Gogos, Savas: Das antike Theater von Oiniadai, mit einem Beitrag zur Akustik des Theaters von Georgios Kampourakis, 193 S., zahlr. Farb-, S/W-Abb. und Pläne im Text, 29,7 x 21 cm, kartoniert, ISBN 978-3-85161-019-269, Euro zzgl.
(Phoibos Verlag, Wien 2009)
 
Compte rendu par Sylvain Perrot, Université de Paris IV – Ecole Normale Supérieure
(sylvain.perrot@ens.fr)

 
Nombre de mots : 1604 mots
Publié en ligne le 2010-03-31
Citation: Histara les comptes rendus (ISSN 2100-0700).
Lien: http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=919
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           Après avoir publié en 2008 l’ouvrage de S. Gogos, Das Dionysostheater von Athen (voir mon compte-rendu sur http://histara.sorbonne.fr/cr.php?cr=560), les éditions Phoibos ont publié en 2009 une traduction également en allemand d’un ouvrage du même auteur, Das antike Theater von Oiniadai. Le livre avait été précédemment publié en grec moderne sous le titre Τό αρχαίο θέατρο των Οινιάδων en 2004 (recension par J.-Ch. Moretti dans Bull. Archi., RA 2006, pp. 366-367, n° 194).

 

 

           L’ouvrage regroupe en fait différentes études qui permettent d’avoir une compréhension générale du théâtre d’Oiniadai, situé en Acarnanie. A ce titre, le but de l’introduction est de faire le point sur la topographie du site de la cité d’Oiniadai et rappeler les grandes lignes de l’histoire de l’Acarnanie et de l’Étolie à la fin de l’époque classique et pendant l’époque hellénistique, afin de dresser une toile historique sur laquelle situer les grandes phases de l’évolution de l’édifice étudié. Un autre moment de l’introduction est consacré à l’état de la recherche sur le théâtre, en faisant l’historique des fouilles depuis la publication majeure de B. Powell en 1900, suivie par les études de H. Bulle (1923), d’E. Fiechter (1929) et d’A. Von Gerkan (1933). Mais c’est le nettoyage des ruines et leur restauration depuis 1987, avec d’importantes campagnes d’études en 1990-1992, qui demeure le principal propos de l’ouvrage de S. Gogos, qui s’attache à montrer dans quelle mesure ces dernières découvertes ont éclairé la lecture qu’on faisait jusque-là du théâtre, dont le bâtiment de scène en particulier faisait problème.

 

 

           Les deux premières parties de l’ouvrage sont proprement architecturales. La première se présente comme une description et un enregistrement des données de terrain. L’auteur procède à une étude par grands secteurs et commence ainsi par l’orchestra, qui dessine un cercle presque parfait, dont le centre est aisément identifiable. Son emplacement n’est pas dû au hasard : elle a été aménagée en fonction du rocher naturel qui constitue par endroits les gradins mêmes, quand ils ne sont pas installés sur des remblais. C’est donc dans la perspective de l’installation du koilon qu’a été pensée l’orchestra, qui par ailleurs est bordée d’un canal, habituel pour l’évacuation des eaux de pluie. Preuve d’un certain soin attaché à cette construction, on constate que des blocs de l’orchestra ont reçu une moulure du type tore. Le koilon donc suit pour partie la pente naturelle du rocher sur lequel le théâtre a été aménagé : douze volées d’escaliers le divisait en onze kerkides. Tout n’est pas conservé : neuf escaliers sont à peu près complets et seules huit kerkides peuvent être vraiment étudiées. Il n’existait pas de diazoma ni d’accès au koilon en périphérie. L’auteur aborde ensuite le cas des blocs inscrits et des murs de soutènement. C’est le bâtiment de scène qui pose le plus de problèmes, en particulier ses rapports avec les structures environnantes : la question est notamment de savoir si ce qui était interprété jusque-là comme des paraskenia ne pourrait pas plutôt être les vestiges de bâtiments attenants à la scène, qui auraient pu servir à diverses fins. Restent enfin les blocs errants, dont l’étude est ici confiée à E. Trinkl, qui parvient à distinguer plusieurs groupes : piliers avec fragments de colonnes, éléments d’entablement, pierres porteuses en forme de consoles et éléments de stylobate. Chaque bloc fait l’objet d’une description technique détaillée ; l’auteur produit pour chacun une photographie et un relevé.

 

 

           Après la description des ruines vient dans un second temps un premier travail d’interprétation. Il s’agit notamment de faire la part entre ce qui relève d’une première phase de construction et d’une seconde ; l’auteur prépare ainsi le travail de reconstitution qu’il s’est fixé pour objectif. La fin du chapitre est consacrée respectivement à l’orchestra et au koilon. L’auteur en rappelle les principales caractéristiques afin  d’inscrire le théâtre d’Oiniadai dans la typologie des différentes parties du théâtre grec. Selon S. Gogos, la première phase du théâtre se caractérise par une orchestra légèrement ellipsoïdale, forme que suit aussi la trentaine de gradins restituable. Le bâtiment de scène faisait 21,89 mètres de long sur 6,82 mètres de large et présentait en façade quatre piliers in antis ; l’arrière de l’édifice était percé d’une porte. Dans la deuxième phase, l’orchestra est de forme plus parfaitement circulaire ; c’est de cette époque que datent les blocs moulurés. Le bâtiment de scène est pourvu d’un étage dont la façade présente cinq baies ; un proskènion à colonnade ionique comporte deux courts avant-corps à ses extrémités. C’est lors de ces travaux qu’auraient été construites les salles attenantes à la skènè. Toutefois, de l’avis de J.-Ch. Moretti, qui s’en est assuré sur le terrain (J.-Ch. Moretti, loc. cit., p. 367), le premier état de la skènè comportait déjà un proskènion et des salles latérales. Il est à noter que la réfection du théâtre a été signifiée par une inscription gravée sur l’entablement du proskènion, dont l’étude est assurée dans la troisième partie de l’ouvrage.

