AA.VV.: (Davoigneau, Jean - Le Guet Tully, Françoise - Poupard, Laurent - Vernotte, François, avec la collaboration de François Puel et Laurence Reibel), L’observatoire de Besançon. Les étoiles au service du temps, Collection nationale Parcours du patrimoine n° 349, Couverture souple à rabats, format 11 x 22 cm, 72 pages, 116 illustrations, ISBN 978-2-914528-70-2, 7,50 euros
(Lieux Dits, Lyon 2009)
 
Compte rendu par Sabine Berger, Université Paris IV-Sorbonne
(sabine.berger91@yahoo.fr)

 
Nombre de mots : 1574 mots
Publié en ligne le 2010-01-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=834
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          Avec le soutien de la région Franche-Comté, les éditions Lieux-dits publient, dans la collection « Parcours du patrimoine », un ouvrage consacré à l’Observatoire astronomique de Besançon. En cette année mondiale de l’astronomie (1) où un très grand nombre de manifestations en France comme à travers le monde encourage chacun à découvrir ou à redécouvrir, par l’observation du ciel, les apports d’une discipline fascinante, il faut signaler la parution de cet intéressant volume, bientôt suivi d’un ouvrage analogue consacré à l’Observatoire astronomique de Strasbourg, publié à l’occasion des Journées du patrimoine 2009.

 

          L’inventaire en cours du patrimoine astronomique français, importante entreprise menée conjointement par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, l’Institut national des Sciences de l’Univers et les services de l’Inventaire du patrimoine culturel (ministère de la Culture et de la Communication), est un projet d’envergure nationale réunissant astronomes, historiens et professionnels de la conservation patrimoniale. Il a pour objectifs le recensement, l’étude et la mise en valeur du matériel astronomique des observatoires français (les édifices eux-mêmes ainsi que les instruments et les objets qu’ils abritent) (2). Des actions de protection comme de sensibilisation, auprès du grand public mais également auprès des acteurs scientifiques et techniques, favoriseront une meilleure connaissance de ce patrimoine d’une grande richesse.

 

          L’Observatoire de Besançon (3) est apparu comme le terrain privilégié d’une vaste enquête qui se poursuit dans toutes les régions afin de rendre compte du formidable patrimoine conservé dans les établissements astronomiques français. Ont été mis à contribution les personnels de l’Observatoire et du Centre départemental Météo-France du Doubs, le musée du Temps, les archives municipales de Besançon et les archives départementales du Doubs. Les auteurs retracent l’histoire de l’établissement, depuis sa création il y a un peu plus de cent trente ans dans le but de répondre à la demande des horlogers comtois (4) jusqu’à la présentation des missions actuelles et des domaines d’excellence (métrologie et astrophysique) de l’Observatoire des Sciences de l’Univers rattaché à l’université de Franche-Comté. Ils présentent également au lecteur la diversité du patrimoine instrumental conservé à l’Observatoire de Besançon. Le néophyte bénéficiera d’une présentation particulièrement claire du fonctionnement et de l’intérêt des différents instruments que renferment les collections de l’Observatoire.

 

          Une première section de l’ouvrage est consacrée à l’histoire de l’Observatoire. Les auteurs exposent en premier lieu les raisons qui ont conduit à la construction d’observatoires astronomiques en France, puis abordent le contexte de la création de l’Observatoire de Besançon, au moment où augmentait de façon notable le nombre d’observatoires d’Etat établis dans les différents départements français (1878). La décision de construire un observatoire appartenait au ministère de l’Instruction publique. La ville sélectionnée devait au préalable témoigner officiellement de sa volonté d’accueillir une telle institution et posséder une faculté des sciences. Cette double condition était remplie à Besançon ; s’y ajoutait la nécessité de « maîtriser le temps » en raison de la présence de l’industrie de l’horlogerie, une activité essentielle dans l’économie de la ville – un encadré situé en p. 4 explique comment l’observation de la position des étoiles permet d’obtenir l’heure exacte. Le premier directeur de l’Observatoire fut un mathématicien, la ville insistant néanmoins sur la nécessité d’obtenir une chaire d’astronomie et un directeur d’établissement lui-même astronome : Louis-Jules Gruey répondit à ces critères en prenant la tête de l’Observatoire en 1881 – sa vie et sa carrière sont retracées aux p. 8-9.

