Rambaud, I. (dir.): Restaurer son église, (Cahiers Jean Hubert, n°2), 208 pages, 133 illustrations, 21 x 27 cm, couverture souple à rabats, ISBN 978-2-914528-64-1, 20 euros TTC
(Lieux Dits, Lyon 2009)
 
Compte rendu par Dominique Gerin, Bibliothèque nationale de France
(domgerin@noos.fr)

 
Nombre de mots : 2977 mots
Publié en ligne le 2010-03-29
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=781
Lien pour commander ce livre
 
 


          Les rencontres qui se sont tenues il y a quatre ans autour du patrimoine à l’initiative du Conseil général de Seine-et-Marne trouvent dans ce recueil raisonné leur aboutissement, à un moment où, et c’est le moins que l’on puisse dire, l’avenir du patrimoine en France, qu’il soit d’État, communal ou privé, est fortement obéré par une succession de réformes, de lois et de décrets qui convergent tous vers un désengagement continu de l’État, une altération des conditions d’exercice des fonctions d’architecte des Bâtiments de France, sans que pour autant les collectivités territoriales soient assurées des moyens d’y faire face.

 

          Pour la généraliste de la culture qu’est devenue la recenseuse dans sa pratique syndicale de l’écoute et de l’aide aux agents des différents corps et métiers qui font – encore... – la richesse du ministère de la Culture, ainsi que du face-à-face avec son administration, ce qui est notable dans ce recueil, c’est, autour d’un type particulier de monument, l’église, sa cohésion dans la mise en valeur de la rencontre des protagonistes de la restauration des églises, de la rencontre humaine. Et la prémonition qui y court en filigrane de la fragilité de cette rencontre. Y a-t-il beaucoup de conseils généraux ou régionaux qui affichent concrètement une priorité aussi exigeante à l’égard de leurs devoirs patrimoniaux, ou plus généralement, culturels ? Y en aura-t-il encore beaucoup à mesure de la dislocation des institutions publiques, qui semble, hélas, être la première, sinon l’unique conséquence, d’une « révision » générale des politiques publiques lancée à tombeau ouvert ?

 

Hommage à la marquise de Maillé

 

          Près d’un tiers de l’ouvrage est consacré à l’hommage, émouvant et érudit, à la marquise de Maillé, Aliette de Rohan-Chabot. Ce sont d’abord deux biographies, l’une par Françoise Bercé, inspecteur général honoraire, « Une vie au service des monuments anciens », l’autre par son neveu, Olivier de Rohan, président de La Sauvegarde de l’Art français, « Aliette de Rohan Chabot, marquise de Maillé, dans son milieu et dans ses œuvres », qui nous dévoilent ou nous rappellent, chacune à sa manière, l’influence prépondérante de la marquise dans la vie de La Sauvegarde de l’Art français, l’une des plus anciennes – 1921 – associations vouées à la sauvegarde du patrimoine, toujours très active : http://www.sauvegardeartfrancais.fr/ ; et dans l’évolution des lois sur la protection du patrimoine français : institution d’un inventaire supplémentaire et vote de la loi Chastenet en 1913, dont les décrets d’application ne verront cependant le jour qu’en 1924 et 1926.

 

          Puis Chloée Pata, médiateur du patrimoine, nous propose la « Présentation du fonds d’archives de la marquise de Maillé » : les fiches, les dossiers thématiques, les liasses de brouillons ; elle expose les travaux préliminaires de sa mise en ordre et de son inventaire. Virginie Lacour, attachée de conservation, « Les archives de la marquise de Maillé conservées au château de la Motte-Tilly : analyse seine-et-marnaise », nous donne à voir certaines des fiches sommaires – assorties d’une photographie du monument concerné (et il n’y a pas que des églises : un four à chaux, un pavillon de château, etc.), à une époque où la photographie restait une technique coûteuse – énumérant le nom de la commune, la date de l’envoi de la demande aux Beaux-Arts (classement ou inscription), et la réponse de l’administration. Elle met en évidence ses méthodes de classements, ses relations amicales et intellectuelles avec Jean Hubert, Franz Cumont, des érudits locaux, son implication au cœur, puis à la tête de campagnes de souscription pour des travaux, alertes auprès de la presse, lobbying dans les milieux catholiques, vente de timbres. Tout ceci comme palliatif à une action administrative presque inexistante à l’époque, état de choses auxquelles les « réformes » actuelles semblent vouloir nous ramener inéluctablement.