 

 

           En effet, cette partie est consacrée aux inscriptions retrouvées sur les blocs appartenant à l’architecture du théâtre. Elle est signée de S. Zoumbaki, qui commence par dresser un état de la recherche sur ces inscriptions et par poser les questions restées en suspens. Vient ensuite la publication à proprement parler des inscriptions : le lemme est généralement complet, suivent le texte de l’inscription et un rapide commentaire qui porte essentiellement sur l’onomastique. Le matériel épigraphique est réparti en deux grands groupes, dont le premier est très mince, puisqu’il s’agit de la catégorie des inscriptions de fondation et/ou de dédicace. En revanche, le dossier des actes d’affranchissement est plus étoffé. Après la publication bloc par bloc, l’auteur propose trois synthèses utiles sur les données fournies par l’étude de ces inscriptions. La première est consacrée au processus d’affranchissement, en mettant l’accent sur le choix du théâtre comme lieu de publication ; la deuxième aborde les questions de datation sous l’angle notamment de la paléographie, en essayant de confronter ces données à l’arrière-plan historique ; enfin, la troisième porte sur l’origine géographique des esclaves affranchis. Cette étude épigraphique est bienvenue dans l’ouvrage de S. Gogos car elle apporte quelques éléments non négligeables pour la datation des différentes phases du théâtre.

 

 

           La quatrième partie est en quelque sorte une synthèse des données relevées dans les précédentes parties sous l’angle particulier de l’histoire du bâtiment et de sa datation. La confrontation des données testimoniales et des vestiges permet de distinguer deux grandes phases dans la construction et l’occupation du théâtre d’Oiniadai. La première est située par l’auteur dans le courant du IVe siècle avant Jésus-Christ, datation qui s’appuie sur des données propres au théâtre d’Oiniadai mais aussi sur la comparaison avec le théâtre de Dionysos à Athènes après sa restauration par Lycurgue. Comme pour le théâtre de Dionysos, S. Gogos met en lien l’architecture théâtrale qui se manifeste à cette époque-là – un bâtiment de scène sans étage avec des piliers dégageant des baies – avec les innovations du genre littéraire lui-même, l’essor de la Nouvelle Comédie : une telle architecture se prêterait mieux aux pièces de Ménandre entre autres. La comparaison est aussi faite avec les théâtres de Vergina et d’Erétrie. Le second état est mis en regard avec la situation politique d’Oiniadai au sein de la confédération étolo-acarnanienne : la stabilité étant revenue au début du IIIe siècle avant Jésus-Christ, S. Gogos estime que ce sont là des circonstances favorables à une réfection voire un réaménagement de l’espace théâtral, d’autant que topographiquement le théâtre est intimement lié à l’agora voisine et que son rôle dans la vie civique est rendu évident par la présence des actes d’affranchissement. Aussi le second état du théâtre d’Oiniadai serait-il à situer dans la première moitié du IIIe siècle avant Jésus-Christ.

 

 

           La cinquième partie de l’ouvrage est composée de deux contributions en langue anglaise de G. Kambourakis, semblables au travail qu’il a présenté dans la publication du théâtre de Dionysos à Athènes. La première est une estimation de la capacité d’accueil du théâtre : le calcul, complexe pour des non-inités, est soigneusement détaillé par l’auteur qui en arrive à la conclusion que dans le théâtre d’Oiniadai pouvaient prendre place entre 4174 et 4639 spectateurs, selon que l’on estime la largeur moyenne des places à 45 ou 50 cm. La seconde contribution fait davantage appel aux lois de la physique, puisqu’il s’agit d’une évaluation de l’acoustique du théâtre. Dans l’étude publiée pour le théâtre d’Athènes, l’auteur expliquait qu’il fallait être très prudent dans l’exploitation de ce type de résultats : on renouvellera cet appel à la prudence pour le théâtre d’Oiniadai, dont l’état de conservation est moins bon que celui d’Athènes. Ces réserves méthodologiques mises à part, les données ainsi obtenues montrent que le théâtre d’Oiniadai avait une assez bonne acoustique, pour peu bien sûr que les acteurs articulent et donnent la pleine mesure de leur voix. L’étude met en avant le fait qu’un spectateur bavardant pendant le spectacle ne pouvait pas gêner l’ensemble du koilon, mais ces petits bruits répétés et généralisés causent à coup sûr un désagrément évident.

 

 

           En somme, on a plaisir à trouver dans cet ouvrage une iconographie abondante qui vient opportunément illustrer les propos de l’auteur. Les photographies en noir et blanc sont de très bonne qualité et sont utilement accompagnées de plans pierre à pierre comme de coupes et de restitutions infographiques des deux états du bâtiment de scène. Comme dans sa publication du théâtre de Dionysos à Athènes, S. Gogos propose ici une synthèse bienvenue sur le théâtre d’Oiniadai, tout en lançant des pistes de réflexion intéressantes aussi bien sur l’architecture du théâtre et son acoustique que sur son utilisation comme lieu de publication des décrets d’affranchissement. C’est donc sans aucun doute un ouvrage utile pour la recherche sur les théâtres grecs.