait le public cible de l’ouvrage, afin d’adopter un ton relativement homogène ? A-t-on signalé les raisons qui ont amené le choix de certains objets afin d’en orienter le commentaire ? L’impression que l’on a à la lecture du catalogue est celle d’une rédaction menée individuellement par chacun des contributeurs, ignorant le travail de leurs collègues et les critères sélectifs des objets. Ce dernier cas est manifeste à plusieurs occasions de sorte que la totalité de l’objet est décrite alors que seule une partie vient illustrer le propos de l’exposition (et c’est d’ailleurs cette seule partie qui est illustrée) : voir notamment le cercueil d’Imenhétep cat. 128, pour lequel, sur 27 lignes de notice 5,5 seulement sont consacrées à l’intérieur de la cuve, et encore ne proposent-elles qu’un descriptif vague des génies gardiens de l’au-delà alors qu’il s’agit de l’élément pertinent à retenir et à mettre en valeur (par ailleurs seul l’intérieur de la cuve est illustré, le reste étant dès lors décrit sans support visuel pour le lecteur).

 

          On relèvera aussi des formulations maladroites et des mots vieillis, comme cat. 10, la mention de « Époque Tardive » en lieu et place de « Basse Époque » (probablement à cause de l’anglais Late Period) ; cat. 51 « Le pilier dorsal (…) est appliqué au dos de la statue » ; cat. 52 « L’union de ces deux couronnes en une (…) » ; cat. 55 la dénomination « klaft » du khat royal est tombée en désuétude, elle était d’ailleurs plus fréquemment associée au némès ; cat. 69 « un haut fonctionnaire inhumé à la fin de la 18e dynastie et à l’époque des Ramsès » (faut-il comprendre qu’il a été inhumé deux fois, ou que son inhumation a duré deux siècles ?) ; cat. 146 « (…) le défunt doit être absout de ses fautes » alors que le chapitre 125 du Livre des Morts nie l’existence même de ses fautes plutôt que de demander pardon pour celles-ci. Émaillent encore les notices des erreurs d’observation, comme cat. 52 où droite et gauche ont été interverties ; cat. 98 où les bras des statuettes ne sont pas croisés sur le ventre, mais horizontaux, les poings fermés placés l’un en face de l’autre ; cat. 102 où il y a place pour cinq godets et non quatre ; cat. 195 dont les figures enveloppées dans un linceul ont les deux mains qui émergent de ce vêtement (et non une seule). On notera aussi que les illustrations des notices 134 et 135 ont été interverties, de même pour 137 et 138, 161 et 162, 275 et 276. L’illustration de la notice 210 est la même que celle utilisée pour cat. 310. Enfin, coquilles et problèmes typographiques ponctuent l’ouvrage (cat. 15, 40, 49, 83, 91, 121, 130, 134, 157, 329).

 

          Au-delà de ces quelques remarques parmi d’autres qui portent sur la forme du catalogue, j’aimerais faire quelques commentaires plus spécifiquement égyptologiques :

 

- cat. 38 : il est probable que Sarbykhyna soit, à l’instar de la déesse Astarté dont il est prêtre, d’origine étrangère. Son nom est de toute évidence sémitique et non égyptien.

- cat. 65 : la cuve de cercueil de Pachérienaset ne peut logiquement pas comporter de tenon ou de mortaise étant donné que le mode d’assemblage des différentes parties du cercueil procède d’une autre technique. La découpe du rebord de la cuve indique l’insertion des deux bordures l’une dans l’autre, un positif dans un négatif. La solidarité des différents éléments étant très probablement assurée par des petites chevilles ou des liens insérés ou passés dans les multiples orifices qui jalonnent la bordure de la cuve. Il me semble par ailleurs que la « pluie constituée de fins filets d’eau (…) semblant provenir directement du ciel » doit plutôt être comprise comme la représentation – en rabattement – des vaguelettes du Noun. Sur ce mode de rendu bidimensionnel, voir H. Schäfer, Principles of Egyptian Art, Oxford, 2002, p. 238-245.

- cat. 99 : « la déesse Nephthys est coiffée d’un mortier orné d’un uraeus et surmonté du hiéroglyphe du brûle-parfum permettant d’écrire son nom ». Le nom de la déesse s’écrit en réalité à l’aide de deux signes superposés, celui du panier (signe Gardiner V30 – lecture Neb(et)) et celui représentant l’espace rectangulaire d’un sanctuaire vu en rabattement (signe Gardiner O6/O7 – lecture Hout). Cette association se lit donc Nebet-Hout (Nephthys en grec, signe Gardiner O9). Voir pour la classification des signes l’ouvrage de base de A.H. Gardiner, Egyptian Grammar : being an introduction to the study of hieroglyphs, Oxford, 19693, p. 438-548. Toute autre grammaire plus récente fournira les mêmes informations.