 

          Enfin, Arnaud Timbert, maître de conférences en histoire de l’art, et Gilbert-Robert Delahaye, président de la Société de fouilles archéologiques […] de l’Yonne, évaluent et analysent, « Entre archéologie et histoire de l’art, les méthodes de la marquise de Maillé », distinguant ce qui revient à l’historienne de l’art, de ce qui appartiendrait à l’archéologue (bien qu’elle n’eût jamais « fait » de terrain), et complétant le tableau par l’identification d’un usage croisé des méthodes archéologiques et de l’analyse architecturale.

 

          Isabelle Rambaud, conservatrice générale du Patrimoine, en conclusion de cet hommage, souligne la grande capacité de communication de la marquise, et une réactivité de l’administration dont elle est peut-être un peu moins capable aujourd’hui...

 

Restaurer son église

À l’épreuve du temps : l’église dans tous ses états

 

          État juridique, état matériel... Dans « Propriété et jouissance des églises après la loi de séparation de 1905 », Mathilde Guilbaud, professeur d’histoire et doctorante, nous fait partager l’histoire des « craintes, conflits, apaisements, 1905-1914 dans le département de Seine-et-Marne », tributaire d’une actualité faite d’anticléricalisme virulent (1903-1905 : la peur de la désaffectation des églises catholiques), suivi après promulgation de la loi, que l’Église refuse d’observer, de la mise sous séquestre de ses biens immobiliers ; il n’y aura pas, in fine, de désaffectation : Aristide Briand dépose in extremis (15 décembre 1906) un projet de loi (promulguée le 2 janvier 1907) laissant les églises « à la disposition des fidèles et des ministres du culte pour la pratique de leur religion », pratique soumise à déclaration en préfecture. Interdite par la hiérarchie, les quelques déclarations enregistrées dans le département, dans un but d’apaisement, sont souvent le fait de catholiques légalistes, voire d’officiers municipaux connus pour leur anticléricalisme. Puis le « délit de messe » est suspendu, et l’Église perçoit son intérêt à laisser la propriété et le coût de l’entretien aux municipalités. Les querelles autour de cet entretien conduisirent à quelques destructions (Grisy-Suisnes), mais aboutirent à des inscriptions nombreuses, d’abord au classement, puis à l’inventaire supplémentaire, allégeant d’autant la charge des communes, grâce aux subventions d’État.

 

          Marie-Hélène Didier, conservatrice en chef du patrimoine, expose certains des effets encore visibles des dommages de la Deuxième Guerre mondiale : « Les guerres et leurs dommages : que reconstruire et comment ? ». « De la reconstruction à l’identique à la destruction totale », les deux cas de figure extrêmes entre lesquels s’inscrivent nombre d’états intermédiaires, elle passe en revue quelques cas qu’elle a elle-même fort bien documentés au cours de ses fonctions dans les deux régions normandes : restauration, restauration associée à une reconstruction contemporaine, maintien de la ruine, mise en valeur d’éléments préservés. Elle met l’accent sur l’importance des « implications humaines » dans ces restaurations, rendant hommage nommément aux architectes, artisans, élus, habitants, etc., sans la ténacité desquels les aménagements juridiques et financiers de l’après-guerre n’auraient sans doute produit que peu d’effets. Quelques rares mais judicieuses photos illustrent le propos. L’auteur souligne, à propos de l’abbaye romane de Lessay, la valeur documentaire du travail de restauration, l’insigne école de formation que fut la reconstruction pour de nombreux ouvriers, le sort problématique de bien des éléments sculptés, d’abord laissés de côté comme peu compatibles avec le dépouillement d’un retour aux origines, puis, les goûts changeant, promis peut-être à leur réinstallation. Quant à la reconstruction, elle trouve enfin sa reconnaissance, et l’inscription au patrimoine. En somme, « les silhouettes [des] églises ruinées dont on garde parfois la mémoire, les édifices restaurés ou totalement reconstruits ont remodelé le visage de la Normandie. »

 

          Dans le débat qui suit, à propos d’une politique européenne de protection des sites et du modèle français dans ce domaine, Isabelle Pallot-Frossard, conservatrice générale du Patrimoine prévient : « Le système français ne marche pas si mal que ça. […] J’espère que l’on ira dans le sens du renforcement et non dans le sens d’un assouplissement trop important. Si la France en donnait l’exemple, personnellement, je le regretterais. »

 

