Montanari, Paolo: Sepolcri circolari di Roma e suburbio: Elementi architettonici dell’elevato. Workshop di archeologia classica.
110 p., € 34.00, ISBN 9788884760142.
(Fabrizio Serra Editore, Pisa - Roma 2009)
 
Compte rendu par Michel Tarpin, Université Grenoble 2 - Pierre Mendès-France
(michel.tarpin@upmf-grenoble.fr)

 
Nombre de mots : 1439 mots
Publié en ligne le 2010-01-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=802
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          Dès la préface, P. Pensabene explicite l’intention de cet ouvrage, issu d’une "tesi di specializzazione". Ce n’est pas tant un catalogue qu’une recherche sur des monuments dont l’existence doit être supposée sur la base de témoins parfois très réduits. Les constructions qui font l’objet de ce livre s’insèrent dans une série plus vaste, documentée par de grands monuments conservés, comme le mausolée de Caecilia Metella, ou par les sources littéraires. Dans l’introduction (p. 9-10), P. Montanari précise son objectif : proposer un cadre stylistique et architectonique des vestiges de revêtement des nombreux monuments funéraires circulaires  de la campagne romaine.

 

          Le plan présente donc un premier chapitre synthétique consacré à la diffusion des tumuli à époque romaine, puis un inventaire des vestiges, répartis en sept secteurs géographiques, ordonné essentiellement en fonction des grandes voies, et enfin une brève conclusion. L’auteur ajoute un appendice consacré à une nouvelle lecture du "Culex" du pseudo-Virgile (avec une traduction personnelle), comme document sur l’association entre tumulus et elogium. Je présenterai cette partie à part du reste du livre, car elle en est presque totalement indépendante.

 

          Dès le premier chapitre, l’auteur relève que la diffusion des mausolées circulaires dépasse largement l’Italie, puisqu’on en rencontre dans tout l’empire. L’origine étrusque parfois supposée est très discutable, puisque l’on trouve nombre de tumulus hellénistiques hors d’Italie (p. 11). Suivant R. Fellmann (Das Grab des Lucius Munatius Plancus bei Gaeta, Basel, 1957), Montanari considère que les pratiques funéraires étrusques, les influences formelles hellénistiques et l’architecture militaire (pour les couronnements en merlons) sont attestées dans la construction des mausolées circulaires. Les exemplaires à tambour sans podium relèveraient plus particulièrement de la tradition étrusque. Mais il reste un chaînon manquant entre mausolée étrusque et "tumulus" romain, qui n’apparaît qu’au Ier s. av. J.-C., à moins de prendre en compte le prétendu "héroôn" d’Énée, à Lanuvium (p. 12). Le mausolée des Scipion, représenterait aussi un croisement d’influences étrusques et hellénistiques. La tombe des Horaces et des Curiaces, apparemment similaire au tombeau de Porsenna décrit par Pline (36,91), représenterait un témoignage des modes étrusques à Rome. De fait, les sources littéraires citent plusieurs tumulus sur le champ de Mars pour la période médio-républicaine (p. 13). Le problème posé par l’évolution du terme tumulus en latin – et qui n’est pas affronté dans ce livre – ne s’impose pas ici, puisque toutes les sources sont postérieures au mausolée d’Auguste.

 

          Montanari constate que plusieurs tumulus des environs de Rome sont à dater entre l’époque césarienne (celle du tumulus Iuliae sur le Champ de Mars) et le triumvirat. Le tumulus d’Auguste aurait simplement contribué à revivifier une telle pratique, soutenue par l’érudition étruscophile et le culte des origines qui dominait alors (p. 14). Mais, dans l’Énéide, les références aux Étrusques croisent celles des tumuli troyens. L’auteur ne semble pas connaître l’analyse que fait G. Sauron (Quis deum ?, Rome, 1994) des termes utilisés pour désigner le mausolée d’Auguste dont l’étude dit assez la richesse des références mises en oeuvre.

 

          Les commanditaires des mausolées augustéens, lorsqu’on peut les connaître, appartiennent majoritairement à l’ordre équestre (10 contre 6 pour les familles sénatoriales). Un quart seulement des monuments n’ont pas été érigés par celui à qui ils étaient destinés. Enfin, la répartition montre une nette prééminence de l’Italie centrale (p. 16-17). Montanari comprend les nombreux reliefs à sujet militaire de monuments anonymes comme une confirmation du rôle des chevaliers. Mais il note en même temps que les mausolées de Munatius Plancus et de Caecilia Metella, qui relèvent de l’ordre sénatorial, portent les mêmes motifs. Par ailleurs, il remarque que plusieurs des commanditaires sont des proches d’Auguste ou des officiers nommés par lui (p. 18). Le faible nombre des attestations rend les conclusions fragiles : les chevaliers sont de toute manière bien plus nombreux que les sénateurs, et le décor de type militaire ne saurait être sur-interprété.