 

          Par la suite, l’architecture fonctionnelle de l’Observatoire est présentée. Le lieu-dit La Bouloie, près de Besançon, a été choisi en raison de son isolement, propice aux activités astronomiques ; les auteurs abordent un peu plus loin (p. 30-34) l’organisation symétrique des bâtiments de part et d’autre d’un axe nord-sud ainsi que les dispositions architecturales de ces derniers. Un document conservé aux archives départementales du Doubs rend compte d’un projet d’observatoire non retenu, proposé par l’architecte bisontin Edouard Bérard. Inspiré de l’observatoire russe de Pulkovo, le plan qu’il conçut, par certains aspects, répondait néanmoins aux besoins des scientifiques et fut adopté en 1882 par son successeur à la charge d’architecte municipal, Etienne-Bernard Saint-Ginest : orientation astronomique des bâtiments, ensemble de pavillons aux fonctions propres, existence d’une bibliothèque spécialisée, distinction nette entre habitations et espaces de travail. Les financements furent répartis entre la ville de Besançon et l’Etat, le conseil général se chargeant de la construction du service météorologique. Peu après l’achèvement des travaux en 1884 arrivèrent les premiers instruments, et le personnel s’accrût par décision ministérielle. L’inauguration du 5 août 1885 coïncida avec la mise en route du service de contrôle des montres. L’heure était indiquée quotidiennement à l’hôtel de ville de Besançon puis relevée par les horlogers – la précision ainsi acquise permit une production plus efficace. Les auteurs relatent également le concours chronométrique de 1889 et la reconnaissance, lors de l’exposition universelle de 1900, de l’excellence de Besançon dans le domaine de la fabrication des montres. Le climat comtois rendit plus difficile les activités astronomiques et les matériaux de construction de certains bâtiments se révélèrent bien vite inadaptés face au froid et à l’humidité. Les différents directeurs de l’Observatoire sont énumérés, et sont présentées leurs actions à la tête de celui-ci : l’accent fut mis dès l’origine sur la chronométrie – un service qui ne connut aucune interruption – même si l’astronomie demeure une préoccupation essentielle (Auguste Lebeuf, à la suite de Gruey en 1902, se concentra sur ces points, mais s’intéressa aussi à l’aménagement de l’établissement et à la météorologie). En 1931, René Baillaud engagea une diversification des activités de l’Observatoire en direction de l’aéronautique, alors que des instruments supplémentaires vinrent enrichir le service d’astronomie. La seconde moitié du XXe siècle vit s’ouvrir l’Observatoire à la recherche fondamentale. L’apparition des montres à quartz entraîna une crise de l’industrie horlogère, alors même que la définition de l’heure se fondait désormais sur le temps atomique. L’établissement s’adapta et intégra au début des années 1970 le « réseau des laboratoires de métrologie », devenant « centre d’étalonnage temps-fréquence ». L’outillage astronomique, devenu obsolète, fut déposé. L’histoire de l’Observatoire s’achève par un aperçu des activités actuelles : participation à des projets d’envergure internationale (astronomie), activités météorologiques, chronométriques et de recherche. L’établissement bénéficie d’une protection au titre des Monuments historiques depuis 2005 ; la valorisation de son patrimoine architectural, instrumental et documentaire est présentée aux p. 28-29.