          Nathalie Ensergueix, docteur en Histoire de l’art, sous-directrice du Patrimoine, brosse un tableau exhaustif, autour des « églises rurales de Seine-et-Marne », de l’« état des questions ». Et elles sont variées. Face au nombre de ces petites églises paroissiales, méconnues et parfois mésestimées, c’est une devise de Jacques Duhamel qui est mise en exergue (« Mieux vaut sauver 1 000 monuments pour 50 ans que 50 monuments pour 1 000 ans »), pour illustrer l’engagement immédiat du département dès la première décentralisation (commentaire de P. Levantal à l’occasion de l’exposition Trésors sacrés, trésors cachés en 1988 au palais du Luxembourg). L’auteur énumère et développe ce que sont la politique contractuelle – contrats ruraux et régionaux : bonne couverture, dont 20% d’opérations patrimoniales –, les programmes d’aide – au nombre de cinq : détail des implications financières chiffrées des différents partenaires (État, région, département) dans l’entretien et la restauration des édifices selon qu’il sont classés, inscrits, ou non protégés. À partir de deux enquêtes, l’auteur établit la « chronique ordinaire de nos églises de campagne » et dresse un tableau nuancé de situations qui vont d’une prise en charge réussie, sur plusieurs décennies, à des projets parfois insuffisants ou erronés, mais toujours accompagnés de l’intérêt porté par toutes les parties concernées. Elle achève son exposé par l’étude des « champs de la connaissance » à défricher pour « une compréhension plus juste des ces édifices », des sources documentaires (inventaires, archives, enquêtes, revues) à la création d’outils nouveaux (base de données patrimoniales, « outil mixte d’étude, de recherche et de gestion », ayant vocation à « devenir un outil de restitution des connaissances »). Le débat qui s’ensuit met en évidence les craintes suscitées par l’affectation directe aux départements de la subvention d’État précédemment dédiée au patrimoine.

 

La commune face à la restauration

 

          Sous la présidence de Christophe Wagner, architecte du patrimoine, la session est l’occasion d’exposer plus concrètement quelques cas bien documentés de restauration d’églises. Dans son introduction, Chr. Wagner énumère les trois étapes de l’étude préalable, les trois identifications : historique, morphologique, technique. La première aux fondements le plus souvent anciens (XIXe s.) et succincts, doit être reprise. La seconde nécessite l’établissement de relevés et de plans. La troisième sera constituée des diagnostics structurel, architectural et fonctionnel, indispensables pour éviter les interventions inefficaces et coûteuses. Ce n’est qu’après ces trois étapes qu’on peut espérer établir un avant-projet raisonné et quantifié.

 

          Monique Gaumer, conseillère municipale de Bussy-Saint-Martin, et Jean-Guy Herrenschmidt, président de l’Association pour la rénovation de l’église de Bussy-Saint-Martin, retracent la « Chronique de la restauration de l’église de Saint-Martin de Bussy-Saint-Martin », histoire d’un sauvetage au long cours, émaillé de découvertes d’objets (un sarcophage du VIIe s., des peintures murales) préservés mais dont la restauration n’a pas encore été menée à son terme, faute de crédits.

 

          « Le sauvetage de l’église Saint-Martin de Landoy sur la commune de Maison-Rouge-en-Brie ou la renaissance d’une église désaffectée en état de péril » nous sont présentés successivement par Jacques Bourgeoisat, ancien maire de Maison-Rouge, Hubert Huyghes-Despointes†, membre de l’association Saint-Martin pour [...] l’église de Landois, et Denise Jude, présidente de la même association, portant un triple témoignage : « l’engagement d’un maire, l’appui d’un bénévole “averti” et l’action d’une association de sauvegarde du patrimoine » (J. Bourgeoisat) sur un sauvetage mouvementé et exemplaire.

 

          Le débat qui s’ensuit permet de souligner les différences de traitement mais aussi les convergences : « multiplicité des acteurs, complexité des procédures, et le facteur temps » (I. Rambaud), et de mettre en lumière une question plus que jamais cruciale, posée par Jean-Pierre Thoretton, architecte du patrimoine : « Les protections au titre des Monuments historiques sont certes importantes mais empêchent-elles la destruction ou la disparition des édifices ? » Si la réponse est oui, pour les deux édifices examinés, en est-il toujours de même ? Quant aux édifices non classés, une simple étude n’est souvent même pas à la portée d’une petite commune, souligne Romain Valembois, conseiller municipal à Livry-sur-Seine. De qui obtenir conseil ? Du service départemental du patrimoine monumental, précise N. Ensergueix.