 

          Le catalogue comprend la description détaillée des blocs sculptés, en général bases ou couronnements, abandonnés sur place ou déposés, par exemple dans le lapidaire du Castrum Caetani et, pour certains, déjà publiés. La description conduit à une datation, appuyée sur des monuments mieux conservés. Les datations restent prudentes. Ainsi le relief végétal du mausolée des Servilii (n° 2), est placé sous les règnes d’Auguste et Tibère, malgré des parallèles proches, comme les guirlandes de l’Ara Pacis ou le sarcophage Caffarelli. On pourrait peut-être discuter, d’un point de vue paléographique, les datations respectives des n° 33 et 34, ce dernier étant jugé plus ancien sur la base d’archaïsmes ou de pseudo-archaïsmes. Les "tumuli" des Horaces" ont livré des blocs que l’auteur compare à des éléments de modénatures monumentales de Rome, parfois assez anciennes, comme celle du temple C de Largo Argentina. Les parallèles les plus anciens ne conduisent pas à une conclusion : les deux tumuli sont donc placés dans la deuxième moitié du Ier s. av. J.-C.

 

          Sur la base de son catalogue, Mondanari admet que les mausolées concernés s’inscrivent parfaitement dans la structure attestée par les monuments conservés : base, cylindre avec champ épigraphique, frise, architrave, couronnement, comprenant parfois des merlons. La relation avec le mausolée d’Auguste paraît évidente, ce qui le conduit à supposer que les commanditaires auraient pu faire réaliser de tels monuments par obséquiosité envers l’empereur (p. 53). Cette hypothèse de R. Fellmann est cependant fragilisée par les datations proposées par Mondanari. La signification des représentations d’armes aurait sans doute tiré profit d’une consultation des travaux d’E. Polito.

 

          L’ouvrage comprend 33 photos N/B, réalisées par l’auteur, et qui sont indispensables à la lecture de l’ouvrage. Il n’y a pas de photo ou de relevé des vestiges monumentaux éventuels (cf. n° 1). La légende des figures ne comporte pas le numéro de catalogue. On regrettera le choix d’un papier peu adapté à la reproduction photographique, qui fait perdre à des photos très récentes leur précision. On souhaiterait aussi, dans la mesure du possible, que les photos soient accompagnées de relevés, et en particulier de la vue supérieure, qui met en évidence la courbure du monument (non indiquée). Lorsque les reliefs sont suffisamment conservés, la collaboration de G. Caneva a permis une identification des motifs végétaux. Quoique la  collection soit orientée vers l’archéologie, on regrette que les textes mentionnés ne soient jamais cités, alors que certains méritaient une discussion (Virgile, par exemple). Les monuments de référence pour la chronologie sont évoqués à travers une bibliographie parfois datée (Delbrueck pour Préneste, par exemple).

 

          Dans l’ensemble, l’ouvrage, un peu composite, remplit l’objectif qu’il s’était fixé. L’inventaire détaillé des blocs intéressera autant les spécialistes de l’architecture que ceux qui souhaitent travailler sur les mausolées circulaires, dont la liste devient maintenant impressionnante, comme le montrent les nombreuses références cités par Montanari. Au total, 26 monuments sont identifiés et font l’objet d’une proposition de datation, appuyée sur des parallèles. Les conclusions de l’auteur sont en partie attendues. Comme le souligne P. Pensabene, le poids de la période julio-claudienne est majeur dans la construction de mausolées circulaires. Mais le nombre des exemples antérieurs ou susceptibles de l’être n’est pas négligeable et conduit à relativiser le rôle de modèle de la sépulture du Prince, contrairement à ce que soutenait J. M. C. Toynbee (Death and burial in the Roman world, Baltimore - London, 1971), pour qui le mausolée d’Auguste était le premier monument de ce type.

 

          Le chapitre consacré au "Culex" constitue un article autonome de 18 pages. Au-delà de l’analyse littéraire, Montanari envisage des comparaisons archéologiques et épigraphiques pour interpréter le texte. Il  propose une nouvelle traduction et fait une critique systématique des sur-interprétations dont a fait l’objet ce texte à l’origine mal connue. Il réfute en particulier, et certainement avec raison, l’idée que le mausolée du moustique serait une allusion ironique au mausolée d’Auguste, et l’éloge final de l’insecte une parodie des Res Gestae. Relevant que l’érection du monument comprend une première phase assimilable au sulcus primigenius, le rituel de fondation des villes, il pose, assez légitimement, la question des rituels éventuels qui présidaient à l’établissement des tumulus étrusques (p. 65-68). L’elogium se distingue des inscriptions de la plupart des mausolées, qui sont plutôt des manifestations d’appartenances, sur lesquelles le défunt est cité au nominatif. Pour Montanari, les parallèles sont à chercher plutôt dans l’Anthologie Palatine ou dans les carmina Latina. Il en vient à la conclusion que le "Culex" ne peut pas être antérieur au tout début de notre ère, et ne saurait donc être l’œuvre d’un jeune Virgile (p. 68-70), malgré des parallèles, à vrai dire assez légers (p. 71). Une rapide analyse stylistique conduit l’auteur à la conclusion que le "Culex" a sans doute été composé après les Métamorphoses d’Ovide, et avant Lucain.