Reinholdt, Claus: Das Brunnenhaus der Arsinoë in Messene. Nutzarchitektur, Repräsentationsbaukunst und Hydrotechnologie im Rahmen hellenistisch-römischer Wasserversorgung, ISBN 978-3-85161-024-6X + 252 S., zahlr. S/W-Abb. im Text, 51 Taf. und 12 Faltpläne, 29,7 x 21 cm; kartoniert, 75 Euro zzgl. Versandkosten
(Phoibos Verlag, Wien 2009)
 
Compte rendu par Guy Meyer, Centre Antoine Galland, Izmir
(galmeyer@noos.fr)

 
Nombre de mots : 1535 mots
Publié en ligne le 2009-11-13
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=893
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        Claus Reinoldt nous offre un bel ouvrage abondamment illustré (146 figures dans le texte, photos, plans et élévations ; 51 planches in fine et 12 dépliants, plans et élévations, dans un port-folio) au titre ambitieux. Le livre est issu d’une thèse présentée à l’Université de Salzbourg.

 

        Le premier chapitre (p. 1-20) débute par un bref rappel des recherches visant à identifier l’agora de Messène depuis les travaux pionniers de l’Expédition de Morée jusqu’aux fouilles menées par A. K. Orlandos. On y apprend (p. 3) qu’un travail inédit avait, dès 1895, correctement identifié l’emplacement de la fontaine à l’emplacement du mur de terrassement situé à l’est du théâtre. Il fait ensuite le rapport des fouilles dirigées par P. Themelis, qui ont entièrement dégagé la fontaine, entre le théâtre et l’agora.

        L’auteur ne dit mot des diverses hypothèses qui avaient été émises dans le passé quant aux localisations de la fontaine d’Arsinoé et l’agora. Le plan de l’expédition de Morée, reproduit partiellement (p. 2, fig.1), plaçait les deux monuments à l’emplacement (f du plan) de ce qui s’avérera être l’Asclépiéion. Ce dernier sera confondu, plus tard et jusqu’à assez récemment, avec l’agora.

 

        L’auteur entreprend ensuite la description des restes architecturaux (Chapitre II, p. 21-64). Il décrit d’abord le très impressionnant mur de soutènement en grand appareil long de trente-sept mètres qui dégageait la terrasse où fut bâtie la fontaine. Ce mur fut percé sur la droite d’une arrivée d’eau presque carrée (0,68 x 0,70), réaménagée à l’aide de spolia au cours d’un dernier état, en amenée d’eau alimentant un moulin. En avant du soutènement, on a élevé un mur en petit appareil qui formait un premier réservoir en arrière des bassins : je crois que la fonction de cet espace reste problématique et que le terme technique de peristasis qui lui est appliqué est impropre. Le premier bassin, long de 34,45 m et large de 4,20 m, couvre une surface de 144 m2. Ses bordures étaient dressées en blocs de poros soigneusement appareillés et dont les joints étaient renforcés par des agrafes métalliques. Du côté oriental, on avait aménagé un canal le long du bassin avec, à son extrémité, un bassin de décantation.  Au centre de ce bassin se dressait une exèdre. Dans le prolongement de l’arrivée d’eau, l’auteur décrit ensuite le canal tardif qui traverse le bassin. Les parois et le fond du bassin sont recouverts de mortier hydraulique.

        On accédait au bassin décoré d’une exèdre par un espace carré de 6,10 m de côté, pavé de grandes dalles (Mittelpatz). Cet espace est encadré par deux bassins identiques (14,80 m en façade x 6,80 m), avec chacun deux bases rectangulaires. Ces bassins étaient délimités par des orthostates. Leurs fonds étaient recouverts de briques scellées dans du mortier. Deux canaux latéraux couraient à l’extérieur des bassins pour recueillir le trop-plein. Le canal ouest (côté théâtre) le dirigeait vers un égout qui passait sous la rampe située entre la fontaine et le théâtre. Le canal oriental (côté agora) alimentait un canal à ciel ouvert qui récupérait l’eau d’une évacuation située sous le bassin est. Deux vasques posées sur des pieds étaient disposées symétriquement en avant des deux petits bassins. Ces deux cuvettes étaient placées sur des socles surmontés de baldaquins. Le chapitre se termine par la description des restes du bâtiment qui abritait le moulin tardif.

        Il s’agit donc d’un ensemble complexe comprenant, de l’amont vers l’aval : le mur de soutènement ; un premier espace, en avant d’un vaste bassin où fut édifiée une exèdre ; et un espace tripartite, composé de deux bassins et d’une petite place carrée avec, en avant, deux vasques sous des dais qui encadraient l’ensemble.

 

        La troisième partie, « analyse et reconstitution des ordres architecturaux », décrit les éléments d’une double colonnade ionique : la première constituée de vingt colonnettes et la seconde de pilastre avec demi-colonnes. Les colonnettes ornaient la façade du grand bassin ; les pilastres décoraient le fond.  Le centre de la façade était occupé par un porche composé de trois arcs précédé de deux colonnes, dans l’axe de l’exèdre. Une partie des éléments employés pour la construction des deux bassins symétriques situés à l’avant du grand bassin (parapets et bases rectangulaires) proviennent du dépeçage d’un monument honorifique qui, à l’origine, supportait des statues. Il date ce monument, pour des raisons stylistiques, du premier quart du IIIe siècle av. J.-C. L’auteur examine ensuite les bases et les baldaquins des deux vasques. Il conclut cette partie par une première réflexion chronologique sur les phases de construction qui anticipe quelque peu sur le chapitre suivant, consacré à la datation de la construction.

