Terrien, Marie-Pierre - Dien, Philippe: Le château de Richelieu. XVIIe-XVIIIe siècles, collection "art et société", broché, 225 pages, 17,5 x 25cm, ISBN: 978-2-7535-0856-9, 22 euros
(Presses universitaires de Rennes, Rennes 2009)
 
Compte rendu par Isabelle Richefort, Archives historiques du ministère des affaires étrangères
(Isabelle.Richefort@diplomatie.gouv.fr)

 
Nombre de mots : 1528 mots
Publié en ligne le 2010-09-27
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=903
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          Depuis le quatrième centenaire de la naissance de Richelieu, célébrée par plusieurs manifestations et notamment une exposition organisée à la Sorbonne en novembre 1985, « Richelieu et le monde de l’esprit », l’histoire du château de Richelieu a donné lieu à un certain nombre de travaux et de publications, comme Richelieu : le château et la Cité idéale de Christine Toulier (Ed. Berger, 2005), qui permettent de mieux connaître les différentes étapes de sa construction et de son aménagement intérieur ainsi que de ses transformations. Un nouvel ouvrage, Le château de Richelieu XVIIe-XVIIIe siècles de Marie-Pierre Terrien et Philippe Dien, paru aux Presses universitaires de Rennes en 2009, traite de l’histoire du palais au XVIIe siècle, mais en retrace aussi l’histoire au siècle suivant.

 

          L’ouvrage comprend deux parties, la première, due à Marie-Pierre Terrien, qui avait déjà publié La cité idéale et le château de Richelieu, un programme architectural savant (2003, rééd. 2006), est consacrée à l’histoire du château. Elle est subdivisée en deux sous-parties, le château du cardinal de Richelieu, d’une part, et les transformations du XVIIIe siècle, d’autre part. En tête de l’ouvrage des courtes biographies sont consacrées aux propriétaires successifs du château depuis le début de sa construction : Armand-Jean du Plessis, cardinal de Richelieu (1585-1642), qui fit édifier et aménager le château, Marie-Madeleine Vignerot du Plessis, duchesse d’Aiguillon (1604-1675), sa nièce, qui fit achever quelques travaux et poursuivit l’aménagement de la galerie et du salon, Armand-Jean de Vignerot du Plessis (1629-1715), héritier du domaine, qui dilapida sa fortune et abandonna le château, et enfin Louis-François Armand du Plessis Richelieu (1696-1788), fils du précédent, militaire et diplomate, auquel on doit de nombreux embellissements. Suivent les biographies de deux témoins de la construction et de la transformation du château aux XVIIe et XVIIIe siècles, celles de Jean Jahan, surintendant du duc de Richelieu, puis receveur de son domaine, et de l’abbé Jean-Baptiste de la Landelle, agent du duc de Richelieu et son premier secrétaire lors de son ambassade à Vienne. Le premier chapitre, consacré à la construction et à l’aménagement intérieur du château à l’époque de son premier propriétaire, en examine différents aspects : historique de la construction, collection d’antiques, mise en scène grandiose, glorification de la monarchie française, restauration de la grandeur de la monarchie. La construction du château, sur des plans de l’architecte Jacques Lemercier qui rappellent ceux du Palais du Luxembourg, ainsi que son aménagement, ont demandé dix années, de 1630 à 1640. Élément remarquable de ce décor, la collection d’antiques du Cardinal, constituée avec l’aide de collectionneurs comme Lord Arundel ou le cardinal Barberini, comportait plus de 200 pièces, actuellement dispersées et connues grâce à l’album Canini du Louvre. Parmi les pièces les plus fameuses, disposées sur les façades ou dans les jardins, figuraient les esclaves de Michel-Ange, actuellement au Louvre. Le passage intitulé « une mise en scène grandiose » porte sur l’aménagement des jardins : il évoque les vastes parterres de broderies « à la française » garnis de statues qui se terminaient par une demi-lune flanquée de grottes et délimités par un hémicycle orné de bustes d’empereurs romains. Marie-Pierre Terrien aborde ensuite, à travers le décor peint et sculpté, le programme iconographique du château. La glorification de la monarchie française est obtenue grâce à une galerie de peintures novatrices retraçant les conquêtes du roi, représentant Louis XIII et son ministre comme successeurs des grands héros de l’Antiquité (Achille, Hercule, Alexandre, Auguste) et mettant en valeur le pouvoir royal et les vertus de la reine, comparée, elle aussi, à des héroïnes antiques. Quant au décor de la porte d’honneur du château, il fait apparaître le Cardinal comme un nouvel Auguste puisqu’il a, comme l’empereur romain, Apollon et Vénus pour divinités protectrices, et comme garant de la prospérité et de la félicité futures.

 

