AA.VV.: Entre cour et jardin, Marie-Caroline, duchesse de Berry. Musée de l'Ile-de-France, Catalogue de l'exposition présentée au musée du 23 avril au 23 juillet 2007. 256 pages, 300 ill. ISBN 978-2-901437-21-5. 40 €
(Musée de l'Ile-de-France, Conseil général des Hauts-de-Seine 2007)

 
Compte rendu par Jean-Michel Leniaud, École pratique des Hautes Études (Paris)
(jean_michel.leniaud@aliceadsl.fr)

 
Nombre de mots : 462 mots
Publié en ligne le 2007-12-25
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=91
 
 

L’équipe du musée de l’Île-de-France à Sceaux a organisé une exposition de 273 numéros consacrée à la duchesse de Berry. Veuve à vingt-deux ans, traitée ignominieusement par Louis-Philippe, réprouvée par son beau-père, Charles X, la princesse n’a guère eu plus de chance que sa grand-tante Marie-Antoinette. Mais pendant les quatorze années, dont dix endeuillées, qu’elle a passées à la cour de France, elle a marqué le monde de la mode et des arts de ses goûts personnels. Quelle a été l’étendue réelle de son influence, on ne le savait guère car ses collections de tableaux, d’objets d’art, de meubles et de livres que son château de Rosny, jadis propriété du grand Sully, conservait, ont été dispersées en 1836-1837. Ce qui en subsistait à la fin des années 1980 fut classé parmi les monuments historiques en 1990 puis, le Louvre ne l’ayant pas jugé digne de ses salles, passa entre des mains privées. L’exposition présente quelques-unes de ces pièces et donne à chacun l’occasion de comprendre ce que le classement a évité de pertes au patrimoine national. Puis le château a poursuivi une triste vie, marquée par un incendie partiel — il se trouve aujourd’hui la propriété d’une personne privée.

Ce sont les épaves de cette tragédie en mineur que propose le catalogue de l’exposition. On constate l’ampleur des pertes ; on regrette que conservateurs et décideurs n’aient pas été alors plus pertinents dans leurs projets ; on n’en apprécie que mieux la qualité de l’initiative prise par le musée de l’Île-de-France. L’ouvrage, remarquablement illustré, propose, outre de substantielles notices de catalogue, divers exposés sur les appartements de la duchesse aux Tuileries, sur sa collection de tableaux, sur l’histoire du château de Rosny, sur l’ameublement de ce lieu, puis sur la commande à l’architecte suisse Froelicher de l’hospice Saint-Charles de Rosny et sur le rôle qu’elle a tenue dans le développement de l’artisanat d’art à Dieppe, la dentelle notamment – car la princesse fréquentait Dieppe pour la qualité de ses bains de mer. Françoise Waquet et François Macé de Lépinay, les auteurs du catalogue Un âge d’or des arts décoratifs (1814-1848), paru en 1991, avaient déjà beaucoup fait pour mettre à sa juste place la qualité de son mécénat. On est frappé au vu de l’exposition que le « néo-classicisme » voisine sans encombre avec le troubadour et le néo-gothique, les arts plastiques avec les arts décoratifs, les grands artistes avec les moindres. C’est toute la Restauration qui surgit tout à coup d’une longue plage d’oubli méprisant. Le portrait que Thomas Lawrence fit de Marie-Caroline, si plein de charme, de grâce et d’élégance, prouve avec éclat qu’il était plus que temps de changer d’avis. Un seul regret : que ce dont elle a pu s’entourer après sa retraite en Autriche (1835) reste toujours inconnu du public français.