AA.VV.: Monnaies grecques, monnaies celtes, catalogue d’exposition, Banque centrale du Luxembourg, 13 janvier-2 février 2007, Luxembourg, Banque centrale du Luxembourg, 30 x 21 cm, 126 p., ISBN 978-2-9599731-1-6, prix 5 euros
(Banque centrale du Luxembourg 2007)

 
Compte rendu par François Queyrel, EPHE Paris
(f.queyrel@wanadoo.fr)

 
Nombre de mots : 795 mots
Publié en ligne le 2007-03-16
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=77
 
 

Alors que le Luxembourg a le titre de capitale européenne de la culture en 2007, la Banque centrale du Luxembourg a eu la bonne idée de présenter dans une même exposition des monnaies grecques et des monnaies celtiques qui viennent du cabinet des médailles du Musée national d’Histoire et d’Art du Luxembourg, mais aussi du cabinet de la Bibliothèque royale de Belgique à Bruxelles et de la Banque de Grèce à Athènes (lien à cliquer). Les pièces de prestige bien connues du cabinet bruxellois côtoient des exemplaires d’usage plus courant, notamment de la Banque de Grèce, et des monnaies celtes trouvées au Luxembourg et influencées par la numismatique grecque. En introduction à ce catalogue superbement illustré, Mady Delvaux-Stehres, ministre de l’Éducation nationale et présidente du conseil « Éducation » de l’Union européenne, fait un éloge vivant et personnel de l’héritage hellénique, rappelant qu’elle décida d’apprendre le grec ancien à l’âge de dix-huit ans.

François de Callataÿ relève la fascination de Gœthe pour la beauté du monnayage grec et cite d’autres admirateurs de ces monnaies, poètes comme José Maria de Heredia, ou savants comme François Lenormant (1837-1883), qui les trouvait « pareilles à de nombreux fragments pris de la frise du Parthénon ». Leur beauté tient à un certain nombre de caractéristiques, analysées ici : le relief, la profusion des types, la finesse de la gravure et la fraîcheur de la frappe au marteau. La réflexion sur la beauté grecque trouve ainsi dans la numismatique un champ un peu oublié dans l’histoire de l’art antique. Le choix des 78 monnaies venues du cabinet de Bruxelles répond parfaitement à un critère d’absolue qualité, qui va de soi pour ces pièces des collections L. de Hirsch et A. du Chastel, du décadrachme d’Athènes (n° 60), qui malheureusement n’est pas reproduit, au statère en argent de Phénée en Arcadie (n° 38, pl. 20).

Eleni Papaefthymiou retrace l’histoire du monnayage grec et présente les techniques mises en œuvre dans leur fabrication. En quelques pages elle présente aussi de manière précise et concrète les conditions d’utilisation des monnaies dans l’Antiquité. Les 85 monnaies de la Banque de Grèce viennent des collections Réna H . Evelpidis et Nikolaos Petsalis, en partie inédites. La technique des monnaies fourrées, qui ne sont pas toujours des faux, est représentée par un rare didrachme d’Amyntas III de Macédoine (règne 389-383, n° 120, pl. 27).

François Reinert présente le monnayage des Trévires, qui constitue le cœur des collections luxembourgeoises, avec une sélection d’une quarantaine de pièces dans l’exposition. On y copiait le statère de l’atelier de Lampsaque, frappé sous Philippe III Arrhidée (323-317, n° 165-1, pl. 41) : la décomposition de l’image grecque est un phénomène constant dans la numismatique celtique. Le décalage chronologique est aussi très important : les premières imitations apparaissent dans la seconde moitié du IIIe siècle a . J.-C.

Robert Link donne un épilogue à ce catalogue en retraçant les manifestations, depuis la Grèce antique, de l’adage « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». On voit tout ce qu’une exposition accompagnée d’un catalogue soigné apporte à notre connaissance des rapports culturels dans l’Antiquité et de leur héritage. Il est seulement dommage qu’elle ait duré si peu de temps (à peine trois semaines). Espérons qu’elle voyagera dans quelque cabinet des médailles ou dans quelque musée des monnaies, comme il en existe heureusement quelques-uns.

Sommaire :

p. 5-6 : Yves Mersch, président de la Banque centrale du Luxembourg, « Préface »

p. 7-8 : Nicholas C. Garganas, gouverneur de la Banque de Grèce, « Préface »

p. 9-10 : Dionyssios K. Kodellas, ambassadeur de la République hellénique au Luxembourg, « Message »

p. 11-12 : Argyro Xenou, « La contribution de la Banque de Grèce à l’exposition de la Banque centrale du Luxembourg »

p. 13-18 : Mady Delvaux-Stehres, « Ma Grèce »

p. 19-33 : François de Callataÿ, « Beauté et sublimité des monnaies grecques »

p. 35-49 : Eleni Papaefthymiou, « La monnaie et son usage dans l’économie grecque antique »

p. 51-64 : François Reinert, « Le monnayage des Trévires entre la Grèce et Rome »

p. 65-70 : René Link, « Bonne monnaie, mauvaise monnaie »

p. 73-80, pl. 1-20 : « Pièces en provenance de la Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles »

p. 81-88, pl. 21-40 : « Pièces en provenance de la Banque de Grèce, Athènes »

p. 89-96, pl. 41-55 : « Pièces en provenance du Musée national d’Histoire et d’Art, Luxembourg »

p. 99-107 : « Catalogue de l’exposition de la BCL : vitrine 1. Pièces en provenance de la Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles »

p. 109-117 : « Catalogue de l’exposition de la BCL : vitrine 2. Pièces en provenance de la Banque de Grèce, Athènes »

p. 119-124 : « Catalogue de l’exposition de la BCL : vitrine 3. Pièces en provenance du Musée national d’Histoire et d’Art, Luxembourg »