        L’édification du mur de soutènement fut concomitante de l’aménagement de l’agora. L’auteur compare la technique de l’appareil avec un mur d’Éleusis daté du IVe siècle av. J.-C. Le style des chapiteaux des colonnades ioniques renvoie aux IIIe-IIe siècles av. J.-C. L’arc en avant de l’exèdre date des Ier-IIe siècles de notre ère. Le réaménagement d’époque impériale est évoqué dans une inscription dédicatoire où un certain Tibérios, dont on ignore le gentilice et le cognomen, consacre les statues (andriantes et non pas agalmata) des Augustes, la fontaine et d’autres choses, sur sa fortune pour un coût total de trois mille huit cents deniers. L’inscription et les éléments architecturaux permettent de situer la reconstruction de la fontaine vers le milieu du Ier siècle de notreère. Notons au passage que les considérations sur l’état des finances de Messène (p. 134 et note 365) n’ont pas lieu d’être. En revanche, la ville a connu des années difficiles, comme la plupart des cités du Péloponnèse, au cours du Ier siècle av. J.-C.

 

        L’antépénultième chapitre s’attache à la fontaine hellénistique. Selon les hypothèses de l’auteur, l’espace qu’il désigne sous le nom de peristasis faisait office de vide sanitaire : l’arrivée d’eau se faisait directement par un conduit dans le bassin. La toiture du bâtiment était supportée par une triple colonnade dorique, pilastres, colonnettes et colonnes. Le stylobate portait des lettres de montage pour s’assurer d’une mise en place précise des éléments. Le bâtiment mesurait 35,75 m de façade sur 10,725 m de profondeur. Le premier bassin mesurait 4, 55 m de large et le second, 3, 30 m. Un premier rang de colonnes supportait la couverture du petit bassin. La toiture du grand bassin s’appuyait sur les colonnettes posées sur la margelle du grand bassin et sur les pilastres du fond. Cette fontaine hellénistique daterait du IIIe siècle av. J.-C.

        Je passerai rapidement sur l’état tardif auquel l’auteur ne consacre que six pages. La fontaine aurait été démontée au cours du Ve siècle de notre ère, pour être réaménagée en moulin.

 

        Le dernier chapitre, qui sert de conclusion à l’ouvrage, étudie, de manière forcément schématique, l’évolution des fontaines grecques et replace celle de Messène dans cet ensemble. Il est un peu superfétatoire dans la mesure où l’auteur a constamment comparé les éléments de cette fontaine avec d’autres fontaines connues du monde grec. Il aurait sans doute mieux valu mieux marquer les continuités et les ruptures qui jalonnent l’histoire du monument et replacer cette fontaine dans le contexte urbain. Le catalogue des éléments architecturaux est publié en annexe

 

        Le plan de l’ouvrage est un peu déroutant.  Il ne permet pas de suivre facilement le plan du bâtiment et son évolution. L’hydrotechnologie est le parent pauvre du titre programmatique si l’on excepte les remarques concernant les revêtements qui visent à assurer l’étanchéité des bassins. L’alimentation en eau de la fontaine n’est guère évoquée. On sait par Pausanias (IV, 31, 6), ce qui a été confirmé par les fouilles, que la fontaine était alimentée par l’eau de la fontaine Clepsydre. Ce texte n’est jamais cité au cours de cette étude. Il avait permis à Wycherley, dans un article pionnier, de préciser le sens de ktènè , « fontaine », par rapport à pègè , « source » (ClR, 51 [1937], p. 2-3). Les canalisations et les évacuations d’eau ne sont évoquées qu’incidemment. L’eau en surplus était, semble-t-il, purement et simplement évacuée vers la rivière en contrebas de la cité. Ceci contredit au passage la thèse trop rigide de Crouch, Water management in ancient Greek cities (New York-Oxford, 1993, p. 33-36, 301, 311, 314-316) selon laquelle les eaux étaient affectées à des usages différents selon leurs qualités.

 

        La fonction de la prétendue peristasis n’est pas évidente. D’après la figure 41 a, il s’agirait d’un premier bassin, mais la figure 133 en fait un vide sanitaire. Le dispositif me semble inédit, mais plus conforme aux éléments dégagés par la fouille. Il protégeait alors les fondations et les assises du mur de soutènement. Le mot peristasis  possède, dans le contexte des bâtiments des eaux, un sens précis : il désigne un espace protégé où l’on ne peut effectuer aucun travail (Halaesa, IG, XIV, 352, A, I, l. 7). L’emploi de ce terme aurait mérité des explications de la part de l’auteur.

 

        Il aurait peut-être fallu se demander si la fontaine au vocable d’Arsinoé n’était pas un nymphée au sens grec du terme, un sanctuaire consacré à une ou plusieurs nymphes. La dénomination est ancienne puisqu’on la trouve chez Pausanias (IV, 31, 6).  Or, cette Arsinoé - Pausanias le rappelle à plusieurs reprises (IV, 3,2 ; 31,12) - est la mère d’Asclépios dans la tradition messénienne. Elle est à proprement parler une nymphe. La question aurait valu la peine d’être posée.

 

        Claus Reinholdt nous offre une belle étude d’architecture sur un monument remarquable, mais son propos ne va pas au-delà. Le plan retenu par l’auteur favorise les redites et n’aide pas le lecteur.