Garric, Jean-Philippe - Nègre, Valérie - Thomine-Berrada, Alice (textes réunis par): La Construction savante. Les avatars de la littérature technique, Actes du colloque "Les Avatars de la littérature technique, Formes imprimées des savoirs liés à la construction", organisé par le Centre d’histoire des techniques et de l’environnement du Conservatoire national des arts et métiers et l’Institut national d’histoire de l’art, en mars 2005, 24x17 cm, 444 pages, 53 euros, ISBN 978-2-7084-0810-4
(Picard, Paris 2008)
 
Compte rendu par Marie-Clotilde Meillerand, Université d’Aix-Marseille III
(mcmeillerand@gmail.com)

 
Nombre de mots : 725 mots
Publié en ligne le 2009-12-21
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=874
 
 

        Cet ouvrage de 444 pages est issu d’un colloque qui a eu lieu en 2005 à l’Institut national d’histoire de l’art sur le thème « La littérature technique liée à la construction et à ses métiers ». Trente-cinq contributions sont ici publiées autour de quatre thèmes « Écrire et codifier », « La construction des images », « Conception et édition du livre » et « Progrès et actualité ». Nous ne pouvons rendre compte de chaque contribution, nous reviendrons donc sur plusieurs points clés de l’ouvrage.


 

          Tout d’abord, ce condensé d’articles offre un panorama historique de la littérature de la construction qui s’étend du XIIe siècle avec un recueil des règles de construction en Chine au XXe siècle avec les publications du Plan construction par le ministère de l’Équipement, en passant par les écrits de Vauban au XVIIe siècle. On découvre alors un traité théorique de typographie de la Renaissance (p. 229), la littérature juridique du bâtiment du XVIIIe au XXe siècle (p. 89), les instruments de vulgarisation technique en Italie à la fin du XIXe siècle (p. 275). Ce panel reflète la diversité de l’origine géographique des publications étudiées, de la Chine à l’Europe. On peut regretter l’absence de développement sur les techniques de construction qui font la renommée des États-Unis ou encore la transmission des techniques de construction en Afrique.

 

          Ensuite, au-delà de cette diversité spatio-temporelle, ces différentes contributions reviennent aussi sur des aspects multiples de cette littérature technique. Il est ainsi possible de découvrir certains classiques de cette littérature à l’instar de L’architecture pratique de Pierre Bullet (p. 55), un Abrégé de Vitruve (p. 43) ou encore Le manuel de l’architecte des monuments religieux (p. 123). Dans ces approches, on retrouve les contextes de production de ces ouvrages mais aussi leurs différentes éditions, leur diffusion. L’étude de ces ouvrages permet aussi de faire le lien avec l’histoire des techniques et des sciences comme l’illustre l’exemple des œuvres d’Auguste Choisy. Auteur de L’art de bâtir et d’une Histoire de l’architecture, ces publications jonglent entre des textes et des planches qui permettent au lecteur de suivre l’évolution de telle ou telle construction. Pour l’historien, il s’agit d’une source intéressante sur l’évolution des techniques de construction et de leurs enjeux à différentes époques et en différents lieux (Égypte, Rome, Byzance…).

          D’autres contributions reviennent sur les outils de la construction, que ce soient les aspects techniques comme les traités de stéréotomie médiévaux, les techniques architecturales chinoises ou les plans, coupes ou élévations du début du XIXe siècle. Par exemple, entre 1803 et 1805, Jean-Paul Krafft publie un recueil intitulé Plans, coupes ou élévations de diverses productions de l’art de la charpente (p. 193). Composé de 81 pages et 205 planches, ce recueil a pour objectif de proposer des exemples de réalisations techniques à partir des dessins d’architectes ou d’ingénieurs de l’époque qui se distinguent par leur hardiesse. D’autres contributions proposent des approches administratives ou juridiques comme l’évolution des cahiers des charges, les prix, la littérature juridique du bâtiment... Ces différents éléments alimentent au fil des siècles la constitution d’un ‘monde’ de la construction.

 

          À cela s’ajoutent de multiples échanges ou outils de diffusion des savoirs et des compétences autour de la construction, de ses méthodes et de ses prouesses techniques. Un certain nombre de revues et d’ouvrages se développent et se diffusent notamment au tournant du XIXe et XXe siècle. C’est le cas par exemple de la revue L’ingénieur-reconstructeur (p. 369) Certains aspects précis de la Construction sont aussi l’objet d’attention comme la lumière autour de la revue Lux, la revue de l’éclairage (p. 403), du chauffage avec différents ouvrages techniques (p. 347). Ainsi, au-delà de son découpage thématique, des premiers manuels ou abrégés à la multiplication des revues spécialisées, cet ouvrage nous montre aussi une lente professionnalisation et « technicisation » des modes de réflexion et d’action de la construction. Ces éléments rejoignent les idées de progrès et de modernité et la façon dont ils en sont le produit.

 

          Dans le sillage des travaux menés sur le livre depuis plus d’un demi-siècle, dont l’un des points de départ est notamment l’Histoire du livre de Lucien Febvre et Henri-Jean Martin publié en 1958, ces contributions participent à une approche « à vocation globalisante » qui s’intéresse autant aux livres eux-mêmes (leur production matérielle, leur diffusion notamment), qu’à leur réception par différents publics. Sur le plan heuristique, et l’introduction intitulée « Histoire du livre et histoire de l’architecture. Plaidoyer pour une approche croisée » le montre, cet ouvrage est d’un apport tout à fait intéressant et fécond sur la façon de reconsidérer la littérature savante dans une démarche d’histoire sociale qui s’avère particulièrement stimulante autour de l’objet considéré ici, la construction architecturale.