- cat. 139 : le commentaire réservé à cette « coupe noun » (non identifiée comme telle) mériterait amplement d’être étoffé et amélioré au vu de la monographie de E.-Chr. Strauss, Die Nunschale – Eine Gefässgruppe des Neuen Reiches (MÄS 30), Munich, 1974. Elle permettrait de lever les doutes et d’écarter certaines hypothèses proposées dans la notice, mais surtout d’insister sur sa symbolique de renaissance et son association avec l’océan primordial Noun. Voir à titre d’exemple A. Wiese et A. Brodbeck, Toutankhamon. L’or de l’au-delà. Trésors funéraires de la Vallée des Rois, catalogue de l’exposition montée à l’Antikenmuseum und Sammlung Ludwig de Bâle du 7 avril au 3 octobre 2004, Paris, 2004, p. 170-171 (cat. 21).

- cat. 155 : le scarabée de cœur à tête humaine que réutilise Paouserimen doit désormais être daté de la 13e dynastie depuis l’étude de S. Quirke, « Two Thirteenth Dynasty heart scarabs », JEOL 37 (2001-2002), p. 31-40, en particulier p. 34-36 pour ce scarabée du Musée du Louvre. Outre sa contribution, voir également D. Lorand, « Quatre scarabées de cœur inscrits à tête humaine », CdE LXXXIII, 165-166 (2008), p. 20-40 (parallèles).

- cat. 242 : la stèle de Merou doit être datée de l’an 46 du règne de Nebhepetrê Montouhotep II (11e dynastie) comme l’indique le texte gravé dans le cintre : voir notamment J.P. Allen, « Some Theban Officials of the Early Middle Kingdom », dans P. Der Manuelian (ed.), Studies in Honor of William Kelly Simpson, Boston, 1996, p. 1-26 (bibliographie note 41) ; voir également L. Postel, Protocole des souverains égyptiens et dogme monarchique au début du Moyen Empire. Des premiers Antef au début du règne d’Amenemhat Ier (MRE 10), Bruxelles, 2004, p. 358, doc. 177.

 

 

          De tout ce qui précède, il ressort avant tout un certain désappointement et une réelle déception, d’autant plus que l’ouvrage a été réalisé par des membres du Musée du Louvre pour l’essentiel, qu’une part non négligeable des objets provient de cette institution et que celle-ci, habituelle référence en la matière, coédite le catalogue d’une exposition qu’elle abrite. Les trop nombreuses approximations, erreurs, contradictions, simplismes, oublis, mais surtout l’absence manifeste d’un réel travail éditorial sur le catalogue – et en particulier sur sa relecture – interdisent d’y voir « un ouvrage de référence » comme l’espère le communiqué de presse annonçant sa parution.

Cependant on retiendra sans conteste la grande qualité des contributions qui inaugurent chacune des quatre thématiques de l’ouvrage, ainsi que son avant-propos. L’iconographie du volume est tout aussi remarquable et sert à merveille la sélection – pertinente – d’objets effectuée par le commissaire de l’exposition dont le sujet, « Les Portes du Ciel. Visions du monde dans l’Égypte ancienne », est tout sauf facile à traiter.

 

 

Table des matières

 

  

12        Préfaces

15        Introduction – Marc Etienne

16        Avant-propos – Christiane Zivie-Coche

 

24        L’univers, sanctuaire des dieux – Marc Etienne

26        Résidences et architectures célestes – Jocelyne Berlandini-Keller

44        La « Première Fois » : la création du monde – Marc Etienne

46        Catalogue (1-75)

 

106      Le ciel sous la terre : l’au-delà mystérieux – Marc Etienne

108      Paysages de l’au-delà – Annie Gasse

114      Vivre après la mort – Marc Etienne

116      Catalogue (76-168)

 

188      Entrer et sortir : la chapelle de la tombe – Marc Etienne

190      Du complexe enterré au mastaba révélé : l’invention de l’architecture
            funéraire et des dispositifs cultuels – Michel Baud

218      Au seuil des mondes : la chapelle – Marc Etienne

220      Catalogue (169-250)

 

282      Aux portes du ciel : le parvis du temple – Marc Etienne

284      Le temple, « horizon du ciel » - Luc Gabolde

300      S’approprier l’invisible – Marc Etienne

302      Catalogue (251-330)

 

370      Chronologie

372      Carte de l’Égypte ancienne

374      Bibliographie