 

          En regard des cas examinés ayant permis l’exposé historique des conditions de la restauration en France depuis la loi de 1905, l’« Entretien et restauration des édifices religieux, l’exemple de l’Alsace », par Charles Fileppi, architecte des Bâtiments de France, apporte un éclairage comparatif bienvenu. L’auteur rappelle les législations concernant les lieux de culte dans les trois départements du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle : le Concordat, les articles organiques (catholiques et protestants) de la loi du 18 germinal an X – non pas 1801, indication erronée, mais plus précisément 8 avril 1802 –, les décrets des 17 mars et 11 décembre 1808 pour le culte israélite. En vertu de ces textes, ce sont les établissements publics du culte – fabriques, conseils presbytéraux, consistoires – qui ont la charge des travaux, qu’ils soient d’entretien, de restauration, de reconstruction, relayés par les communes si leurs moyens (prouvés par budgets et comptes) n’y suffisent pas. La suite de l’article reprend assez largement des problématiques déjà rencontrées : entretien ou restauration, avec les indispensables étapes de la recherche documentaire et de l’étude préalable, avec passage en revue des spécificités propres au traitement du bois (charpente), à celui de l’humidité (murs), à la restauration de la pierre, à celle des vitraux et des verrières, des sols et des décors muraux. Installation électrique et chauffage, deux points délicats de la modernisation et de la mise en sécurité de l’édifice, donnent lieu à des développements substantiels.

 

          Cas limite de l’édifice religieux à entretenir, l’église désaffectée est principalement un legs de la Révolution française. Pierre Thiébaut, architecte du Patrimoine, « Affectation nouvelle des églises : questions pour une politique de sauvegarde », passe en revue différents cas de figure, en Seine-et-Marne (l’abbaye Saint-Séverin, devenue maison de retraite en 1892, le prieuré Saint-Sauveur de Melun, successivement grenier à sel, garage, atelier, en quête d’une nouvelle destination, les ruines de l’abbaye Notre-Dame-du-Lys à Dammarie-les-Lys, espace scénique de manifestations théâtrales ou musicales, etc.), mais aussi en Dordogne, en Maine-et-Loire (l’abbatiale Toussaint devenue musée David d’Angers), en Allemagne, en Espagne, etc. « Même désaffectés, ces lieux habilement réutilisés peuvent demeurer des espaces de vie à la frontière du divin et du quotidien... » Bien loin des usages profanes, dérivant vers l’aspect ludique qui semble hélas, prévaloir de façon mercantile dans nombre de cas récents, et de projets menaçants. Qu’on pense à tous les cas de transformation d’édifices religieux en hôtels, avec des présentations historiques défiant l’entendement, émaillées de cette pléthore de majuscules qui incarne le « grand style » aux yeux de ceux qui n’en ont pas : « Hôtel de charme construit au 13ème siècle (sic !), le Couvent Royal [de Saint-Maximin la Sainte Baume] est un véritable joyau. 
… Le plus bel édifice gothique du Sud Est de la France. … chambres dans les anciens logements des Pères dominicains, un restaurant installé sous les voûtes de la Salle Capitulaire ou dans les travées du Cloître en période estivale, un jardin somptueux, des beaux espaces pour organiser des événements… Vous découvrirez au fil de votre visite que Le Couvent Royal est “Un Monument” ». Nous nous en tiendrons à ce seul exemple, puisé sur le site web, mais ils fourmillent !

 

Donner du sens, faire connaître et partager

 

          La dernière table ronde, intitulée « Donner du sens, faire connaître et partager », est introduite par Isabelle Rambaud, conservatrice générale du Patrimoine, organisatrice du colloque : « Nous sommes sur le chapitre de la transmission et de sa valeur. » Et de nous interroger : « Quelles sont les bonnes raisons qui poussent à restaurer ? », dans un contexte où la déchristianisation rend plus pesant et difficile l’entretien, l’ouverture, la mise à disposition des édifices religieux. Au point que l’éradication pure et simple du « problème » reste le danger le plus menaçant.