          Si aucun bouleversement n’est à signaler à l’époque de la duchesse d’Aiguillon et d’Armand-Jean de Vignerot du Plessis, les transformations commencent en 1719, avec l’exil de Louis-François-Armand, duc de Richelieu, par suite de sa participation à la conspiration de Cellamare. C’est aux différentes phases de transformation du château de Richelieu au XVIIIe siècle qu’est consacré le second chapitre de l’ouvrage : 1/ la modernisation et les premiers aménagements (1720-1729) ; 2/ les travaux gigantesques au château et dans le parc (1730-1736) ; 3/ la campagne de travaux (1737-1740), sous la direction des architectes Jacques de La Guêpière et Jean-Michel Chevotet. Le duc de Richelieu, considéré comme agioteur par les pamphlets, a, durant la spéculation du système de Law, renfloué ses finances. Recevant des invités de marque, comme Voltaire, exilé lui aussi, il décide rapidement de moderniser le château et de le mettre au goût du jour : vente de mobilier, réaménagement du parc inspiré de ceux des demeures royales, transformation du parterre des Romains, réalisation du bosquet du Mable. Le décor s’allège, une infinité de modèles de meubles sont utilisés en fonction des usages, les petites pièces se multiplient, les cheminées sont abaissées et surmontées de glaces, les chambres sont tapissées de damas de Caux. L’homme d’affaires du duc, Guéri, est envoyé, dès le mois de juillet 1721, à Versailles, à Marly et ailleurs pour aller lever les plans des bosquets dont on souhaite s’inspirer pour le château poitevin. Le grand canal est aménagé et le cours du Vieux Mable régularisé. L’aménagement des jardins se poursuit pendant l’ambassade du duc à Vienne : bosquet du Mail, parterre des Romains et demi-lune. De 1730 à 1736 les travaux consistent à embellir le parterre des grottes et à aménager le grand parc mais aussi à convertir un salon en salle de billard et à transformer la salle des devises en salle à manger. Par la suite, de nouveaux plans sont dressés pour le château, selon les indications d’un architecte parisien renommé, Jacques de La Guêpière. Ils prévoient la création d’un salon ovale, conformément à un parti adopté par les architectes de la première moitié du XVIIIe siècle (à Champs, Montmorency, à l’Hôtel Matignon) ainsi que la division de la salle des devises en deux. La correspondance de l’abbé La Landelle traduit sa désapprobation à l’égard de ces travaux, jugés inopportuns et dispendieux. En 1734, à la suite de son remariage avec Mademoiselle de Guise, Elisabeth-Sophie de Lorraine, le duc décide de nouvelles transformations, mais sa participation à la Guerre de Succession de Pologne retarde leur mise en œuvre. Devenu lieutenant général du Languedoc en avril 1738, il décide de faire appel à un architecte renommé, Jean-Michel Chevotet, pour accélérer les travaux et aménager notamment le salon ovale. La même année, les esclaves de Michel-Ange sont apportés dans la galerie, pièce de parade, et le sculpteur Claude Roumier est chargé de l’exécution des décors de la chambre de la duchesse. L’année 1739 est consacrée à l’achèvement des appartements du duc situés à la place des appartements du roi. Sur la cheminée de son cabinet, il fait remplacer la Libéralité de Titus de Stella, par le portrait de sa mère, Anne-Marguerite d’Acigné. Le décès de la duchesse, alors même que les travaux sont pour l’essentiel achevés, marque une nouvelle phase dans l’histoire du château.

 

          À partir de la mort de son épouse, en effet, le duc de Richelieu délaisse le château et disperse une partie de ses collections. Il récupère des œuvres pour la décoration du jardin de son hôtel d’Antin (notamment les esclaves de Michel-Ange) et pour sa capitainerie des chasses de Gennevilliers. Le château, à l’abandon, est vendu par les héritiers du duc de Richelieu, après la tourmente révolutionnaire, à un marchand de biens parisien qui le détruit.

 

 

          La deuxième partie de l’ouvrage est consacrée à l’édition par Philippe Dien de la correspondance échangée par le duc de Richelieu, Jean Jahan, surintendant des bâtiments et l’abbé Jean-Baptiste de la Landelle entre le 3 janvier 1720 et le 18 avril 1740. Sur les 280 lettres conservées, P. Dien a choisi d’en éditer 40, représentatives des embellissements réalisés à l’époque du duc de Richelieu dans son château. Cette correspondance livre des renseignements précieux sur la vie du château : venue de visiteurs de marque ou d’artistes et d’artisans (tapissiers, doreurs). Elle témoigne de l’intérêt porté par les propriétaires du château à son aménagement, à son entretien et à ses transformations. Elle évoque enfin les questions relatives à la gestion du domaine.

 

 

          L’originalité et la qualité des 62 illustrations constituent également un des intérêts de l’ouvrage : photographies, lavigraphies et surtout reconstitutions virtuelles (vue d’ensemble du château, galerie, salon, chambre du Cardinal, cabinet de la reine, chambre du roi). Comme l’indique Carole de La Bouillerie, dans une annexe en fin d’ouvrage, la commune de Richelieu a confié à la société Nautilus une reconstitution en trois dimensions du château du Cardinal. Ce projet évolutif a porté tout d’abord sur l’extérieur du château, reconstitué grâce à des plans et gravures de l’époque et à des descriptions de contemporains ainsi qu’au concours d’historiens et de chercheurs spécialisés. Il a été poursuivi par le parc et ses dépendances. La seconde étape a consisté dans la reconstitution de la décoration intérieure du château à partir des tableaux et sculptures qui ont été conservés, mais aussi de sources iconographiques et notamment la description fidèle du château laissée en 1676 par Benjamin Vignier, gouverneur du château à l’époque d’Armand-Jean Vignerot du Plessis.

 

 

          En conclusion, l’apport de ce nouvel ouvrage consacré au château de Richelieu est indéniable. On appréciera l’analyse de l’ensemble du programme iconographique à la gloire de la monarchie et du Cardinal, tout en regrettant le manque de mise en perspective avec d’autres décors de même nature. L’ouvrage vaut également par l’historique des transformations du château au XVIIIe siècle, liées à l’évolution du goût et de la fonction du bâtiment qui n’est plus désormais la résidence d’un homme de pouvoir mais la demeure d’agrément d’un grand personnage, tour à tour militaire et diplomate. Le nombre et l’originalité des illustrations constituent également un attrait de l’ouvrage qui est doté d’un utile index des principaux personnages cités et d’une bibliographie succincte.