 

          A la p. 35 débute la présentation des différents instruments qui constituent la richesse du patrimoine de l’Observatoire. Chaque instrument est installé dans un pavillon spécifique : le pavillon de la lunette équatoriale coudée (conception et mise en place de l’instrument, description technique, historique de la construction du bâtiment et évocation de ses transformations ultérieures), le pavillon du cercle méridien, l’astrographe triple, le pavillon de la bibliothèque (abritant également des instruments de sismographie et de gravimétrie), la « petite méridienne » (bâtiment disparu), le parc météorologique situé dans la partie orientale du domaine (histoire du service, description des opérations météorologiques), et enfin les coupoles – bâtiments à dômes – pour l’altazimut (complémentaire du cercle méridien), l’équatorial photographique (essentiellement pour l’observation des tâches solaires) et la lunette équatoriale utilisée jusqu’en 1963.

 

Le chapitre final traite des différentes missions et activités du service de chronométrie et brosse son histoire de façon détaillée en en présentant les instruments, rares ou anciens, qui illustrent l’aventure de la mesure du temps. Un dernier encart est consacré aux chronographes.

 

          Un glossaire des termes spécifiques et un plan de l’Observatoire complètent l’ouvrage. Celui-ci, grâce à la clarté de son propos et à une présentation soignée, ne peut que renforcer l’intérêt croissant du public pour l’astronomie.

 

(1). Voir http://www.astronomy2009.fr.

(2). Voir Guy Boistel (éd.), Observatoires et patrimoine astronomique français, actes du colloque tenu à Nantes en juin 2001, éd. E.N.S. (coll. Cahiers d’histoire et de philosophie des sciences, n° 54), Paris, 2006.

(3). L’histoire de l’Observatoire, les activités de recherche et d’enseignement menées aujourd’hui ainsi qu’un certain nombre d’informations à destination du grand public sont exposés sur le site internet, accessible sur http://www.obs-besancon.fr.

(4). Communication de M. Patrick Blandin (chargé d’études documentaires à la Conservation régionale des monuments historiques, D.R.A.C. Franche-Comté) et de M. Laurent Poupard (ingénieur d’études au service de l’Inventaire général de Franche-Comté), « L’observatoire astronomique, météorologique et chronométrique de Besançon », 129e Congrès national des Sociétés historiques et scientifiques : Le temps, Besançon, 2004.

 

Sommaire :

 

- Une création subordonnée à l’horlogerie, p. 2.

- « Fabriquer l’heure » avec les étoiles, p. 4.

- Un observatoire « astronomique, météorologique et chronométrique », p. 6.

- Le directeur doit être un astronome !, p. 6.

- Louis-Jules Gruey, p. 8-9.

- Choisir un emplacement, définir un programme, p. 10.

- De la construction des bâtiments à l’inauguration des services, p. 12.

- La chronométrie : des débuts à la hauteur des espérances, p. 15.

- Le service astronomique ou la difficulté d’observer le ciel à Besançon, p. 18.

- Une expansion quasi-continue jusqu’à la seconde guerre mondiale, p. 19.

- Le renouveau de la chronométrie, p. 24.

- Les évolutions rapides de la deuxième moitié du 20e siècle, p. 25.

- L’observatoire en 2009, p. 26.

- L’observatoire valorise son patrimoine, p. 28-29.

- Le site de la Bouloie, p. 30.

- Le Coudé. L’instrument, p. 25. Le pavillon, p. 37.

- L’instrument méridien. Le pavillon du cercle méridien, p. 39. Le principe de l’instrument, p. 42. Le cercle méridien, p. 46. L’horloge Fénon n° 30, p. 48.

- L’astrographe triple, p. 49.

- Le pavillon de la bibliothèque, p. 52. La sismographie, p. 54. La gravimétrie, p. 55. Les horloges à pression constante, p. 55.

- La petite méridienne, p. 56.

- Le parc météorologique, p. 59.

- Les coupoles, p. 62. L’altazimut, p. 62. L’équatorial photographique, p. 65. La première lunette équatoriale de l’observatoire, p. 67.

- La chronométrie, p. 68.

- Les chronographes, p. 78.