 

          « La destruction de l’église Saint-Denis à Coulommiers ou celle de Grisy-Suisnes serait sans doute aujourd’hui plus difficile », note I. Rambaud. Hélas ! depuis le colloque, c’est l’église de Saint-Georges-des-Gardes (Maine-et-Loir) qui a été détruite en 2006, celle de Sainte-Marie à Hénin-Beaumont (Nord) la même année, l’église – moderne – Charles-de-Foucault au Grand-Quevilly (Seine-Maritime) en 2009 ; d’autres, par dizaines, sont menacées, dont celle, emblématique, d’Arc-sur-Tille, en Côte-d’Or, ou tout particulièrement en Anjou l’église de Saint-Pierre-aux-Liens à Gesté (Maine-et-Loir), l’église de Saint-Martin de Joué, avec le précédent du Fief-Sauvin dans le même département ; et toujours les mêmes arguments : le coût insupportable d’une restauration et le « danger immédiat » que ferait courir aux populations la vétusté du bâtiment. Quant on prend en compte le coût de la destruction, a fortiori quand existe le projet d’un édifice neuf, la question du coût de la restauration est ramenée à ce qu’elle est : une argutie mensongère.

 

          À l’inverse de ces saccages accomplis ou annoncés, Louis Prieur, architecte du Patrimoine, « Décors et colorations théologiques », montre par des exemples que leur description et leur illustration rendent évidents et lumineux, combien une vision chrétienne du lieu à restaurer, adossée à une profonde expérience historique, apporte à la réussite de la restauration, à la fois restitution et interprétation. Tandis que Mgr Jacques Perrier, évêque du diocèse de Tarbes et Lourdes, « Visiter une église : lieu de culte et d’histoire, lieu de spiritualité et de rencontre », témoigne de sa grande expérience de l’art de la visite, des écueils de l’insuffisance de dialogue avec les visiteurs comme de l’excès d’érudition et d’exhaustivité, pour conclure qu’il faut savoir consacrer le plus de temps possible à l’élément « le plus beau, le plus fort, le plus nourrissant ».

 

          Une certaine désaffection du religieux – chrétien –peut être palliée par le partenariat, plus ou moins fructueux, entre les multiples parties intéressées à la mise en valeur du patrimoine ecclésiastique : la commune, le plus souvent propriétaire, l’institution ecclésiastique, affectataire, les associations, dont nous sont donnés différents exemples, en Seine-et-Marne, et au-delà (Pontivy et L’art dans la chapelle).

 

          Anne Barbara-Lacroix et Odile Lassère, attachées de conservation, « Du cultuel au culturel : l’aménagement culturel des édifices religieux en milieu rural en Seine-et-Marne », listent et analysent les points de méthode à mettre en œuvre pour réussir la liaison entre le cultuel et le culturel : pratique de l’inventaire, élaboration d’une signalétique et d’une signalisation, analyse segmentée de la fréquentation, organisation d’un réseau de correspondants parmi les différentes parties impliquées, attention portée aux problèmes de sécurité et d’assurance, de participation financière : elles passent en revue tous les détails matériels, y compris et surtout l’organisation de la disponibilité humaine, bénévole ou non, la rédaction de fiches d’information à la disposition des touristes et des scolaires – et pour ces derniers, le nécessaire contact avec l’Éducation nationale ; en somme, faire connaître, mettre en valeur, signaler, accueillir et animer. Quant à l’expérience de Pierre-Laurent Constantin, médiateur du patrimoine, « L’art dans les chapelles : un exemple de valorisation du patrimoine religieux en pays de Pontivy (Morbihan) », elle met en évidence à la fois la richesse d’un projet très particulier (le mariage réussi de la mise en valeur patrimoniale et d’une pédagogie de l’art contemporain), et le caractère unique, fragile, de ces projets parmi les plus fructueux, dont la pérennité est suspendue à l’activité et la volonté de quelques individus. Qu’ils viennent à quitter le projet, quelle qu’en soit la raison, et celui-ci peut ne pas s’en relever.

 

          Laissons la conclusion à l’un des intervenants : « Qu’est-ce qui donne le plus de chances de pérennité ? Si, a priori, cela semble devoir être les institutions, nous savons, hélas, car nous n’en avons que trop d’exemples, qu’elles ne sont pas toujours à l’abri des négligences, des oublis, des changements de mode et même de trahisons de ceux à qui elles sont confiées ; moins encore des guerres, des révolutions ou plus simplement de changements législatifs. » (Olivier de Rohan, président de La Sauvegarde de l’art français, p. 22.)

 

          Ce recueil est appelé à demeurer le durable témoignage de ce que peut produire de meilleur la convergence des volontés, celle sans prix de bénévoles passionnés, celle d’administrations au service public, celle de professionnels passionnés et dévoués. Contre tous les mauvais nuages qui s’accumulent sur notre paysage culturel, souhaitons la multiplication de ces expériences rapportées pour servir l’avenir.